Lamy, Antoine, Nicolas
Biographie
Né vers 1788 à Custines (Meurthe). Ex-receveur de l’enregistrement et étudiant en philosophie en 1820, il fut compromis dans l’affaire de la conspiration du Bazar français. Il ne fut pas présent au procès. L’acte d’accusation le dit « ancien receveur de l’enregistrement ; destitué et même condamné par contumace pour infidélités dans sa gestion ». Il fut acquitté faute de charge suffisante. Homme de lettres en 1830, fondateur du journal intitulé La Clinique des hôpitaux et de la ville. Le Constitutionnel du 18 août 1830 le présenta comme un ami de Jean Dumoulin, dont il avait été, dans les différents complots ourdis sous la Restauration le « compagnon de quinze années de tentatives pour affranchir la patrie ». Il mourut des suites de la blessure qu’il reçut le 29 juillet à l’attaque du Louvre. Le National du 7 août 1830 rapportait à son sujet : « M. L’Amy, propriétaire du journal La Clinique des hôpitaux, demeurant rue du Faubourg-Montmartre, n° 83, a déployé, dans les trois journées immortelles, un caractère de bravoure et d’activité qui ne saurait mériter trop d’éloges. L’un des premiers, il visita Paris en tous sens pour animer et exciter les citoyens à la plus vigoureuse résistance ; constamment au milieu des dangers, il vit, dans la journée du 28, périr à son côté, lors de l’attaque de la porte Saint-Denis, un jeune père de famille, débouchant ainsi que lui par la rue de la Recouvrance ; le 29, il se rendit au faubourg Saint-Antoine, où plus de six cents braves bien armés le nommèrent leur chef, et il les conduisit rue Cadet, au générale Delaborde, préfet actuel de Paris ; il en reçut l’ordre de se porter avec sa troupe sur la place de la Bourse. Le feu le plus nourri et le plus prolongé se faisant entendre près du Théâtre-Français, il pensa que ce point exigeait de prompts secours, et s’y dirigea en toute hâte. Un engagement terrible eut lieu entre les braves qu’il commandait et la garde royale ; celle-ci occupait l’extrémité de la rue Richelieu, la place du Palais-Royal, et s’était introduite dans diverses maisons adjacentes. Le carnage était affreux, et la position critique. M. L’Amy proposa de fondre en masse sur les assaillants ; ce mouvement, exécuté avec une audace et une bravoure incroyables, décida le succès, et entraîna la retraite des soldats. Dans ce choc, aussi impétueux que brillant, M. L’Amy, frappé d’un coup de feu dans la poitrine, continua encore l’attaque quelques secondes et baigné dans son sang, il fut emporté dans une maison voisine, où il reçut les premiers secours. Transporté plus tard à l’hôtel des Empereurs, rue Grenelle-Saint-Honoré, n° 22, il s’y trouve comblé de soins par les dames qui l’habitent, et spécialement par une voyageuse, dont les attentions soutenues, les consolations, les nobles et délicats procédés sont un sujet d’admiration pour les nombreux amis du blessés. Son état, quoique fort dangereux encore, est beaucoup amélioré, et la patrie conservera, on l’espère, l’un de ses généreux défenseurs. » Puis Le National et Le Courrier français du 9 août 1830 donnèrent l’avis suivant : « M. Lamy a succombé hier soir aux suites des blessures graves qu’il avait reçues en combattant vaillamment le 28 juillet, à la tête d’un corps nombreux de citoyens. Ses obsèques auront eu lieu demain lundi, à neuf heures et demie du matin. Ceux de ses amis qui n’auraient pas été prévenus sont priés de se réunir à son domicile, rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 22, pour se rendre à l’église Saint-Eustache, et de là, au cimetière Montmartre, où les honneurs militaires lui seront rendus. » Le Constitutionnel du 9 août 1830 donna le même avis. Dans son édition du 10 août 1830 Le National – repris en partie par l’édition du 12 août du Le Constitutionnel – relata le déroulement des funérailles de Lamy : « M. Lamy, mort pour la défense de la liberté, a été transporté hier de l’église Saint-Eustache à Montmartre, accompagné d’un bataillon de gardes nationaux et d’un nombre considérable de ses amis. Le docteur