Lainé, Jean-Baptiste
Biographie
Né le 5 messidor an VII (24 juin 1799) à Saint-Lô (Manche). Ouvrier tabletier (ou ouvrier en parapluie in Archives nationales F/1dIII/35 B). Il fut blessé, à la porte Saint-Martin, d’un coup de feu à la partie antérieure de la cuisse gauche. Ses blessures étaient attestées par le certificat médical suivant : « Je, soussigné, chirurgien de l’ambulance établie cité d’Orléans, certifie que le nommé Lainé, Jean-Baptiste a été atteint d’un coup de feu à la partie antérieure de la cuisse gauche et pour lequel il a reçu nos soins, qui ont consisté dans l’application constante de pansement simple. Il est remarquable que cet homme, dont la bravoure ne s’est nullement démentie pendant les combats qui ont eu lieu, immédiatement après sa blessure pansée et qu’il reçut à la porte Saint-Martin, saisit ses armes et courut avec le plus grand courage à la défense du pays. Il voulait, disait-il, y consacrer sa vie. Nous lui représentâmes vainement sa position de père de quatre enfants et la gravité de sa blessure ; rien ne put arrêter son ardeur et nous sommes heureux de pouvoir déposer nos simples attributions avec l’espérance d’être écouté dans le vœu que nous faisons pour que ce brave reçoive de M. le maire tous les secours qu’il sera possible de lui accorder. » Signé, le 22 septembre 1830 : Bachot, A. (voir Bachot, Jean, Antoine). Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, fabricant tabletier, boulevard Saint-Denis n° 14, certifie que le sieur Lainé, chargé d’une nombreuse famille, a été obligé pour subvenir à son existence de se livrer à un état illisible et que je lui ai moi-même montré à faire usage de la lime et du tour et lui ai donné de l’ouvrage jusqu’au moment des événements de Juillet, où une blessure qu’il a reçue l’a forcé d’interrompre ses travaux. » Signé : le 2 septembre 1830 : Besnier. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, ayant pris pendant les événements de juillet dernier, un commandement en chef et autres soussignés, certifions reconnaître le sieur Lainé, Jean-Baptiste pour avoir été avec nous, les armes à la main, au combat de la place de Grève et du boulevard Saint-Martin. Nous attestons que ledit sieur Lainé a montré pour la défense de la liberté un courage digne de tout éloge et que son amour et son dévouement pour la cause nationale se sont fait remarquer à la prise de la caserne Saint-Martin et sur le boulevard, où il a reçu un coup de feu. Nous ajoutons qu’il est à la connaissance générale que ledit Lainé, après avoir été blessé, a encore passé une nuit entière à élever plusieurs barricades. En foi de quoi et pour rendre hommage à la vérité, nous avons avec plaisir délivré et signé le présent certificat pour lui valoir ce qu’il appartiendra. » Signé, le 5 août 1830 : Besnier, tabletier, demeurant 14, bd Saint-Denis ; Lehericy, maître charron, demeurant 69, rue du Faubourg-Saint-Martin ; Lecorne (voir Lecorne, François), demeurant 63, rue de Cléry ; Thomin, demeurant 89, rue du Faubourg-du-Temple. Lainé, Jean-Baptiste. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que M. Lainé, par sa conduite dans les derniers événements où il a été blessé et a montré le plus grand courage, s’est acquis de grands droits à la bienveillance du gouvernement actuel. » Signé, le 23 novembre 1830 : Bétou, E. (voir Bétou, Edouard, François). Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il reçut un total de deux cent soixante-quinze francs de secours auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut un total de cent francs de secours de la part de la mairie du (ancien) Ier arrondissement jusqu’au 12 octobre puis un secours de cent francs à partir du 12 octobre 1830, un secours de cent francs en juin 1831. Le 1er février 1831, il adressait la lettre suivante au maire de son arrondissement, qui était aussi membre de la Commission des récompenses nationales : « […] Comme blessé dans les événements de juillet 1830, auxquels j’ai pris une part active pour la cause nationale, M. Betou, commissaire du (ancien) Ier arrondissement, me fit comparaître en novembre dernier à l’Hôtel de ville, devant son jury, qui, après mon interrogatoire, me déclara avoir payé ma dette à la patrie. M. Betou ma dit depuis qu’il m’avait porté pour la décoration spéciale et d’après ma demande principale sur l’état des recommandations faites par la Commission pour les divers emplois du gouvernement actuel. Tous mes vœux se fixant pour celui de référendaire près la Cour des comptes, je dois figurer au tableau destiné au ministère des Finances. Depuis trois mois, je demande en vain si cet état est envoyé au ministère et enfin quelle est ma position et si, d’après les droits que je me suis acquis à la bienveillance du gouvernement actuel, je dois ou non attendre quelque chose. Père d’une nombreuse famille et sans emploi, j’espérais, pour un ancien fonctionnaire public une satisfaction plus prompte. Cette longue attente m’est d’autant plus préjudiciable que je ne puis apporter de détermination à plusieurs affaires personnelles avant de connaître le résultat en ce qui me concerne des travaux de la Commission des récompenses nationales. En conséquence, je vous prie, monsieur le maire, d’avoir la bonté de me fixer sur les questions suivantes, dont vous seul pouvez donner à votre administré la véritable solution : 1° L’état des blessés pour la Cour des comptes est-il expédié et envoyé au ministère des Finances ? 