Lannoy Raignault de, Camille, François
Biographie
Né le 30 mai 1809 à Bissy (Savoie). Elève de l’Ecole polytechnique. Il sortit de l’Ecole polytechnique dès le 28 juillet, selon la mention faite de Thoyot, Jean, Joseph, devant le jury de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Il commandait une colonne de combattants et fut présent à l’attaque de la caserne de Babylone selon des certificats de notoriété délivrés en faveur de Léonard Besse et de Joseph, Louis, Roy. Il l’était l’ami de Ader, Pierre, Gentil, qu’il plaça, à cause de sa bravoure qu’il avait remarquée, au premier rang des assaillants, et qui fut tué pendant l’attaque. On trouve dans le récit que fit Maës, Nicolas, Joseph de sa propre participation aux événements de Juillet les indications suivantes concernant Lannoy : « [Le 29 juillet avant l’attaque de la caserne de Babylone] Je fis aussitôt après former les pelotons que je mis sous le commandement des élèves de l’Ecole polytechnique qui s’étaient réunis à nous. Je ne conservai à mes côtés que l’élève Lannois (sic), qui était comme moi à cheval et qui consentit à transmettre les ordres que je donnais […] J’ordonnai l’attaque. Elle fut des plus vives et dura une heure et demie. Je reçus plusieurs balles dans mon casque et eus une partie de ma jugulaire, enlevée. J’avais placé différents postes dans les maisons qui avaient vue sur la caserne et chargé M. Lannois de donner l’ordre à une partie de l’arrière-garde de la tourner, afin d’occasionner une diversion […]. » Il participa aussi à la prise des Tuileries et commandait avec le capitaine Tyrone un peloton qui se dirigea vers Saint-Cloud. Dans la demande que présenta Gournay d’Arnouville de, Abel pour faire obtenir la décoration pour certains des gardes nationaux de Chaville, il donnait les précisions suivantes sur de Lannoy : « Le bataillon de la garde nationale de Chaville […] le 3 août au soir, […] avait encore sous les armes, présents au camp sous Rambouillet, deux cents hommes présents qui ont été passés en revue par M. De la Nouais (lire de Lannoy et voir Lannoy Raignault de, Camille, François), élève de l’Ecole polytechnique, l’un de vous, messieurs ; et c’est lui qui leur a distribué des cartouches. […]. » Il délivra, le 20 décembre 1830, le certificat suivant en faveur de Gournay d’Arnouville de, Abel : « J’ai eu l’occasion de voir M. Gournay d’Arnouville, chevalier de la Légion d’honneur, ancien capitaine de cavalerie, chef de bataillon, commandant la garde nationale de Chaville […]. Il commandait environ deux cents hommes. Le plus bel ordre, la plus stricte discipline y régnaient. Cette troupe faisait le plus grand honneur au zèle et au patriotisme de M. Gournay d’Arnouville. » Il témoigna ainsi de la mort d’Ader, Pierre, Gentil (voir ce nom), son ami, à l’attaque de la caserne des Suisses, rue de Babylone, le 29 juillet 1830, à 11 heures du matin : « Je, soussigné, certifie que mon ami Gentil Ader, que j’avais fait placer aux premiers rangs pour sa bravoure qui m’était connue, a disparu après la journée de Babylone. J’ai su depuis qu’il avait reçu un coup de feu à la tête, qui ne l’a pas fait longtemps souffrir. » Chargé par la Commission des récompenses nationales d’établir les droits à une récompense honorifique de chacun des élèves de l’Ecole polytechnique, il fit, en date du 15 février 1831, le rapport suivant : « Chargé par la Commission de vous présenter un rapport sur les élèves de l’Ecole polytechnique, je viens m’acquitter de ma mission et vous donner tous les renseignements qui doivent servir à votre travail. Ces élèves, ou plutôt ceux qui se trouvaient à l’Ecole en 1830, se trouvent maintenant subdivisés en plusieurs séries, qu’il est bon de vous faire