Lançon, François
Biographie
Né le 30 septembre 1793 à Bors (Charente). Enrôlé à quinze ans, caporal le 1er avril 1811 au 130e régiment, fourrier le 1er mai 1811 au même corps, sergent le 27 septembre 1813, au même corps, proposé pour la Légion d’honneur le même jour, lieutenant le 12 juin 1815 au 3e bataillon de la Charente, en garnison à Bordeaux, capitaine de grenadiers le 16 juin 1815 au même corps ; il fit les campagnes d’Espagne des années 1810, 1811, 1812, et 1813 ; il fut blessé d’un coup de feu à la cuisse gauche. Pendant les Cent Jours « quoique s’appuyant encore sur une béquille », il servit encore. Propriétaire au château de l’Ile-Saint-Denis en 1830. Les journaux de l’époque relataient ainsi sa participation aux combats : « M. Lançon, ancien capitaine, oubliant qu’il avait deux enfants au berceau, et sa jeune épouse malade, réunit rapidement, dans la matinée du 29 juillet, une cinquantaine de braves, avec lesquels il se précipita sur le Louvre, et aida puissamment la colonne qui venait du faubourg Saint-Germain. Le Louvre fut enlevé, et par suite les Tuileries. Dans le trajet du Louvre aux Tuileries, M. Lançon a tué le chef de bataillon qui commandait les Suisses. » On trouve cependant sur son dossier l’observation suivante : « Renseignements à prendre vu la nullité des journaux qui attestent sa conduite. » Une dépêche indiquait à son sujet : « En récompense de sa conduite pendant les journées de Juillet et eu égard à la perte de sa fortune par suite de la crise commerciale, sollicite l’effet des promesses faites aux braves de Juillet. » Marié depuis peu d’années et ses enfants encore au berceau, il ne pouvait plus se consacrer à la carrière militaire et préférait solliciter la sous-préfecture de Ribérac, ou une autre sous-préfecture « dans les environs de Paris, où se trouvent placés ses intérêts » ; dans une autre requête, il demandait à être employé dans son grade de capitaine. Il était porteur d’un certificat, ainsi rédigé : « Les soussignés, ayant, dans la journée du 29 juillet dernier, combattu sous les ordres de M. Lançon, officier de la vieille armée, certifient que dans la matinée de ce jour, après avoir organisé un détachement dans les environs de la place du Châtelet et celle de l’Hôtel-de-Ville, il se dirigea aussitôt vers le Louvre, dans une vive fusillade des troupes suisses qui s’y étaient enfermées ; qu’ayant posté son détachement sur les places Saint-Germain-l’Auxerrois, du Louvre le quai avec infiniment d’habileté, son courage et son exemple contribuèrent efficacement à l’enlèvement du château et des Tuileries, où il affronta constamment les plus grands périls. Suivi de quelques-uns de nous, c’est avec une intrépidité sans exemple que nous l’avons vu s’avançant vers une masse de Suisses fuyards, en désarmer autant qu’il lui a été possible, tuer leur chef (un chef de bataillon), duquel il venait d’essuyer quatre ou cinq fois le feu d’un pistolet, relever en même temps deux de nos patriotes, et enfin plusieurs autres beaux traits qu’il serait long de détailler. » Signé, le 30 août 1830 : Duvernel, blessé, demeurant 6, rue Montmartre (voir sans doute Duvernel, Jacques, Frédéric) ; Genin, blessé au Louvre, demeurant 21, rue Croix-des-Petits-Champs (voir Genin, Romain ?) ; Sanssens, demeurant 10, rue du Four-Saint-Honoré (pas retrouvé). Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) 1er arrondissement. Il accompagna Arnold, Antoine, Gabriel dans ses démarches pour faire valoir ses droits à une récompense, sans doute auprès de la Commission des Réclamants, sise de la rue Bourg-Labbé. Il signa d’abord, le 31 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Duvernel, Jacques, Frédéric : « Je, soussigné, officier de la Vieille Armée, certifie que le sieur Duvernel a été sous mes ordres à l’attaque du Louvre et des Tuileries, qu’il s’y est conduit bravement et qu’il y a été blessé à l’épaule droite par un coup de feu. » Il signa ensuite, le 17 octobre 1831, le certificat suivant