Lafont fils
Biographie
Chef de bataillon de la garde nationale, commandant le corps des pompiers de la ville de Nantes. Il présenta, en juillet 1832, une demande pour obtenir la Croix de Juillet. Sa demande fut transmise au ministre de l’Intérieur par le préfet de Loire-Inférieure, qui appuya la demande ainsi que le maire de la ville de Nantes, et présenta Lafont comme « un excellent citoyen dont le patriotisme est connu et apprécié des habitants de Nantes et qui a rendu des services signalés à la cause nationale ». Le maire de la ville écrivait au préfet : « Sa réclamation a été mise sous les yeux de la Commission municipale […]. Elle est restée convaincue que personne n’a mieux mérité cette décoration si le patriotisme et le courage, dans une circonstance aussi grave, doivent être récompensés. M. Lafont est un citoyen tout à fait honorable et j’apprendrai avec bien de plaisir le succès de sa demande. » Il avait fait parvenir la lettre suivante : « […] Nommé en 1830 membre de la commission d’enquête pour les récompenses nationales, je crus ne rien devoir demander, ne voulant pas être mon juge ; aujourd’hui, n’étant plus rien, je puis faire valoir mes droits, les voici. Le 29 juillet au soir je pris part aux groupes qui demandaient le maintien de la charte. Le 30, je mis la main aux barricades des rues Saint-Jacques et Crébillon. Je me rendis ensuite au rassemblement de la bourse. Le 31, je me rendis près de la commission qui venait d’être nommée et je me mis à sa disposition. Je fis de suite occuper les postes du port au vin et du Bouffay par deux compagnies de pompiers. Je fus chargé de tâcher de désarmer et d’envoyer les ouvriers qui étaient dans nos postes ; je fus assez heureux dans cette mission difficile de l’effectuer sans qu’il s’éleva la plus petite plainte et le moindre mécontentement. Je fus chargé, le soir, de porter les mots d’ordre, placer les sentinelles, donner les consignes, faire circuler les patrouilles et pendant quatre jours je fis à peu près le service d’adjudant de place. Le 1er août, il fut arrêté que si la troupe de ligne ne voulait pas se joindre à nous, nous l’attaquerions le lendemain matin ; alors je dis à la commission que nous avions bien des armes mais point de munitions ; il fut répondu qu’il n’y en avait pas et que l’on ne savait où en prendre. J’offris et je fis porter de suite à la bourse deux barils contenant trente kilos de poudre. Le lendemain, nous prîmes d’anciens artilleurs de la garde nationale pour faire nos cartouches. Les nouvelles de Paris étant arrivées, il fut convenu que la ligné partagerait les postes avec nous. Il fallait faire évoquer nos munitions qui étaient au poste du port au vin ; je proposai de les déposer dans les greniers de la bourse mais la commission s’y opposa, disant qu’il pouvait arriver des accidents compromettre l’édifice, la banque et les archives du commerce ; après avoir longtemps cherché pour trouver un dépôt, personne ne voulant s’en charger, j’offris ma maison, ce qui fut accepté. Je fis conduire de suite la poudre chez moi et je devins garde magasin. Les affaires prenant tous les jours plus de consistance, je me retirai de la commission, n’y étant plus utile. M. Soubmain en reconnaissance me dit-il du service que j’avais rendu me nomma membre de la députation chargé d’aller complimenter le roi. Mes camarades voulurent aussi me donner leur marque d’estime en me nommant à l’unanimité chef de bataillon que j’ai encore l’honneur de commander. Si quelque service rendu à notre ville antérieurement à la révolution de Juillet peuvent être quelque chose à vos yeux, je vous offre vingt-deux ans de service dans le corps des pompiers, dont dix-huit années de grade, quelques citations honorables dans les journaux, plusieurs blessures reçues dans les incendies, une entre autres reçue au mois d’octobre 1830 et m’a retenu deux mois sur le lit et qui de temps à autre me fait encore souffrir. Je pense que vous serez d’autant plus disposé d’accueillir ma demande que vous avez été témoin oculaire d’une grande partie des faits que je vous cite ; pour les autres, messieurs Soubmain, Dichaisse, Monnerve, Moineau, Ducoudray et Petitpierre, tous membres de la commission, pour certifier ce que j’avance. Je me plais à croire que M. le préfet appuierait sans difficulté votre demande. Si vous pensez que les titres que je présente soient suffisants pour obtenir la Croix de Juillet, veuillez en faire la demande, dans le cas contraire, regardez celle-ci comme non avenue. Dans l’une ou l’autre hypothèse, vous pouvez toujours compter sur ma reconnaissance et me croire, monsieur etc. » La commission municipale donna les informations suivantes : « La commission municipale instituée par M. le préfet pour donner son avis sur les demandes de récompenses nationales dans cette ville a pris communication de celle formée par M. Joseph Lafont fils, chef de bataillon commandant le corps des pompiers de la garde nationale et après en avoir délibéré : elle admet comme de notoriété publique et comme faits entièrement à sa connaissance tous ceux énoncés dans la lettre de M. Lafont ; elle atteste qu’il a rendu à Nantes lors des événements de juillet 1830 les services les plus importants, qu’il s’est exposé par les missions délicates qu’il a remplies aux plus grands dangers et à la plus forte responsabilité ; elle appuie particulièrement sa demande de la décoration de la Croix de Juillet et pense qu’elle ne peut être donnée à plus juste titre ni à un citoyen plus capable d’en soutenir l’honneur par son influence, son dévouement et sa modération. Elle éprouverait la plus vive satisfaction à pouvoir décorer M. Lafont à l’époque des prochaines fêtes de Juillet et compterait beaucoup pour contribuer à leur éclat sur la satisfaction générale que la garde nationale en éprouverait. Elle se plaît à déclarer que la présente détermination a été prise à l’unanimité des cinq membres de la commission présents à Nantes et croit pouvoir répondre de l’adhésion du sixième membre qui se trouve absent en ce moment. » Archives nationales F/1dIII/80, Loire-Inférieure.