connaître. La première de ces séries comprend ceux qui sont actuellement à l’Ecole ; elle se compose d’environ cent vingt individus. La deuxième comprend les anciens élèves, actuellement sous-lieutenants d’artillerie et de génie de l’Ecole d’application de Metz. La troisième comprend les anciens élèves, actuellement élèves ingénieurs des Ponts et Chaussées et des Mines à Paris. Ces deux dernières séries se composent d’environ le même nombre d’individus que la première. Afin d’appliquer à ces jeunes gens, autant que possible, la marche ordinaire des jurys, j’ai dû nommer autant de commissions particulières que de séries : ces commissions ont été composées ainsi qu’il suit : pour la première, de MM. Baduel (voir Baduel, Louis, Henri), Bosquet (voir Bosquet, Pierre, Joseph, François), Solignac (voir Solignac, Napoléon, Marie, André, Alexandre), Gavarret (voir Gavaret, Louis, Dominique, Jules), élus au scrutin ; pour la deuxième de MM. Lothon (voir Lothon, André, Charles), Charras (voir Charras, Jean-Baptiste, Adolphe), Leymarie (voir Leymarie, Jean, Léonard, Repaire), Liedot (voir Liedot, Antoine, Louis), Lebœuf (voir Lebœuf, Edmond), Forgeot (voir Forgeot, Julien, Etienne), Gouguet (voir Gouguet, Jean, Charles), Guillot (voir Guillot, Léon), Mitrécé (voir Mitrèce, Isidore, Pierre, Charles) ; pour la troisième de MM. Zeiller (voir Zeiller, Antoine, Jacques, Eugène), Bouniceau (voir Bouniceau, Pierre), Lacroix (voir Lacroix, Jean, Charles). La marche suivie par chacune de ces commissions a été à peu près la même que celle que nous suivons dans chaque arrondissement ; chacune d’elles s’est transportée auprès de l’individu à examiner et elle a statué sur ses droits avec la rigueur que comporte la dignité de la chose. Du rapport de la deuxième de ces commissions, il résulte que MM. Gouguet (voir plus haut), Charras (voir plus haut), Rouge (voir Rouge, Pierre, Louis), Jaubert (voir Jaubert, Pierre, Maurice, Ferdinand), Mitrécé (voir plus haut), Boulart (voir Boulart, François, Eugène, Edmond), Pouzols (voir Pouzolz, Antoine, Prosper), Guillemot (voir Guillemant, Charles, Alexandre), Brongniart (voir Brongniart, Victor, Frédéric), Princeteau (voir Princeteau, Charles, Edouard), Guillot (voir plus haut), Tamisier (voir Tamisier, François, Laurent, Alphonse), Pé de Arros (voir Pededrros, Manuel, Philippe, Jacques de la Très Sainte Trinité), Lebœuf (voir plus haut), Lothon (voir plus haut), Cochon (voir Cochon, François, Charles, Fortuné), Forgeot (voir Forgeot, Julien, Etienne), Leymarie (voir plus haut), Faulquier (voir Faulquier, Jean, Fulcran, Emile), Liedot (voir plus haut), Millotte (voir Millotte, Louis, Emile), Devoluet (voir Devoluet, Antoine, Alphonse, François) ont combattu en uniforme dans les journées de Juillet et me paraissent a voir mérité la décoration spéciale ; il résulte de plus que MM. Fournois (nom à retrouver), Lefrançois (voir ce nom), Gobled (voir Gobled, H.), d’Hostel (voir D’Hostel), Belvèze (voir Belvèque), Bernadou (voir Bernadon), Ducasse (nom à retrouver), Roux (voir ce nom), Jacob (voir ce nom) ont pris en uniforme une part extrêmement active aux journées de Juillet mais sans combattre, soit en gardant des postes éloignés, allant chercher de la poudre et me paraissant avoir mérité la médaille ; il résulte encore que MM. Lefebvre, Bergeron, Ferbré, Laumière (voir de Laumière), de Metz (voir de Metz), Labrunière (voir Delabrunière, Etienne, François, Braley), Léo ont combattu mais sans uniforme et me paraissent avoir droit à la médaille. Je dois vous faire remarquer que les élèves ne sont pas ceux qui, les combats finis, ont contribué à l’ordre public mais ceux qui, pendant les événements, ont contribué à la liberté. Du rapport de la première