Coster a prononcé, sur sa tombe le discours suivant : “Nous ne venons pas pleurer sur cette tombe ! Quelle mort est plus glorieuse et plus digne d’envie que celle des braves dont le courage a fondé la liberté. Point de chants lugubres ! Les hymnes joyeux de la patrie doivent seuls ici retentir et consoler les mânes du héros citoyen ! Le plomb du despotisme a frappé son noble cœur ; mais avant d’aller recevoir dans les cieux la récompense des âmes généreuses, avant de dire à ses amis un adieu qui ne sera point éternel, il a appris que le parjure était puni, que la tempête était calmée, et que l’arc-en-ciel de la liberté et de la justice brillait sur l’horizon. On lui a dit que le bonheur de la France venait d’être placé sous l’égide d’institutions libres et sages, et sous celle d’un prince citoyen, donnant à la fois l’exemple rare des vertus publiques et domestiques. “Et moi aussi, s’est-il écrié alors, j’ai scellé de mon sang le bonheur de ma patrie, et puisque mon bras n’a pas été inutile à la chute de ses ennemis, je quitte la vie sans regrets : Dulce et decorum est pro patria mori.” Après avoir prononcé des mots, il passa dans une meilleure vie.
»Et nous Messieurs, qui sommes restés debout sur les débris de la trahison, foudroyée par la colère d’un peuple outragé, quelles leçons viendront nous prendre sur ces tombeaux ? Nous apprendrons que la victoire, pour être parfaite, doit être exempte de souillure et que si nous avons été forts, nous devons être grands et justes. Le despotisme n’est pas le seul ennemi des droits sacrés de l’humanité, l’anarchie est cent fois plus cruelle encore.
»Nous le jurons donc par vous, nobles mânes de nos frères, nous jurons de rester unis et d’étouffer dans nos millions de bras ces deux monstres également souillés du sang des peuples. Assez de sang et de larmes ont coulé. Serrons nos rangs autour du drapeau de la gloire ; il est placé dans les mains du chef que nos mandataires ont désigné, et que nos cœurs avaient déjà choisi. Réunis en un seul faisceau, portons partout des paroles de paix. Oui, paix aux hommes de bonne volonté ! mais malheur aux séditieux qui tenteraient encore d’armer les Français contre des Français ! Malheur à l’étranger qui oserait troubler notre fête de famille !
»Vive la liberté ! Vive le roi des Français !” »
On trouve dans l’Ambulance de la rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 29, et souscription pour les blessés de la journée du 29 juillet. Rapport du secrétaire, présenté à la commission de l’ambulance et soumis à l’autorité municipale, imprimerie de Sétier, s.d., p. 4, les détails suivants sur la mort de Lamy : « M. Bocquet […] MM. Jacob et Robion […] ont prodigué au brave Lamy, qui avait été reçu à l’ambulance et ensuite transporté en face, à l’hôtel des Empereurs, tous les secours de leur art, avec un intérêt vraiment fraternel ; et c’est au moment où ils espéraient le sauver qu’ils ont eu la douleur de le perdre. On peut dire que ce grand citoyen n’a dû qu’à leur soin la prolongation de son existence, et la satisfaction de voir qu’il n’avait pas en vain versé son sang pour sa patrie ! Cet homme recommandable, dont on ignorait alors la parenté avec le généreux défenseur des Hellènes, reçut aussi de madame Fleury, de Lille, qui habitait l’hôtel, les soins les plus touchants ; mais rien ne pouvait le sauver : la chevrotine dont il avait été frappé fut, lors de l’autopsie, trouvée dans les poumons. » Sur le registre de la mairie, le docteur Jacob et le pharmacien Vallet apparaissent comme ayant donné des soins aux blessés. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, mais aucune personne de sa famille ne s’étant manifestée, la Commission n’eut aucun droit à examiner. Son nom fut oublié sur les listes du Panthéon ; les députés de la Meurthe protestèrent contre cet oubli, et rappelaient que « le conseil municipal de la commune de Custine a fait élever un cénotaphe à la mémoire de son infortuné compatriote et les habitants de la ville de Nancy et de beaucoup d’autres localités ont concouru à l’érection de ce monument. » Le ministère répondit que le nom de Lamy n’était pas compris dans la première liste dressée par la Commission des récompenses nationales des citoyens tués en défendant les libertés publiques, mais bien dans la seconde liste et promit dès lors la rectification de l’oubli. Le nom de Lamy (A.