Lagache, François, Joseph
Biographie
Né le 12 mars 1806 à Airé (Pas-de-Calais), fils de Lagache, Séraphine. Cuisinier (par erreur serrurier sur les listes du Constitutionnel). Il fut fait prisonnier par la gendarmerie, le 27 juillet au coin de la rue du Faubourg-Montmartre mais réussit à s’enfuir, à travers les coups de sabre ; le 28, au matin, à la tête de ses camarades et armé d’un couteau de cuisine, il contribua à désarmer le poste de la barrière de Passy, et, le soir, aux Champs-Elysées, armé d’un fusil, il désarma un officier de la garde royale et remis l’épée dont il s’était emparée à un élève de l’Ecole polytechnique, qui se trouvait sans arme ; le 29, place du Palais-Royal, au milieu du feu, il désarma deux gardes royaux qui tiraient sur les insurgés, puis combattit à la prise des Tuileries ; après la prise de celles-ci, il marcha sur une pièce de canon que l’artillerie fut contrainte de céder, puis, vers 15 h 15, fut blessé d’un coup de feu reçu au genou droit, au coin de la rue de l’Echelle. Il fut soigné à l’hôpital de la Charité depuis le 29 juillet jusqu’au 27 août 1830, où il lui fut lui délivré un certificat comme quoi il avait « été frappé par une balle qui lui a traversé les parties molles de la partie postérieure et inférieure de la cuisse droite ». Le docteur Bellemain, médecin à Belleville, délivra en date du 25 octobre 1830, un certificat comme quoi il n’était « pas probable qu’il puisse de longtemps au moins se livrer à ses occupations ordinaires ». Il fut soigné à la maison de convalescence de Saint-Cloud, depuis le 11 septembre jusqu’au 18 octobre. Il reçut un secours de soixante francs et un autre de soixante-dix francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Il reçut par ailleurs des secours pour un montant de deux cent soixante-dix francs, dont soixante francs à la sous-préfecture, soixante francs en plusieurs fois à la mairie de Belleville de cinquante francs remis « par M. Guyot ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIIe arrondissement, sous-préfecture de Saint-Denis. Il sollicita la décoration de Juillet et son admission aux Invalides. Le 8 avril 1831, devant le juge de paix du canton de Pantin, comparurent : Suisse, Jacques, gantier, demeurant 11, rue des Couronnes à Belleville ; Leclerc, Alexis, tailleur, demeurant 11, rue des Couronnes à Belleville. Ils déclarèrent savoir « que le 29 juillet dernier vers les 3 heures et quart et en combattant contre la garde royale le sieur Lagache a reçu un coup de fusil dont la balle lui a traversé le genou droit que sa blessure quoique cicatrisée le met hors d’état de gagner sa vie ; qu’il a reçu ce coup funeste au coin de la rue de l’Echelle après la prise des Tuileries à laquelle il venait de contribuer ». Une de ses lettres était apostillée par Porquier, Georges, Albert (voir ce nom), « amputé d’un doigt », qui certifiait s’être battu avec lui ; par Bouton, marchand de vins à Sèvres, qui certifiait « avoir désarmé le poste de la barrière de Passy, le 28 juillet avec le sieur Lagache, qui était armé d’un couteau de cuisine ». Il reçut un équipement de garde national. Le 6 avril 1831, le maire de Belleville attestait que Lagache, marié et père de famille, habitait la commune depuis plusieurs années, avait été soigné par le médecin attaché au bureau de charité de la commune et que sa position était « des plus nécessiteuse, ayant deux enfants et une femme à soutenir ». Alors qu’il espérait la Croix de Juillet, il reçut la simple médaille auprès de l’arrondissement de Saint-Denis et la refusa. Le 15 mai 1831, il s’en plaignit auprès du roi. Sa médaille lui fut cependant délivrée le 11 juillet 1831 et il signa le registre de récépissés des médailles et brevets. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 31 mars 1831, la conclusion suivante : « A été atteint, dans les journées de Juillet, d’une blessure par arme à feu au genou droit, de sa partie interne et postérieure et postérieure vers le milieu du jarret, avec lésion du nerf sciatique poplite ; blessure guérie mais avec paralysie incomplète de la partie inférieure du membre. » Il fut admis dans la 4e classe des blessés et pensionné de cinq cent cinquante francs. Il lui fut accordé, par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Il comparut, le 15 avril 1831, devant le juge de paix du canton de Pantin, pour attester connaître Henry, François et qu’il « a été frappé le 29 juillet dernier, entre midi et 1 heure, rue du Carrousel et après la prise du Louvre à laquelle il avait contribué, d’un coup de fusil dont la balle lui a fait une plaie sur l’os de la jambe gauche, au-dessous du genou et que sa blessure, qui n’est pas même guérie ni cicatrisée, le rend désormais incapable de se livrer à son état et de gagner sa vie ». En 1830, il était marié avec Morel, Léonore, Charlotte, Louise, qu’il avait épousée le 22 juin 1826 à Belleville, et était le père de deux enfants en 1831. En 1839, sa blessure l’empêchant de travailler, il sollicita un secours. En 1844, père de quatre enfants, « n’ayant jamais participé aux dons », il sollicita de nouveau un secours. Il fit partie d’une délégation de décorés de Juillet (vers 1846), qui se plaignirent que, quoique pauvres, ils n’avaient reçu aucun don à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution. Cette délégation fit parvenir au roi la lettre suivante (dont nous avons tenté de rétablir le sens et l’orthographe défaillants, N.D.A.)