de ces commissions, il résulte que MM. Baduel (voir plus haut), Cotignon (voir Cotignon, Charles, Amand), Gavarret (voir plus haut), Gagneur (voir Gagneur, François, Joseph, Frédéric), Bureau (voir Bureau, Alize), Loubens (voir Loubens, Gounonde, Etienne, Joseph, Victorien), Cantrez (voir Cantres et Cantarès, Auguste, Romain), Auger (voir Auger, Charles), Roquin (voir Roguin, Louis, Hippolyte, Jules), Massu (voir Massu, Jean, Honoré, Théophile), Laffitte (voir Laffitte, Jean-François, Armand), Solignac (voir plus haut), Bosquet (voir plus haut), Poye (voir Poyen, Charles, Marie, Eugène), Vincent (voir Vincent, Antoine), Meynadier (voir Meinadier, Pierre, Jean, Ernest), de Serry (voir Serry Grillerdet, Marie, François, Jules), Boisfremont (voir Le Boulanger de Bois Frencourt, Charles, Hippolyte, Escar), d’Ouvrier (voir D’Ouvrier de Villegly, Louis, Antoine, Gustave ), Schwilgué (voir Schwilgué, Sébastien), Paul (voir Paul, Denis), Mœvus (voir Mœvus, Frédéric, Xavier, Gustave) ont combattu en uniforme dans les journées de Juillet, que MM. Fabre (voir Fabre, Hyacinthe, Henri), Goy (voir Goy, Joseph), Widmer (voir Widmer, Jules), Garnier (voir Garnier Kernault, Edouard, Charles, Marie) ont pris une part tellement active en remplissant des missions tellement dangereuses que leur avaient confiées leurs camarades dans la journée du 29 qu’il leur a semblé ainsi qu’à moi qu’ils méritaient la décoration spéciale ; il résulte de plus que MM. Froment (voir Fremont, Jean, Edme) et Regnier (voir Requier, Jean, Edouard), par des services rendus en uniforme dans la journée du 29, ont mérité la médaille ; il a été impossible à la commission de statuer sur les droits de MM. Boilletot (voir Boilletot, Nicolas, Adolphe), Prudhon (voir Prudon, Eugène), Suzanne (voir Susane, Louis), Treuil (voir Treuille de Beaulieu, Marie, Antoine, Hector, Thésée), qui, disent-ils, se sont battus en uniforme mais n’ont été vus par aucun élève ; il en est de même de MM. Pomaret (voir Pomaret) et Rejou (voir Rejon, Philippe, Auguste), dont le premier s’est battu et a été vu à la caserne de Babylone et le dernier dit s’être battu le 29 au soir à la barrière de l’Etoile. Je vous prie de bien vouloir convoquer ces trois derniers élèves à votre jury pour décider sur leurs droits. Le rapport de la troisième commission n’étant pas encore complet, je ne puis encore vous l’adresser ; il suffit de vous dire qu’il ne portera que sur un très petit nombre d’élèves ; le total de ceux qui se trouvent dans les Ponts et Chaussées les Mines et les Constructions maritimes ne surpassant pas trente. » La sous-commission chargée d’examiner les droits à une récompense honorifique des élèves de l’Ecole polytechnique et passés en 1831 élèves ingénieurs des Ponts et Chaussées et des Mines à Paris, sous-commission composée de Zeiller (voir Zeiller, Antoine, Jacques, Eugène), Lacroix (voir Lacroix, Jean, Charles) et Bouniceau (voir Bouniceau, Pierre), délivra à son sujet, en date du 14 mars 1831, un rapport qui établissait qu’il avait « combattu en uniforme dans les journées de Juillet », circonstance qui lui permettait d’obtenir la Croix de Juillet. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (sous les prénoms de Toussaint, Antoine sur les listes du Bulletin des lois, par confusion avec Lanneau, le précédent sur la liste). Il signa, comme « élève de l’Ecole polytechnique », le 23 août 1830, le certificat suivant en faveur de Roy, Joseph, Louis : « Je certifie que le sieur Roy, Joseph, Louis était à la caserne de Babylone. » Il signa, comme « élève de l’Ecole polytechnique, membre de la Commission des récompenses nationales », un certificat en faveur de Condorcet, O’Connor, Daniel, rendant hommage « au zèle ardent