en faveur de Duvernel, Jacques, Frédéric : « Nous, soussignés, certifions que le sieur Duvernel, Frédéric […] a pris les armes dans les immortelles journées de Juillet pour le soutien de la bonne cause et de la défense de la patrie et que le 29 juillet à la prise du Louvre il a été blessé à l’épaule droite d’un coup de feu. La manière d’éloges (sic) dont il se comporta en combattant vaillamment les ennemis de la patrie est un puissant motif pour que nous le recommandions avec ardeur à la bienveillance d’un gouvernement juste, qui reconnaît et récompense les actions d’éclat. » Il ajouta l’apostille suivante : « Le sieur Duvernel ayant combattu à mes côtés le 29 juillet, je certifie que les éloges contenus dans le certificat ci-dessus lui sont mérités. » Il prêta son serment de décoré de Juillet, en mai 1831 à la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il reçut sa croix le 24 juin 1831, et son brevet le 20 août de la même année En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, en tant que décoré, auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. On trouve dans les Murailles révolutionnaires, collection complète des professions de foi, affiches, décrets, bulletins de la république, fac-similé de signatures, cet appel aux électeurs du 4e bataillon de la garde nationale, rédigé par Lançon : « Citoyens du 4e bataillon. J’étais au nombre des candidats pour le grade de capitaine d’état-major dont le bataillon avait à entendre hier soir la profession de foi. Mais l’assemblée ne se trouvant plus être qu’en très petit nombre au moment où je fus appelé, et vu d’ailleurs l’heure trop avancée, je n’aurais pu dire que quelques mots de ma profession de foi, que j’aurais désiré être assez complète. Par ce double motif je retirai ma candidature. Cependant, aujourd’hui, je cède aux nouvelles instances de plusieurs de mes amis de notre 4e bataillon, pour vous donner un rapide exposé de mes titres, et me replacer au nombre de vos honorables candidats pour le même grade de capitaine d’état-major. Né dans la classe du peuple, j’ai été élevé dans la classe du peuple, à la charrue de mon père. A quinze ans, je m’enrôlai dans le 130e régiment de ligne. Laissez-moi vous dire qu’à cet âge je sentais germer dans mon cœur les sentiments démocratiques. Je fis en Espagne, comme sous-officier, les quatre dernières campagnes de l’Empire. Des titres authentiques d’une proposition officielle pour la Légion d’honneur, faite en ma faveur, alors que j’étais encore bien jeune, restent dans mes mains. En 1815, lors des Cent-Jours, je pus servir encore un moment la patrie. Une blessure grave, mal cicatrisée, ne me permettant de marcher qu’à l’appui d’un bâton, je me fis incorporer dans le premier bataillon des gardes nationales mobiles de la Charente envoyé à Bordeaux. J’avais dix-neuf ans alors. Je fus nommé capitaine de la compagnie de grenadiers de ce bataillon. La Restauration vint. Mon père avait plusieurs enfants et peu de fortune. J’entrai dans l’administration des contributions indirectes. Je figurai dans quelques-unes des conspirations de la Restauration, j’appartenais au carbonarisme. A la révolution de 1830, je me jetai sur les barricades, et en 1833, avec ma seule Croix de Juillet, je me vis obligé de demander à rentrer dans l’administration que j’avais quittée il y avait six ans. Soupçonné par l’administration d’avoir pris part à quelques-unes des insurrections, notamment à celle du 12 mai [1839, N.D.A.], cela m’a valu une sorte de proscription, une totale privation de mon avancement. J’ai donc traversé cette longue période dans mon emploi de contrôleur des contributions indirectes. Ceux de mes collègues qui appartiennent au bataillon peuvent vous dire ce que mes opinions républicaines, que je portais haut et ferme, m’ont valu de persécutions. J’arrive à la révolution de Février. Le mercredi matin 23. je pris mon fusil, et ma giberne garnie de cartouches. Le lendemain 24, à onze heures, il me restait encore trois