« A Sa Majesté, le roi des Français,
»Sire,
»Messieurs les décorés de Juillet se font l’honneur de déposer aux pieds de Votre Auguste Personne leurs hommages et leurs souvenirs. Dans ce jour louable où nos bras et nos cœurs ont fait triompher la sainte cause populaire, nous venons de nouveau déposer dans le sein de Votre Auguste Personne et Famille notre honneur et nos serments. Nous, Sire, qui tant de souvenirs de Votre Auguste Personne ont de longtemps versé dans la coupe du malheur et de l’infortune le ruisseau du bienfait, nous venons déposer dans le cœur du père de la patrie, nos souffrances, nos privations et nos manques de travaux. Car si juillet est un jour de gloire, serait-il pour nous un jour de souffrance et de misère de plus ? non, Sire, votre âme et votre cœur généreux ne pourront souffrir que les triomphateurs d’une cause si belle et si juste soient à la poignée (sic) de la misère et de la souffrance. Sire, le trône de Juillet sur lequel sont placés Votre Personne Auguste et vos généreux enfants est l’arche sainte du peuple français, sur lequel l’âme et le cœur du roi brillent de la douceur et du feu de la liberté. Mal à qui y pense et malheur à qui y touche. Sire, ces héros, dont tant de fois on chanta la gloire, seraient-il oubliés par vous. Laisserait-on ces généreux enfants mourir de misère et de faim. Votre âme est trop belle pour nous priver de notre belle patrie. Car la patrie à l’ouvrier laisse le travail, c’est là son honneur ! Nous qui sommes des hommes de famille, nous qui sommes les héros de Juillet et le soutien de la monarchie présente et à venir, nous sommes pauvres, nous n’avons pu faire aucune économie cet été, par le manque de travaux, les substances chères, les loyers d’une cherté colossale et sans remise. Voilà la misère de ces héros, dont tant de fois on chanta la gloire. Sire, nous avons l’espérance que nos cris de détresse seront entendus par Votre Auguste Personne et généreux enfants et que le père de la patrie n’oubliera pas les héros de Juillet, que notre recommandation et supplique ne sera pas oubliée, que votre faveur y fera droit et justice. Vive le roi et la sainte cause de notre liberté. » (Voir la liste des signataires à Blanchard, Charles). Sa femme reçut cinquante francs en 1846. Il reçut mille francs sur les fonds des blessés de février 1848. Il demeurait 11, rue des Couronnes à Belleville, dans la maison de M. Lefebvre, et depuis de nombreuses années en 1830 ; 10, rue de Lorillon de 1839 à 1845 ; 7, rue de Noi… à Belleville vers 1846. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 79 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes de l’arrondissement de Saint-Denis auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 113 (sous le nom de Lagache, Joseph, François) ; Archives de Paris VK3 39, département de la Seine, arrondissement de Saint-Denis, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, idem Récompenses nationales, remise des brevets de la médaille de Juillet (sous le nom de Lagache, Joseph, François) idem médailles restant à distribuer au 15 juillet 1831 (où son nom est rayé) ; Archives de Paris VK3 47 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIIe arrondissement, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Saint-Denis, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, arrondissement de Saint-Denis (on trouve aussi ces mêmes listes deux fois in Archives de Paris VK3 39) (sous le nom de Lagache, Joseph, François) ; Archives nationales F/1dIII/58 in dossier d’Henry, François ; Archives nationales F/1dIII/60 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) XIIIe arrondissement, arrondissement de Saint-Denis, blessés de la 4e classe (sous le nom de Lagache, Joseph, François) ; Archives nationales AB XIX 15 papiers des Tuileries, décorés de juillet 1830, citoyens qui ont pris part aux événements de 1830.