et au courageux patriotisme » de ce dernier. Il signa, le 20 août 1830, le certificat suivant en faveur de Petit, Jean-Baptiste : « Nous, élèves de l’Ecole polytechnique, commandant les compagnies des braves citoyens qui, le 29 au matin, se sont formés en colonne sur la place de l’Odéon pour se porter sur la caserne des Suisses rue de Babylone et s’en rendre maîtres, certifions à qui il appartiendra que M. Petit, ancien sous-officier au 12e léger, est un des citoyens qui avec sa troupe occupaient déjà le Louvre et les Tuileries au moment où nous y arrivâmes ; que c’est d’après son zèle et au milieu du péril que nous avons fait cesser le feu qui déjà se dirigeait sur le château, ignorant entièrement que nos frères de la journée du 29 nous y avaient précédés. Certifions en outre que M. Petit depuis le 29 au soir jusqu’au jour de la transfération de l’état-major général la rue du Mont-Blanc, n’a cessé s’y soutenir sa constance patriotique pour le triomphe de la cause de la liberté et de l’ordre public. » Un certificat de notoriété précisait que ce fut sous ses ordres que se battit Petitjean, Antoine, Louis. Le 21 octobre 1830, de Vernon aîné, faisait parvenir la lettre suivante le concernant à Lannoy, membre de la Commission des récompenses nationales : « Tu m’as fait l’amitié de me dire quelquefois, mon brave ami, que je pouvais compter sur ta bienveillance en tel temps que ce soit, et je réclame aujourd’hui l’effet de cette promesse, en faveur d’un brave de nos mémorables journées. Son dévouement, dont j’ai été témoin ainsi que plusieurs personnes de ma connaissance, mérite véritablement, surtout par son désintéressement, que la Commission dont tu fais partie s’intéresse à sa position, qu’une famille nombreuse rend souvent précaire. Il a eu le bonheur d’échapper à la mort dans notre terrible lutte, quoiqu’il ait prouvé qu’il ne la craignait pas ; et si son corps ne présente même pas de blessure les services que je l’ai vu rendre, ainsi que bien d’autres, m’avaient déterminé dans le temps de notre puissance au Palais-Royal à lui donner un gage de notre estime et fondent du moins d’une manière très légitime la modeste démarche qu’il n’eût même pas osé faire près d’un membre d’une Commission si généreusement conçue et dont le caractère patriotique autant que généreux inspire une entière confiance. La récompense qu’il attend de votre justice n’est pas au-dessus de ce que l’on peut faire pour lui ; une gratification une fois donnée le mettrait à même de pouvoir apporter quelque soulagement à sa famille et comme les services reconnus dignement en entraînent toujours de plus efficaces, c’est pourquoi je me suis fait un devoir d’attirer sur ce brave ton attention particulière. Je sais que tu le peux et, ce faisant, tu obligeras grandement celui qui demeurera toujours ton plus fidèle et dévoué ami. » Signé : de Vernon aîné. De Lannoy fit en conséquence le courrier suivant à Saint-Firmin, autre membre de la Commission : « M. Gillet est veuf et a un enfant en bas âge. Il a droit à ce que vous savez. Comme il est de la mairie de Montmartre, je vous le renvoie pour le faire payer par qui de droit. » Il signa, le 31 août 1830, le certificat suivant en faveur de Besse, Salvis ou Léonard : « Je certifie que le sieur Besse était à la grille du pont tournant après la prise des Tuileries ; il s’est rallié à la colonne que je commandais. » On trouve dans la lettre de réclamation que fit Henry, Louis, Marie, Auguste, le 22 mai 1831, de nombreuses indications sur le mauvais fonctionnement de la Commission des récompenses nationales ; cette lettre était ainsi rédigée : « Dans l’intérêt des réclamants, j’ai cru nécessaire, en vous adressant mes pièces, de vous rapporter quelques