Laissac, Gustave, Jean-Pierre

Biographie


Né le 1er août 1806 (dont surtout in Archives nationales F/1dIII/39 mais le 2 août 1809 in Le Personnel de l’administration préfectorale et dans le Dictionnaire des parlementaires) à Montpellier (Hérault). On trouve dans la chronique de l’époque, le passage suivant le concernant : « Ce fut aux attaques des rues des Prouvaires et du Roule que se signalèrent M. Laissac, jeune avocat de Montpellier, aussi recommandable par ses talents que par ses vertus civiques, qui allait au feu en regrettant ses parents, mais qui ne faisait pas moins son devoir en brave. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Il signa le certificat suivant en faveur de Tessier, Eugène, Célestin : « Je, soussigné, déclare que le mercredi 28 juillet sur les 11 heures du matin, j’ai rencontré M. Eugène Tessier, en armes, sur la place de la Bourse, se disposant à marcher au premier signal ; que, de là, il s’est dirigé avec la colonne partie de la place de la Bourse vers la rue du Roule par celle des Prouvaires, où nous avons été arrêtés par le 15e d’infanterie légère, dont nous avons essuyé le feu pendant plusieurs heures. Je puis attester, de plus, que M. Tessier est un homme fort capable, plein de cœur et digne des faveurs du gouvernement. » Un billet de renseignement le concernant, sans date, précisait sur lui, à la suite de la demande présentée par trois députés (Garcias, Durand et Viennet) pour la sous-préfecture de Prades (Pyrénées-Orientales) qu’il était rédacteur au National et à la Révolution et qu’il n’avait « quitté ce dernier journal que lorsqu’il s’est jeté dans l’opposition républicaine. C’est un jeune homme parfait et digne en tout de la récompense que ces trois députés sollicitent pour lui ». Il fut nommé sous-préfet à Château-Chinon (Nièvre) en 1830. Le 18 novembre 1830, le préfet Dulac adressait le courrier suivant au ministre de l’Intérieur : « J’ai déjà eu l’honneur de parler à Votre Excellence du sous-préfet de Château-Chinon ; ce jeune homme, en arrivant dans ce pays, avait montré beaucoup de zèle, sa correspondance prouvait du talent et j’espérais qu’il prendrait une bonne direction. Mes prévisions ne se sont pas toutes réalisées ; à peine arrivé au chef-lieu de sa sous-préfecture, il s’est mis à prêcher les doctrines de Saint-Simon, et les habitants du Morvan, gens peu commodes d’ailleurs, n’ont pas été enthousiasmés de la nécessité d’abandonner et de mettre en commun toutes leurs propriétés ; son système lui a donné du ridicule aux yeux des uns et en a inquiété quelques autres. Dans quelques circonstances, il m’a fourni de faux renseignements et quelques révocations ont excité des murmures. Je dois cependant rendre justice M. Laissac, il a bon cœur et de bonnes intentions mais il ne s’est pas toujours bien entouré. Ses rapports avec le maire du chef-lieu qui étaient d’abord satisfaisants, ont cessé de l’être à cause de la révocation de quelques membres du conseil municipal, que j’ai prononcées sur sa proposition (et sans se concerter avec le maire) et qu’il a fait signifier au conseil assemblé sans prévenir le maire. Il est vrai de dire que ce fonctionnaire à écrit au sous-préfet une lettre peu convenable ; la réponse de ce dernier a été dans le même genre. Cette altercation a produit un fâcheux effet, M. le maire est très considéré dans le pays ou il a de l’indifférence. M. Laissac a pris une fausse direction. J’essaierai de lui en imprimer une nouvelle et j’irai dans cet arrondissement pour voir par moi-même l’état des esprits. Comme je présume qu’il sera parvenu des plaintes à Votre Excellence, je la prie de vouloir bien attendre un nouveau rapport que j’aurai l’honneur de lui adresser dès que je serai de retour de Château-Chinon. » Le 3 décembre suivant le préfet faisait parvenir au ministre le rapport suivant : « […] M. Laissac, en arrivant, eut le tort de mettre au jour les théories de Saint-Simon, il eut des renseignement erronés qui lui firent solliciter des révocations inopportunes, il énonça l’intention de surveiller et de détruire l’influence aristocratique et dans tout cela il fut mal compris. Les uns virent la loi agraire dans le système de Saint-Simon, les autres une tendance à une égalité absolue. Dans les choix qu’il me proposa, on crut apercevoir une grande exaltation dans les idées. […] D’après mes recommandations, M. Laissac ne parle plus de Saint-Simon depuis longtemps ; il a été le premier à revenir sur quelques choix peu convenables. Il est très