Langlantier, Marie, Eléonore, Julie, veuve de Ango, Jean-Pierre

Biographie


Elle fut enterrée le 29 juillet, sur la place des Innocents. Un procès-verbal, rédigé après l’inhumation de quarante-huit cadavres, contient son nom : « Ville de Paris, mairie du [ancien] IVe arrondissement, copie du procès-verbal d’inhumation des victimes des journées de juillet 1830, place du Marché-des-Innocents et de la colonnade du Louvre, dressé par MM. les maires et adjoints du [ancien] IVe arrondissement municipal de Paris. Inhumation de quarante-huit cadavres place du Marché-de-Innocents. L’an mille huit cent trente, le jeudi 29 juillet, 10 heures du matin. Nous, Barthélemy Guiton, régent de la Banque de France, maire du [ancien] IVe arrondissement de la Ville de Paris, Georges Champion, notaire, et Marie, François Jannon, ancien négociant, ces deux derniers adjoints de la même mairie, tous, en raison des circonstances, constitués en permanence à l’hôtel de la mairie, place du Chevalier-du-Guet, n° 4, avons ouvert le présent procès-verbal, destiné à constater les inhumations dans un lieu convenable des individus tués dans les combats qui ont eu lieu à Paris, hier et aujourd’hui, ainsi que des personnes décédées à domicile, déclarant ici que nous sommes forcés d’ordonner les inhumations dont il s’agit sans l’autorisation du procureur du roi avec qui il ne nous est plus possible de communiquer, et ce dans l’intérêt de la salubrité publique et attendu que le transport des cadavres dans l’un des cimetières de Paris est devenu impraticable à cause des barricades établies dans les rues sur toutes les directions et nous avons arrêté qu’un de nous se transporterait immédiatement place du Marché-des-Innocents en cet arrondissement pour faire procéder en sa présence aux inhumations dans une fosse que nous avons fait ouvrir depuis quelques heures sur ladite place. Signé : Guiton, Champion, F. Jannon. En conséquence, nous Georges Champion, adjoint au maire dudit quartier, officier de l’état civil, accompagné de M Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle), Louis, Marie), docteur en médecine, attaché à ladite mairie pour constatation des décès, de M. Troche, chef du bureau de l’état civil en cette mairie, de M. Agy (voir Agÿ, Louis, Nicolas ?), ordonnateur des inhumations de cet arrondissement, nous sommes transportés dans le corps de garde des sapeurs-pompiers par l’entrée sur la rue de la Poterie et faisant partie du bâtiment de la halle aux draps, à l’effet de pourvoir à l’inhumation des cadavres déposés dans ledit corps de garde. Etant arrivés dans le bâtiment de la halle aux draps accompagnés comme dessus nous avons trouvé gisant dans ledit corps de garde des cadavres pour la plupart nus ou n’ayant que des fragments de vêtements lesquels cadavres avaient été ramassés sur le champ de bataille par Duplessis, ci-après nommé et qualifié et dont plusieurs étaient morts entre ses mains malgré ses soins et ceux de son épouse. Nous avons ordonné leur inhumation dans une fosse ouverte entre la partie de la place des Innocents qui se trouve entre la fontaine et les abris du marché du côté de la rue de la Lingerie, laquelle fosse a été ouverte en ce lieu sur la demande du sieur Duplessis, qui avait consulté à ce sujet MM. Brulé, Jacob et Motbay, ses voisins et sous la direction de M. Troche. Nous proposant de prendre tous les moyens possibles au milieu de circonstances difficiles actuelles pour rechercher et découvrir l’identité des individus décédés. Nous nous sommes rendus ensuite avec MM. Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle) et Agy (voir Agÿ, Louis, Nicolas ?) sur ladite place des Innocents auprès de la fosse ouverte sur une étendue de douze pieds de long sur sept de large et à une profondeur d’environ dix pieds et nous y avons fait transporter successivement du corps de garde sus-désigné les cadavres à inhumer. Et attendu qu’il est impossible d’établir aucun ordre ni série dans une aussi grande quantité d’individus dont les cadavres déjà en dissolution plus ou moins avancée menacent la salubrité publique, nous avons procédé immédiatement aux inhumations de la manière suivante : N° 1. Un individu d’environ cinquante ans, coup d’arme à feu à la poitrine et d’un autre à la cuisse gauche. N° 2. Un autre d’environ quarante ans ayant une plaie d’arme à feu à la poitrine ; N° 3. Un autre d’environ quarante ans, portant un bandage inguinal droit ayant une plaie d’arme à feu à l’épigastre. N° 4. Un autre d’environ vingt-cinq ans, ayant une plaie d’arme à feu à la poitrine. N° 5. Un autre, déclaré être M. Perin, commis, porteur d’une médaille numérotée 9273, ayant une plaie feu du côté droit de la poitrine. N° 6. Un autre, déclaré être Vidalin (voir ce nom), garçon d’hôtel, rue de la Bibliothèque, âgé d’environ trente ans, ayant une plaie d’arme à feu. N° 7. Un autre déclaré être François Durand (voir Durand, François) rue de la Poterie n° 5, âgé d’environ soixante-trois ans, ayant une plaie au dos. N° 8. Un autre âgé de trente-trois ans, ayant une plaie au côté gauche du ventre. N° 9. Un autre d’environ trente ans ayant une plaie d’arme à feu à l’aisselle gauche, qu’on nous a déclaré se nommer Joseph Brossolette (voir Brossolette, Joseph), être marchand de friture et demeurer rue de la Bibliothèque n° 16. N° 10. Un autre déclaré être Georges Germain Chaudey (voir Chaudey, Georges, Germain), âgé de quarante-trois ans, ouvrier cordonnier, rue Tirechappe n° 15, ayant une plaie d’arme à feu à la figure, duquel individu l’acte de décès a été dressé la mairie du (ancien) IVe arrondissement, à la date de ce jour. N° 12. Un autre déclaré être François Fourcaud (voir Fourcault, François), âgé de trente-quatre ans, ouvrier typographe, demeurant à Paris, rue des Grands-Degrés n° 14. N° 13. Un militaire d’environ trente ans, portant à son linge le n° 3663, ayant une plaie d’arme à feu au crâne. N° 14. Un autre d’environ vingt-huit ans, ayant une plaie d’arme à feu à la figure et paraissant être militaire. N° 15. Un autre d’environ vingt-huit ans portant sur un fragment de linge le n° 2740 ayant une plaie d’arme à feu à l’œil gauche. N° 16. Un autre d’environ vingt-cinq ans paraissant être un militaire, ayant une plaie d’arme à feu au ventre. N° 17. Un autre d’environ trente-six ans portant sur un fragment de linge le n° 3737, lettre U, ayant une plaie d’arme à feu à l’épaule. N° 18. Un autre d’environ vingt-cinq ans, portant à son linge le n° 4650, et au revers d’un col en étoffe noire le nom de Lombardigny, ayant une plaie d’arme à feu au crâne. N° 19. Un autre d’environ vingt-quatre ans portant sur un fragment de ligne le n° 3977, ayant une plaie d’arme à feu à la hanche droite. N° 20. Un autre déclaré être un soldat du 15e régiment d’infanterie de ligne, âgé d’environ vingt-huit ans, ayant une plaie d’arme à feu à l’abdomen. N° 21. Une femme déclarée être Anne, Adélaïde Flizé (voir Flisé, Anne, Adélaïde), demeurant rue Saint-Honoré n° 197, dont l’acte de décès a été dressé à la mairie du (ancien) IVe arrondissement hier 28 juillet. N° 22. Un individu déclaré être le sieur Aimé, Théodore Chamot (voir Cave, Aimé, Théodore), âgé de trente-quatre ans, marchand place des Innocents n° 2, dont l’acte de décès a été dressé à la même mairie aujourd’hui. N° 23. Une femme déclarée être Marie, Eléonore, Julie Langlantier, veuve de Jean-Pierre Augé, demeurant rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois n° 22, dont l’acte de décès à la même mairie hier 28 juillet. Nous en étions à ce nombre vers 7 heures du soir lorsqu’il nous a été amené une voiture de la boulangerie mécanique venant du dehors du (ancien) IVe arrondissement et contenant seize cadavres en dissolution fort avancée, pour la plupart nus et quelques-uns ayant des fragments de