circonstances qui vous prouveront jusqu’à quel point les commissions ont méconnu le devoir dont elles devaient s’acquitter dans toute son étendue. Quand la révolution de Juillet éclata, comme vous, messieurs, je crus de mon devoir d’y prendre part et la lutte étant terminée, j’allais passer mes vacances en province dans ma famille. Les journaux annoncèrent bientôt que des récompenses nationales avait été votées à ceux qui s’étaient distingués pendant les journées de Juillet et que des commissions avaient été nommées pour reconnaître les titres des ayant-droit. […]. Je fis les démarches nécessaires à cet effet, je recueillis donc les témoignages des personnes qui avaient été témoins de ma conduite dans les trois jours et mes certificats légalisés, j’allai (le 9 de partie du manuscrit brûlée) trouver M. Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), ancien élève de l’Ecole polytechnique, président du jury de mon arrondissement, pour les lui présenter ; il me dit qu’il était trop tard, qu’il avait reçu ordre de ne plus recevoir de pièces ni de réclamations, ce qui était faux car il devait les recevoir, comme vous le savez, jusqu’au partie du manuscrit brûlée avril. J’observai à M. Lannoy que je n’avais pu me présenter plus tôt, qu’une maladie m’avait retenu dans mon pays jusqu’à cette époque ; je lui présentai un certificat légalisé par le maire et le sous-préfet, qui prouvait que ce que je j’avançais était vrai et qu’il n’y avait aucune négligence de ma part. A cette attestation, M. Lannoy crut répondre victorieusement, en me disant Tant pis, vous ne deviez pas être malade... Un membre du jury (M. Dufour [voir sans doute Dufour, Louis]), que je connaissais, lui ayant observé qu’il avait porté pour la décoration spéciale des individus dont les titres ne valaient pas, à beaucoup près, les miens et qu’il avait tort de ne pas recevoir mes réclamations, fut rayé, dès le lendemain, de la liste des membres qui composaient son jury. Je crus trouver ailleurs plus de bonne volonté et me rendis chez M. Bétou (voir Bétou Edouard François), élève en droit et membre d’une autre commission, avec mes certificats ; il me refusa pareillement d’en prendre connaissance, me disant que les commissions avaient résolu entre elles de ne plus recevoir de réclamations, afin de terminer plus promptement leurs travaux. M. Betou m’avait donné l’adresse d’un membre d’une troisième commission, M. Guyot (voir Guyot Jules), élève en médecine ; j’y fus et il reçut en effet mes certificats mais la commission en devait plus avoir qu’une seule séance et peut-être me dit-il, elle n’aura pas le temps de les voir. Cependant, il me fit interroger par son jury, qui me prévint auparavant que ne devant plus se réunir qu’une fois il était probable que mes pièces ne seraient pas examinées. Je restai un mois dans cette incertitude, faisant à M. Guyot billets sur billets, visites sur visites pour connaître le résultat de ce que j’avait fait jusque-là. Je ne pus en recevoir de réponse. Enfin, craignant de perdre tout à fait un temps que je savait être précieux, je demandai un réponse ou mes pièces et je reçus mes pièces avec cette réponse que M. Guyot allait donner sa démission de membre de la commission et qu’il ne voulait plus s’occuper de rien. A cette époque, j’appris que la commission de Belleville n’avait pas encore terminé son travail. Je m’y présentai, on me répondit qu’on ne pouvait recevoir mes réclamations parce que je ne demeurais pas à Belleville. Je résolus, car c’était ma dernière ressource, de prendre domicile dans ce pays. Je subis, en cette qualité un second interrogatoire à l’Hôtel de ville, interrogatoire qui n’a duré que quelques minutes tant ces messieurs me pressaient, disant