-N. Lamy) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Il demeurait 39, rue de l’Université en 1820 ; 83, rue du Faubourg-Montmartre (mais 22, rue de Grenelle in Archives de Paris DM13 1) en 1830. Cour des pairs, acte d’accusation dans le procès dont l’instruction a été prescrite par l’ordonnance royale du 21 août 1820, p. 4, 11, 14, 19, 31, 99, 102, 135, 168, 170, etc. ; Ambulance de la rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 29, et souscription pour les blessés de la journée du 29 juillet. Rapport du secrétaire, présenté à la commission de l’ambulance et soumis à l’autorité municipale, imprimerie de Sétier, s.d., p. 4, 16 ; Les Barricades immortelles du peuple de Paris, relation historique, militaire, anecdotique des journées des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 et du voyage de Charles X jusqu’à son embarquement, par P. C., Paris, Leroi, 1830, p. 421 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 274 ; Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 164-165 ; Histoire de ce qui s’est passé dans cet hôpital pendant et après les trois grandes journées, suivie des détails sur le nombre, la gravité des blessures et les circonstances qui les ont rendues fatales, Prosper Ménière, docteur en médecine de la faculté de Paris, ancien chirurgien interne des hôpitaux et hospices civils de la même ville, Heideloff et Canel, Paris, 1830, p. 212 ; Archives de Paris DM13 1, préfecture de la Seine, tableau des décès qui ont eu lieu pendant les mois de juillet, août et septembre 1830, (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (liste supplémentaire) ; Archives nationales F/1dIII/38/A, Commission des récompenses nationales, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/60 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet ; Archives nationales F/9/1156 ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 83, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841. Est-ce lui que Chambolle évoque in Retours sur la vie, Appréciations et Confidences sur les hommes de mon temps, Chambolle, Paris, Plon-Nourrit, 1912, p. 49, comme membre de la vente centrale des carbonari, fils naturel de Daunou, arrêté au sortir d’une imprimerie clandestine vers 1820 : « Un membre de la vente centrale, M. Lamy, fils naturel de M. Daunou, ayant été saisi, au sortir d’une imprimerie clandestine, avec des écrits compromettants, ce fut, parmi nous, un grand émoi : il fallut prévenir son père que des ballots entiers de ces imprimés étaient cachés parmi les livres de sa bibliothèque. Je dois dire que M. Daunou, qui avait bien le droit d’être mécontent, montra une irritation et une terreur exagérées, peut-être parce qu’il se reportait aux souvenirs d’une autre époque. Il fallait cependant venir au secours de M. Lamy, à qui il défendait d’invoquer son nom et dont il ne consentait pas à s’occuper. M. de Lagarde père, lié d’ancienne date avec M. Foudras, qui avait été directeur de la police sous M. Decazes, eut recours à lui. M. Foudras ne tarda point à nous faire savoir que notre camarade avait été dénoncé par un agent provocateur, et que ce misérable, pour mieux remplir ses fonctions clandestines, s’était affublé du nom d’un des jeunes gens les plus purs et les plus intrépides de la démocratie (M. Guinard), ce qui lui assurait du crédit auprès d’un grand nombre de dupes. C’est sous ce nom que la dénonciation avait été portée à la préfecture de police, qui était, sans nul doute, dans le secret de ce déguisement. De là une série de méprises, d’explications, de provocations et d’angoisses surtout, pour l’homme, imprudent parfois, mais toujours dévoué et généreux, dont le nom avait été volé pour une machination infâme. »