vêtements en lambeaux chez lesquels on n’a pu fournir aucune espèce de renseignement parce qu’ils avaient été recueillis en différents lieux. Nous avons reconnu, attendu l’heure avancée et le danger pour la salubrité publique, de prolonger trop longtemps l’opération des inhumations qu’il était urgent de la faire continuer immédiatement. Nous avons été forcés de renoncer à prendre des renseignements et des notes qui d’ailleurs auraient été trop vagues pour être d’aucune utilité et nous avons fait placer dans la fosse les seize cadavres contenus dans ladite voiture. Pendant cette dernière opération, on a successivement apporté des cadavres nus ou n’ayant que des lambeaux de vêtements, au nombre de neuf parmi lesquels s’en trouvent sept provenant de l’ambulance établie dans l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, lesquels ont été pareillement inhumés dans ladite fosse. Nous constatons ici que nous avons trouvé sur le bord de la fosse un grand nombre d’ossements qui en avaient été extraits avec les terres lors de la fouille opérée dans la matinée ; que nous avons d’abord fait recueillir avec beaucoup de soins tous les ossements et les avons fait placer au fond de la fosse ; qu’ensuite et avant de commencer les inhumations nous avons fait jeter au fond de ladite fosse une quantité assez considérable de chaux sèche, sur laquelle nous avons fait verser de l’eau pour en opérer la dissolution ; que nous avons aussi fait verser une grande quantité de chlorure désinfectant de Labarraque ; que les corps ont été placés à côté les uns des autres par lits dans toute l’étendue de la fosse et qu’entre chaque lit de corps nous avons fait répéter l’opération de dissolution de chaux, qu’enfin nous avons fait étendre sur toute la surface de la fosse un dernier lit de chaux également mise en dissolution et fait rapporter une partie des terres pour recouvrir le tout. Tout ce qui dessus a été fait en présence M. Jean-Baptiste Rodrigue Duplessis, pharmacien-herboriste, demeurant à Paris rue de la Lingerie au coin de la rue de la Poterie ; M. Etienne Roger, maître serrurier, demeurant rue de la Limace n° 20 ; M. Antoine Mandosse de Riom, propriétaire, demeurant rue de la Lingerie n° 15 ; M. Joseph François, Edouard Fassy, fleuriste, demeurant rue aux Fers n° 22 et M. Pierre Laforgue, tailleur, demeurant rue Saint-Honoré n° 4. Nous avons suspendu la présente opération vers les 10 heures du soir et avons arrêté le présent procès-verbal constatant l’inhumation des quarante-huit cadavres. Signé après lecture faite par MM. Roger, Troche, Agy (voir Agÿ, Louis, Nicolas ?), Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle), Louis, Marie), Mandosse, Duplessis, Fassy, Laforgue, Champion. Signé : Troche, Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle), Duplessis, Agy (voir Agÿ, Louis, Nicolas ?) et Mandosse, Boger, Fassy, Champion. » Elle demeurait 22, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois. Notice sur les inhumations provisoires faites sur la place du Marché des Innocents, devant la colonnade du Louvre, etc., offrant le récit véritable et détaillé des circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi ces inhumations, par N.-M. Troche, chef de bureau de l’état civil du 4e arrondissement, Paris, chez Delaunay, libraire au Palais-Royal, et à l’ancienne maison Postel, rue de la Monnaie, 22, 1837, p. 45 ; Précis des événements de juillet 1830, rédigé et publié par le sieur Duplessis, pharmacien rue de la Poterie, 1, lequel a donné les soins les plus assidus aux blessés ; qui a recueilli les corps des personnes tuées, dans le corps de garde des sapeurs-pompiers de la halle aux draps ; qui a pourvu, à ses frais, aux moyens de salubrité et à l’inhumation des victimes, Duplessis, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, FG 443 ms 1028.

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