qu’ils n’avaient pas le temps de m’entendre pas plus que d’examiner les pièces que je leur remettais et m’engagèrent même à mettre au dos d’un de mes certificats, en quelques mots, ce que j’avais fait pendant les trois jours. Après de telles réceptions de la part des commissions, je n’ai pas été étonné de ne pas voir figurer mon nom dans le Moniteur ; mais ce qui m’a étonné c’est d’y avoir lu les noms d’individus qui se sont présentés après moi et qui, de leur propre aveu, ne s’étaient pas battus, se sont trouvés mériter la décoration mieux que moi mais comme protecteurs je n’avais que des droits très bien partie du manuscrit brûlée et l’événement a prouvé que ce n’était pas assez. Voilà quelles furent mes démarches et leur résultat. Je n’ai rien avancé dans cette lettre que je ne puis prouver au besoin […]. » Dans la lettre qu’adressa, le 9 août 1831, Bonneville, Louis, Antoine, à la Société des réclamants, on trouve des indications sur le fonctionnement du jury. Cette lettre était ainsi rédigée : « Informé que vous vous chargiez de faire des réclamations pour les récompenses nationales, je m’adresse à vous, avec la confiance que vous me rendrez la justice qui m’a été refusée par la première Commission. J’ai été blessé, le 28 juillet, en combattant pour la liberté, et, pour récompense de mes bons services et de mes blessures, on m’a donné la médaille et une somme de cent quatre-vingts francs. Encore est-il bon de dire que si j’ai obtenu cela c’est après m’être fâché sérieusement. Je fus appelé par le jury du (ancien) IVe arrondissement et, là, après que j’eus subi un interrogatoire, il me fut offert cinquante francs. J’ai été ballotté, marchandé comme une bête de somme et ce n’est que pour me débarrasser de mes importunités qu’une somme de cent francs me fut comptée, ce qui avec quatre-vingts francs que j’avais reçus précédemment, forme celle de cent quatre-vingts francs. Je puis signaler comme présents lorsque je comparus au jury, MM. Tassin (voir Tassin, Jacques, Nicolas), médecin, et Delanoy frères et autres qui m’étaient inconnus. La nation, qui par ses dons généreux, a voulu, comme le prétend M. Fabvier dans son rapport, assurer l’existence des malheureux ouvriers, croira-t-elle jamais que des Français, chargés de distribuer ses fonds, auront rabaissé l’espèce humaine, et surtout les blessés de Juillet, jusqu’à marchander leurs services. J’aurais bien d’autres griefs à reprocher à cette misérable Commission si ceux que je rapporte n’étaient plus que suffisants pour la signaler à la haine publique. J’espère, messieurs, que cette fois mes intérêts seront mieux représentés et que vous me ferez rendre justice. » Dans le témoignage de Mavel, Jean, on trouve les mêmes indications sur les méthodes du même : « C’est à votre patriote journal que je viens m’adresser, comme tant d’autres blessés de Juillet dont les droits ont été méconnus. Malgré le rapport qu’a fait au ministre de l’Intérieur le général Fabvier (voir Fabvier, Charles, Nicolas) pour justifier les travaux de la Commission dont il est le président, il n’en n’est pas moins vrai que des gens qui ont bien mérité de la patrie ont été à dessein exclus des récompenses nationales. Il serait très aisé de réfuter une grande portion de ce prétendu rapport malgré toutes les précautions qu’on a prises pour le faire paraître véridique. Aujourd’hui je ne veux pas aller plus loin. J’aurais de grands abus à signaler mais je ne veux parler, afin d’être plus bref, que de ce qui me regarde. Je me suis battu en juillet et j’ai été blessé au Louvre. Mes pièces ont été déposées à la Commission dans le mois de septembre 1830. J’ai vu plusieurs fois M. Delanoix (voir Delanoy), commissaire du (ancien) IVe arrondissement, ainsi que son secrétaire pour que mes droits ne fussent pas oubliés. Ils m’ont toujours dit de rester tranquilles, que l’on m’écrirait à mon domicile. Cependant, ne voyant rien venir, accablé de misère, je me suis présenté chez eux pour obtenir des secours des blessés de leur arrondissement. Disposant des deniers de la souscription nationale, ils crurent me faire une grâce en me donnant trois francs [je n’ai pas trouvé la trace de ce secours de trois francs dans les listes de secours donnés par la mairie du (ancien) IVe arrondissement, N.D.A.]