Lambert, Michel
Biographie
Né vers 1790 à Meudan (Seine-et-Oise). Fruitier. Il sollicita auprès du roi un emploi de courrier de la malle. Il adressa, le 1er décembre 1830, la lettre suivante au roi : « Permettez à un de vos fidèles sujets de mettre sous les yeux de Votre Majesté l’exposé ci-après. Comme tous les bons Français, j’ai eu le bonheur de concourir aux glorieux événements de Juillet et je crois pouvoir dire plus particulièrement que tout autre en ce que : Les 27 et 28, malgré les représentations d’une épouse chérie, de mes six enfants en pleurs et des conseils des voisins et d’un ami nommé Maurice, conducteur, qui me dit Où allez-vous Lambert ? Comment ! père de famille, vous allez exposer votre vie comme aucun jeune homme ne l’a fait ! Mais, n’écoutant que mon enthousiasme, je partis et ne craignis que de ne pas montrer assez de dévouement pour une aussi belle cause que celle pour laquelle je combattais. Le 29 juillet, moi seul revêtu du bel uniforme de la garde nationale que j’avais conservé, à la tête de plusieurs de mes camarades, nous conduisîmes le brave général Lafayette à l’Hôtel de ville ; après l’y avoir installé, croyant ne plus être utile à ce poste mais jaloux de concourir à achever l’œuvre que nous avions si bien commencée, je bravais le feu et courus aux Tuileries. Là, toujours à la tête des premiers pelotons, je fus assez heureux pour voir effectuer et contribuer à la retraite des troupes royales jusqu’à la porte Maillot, cherchant toujours l’occasion d’offrir et de rendre mes services au roi des Français et à l’Etat. Je retournai aux Tuileries au moment où quelques individus s’y conduisaient un peu lestement ; j’installai un poste, je fis fermer les grilles du château parce que j’imaginai que c’était le seul moyen de le faire évacuer. Je réussis et quelques instants après il n’y restait presque plus personne. Je plaçai moi-même au moins vingt factionnaires avec une consigne sévère de ne laisser sortir aucun objet qui appartînt à l’Etat ; ma consigne fut suivie et je vis avec plaisir rentrer dans une caisse que j’avais fait placer exprès dans le corridor sous l’horloge une quantité immense d’effets, qui fut évaluée à deux cent mille francs. Enfin lorsqu’il y eut de l’ordre, que le poste fut mis et les factionnaires postés, je me retirais parce qu’il était temps de rentrer dans ma famille, que j’avais laissée dans la désolation. Je n’ai point sollicité comme tant d’autres, parce que je croyais n’avoir fait que mon devoir mais, pressé par le besoin d’élever ma famille, je viens soumettre à Votre Majesté que depuis quinze ans je brigue la place de courrier de malle-poste ; elle m’avait été promise par le roi Charles X ! qui en fit écrire à M. le marquis de Vaulehis ; mais ce directeur, connu de l’univers entier par sa partialité, fit épier mes actions et mes principes, que je n’ai jamais démentis. Ayant appris que j’étais bien loin de penser comme lui, il prétendit que mes opinions n’étaient point celles que je devais avoir et, ayant l’envie d’y mettre un homme de son bord, m’écrivit, le 26 mars 1827, que mon âge ne me permettait pas d’occuper cet emploi. Je vis d’où partait cette défaite et j’arrêtais mes démarches. Aujourd’hui qu’on n’implore pas en vain la clémence du roi des Français, je supplie Votre Majesté de vouloir bien me faire accorder cette place pour m’aider à élever mes six enfants en bas âge. Déjà elle m’avait été promise et je crois y avoir quelques droits par les risques que j’ai courus. Je suis, etc. » Suivait l’apostille suivante : « J’atteste que M. Lambert est un bon citoyen, que j’ai vu dans les événements se distinguer par son zèle au travail des barricades dans notre quartier. » Signé : Brocard, demeurant 218, rue Saint-Honoré ; Marotte, demeurant 2 bis, rue de Venise ; Bruncler, demeurant 22, rue Poissonnière ; Ozanne, Maurice, demeurant 37, rue des Deux-Ponts. Sa lettre restée sans réponse, il sollicita, le 28 décembre 1830, le même emploi ou tout autre équivalent auprès de la Commission des récompenses nationales. Sa demande était apostillée des signatures de : Ozanne, Maurice, demeurant 37, rue des Deux-Ponts dans l’île Saint-Louis ; Brumser, demeurant 22, rue Poissonnière ; Brocard, demeurant 218, rue Saint-Honoré ; Marotte, demeurant 2, passage de Venise.. Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, certifions que le sieur Lambert, Michel, demeurant rue Saint-Joseph n° 18, s’est battu le mardi à la Bourse, qu’il a été un des premiers à mettre le feu au corps de garde occupé par les gendarmes ; que le mercredi matin il a encore combattu dans la rue Saint-Honoré et principalement chez M. Brocard, concierge de la maison d’Orléans, où un biscayen qui est encore marqué à la porte où il était a failli lui traverser l’estomac ; que le mercredi soir, en rentrant voir ses six enfants il a donné l’idée d’arracher les pavés pour former les barricades qui ont été si utiles aux défenseurs de la cause pour laquelle le sieur Lanbert a combattu avec tant d’acharnement ; que le jeudi, sortant de chez lui en garde national malgré les pleurs de ses six enfants, il fut arrêté par le sieur Ozanne, Maurice, conducteur, qui, lui demandant où il allait, voulut lui mettre sa famille devant les yeux, mais, n’écoutant que son enthousiasme, il lui répondit qu’il voulait contribuer à mettre les troupes royales hors les portes de Paris, ce qu’effectivement il fit puisque ce ne fut qu’à son retour de la porte Maillot, en passant par les Tuileries, qu’il reconnut que certains individus se conduisaient mal, qu’il posa entre autre vingt factionnaires, les sieurs Marotte, passage de Venise n° 2, cour Batave, et Brinkler, rue Poissonnière n° 22, pour conserver les effets appartenant à l’Etat. » Signé, en décembre 1830 : Brocard, portier, demeurant 218, rue Saint-Honoré ; Brinkler, demeurant 22, rue Poissonnière ; Marotte, demeurant 2, passage de Venise ; Ozanne, Maurice, demeurant 37, rue des Deux-Ponts. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la croix et une place de courrier de la malle-poste. Il était père de six enfants en 1831. Il était indiqué sur les fiches de la Commission comme sans fortune. Il demeurait 18, rue Saint-Joseph en décembre 1830 ; 26, rue des Messageries en 1831. Archives de la préfecture de police AA 396.