2° Un blessé qui serait mis en dehors de ceux dont le jury médical a maintenu les droits à une pension viagère sur l’Etat pourrait-il prétendre à une indemnité définitive, n’ayant reçu aucun secours ? 3° Dans le cas de l’affirmative de cette dernière question, ce blessé ne pourrait-il pas obtenir de se faire convertir en rente viagère sur l’Etat le montant de l’indemnité qui lui serait payée par la Commission des récompenses nationales ? 4° Enfin, doit-on toujours espérer la décoration spéciale et à quelle époque sera-t-elle donnée ? 5° Un blessé chargé de cinq enfants mais n’ayant pas été amputé et n’ayant pas tout à fait perdu l’usage de la cuisse pourrait-il obtenir l’admission gratuite de son fils aîné soit dans un collège soit à l’Ecole des arts et métiers de Châlons ? Si vous désirez, monsieur le maire, m’entendre personnellement sur ces cinq questions, je vous prierais alors d’avoir la bonté de me fixer l’heure et le jour auxquels je pourrais me présenter ? J’ai l’honneur etc. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement (souvent confondu avec le (ancien) Ier arrondissement). La nature de ses blessures était ainsi décrite par le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales : « Blessure par arme à feu superficielle et par balle morte à la partie inférieure et externe de la cuisse gauche, laquelle blessure ne saurait produire qu’une incapacité temporaire du membre. Ayant été atteint d’une blessure qui a entraîné une incapacité temporaire (un an), il doit être rangé dans la 2e classe. » Il fut admis, auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement, dans la 1re catégorie de la 2e classe des blessés avec une indemnité définitive de trois cents francs (bien que son nom soit rayé sur la liste et qu’il ne figure pas dans la liste définitive, mais il figure sur une autre liste définitive et sur une autre liste in Archives de Paris VD6 92). Il reçut, à titre de blessé de la 1re catégorie de la 2e classe, une indemnité définitive de trois cents francs de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Sa belle-mère, la veuve Balville (ou Banneville), née Rivière, fut, après la révolution de Juillet, soignée par Mme Baric, dans sa maison de santé 93, rue du Faubourg-Poissonnière, au nombre des blessés de Juillet : « Cette femme, veuve, mère de deux enfants dont une mariée à Jean-Baptiste Lainé, a été, par l’effet de l’absence de son gendre qui a passé deux jours et deux nuits hors de son domicile, atteinte d’une fièvre ardente suivie d’une irruption de sang transvasé ; Jean-Baptiste Lainé, père de trois enfants et ayant sa femme enceinte, a pris une part très active aux attaques du Louvre, de la rue Saint-Honoré et des Tuileries, ce qui est attesté par un certificat qui lui a été délivré par plusieurs gardes nationaux de son quartier. Madame Balville étant dans l’indigence, a été recueillie par Mme Baric dans sa maison de santé. » Elle y était encore soignée à la date du 4 septembre 1830. En 1831, à l’occasion du premier anniversaire des journées de Juillet, il reçut de la Commission de souscription nationale, en tant que blessé et décoré, une indemnité de cinquante francs et un habillement. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] Ve arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé, puis 6, rue Dalayrac, sollicitant la Croix de Juillet, une pension et un emploi à la Cour des comptes. Il adressa, le 13 septembre 1831, la lettre suivante à cette Commission : « Victime de la négligence, de l’erreur ou de l’injustice de la première commission des récompenses, qui ne m’a désigné que pour une médaille, j’ai l’honneur de déférer à votre équitable examen les quatre certificats ci-joints et vous prie, messieurs, si vous m’en jugez digne, de me faire rendre une entière justice en me portant pour la décoration spéciale et pour une pension viagère. Blessé à la cuisse gauche en défendant nos chères libertés, père de cinq enfants en bas âge, chargé d’une jeune femme restée malade depuis deux ans, unique soutien d’une veuve, âgée et infirme, obligé de pourvoir seul à l’existence de huit personnes dont sept sont incapables de me seconder, n’ayant aucun emploi et ma blessure m’obligeant à renoncer à l’usage du tour qui me produisait trois et quatre francs par jour, tels sont messieurs les titres irrécusables que j’ai l’honneur de vous exposer et qui implorent en ma faveur tout ce que votre équitable impartialité et votre bon patriotisme peut faire pour améliorer la position très difficile d’un honnête citoyen, d’un excellent patriote et d’un bon père d’une nombreuse famille, qui a su payer sa dette à la patrie au moment du danger et qui, contrairement à un destin plus mérité, se trouve abreuvé depuis notre glorieuse régénération de tout ce que l’infortune a de plus amer pour un cœur juste, toujours resté droit au milieu des calamités les plus désespérantes. » Il joignait à sa demande les certificats mentionnés