Lallemand
Biographie
Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Lallemand : « [27 juillet] Il y avait un grand rassemblement rue de Beaune, chez un pharmacien nommé Robinet (voir Robinet, Stéphane) ; le rassemblement se composait d’électeurs et de gardes nationaux du (ancien) Xe et du (ancien) XIe arrondissement.
On ne demandait pas mieux que de marcher, mais personne n’avait d’armes.
– Pas d’armes ? dit Etienne Arago en entrant. Si vous n’avez pas d’armes, il y en a chez les armuriers !
On connaissait, au National et à la Petite-Jacobinière, la réunion qui avait lieu chez Robinet, et on y avait député Arago.
Depuis le matin, il n’avait pas perdu son temps.
“Pas d’armes !” était le cri général à la Petite-Jacobinière, comme partout, on disait : “Pas d’armes !”
Le théâtre du Vaudeville venait de jouer Le Sergent Mathieu ; il y avait, par conséquent, dans le magasin d’accessoires, une vingtaine de fusils, de sabres et de gibernes.
Gauja (voir Gauja, Jean, Raymond, Prosper, Mélanie, Thérèse) et Etienne coururent au Vaudeville, mirent fusils, sabres et gibernes dans de grandes mannes d’osier qu’ils recouvrirent de toiles, recrutèrent commissionnaires et machinistes, et suivirent le cortège avec chacun un habit d’officier de la garde impériale sous leur redingote.
La place du Palais-Royal était encombrée de troupes. Un capitaine sortit des rangs.
– Que portez-vous là ? demanda-t-il aux commissionnaires.
– Un déjeuner de noces de chez Parly, capitaine, répondit Arago.
Le capitaine se mit à rire : la pointe des sabres et la pointe des baïonnettes passaient à travers les cloisons d’osier. Il tourna le dos, et rentra dans les rangs.
Fusils, sabres et gibernes arrivèrent à bon port à la Petite-Jacobinière, où ils furent distribués.
C’était à la suite de cette distribution qu’Etienne avait été envoyé chez Robinet.
A ces mots : “Si vous n’avez pas d’armes, il y en a chez les armuriers !” chacun sortit.
Etienne courut chez le plus proche ; il était avec Gauja et un nommé Lallemand.
Cet armurier le plus proche demeurait rue de l’Université. Après avoir indiqué à Etienne sa boutique, située à gauche de la rue de Beaune, je tournai à droite pour aller prendre mon fusil.
Etienne et Lallemand se précipitèrent dans la boutique de l’armurier au moment où celui-ci essayait de fermer sa porte. Plus heureux avec l’armurier que, la veille, ne l’avait été avec lui le commissaire de police, Etienne parvint à entrer dans la boutique.
– Mon ami, dit-il, ne vous effrayez pas... Nous ne venons point prendre vos armes ; nous venons les acheter.
Il prit cinq ou six fusils, en garda un pour lui, un pour Gauja, un pour Lallemand, et distribua les autres. Puis il vida ses poches, dans lesquelles il y avait trois cent vingt francs, et, pour le surplus de la fourniture, donna un bon sur son frère François, de l’Observatoire, qui paya religieusement.
Lallemand endossa le billet.
Ce Lallemand était un garçon fort instruit et fort spirituel, que nous appelions le Docteur, parce qu’il parlait toujours latin.
Je donne cette explication afin qu’on ne le confonde pas avec le professeur Lallemand.
On prit tout de suite, chez le même armurier, de la poudre et des balles ; on n’allait pas, comme on le verra, tarder à en avoir besoin. » Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, sixième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1868, p. 103-104. Voir Lallemant, Julien, François, dit Mazagrand ?