Lanécruse, Floriant
Biographie
Né vers 1800 à Maastricht (Belgique). Cardeur de matelas. Il s’illustra à la Grève et à la prise de la caserne des Suisses de la rue de Babylone. Il fut convoqué par Plougoulm (voir Plougoulm, Pierre, Ambroise), rédacteur de la « narration officielle de tous les traits d’héroïsme et d’humanité qui ont illustré les dernières journées de juillet », demeurant 1, rue du Sentier. Sans doute cette convocation ne fut-elle suivie d’aucun effet, puisqu’il est indiqué comme s’étant présenté trop tard à la Commission ; ou était-ce dû à la négligence dont Plougoulm fut toujours coupable. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] XIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, pour obtenir la Croix de Juillet. Il était porteur du certificat suivant : « Une injustice blâmable serait celle de négliger la publicité des hauts faits, de la bravoure, des actions d’éclat par lesquels nombre d’individus se sont distingués dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet, dont le résultat a été de poser des bases solides de la prospérité ; on ne saurait nous en adresser le reproche. Cette considération spéciale sera continuée dans nos feuilles autant de fois que les notions relatives nous parviendront, observant toutefois que probablement un principe de modestie chez beaucoup ne permettra pas que tout soit connu et révélé ; dans le fait, cette matière est en quelque sorte inépuisable. Nous publions, aujourd’hui, ce qui en ce genre est relatif au sieur Lanecruse, cardeur de matelas, rue de l’Odéon n° 30. Ce zélé citoyen, quoique sans arme, s’est rendu le 28 juillet à 2 heures sur la place de Grève et s’y est placé dans les rangs parmi les citoyens assaillis par les troupes de l’ex-roi ; étant parvenu à se procurer une baïonnette à 7 heures du soir dans le illisible un soldat de la garde royale mort, il s’empara de son fusil. Des munitions lui avaient été délivrées précédemment, il en a fait usage jusqu’à épuisement, toujours dans le même poste, jusque vers 8 heures et demie et a ensuite passé son arme à un ex-garde impérial, dont le canon de fusil venait de crever. Informé qu’on faisait des cartouches rue Montmartre, il s’y est transporté pour en demander ; il lui en a été remis cent cinquante, qu’il est revenu ensuite distribuer à ses frères d’armes, qui soutenaient toujours le feu des assaillants au poste de la place de Grève, où il est lui-même resté jusqu’à 10 heures du soir. Le lendemain 29, à 4 heures du matin, il se rendit sur la place de l’Odéon, où se trouvaient déjà neuf citoyens armés et pourvus de munitions ; il ne fut pas possible à Lanecruse pour le moment de se procurer un fusil. Après s’être concertés sur le plan de leurs opérations, ils reconnurent que la caserne de la gendarmerie était un foyer de périls dont il fallait commencer par garantir la capitale et ils s’y rendirent aussitôt. La porte était gardée par un factionnaire ; Lanecruse le somma de se rendre sinon que le détachement allait faire feu sur lui. En ayant manifesté le refus, il le coucha en joue, mais l’un de ses camarades qui était passé derrière, fit baisser la crosse du fusil, dont Lanecruse s’empara aussitôt. Les habitants de cette rue étant survenus en grand nombre, le corps de la gendarmerie sentit l’impossibilité de résister et se pénétra de la nécessité de se rendre. Deux élèves de l’Ecole polytechnique entrèrent alors dans la caserne et firent distribuer tous les fusils, munitions et toutes autres armes, passés par les fenêtres et reçus dans la cour. Ainsi, pourvus de moyens d’attaque et de défense, ce détachement composé alors d’environ cent cinquante individus et accompagné de quatre à cinq cents citoyens non armés, est allé ensuite désarmer quatre autres postes de la garde royale. Lanecruse faisait partie des quatre cent cinquante qui ont été faire le siège de la caserne de Babylone et a courageusement bravé tous les périls dans cette circonstance, qui a été funeste à trop de zélés défenseurs de nos libertés. » Signé, le 13 septembre 1830 : Billiot, demeurant 9, rue des Canettes ; Noir ; Bureau (voir Bureau, Allyre), élève de l’Ecole polytechnique. Il était indiqué sur les fiches de la Commission comme sans fortune. Il demeurait 30, rue de l’Odéon en 1831. Archives de la préfecture de police AA 397 (aussi sous le nom de Lanceruse).