ou quatre coups de fusil à tirer. La mousqueterie de la place de l’ex-Palais-Royal m’attira de ce côté. Je jetai à la garnison du Château d’Eau mes trois ou quatre balles, puis je me dirigeai vers la place de la Révolution pour jouir du coup d’œil d’un sauve-qui-peut. Ce même jour, vers cinq heures, je me trouvais aux Tuileries ; là, j’eus occasion, secondé par un petit groupe de généreux citoyens, d’arracher aux main d’une bande de malfaiteurs la torche avec laquelle elle incendiait ce palais. Le palais des Tuileries en ruine, au centre de Paris, citoyens, eût terni aux yeux de l’étranger notre belle révolution de 1848. Pour en déprécier le caractère, ces mêmes ruines eussent été une excellente occasion pour les ennemis de l’intérieur. Cela ne devait pas être. Je tiens à la disposition de tous ceux de mes concitoyens qui voudront en prendre connaissance, une copie du procès-verbal de cette tentative d’incendie, et qui est déposée à la Commission des récompenses nationales. Je passai la nuit à côté des charbons de l’incendie, en compagnie des neuf citoyens qui m’avaient si puissamment secondé. Le poste n° 2 du château, commandé par M. le capitaine Masson, élu par le peuple, sur la demande que nous lui en fîmes, nous porta sur la liste des citoyens qui composaient son poste. Je fis là, pendant cette dernière nuit, deux factions, deux patrouilles. Et, le vendredi 26, à onze heures du matin, et alors que la République, pour laquelle j’avais fait toute ma vie tant de vœux, était officiellement proclamée, je rentrai chez moi. Voilà, chers concitoyens, d’où je viens, qui je suis, et ce que j’ai fait comme républicain démocrate. Salut et fraternité. Laçon, 3e compagnie, rue de l’Abbaye, n° 3. » On trouve dans une lettre que fit parvenir Berger, Joseph à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février, pour relater sa propre conduite de nombreuses indications sur la conduite de Lançon. Cette lettre, à l’orthographe très incertaine, était ainsi rédigée : « Copie du procès-verbal constatant la tentation d’incendie des Tuileries dans la soirée du 24 février vers 5 heures du soir. Alors qu’aucun pouvoir, qu’aucune force n’existait encore, une bande de malfaiteurs, au nombre de deux cents environ, dirigée par un individu portant le ruban de la Légion d’honneur et dont les manières, le langage et la mise uniquement [montraient] qu’il appartenait à la classe aisée, avait tenté d’incendier le palais des Tuileries. Des matières combustibles, quelques fauteuils, chaises et matelas provenant des appartements, de la chapelle et du corps de garde, où ils avaient été jetés dans le jardin, des toiles de décor provenant de la salle des spectacles, des débris de planches et jusqu’aux guérites renversées des factionnaires, tout avait été amoncelé sur les dalles au pied de la muraille donnant sur le petit jardin et à proximité de la salle des spectacles et de la chapelle. Le feu mis à ces matières inflammables s’éleva bientôt à une violence telle que [illisible] calcinées des pierres de taille se détachaient et tombaient au pied de la muraille. Les flammes s’élevaient à la hauteur du premier étage et communiquait l’incendie par les croisées et les dalles cassées où se trouvaient entassés d’autres différentes matières combustibles. Lorsque le citoyen Lançon, portant l’uniforme de la garde nationale et la Croix de Juillet se précipita sur les lieux de l’incendie, suivis de neuf de ses concitoyens, dont les noms sont mentionnés plus bas. Les malfaiteurs, dont quelques-uns étaient ivres, poussaient des cris de destruction et alimentaient le feu sans relâche. Ils poussaient et faisaient voler à tort et à travers des fragments de planches, de chaises, fauteuils, enflammés. Monté sur les pierres en saillie à la base de la muraille et presque sous les flammes, le citoyen Lançon retenait la foule par son attitude [et son énergie] illisible, pendant que les citoyens arrachaient au foyer de l’incendie alimenté sans cesse par les malfaiteurs