. Voilà, M. le rédacteur, tout ce que j’ai eu de mon commissaire. Nulle part je n’ai obtenu autre chose. Voyant que j’étais trompé comme tant d’autres qui ont plus de droits que ceux qui ont disposé des deniers de la souscription nationale, j’ai fait toute démarche possible pour obtenir mes papiers de la Commission. Jamais on n’a voulu me les donner, crainte que je dévoilasse au public la mauvaise foi de ceux qui les retiennent pour mettre obstacle à l’obtention de mes droits. J’ai encore une pièce qui me reste dans les mains, signée de M. de Tracy et de plusieurs autres députés. Je vous la confie, M. le rédacteur, connaissant votre zèle à dévoiler l’injuste et l’arbitraire quelle que part qu’ils se rencontrent. J’espère, qu’en donnant publicité à ma lettre, M. Fabvier, président de la Commission, M. Delanoix et M. Saint-Firmin (voir Mianné Saint-Firmin, Jules, François) (qui m’a plusieurs fois fait mettre à la porte lorsque j’allais réclamer mes papiers) répondront à ma lettre. J’ai l’honneur, etc. » Nicolas, Jean-Baptiste se plaignit aussi que sa demande de décoration fût restée sans réponse de la part de Delanoy, commissaire de la Commission pour le (ancien) IVe arrondissement. Il apostilla la réclamation de Nicolle, qui, non compris sur les listes des décorés parues au Moniteur, réclamait, en date du 11 septembre 1831 dans une lettre adressée au roi, la Croix de Juillet. Il demeurait à l’Ecole des Ponts et Chaussées en 1831. Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 211 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Condorcet, O’Connor, Daniel ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique ; Archives de Paris VK3 29, séance du 14 avril 1831, sur le cas de Deligny, Jean, Julien, François, Gabriel ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants, la mention faite de Thoyot, Jean, Joseph ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Gournay d’Arnouville de, Abel ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Gillet, Jean-François (où une lettre lui est envoyée au 91, rue de Seine mais renvoyée à l’Hôtel de ville) ; Archives de Paris VK3 48 in dossier Maës ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/42 in dossier Ader, Pierre, Gentil ; Archives nationales F/1dIII/44 in dossier Besse, Léonard ; Archives nationales F/1dIII/69 in dossier Nicolle ; Archives nationales F/1dIII/74 in dossier Roy, Joseph, Louis ; Archives nationales F/1dIII/71 in dossiers Petit, Jean-Baptiste, Petitjean, Antoine, Louis ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Besse, Salvis ; Archives de la préfecture de police AA 373 in dossier Bonneville, Louis, Antoine ; Archives de la préfecture de police AA 392 in dossier Henry, Louis, Marie, Auguste ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Ludet fils, Jean-Jacques (où Roux, autre élève de l’Ecole écrit que Lannoy, comme son camarade et ami, peut certifier sa signature) ; Archives de la préfecture de police AA 402 in dossier Mavel, Jean ; In Archives de Paris VD6 277 in dossier Dasfeld, Jean, Alexandre, Latapie, ce dernier s’honore de son amitié ; il le présente comme commissaire pour le (ancien) IVe arrondissement.