excusable de s’être laissé tromper ; jeune et sans expérience, il a fait ce que beaucoup d’autres plus expérimentés ont fait et il a bien expliqué sa pensée, qui n’était pas de tracasser ni de suspecter les hommes qui appartenant à la classe nobiliaire ont donné dans les dernières élections des garanties à l’ordre constitutionnel mais seulement de surveiller les personnes qui se montrent en hostilité avec le gouvernement. Tous les autres reproches qu’on lui a faits de propager les théories inquiétantes, de faire des affiches, etc. sont dénués de fondement. Il a du talent, soigne sa correspondance et m’a témoigné beaucoup de confiance. Je crois avoir la certitude qu’il suivra la direction que je lui ai tracée et les explications que j’ai eues avec les notables de l’endroit me donnent l’espérance que les préventions contre lui cesseront. La franchise de son caractère, qui à mes yeux est la première vertu de l’homme privé mais devient quelquefois funeste à l’homme public lorsqu’elle le porte à trop dire sa pensée publiquement, est la principale cause des préventions qu’on a conçues contre lui ; son prédécesseur était d’ailleurs du pays, allié à beaucoup de familles considérables, il n’est pas étonnant qu’on ait cherché à le faire regretter en déconsidérant son successeur. En résumé, M. le ministre, je crois que la direction que suit aujourd’hui M. le sous-préfet de Château-Chinon doit lui rallier tous les esprits, ou du moins la grande majorité car par le temps qui court il serait trop présomptueux de vouloir contenter tout le monde. » Il fut destitué en juin 1831. Le 12 juin 1831, une pétition signée par une trentaine de gardes nationaux, électeurs et notables du canton de Moulins-Engilbert, tous « dévoués à l’ordre de Louis-Philippe » protestait auprès du président du Conseil de la destitution qui frappait « cet homme si loyal, si animé du bien public, dont les mœurs s’allient à tant d’aménité. […] Sa conduite administrative, politique et particulière étant irréprochable, ils ont pensé que la calomnie seule avait pu indisposer Votre Excellence contre lui ; aussi s’empressent-ils, pour lui donner une preuve d’estime méritée, de vous supplier, si le bruit de cette disgrâce est fondée, de vouloir bien revenir de votre décision qui les afflige bien amèrement ». Une autre signée par une soixantaine de personnes protestait aussi de la mesure et lui donnait le témoignage « qu’il n’est pas d’homme plus probe et plus consciencieux, qu’il réunit aux qualités du cœur la plus douce aménité de caractère, qu’à un brillant esprit il associe la solidité de l’instruction. Voilà l’homme privé ; comme magistrat, M. Laissac a constamment donné des preuves de son dévouement à la chose publique et au gouvernement, à l’établissement duquel il a si puissamment contribué en combattant vaillamment aux jours de Juillet, ajoutons que c’est à son zèle et à son influence que la garde nationale de Château-Chinon a dû sa prompte organisation, ses chefs se plaisent à le reconnaître. » On trouve dans son dossier une lettre de Jules Alisse qui, en date du 2 décembre 1830, prend la défense de Laissac auprès du ministre de l’Intérieur : « Le souvenir que vous avez de moi vous rendra sans doute ma lettre moins suspecte. Si je viens mêler mes sollicitations à celles qui vous importunent c’est dans des vues d’intérêt public, j’espère que vous en êtes persuadé. Un de mes amis, M. G. Laissac, est sous-préfet à Château-Chinon. J’apprends qu’il est desservi près de vous et qu’entre autres imputations on l’accuse de tenir à la doctrine de Saint-Simon. La prétention d’interdire à un fonctionnaire public toute étude philosophique, toute idée élevée vous fait sans doute sourire comme moi. Mais je dois vous déclarer que M. Laissac n’appartient pas à cette secte ridicule qui tient rue Taitbout des séances où elle travestit la doctrine qu’elle prétend exposer. M. Laissac, ainsi que moi, est attaché aux idées de Saint-Simon autant qu’il répugne aux justifications de ses prétendus disciples. D’ailleurs c’est je vous assure un homme intègre, actif, éclairé et je serai heureux d’avoir pu rectifier les opinions qu’une influence peu bienveillante aurait pu vous donner de lui. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il mourut le 25 janvier 1858. On peut trouver dans la notice qui lui est consacrée dans le Dictionnaire des parlementaires, les informations suivantes : « […] D’une famille de modestes artisans, était étudiant en droit au moment de la révolution de 1830. Il fut décoré de la Croix de Juillet et nommé sous-préfet de Château-Chinon. Destitué neuf mois après, il devint secrétaire de M. Mauguin et fut impliqué (1832) dans un procès politique à Montpellier ; acquitté par le jury, il termina son droit à Toulouse et se fit inscrire au barreau de Montpellier, où il acquit rapidement de la réputation, en plaidant dans plusieurs affaires retentissantes, notamment pour les tonneliers de Nîmes, prévenus de délit de coalition, pour les accusés d’avril, dans les procès auxquels donna lieu le recensement de 1842, etc. Il s’était marié à une femme “aussi riche d’années que d’argent” dit un biographe, lorsque la révolution de 1848 le fit procureur général à Montpellier ; il fut élu, le 4 juin suivant, représentant de l’Hérault à l’Assemblée constituante, en remplacement de M. de Larcy, qui avait opté pour le Gard, par 24.075 voix sur 62.221 votants. Mais de graves irrégularités ayant été signalées dans cette élection, elle fut annulée après enquête le 16 juin et M. Laissac dut se représenter devant les électeurs, qui lui confirmèrent son mandat le 24 septembre suivant avec 35.306 voix (63.757 votants). Il fit partie du comité de législation et vota contre la sanction de la Constitution par le peuple, pour l’ensemble de la Constitution, contre la proposition Rateau, contre l’interdiction des clubs, contre l’expédition de Rome. Non réélu à la législative, il rentra au barreau. On a de lui une brochure sur la Taxe des boissons ; il avait collaboré au Journal des économistes, à la Révolution de 1830 et à la Tribune. » Le Dictionnaire universel des contemporains de Vapereau lui consacra la notice suivante : « Laissac, Gustave, publiciste français, ancien représentant du peuple, né à Montpellier, le 2 août 1809, d'une famille d'artisans, reçut une éducation libérale et vint à Paris suivre les cours de droit. En 1830, il obtint la Croix de Juillet et fut nommé sous-préfet à Château-Chinon (Nièvre). Mais il ne tarda pas à se faire destituer, revint à Paris, et fut quelque temps secrétaire de M. Mauguin. En 1832, il retourna dans sa ville natale et y fut impliqué dans un procès politique. Acquitté par le jury après trois mois de prévention, il acheva ses études de droit à la Faculté de Toulouse, puis il se fit inscrire au tableau des avocats de Montpellier. Il acquit rapidement de la réputation et fut dans le Midi un des défenseurs ordinaires du parti républicain. Il participait en même temps à la rédaction de plusieurs journaux démocratiques, tels que la Révolution de la Tribune; mais il ne se borna point à la polémique et publia, dans le Journal des Economistes, un travail remarquable sur la question viticole; on lui doit encore des études intéressantes sur Barbeyrac et sur le droit public européen au XVIIe siècle. En 1842, il obtint comme candidat à la députation, à Narbonne, un grand nombre de voix. Nommé par le gouvernement provisoire de 1848 procureur général près la Cour d'appel de Montpellier, il fut élu représentant de l'Hérault à la Constituante, et son élection ayant été annulée pour quelques vices de forme, il fut réélu le 17 septembre. Jusqu'à fin de son mandat, il vota, en général, avec la gauche, et, après l'élection du 10 décembre, combattit la politique du Président. Il ne fut pas renvoyé à la Législative. » Il demeurait à Château-Chinon en 1831 ; 161, rue Montmartre en 1831 in Archives nationales F/1dIII/36. Une semaine de l’histoire de Paris, dédié aux Parisiens, baron de L*** L***, Stuttgart, chez Hoffmann, 1830, p. 172 ; Une semaine de l’histoire de Paris, dédié aux Parisiens, baron de L*** L***, Paris, Mame et Delaunay-Vallée, 1830, p. 252 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 278 in dossier in dossier Tessier, Eugène, Célestin ; Archives de Paris VD6 371 n° 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1bI/166/6 ; Le Personnel de l’administration préfectorale 1800-1880, Paris, Centre historique des Archives nationales, 1998 ; Dictionnaire des parlementaires de 1789 à 1889, FES-LAV, Robert et Cougny, Bourloton, Paris, 1891, p. 542-543 ; Dictionnaire universel des contemporains, contenant toutes les personnes notables de la France et des pays étrangers, Vapereau, Paris, Hachette, 1858 ; Vapereau, volume 1, p. 1013. Alexandre Laissac, futur maire de Montpellier, épousa, à Montpellier le 27 avril 1865, sa cousine, Joséphine Olympe Denise Laissac, fille de Gustave, selon Wikipedia.

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