les matières enflammées qui leur étaient renvoyées avec des menaces de mort. Vingt fois le citoyen Lançon a été couché en joue. La lutte dura environ cinq quarts d’heure. Les citoyens ont donc sauvé à la France le plus beau monument. Les bottes, le bas de son pantalon ont été brûlés. Le sieur Bellavoine, l’un des dix, a eu dix brûlures aux mains. Suivent le nom des citoyens qui ont secondé le citoyen Lançon, rue de l’Abbaye n° 13 [lire n° 3, N.D.A.] ; Bellavoine, rue de Varennes n° 18 (voir Bellavoine, Jean-Baptiste de la rue de Sèvres en 1830 ?) ; Brin, faubourg Saint-Martin n° 70 ; Denis Boillion, rue de la Tour à Passy n° 4 ; Saune illisible, rue Saint-Michel n° 4 ; Gisard, rue de la Grande-Friperie n° 2 ; Richard, inconnu ; Masson, rue de Calais n° 2 ; Guillet, rue Constantine n° 38 ; Bergé (sic), impasse Grenelle au Gros-Caillou. » Dans l’exposé qu’il fit de sa propre conduite Michon, François disait s’être « mis dans les rangs de la cohorte conduite par le brave Lançon à la prise du Louvre ». Il demeurait 10, grand-rue Verte en 1830 in Archives de Paris VK3 47 ; 14, rue du Saumon en 1831 (mais 14, rue de Surène en 1831 in Archives de Paris VD6 3 et in Archives de Paris VD6 92, liste des médaillés) (mais 4, rue de Valois-Batave en 1831 in Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement, Bordereau des sommes payées et in Archives nationales F/1dIII/34 et aussi in Archives de Paris VK3 27, dans le registre qu’il signe et in Archives de Paris VK3 24 dans le registre qu’il signe et in Archives de Paris VK3 25 dans une liste de citoyens qui ont mérité la croix, liste qui est corrigée à la main où le 14, rue du Saumon est rayé pour laisser la place au 4, rue de Valois-Batave et aussi 4, rue de Valois-Batave in Archives de la préfecture de police AA 370 in dossier Arnold, Antoine, Gabriel). Le National, 2 août 1830 ; Le Temps, 3 août 1830 ; Le Globe, 3 août 1830 ; Histoire de la mémorable semaine de juillet 1830, avec les principaux traits de courage, de patriotisme et d’humanité qui ont brillé au milieu de ces grands événements, et un appendice de ce qui s’est passé jusqu’à la proclamation de Louis-Philippe Ier, par Ch. Laumier, seconde édition, Paris, Blanchard, 1830, p. 157-158 ; Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 132-133 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 274 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 108 ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet (où son nom apparaît par erreur) ; Archives de Paris VD6 92, liste des médaillés du (ancien) Ier arrondissement (où son nom apparaît par erreur), idem Mairie du (ancien) Ier arrondissement, Bordereau des sommes payées aux décorés de la croix et de la médaille de Juillet, non blessés, pour l’indemnité qui leur a été accordée à l’occasion de l’anniversaire des trois jours, par décision de la Commission des récompenses nationales en date du 23 juillet 1831 ; Archives de Paris VI1 1, (ancien) Ier arrondissement, décorés de Juillet, états pour la distribution de gratifications et secours à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VK3 27 Mairie du (ancien) Ier arrondissement, décorations de Juillet, registre et certificat de prestation de serment ; Archives de Paris VK3 47 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Ier arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) 1er arrondissement et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/61 ; Archives nationales F/1dIII/67 in dossier Michon, François ; Archives nationales F/15/4240 in dossier Duvernel, Jacques, Frédéric ; Archives de la préfecture de police AA 370 in dossier Arnold, Antoine, Gabriel ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Berger, Joseph ; Archives de la préfecture de police AA 403 in dossier Michon, François ; Murailles révolutionnaires, collection complète des professions de foi, affiches, décrets, bulletins de la république, fac-similé de signatures, Paris, chez Bry aîné, 1856, p. 446,