plus haut. Il signa, le 17 août 1831, le certificat suivant en faveur de Riondé, Jean-François, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Les soussignés déclarent être voisins du sieur Riondé et le connaître de temps immémorial et certifient, comme ils l’ont déjà fait, que ledit Riondé fut un des premiers à sortir de son domicile avec fusils et munitions et qu’il s’est battu contre les gardes royales dans les trois journées de Juillet, pour la défense des lois et de la liberté nationale ; qu’il a fait preuve d’un patriotisme et d’un dévouement dans l’acquit de sa dette envers la patrie, qui lui ont véritablement mérité les droits qu’il réclame à juste titre à la récompense décernée par la loi du 13 décembre 1830. » En 1831, il apparaît comme employé sur les listes de la mairie. En 1840, employé à la Ville de Paris, père de quatre enfants dont deux étaient malades, sa femme malade aussi, n’ayant « plus rien à engager pour subvenir à leurs besoins », Lainé sollicita un secours. Les renseignements de police le disaient « ancien inspecteur principal de l’attribution des mœurs à la préfecture de police, aujourd’hui secrétaire d’un commissariat de police » et précisaient qu’on avait sur lui « de bons renseignements sur sa conduite et sa moralité ». Il reçut un secours de vingt-cinq francs en 1841. En 1843, sans emploi depuis un an, il sollicita de nouveau des secours et reçut de nouveau vingt-cinq francs. Il demeurait 327, rue Saint-Denis en juillet 1830 ; 28, rue Neuve-du-Luxembourg en 1830-1831 (« demeurant actuellement 1, place de l’Abbaye à Montmartre » in Archives de la préfecture de police AA 411 in dossier Riondé, Jean-François dans le certificat qu’il signe en août 1831 en faveur de ce dernier mais ça ne peut être que lui a priori) ; 52, rue des Saints-Pères en 1840 ; 87, rue Saint-Germain-l’Auxerrois en 1843. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire catégorie de la IIe classe du Ier arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 67 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement, liste des blessés indemnitaires, admis à une indemnité sur une année, idem liste des blessés indemnitaires de la 1re classe, compte établi du 1er août 1830 au 31 août 1831, où son nom est rayé, idem liste des blessés indemnitaires de la 1re classe, compte établi du 1er août 1830 au 31 août 1831, idem Bordereau des sommes payées à titre de secours pendant le mois de juillet aux veuves, aux blessés et aux orphelins de Juillet domiciliés sur le (ancien) Ier arrondissement sur le fond de 4 500 francs mis à la disposition de M. le maire du (ancien) Ier arrondissement le 11 juin 1831, idem décompte des paiements faits par la mairie depuis le 1er août 1830 jusqu’au 30 août 1831 aux blessés de Juillet pensionnés par la Commission des récompenses nationales, idem liste des médaillés du (ancien) Ier arrondissement, idem Etat nominatif des paiements faits à la mairie du (ancien) Ier arrondissement aux ascendants, veuves, blessés, orphelins, sous-lieutenants depuis le 1er juin jusqu’au 31 août 1831 ; Archives de Paris VD6 121 n° 2 mairie du (ancien) 1er arrondissement, liasse 1, liste des blessés qui ont été classés, idem liasse 6 (indemnitaires de la 1re catégorie de la 2e classe), idem liasse 7 liste des secours aux blessés ; Archives de Paris VD6 172 n° 6, dossier Baric, nom des blessés recueillis par Madame Baric, maison de santé rue du Faubourg-Poissonnière, 93 ; Archives de Paris VD6 631 n° 1 ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, liste des citoyens décorés de la médaille, XIe arrondissement, convocations des décorés à la mairie ; Archives de Paris VK3 18, Etat nominatif des blessés de la 2e classe qui ont reçu à la mairie dudit arrondissement sur les fonds de la Souscription nationale, l’indemnité une fois payée qui leur a été attribuée par la Commission, idem (ancien) Ier arrondissement, Ville de Paris, liste des individus blessés, décorés ou médaillés auxquels l’indemnité et l’habillement ou l’indemnité seulement ont été accordés ; Archives de Paris VK3 26, Commission de la souscription nationale, mairie du (ancien) Ier arrondissement de Paris, état nominatif des blessés 2e classe 1re catégorie dont les bulletins individuels ont été remis le 18 octobre 1831 au bureau de la Souscription nationale à la préfecture de la Seine ; Archives de Paris VK3 28, Commission des récompenses nationales de 1830, listes de noms de combattants bénéficiaires de secours pécuniaires, Ier arrondissement (ancien), idem même référence registre de la Souscription nationale, blessés de la 1re catégorie de la 2e classe ; Archives de Paris VK3 47 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés temporairement pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ier arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des (91) citoyens dont les blessures ont entraîné une incapacité de travail pendant un an ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/60 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) Ier arrondissement, blessés de 2e classe ; Archives de la préfecture de police AA 396 ; Archives de la préfecture de police AA 411 in dossier Riondé, Jean-François.