Larue, Alexis
Biographie
Né vers 1804 à Piron illisible près de Niort. Compagnon charron. Il s’illustra dans le faubourg Saint-Martin, sur le boulevard du Château-d’Eau, à la Grève et au Louvre. Il fut blessé par un coup de baïonnette reçu à la main gauche. Le 13 août 1831, il sollicita auprès du roi, la décoration de Juillet. Dans sa lettre il rappelait « qu’il a combattu avec courage et intrépidité pour la liberté, dans les mémorables journées de juillet 1830, que, le 28, il s’est trouvé à l’attaque de la caserne de la rue du Faubourg-Saint-Martin, qu’il a aidé à désarmer le poste du Château-d’Eau, où sa troupe et lui se sont armés, que, durant cette journée, il s’est battu contre les cuirassiers sur le boulevard du Temple et celui Saint-Antoine, ensuite à l’Hôtel de ville, où il a reçu un coup de baïonnette à la paume de la main gauche, que, malgré cette blessure assez grave, il a assisté le lendemain 29 à l’affaire du Pont Royal (Palais-Royal ?), à la prise du Louvre et des Tuileries, et n’a cessé de combattre que lorsque les ennemis avaient disparu ; la blessure qu’il avait reçue s’étant beaucoup envenimée dans l’action des divers combats, il a été pansé par M. Jacques, médecin présentement en chef de la garde nationale, rue du Coq-Saint-Honoré, n° 13, de laquelle blessure il n’a été guéri que six semaines après. L’exposant ayant été obligé immédiatement après sa guérison d’aller à son pays près de Niort pour des affaires de famille qui nécessitaient sa présence, il alla avant son départ déposer à la marie du VIe arrondissement le certificat du médecin et un autre certificat du commandant sous les ordres duquel il a combattu. Pendant son absence, il a été adressé plusieurs lettres à son domicile pour aller toucher des secours ; son épouse s’étant présentée, on lui a dit qu’il fallait qu’il fût présent et par malheur pour le suppliant c’est qu’au moment de s’en revenir à Paris il est tombé malade à son pays, duquel il n’a été de retour qu’au mois de mars dernier, où s’étant présenté à la mairie du VIe arrondissement, pour réclamer les secours qui lui étaient dus, on lui a répondu que ses certificats étaient au Ve arrondissement, et ils ne sont pas plus trouvés au Ve qu’au VIe. Croyant mériter une récompense pour le courage et le dévouement qu’il a montrés dans les trois jours, ce brave patriote vient avec confiance vers Votre Majesté, la seule en ce moment de laquelle il espère justice, et vous supplie humblement, Sire, de vouloir bien l’honorer de la décoration spéciale, et en même temps, d’ordonner qu’il lui soit délivré un secours, en indemnité du temps employé à la guérison de sa blessure ». Il joignait à sa demande deux certificats (qui sont absents de son dossier mais sans doute voir plus loin, N.D.A.) « l’un signé du commandant sous les ordres duquel il a combattu dans les mémorables journées de Juillet et l’autre signé du médecin qui a traité sa blessure ». Il lui fut répondu que sa demande était présentée trop tardivement et que les travaux de la Commission des récompenses nationales étaient terminés. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] Ve arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Il joignait deux certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le sieur Alexis Larue était au nombre des citoyens qui occupaient le Louvre du côté du guichet de la rue du Coq pendant les journées de Juillet. Il fut blessé d’un coup de baïonnette à la main gauche mais il me cacha cette blessure jusqu’au samedi 30. Ce jour, épuisé de fatigue et de la douleur qu’il ressentait, il vint me demander la permission de se retirer pour se faire panser. Je l’adressai à l’instant même à M. Jacques, chirurgien docteur, rue du Coq-Saint-Honoré n° 13, et ce dernier, venant me visiter le soir m’assura qu’il ne concevait pas comment cet homme avait pu rester deux jours avec une telle blessure, sans pansement. Ce certificat n’est qu’un double de celui que j’ai déjà donné au camarade Larue peu de temps après le mois de juillet 1830. » Signé, le 7 août 1831 : Darnault (voir Darnaud, Alphonse, Pierre), notaire à Montreuil, commandant le poste côté du guichet de la rue du Coq conjointement avec l’élève de l’Ecole polytechnique Fabré (voir ce nom). Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, chirurgien-major de la IVe légion de la garde nationale parisienne, chirurgien consultant du bureau de charité du (ancien) IVe arrondissement, membre de plusieurs sociétés médicales, certifie à tous ceux à qui il appartiendra que le 30 juillet 1830 à 8 heures du soir, le sieur Darnault (voir Darnaud, Alphonse, Pierre), notaire à Montreuil, et alors commandant le poste de la grille du Louvre, du côté de la rue du Coq, m’envoya le nommé Alexis Larue, compagnon charron, demeurant actuellement rue Grange-aux-Belles n° 3, à l’effet de constater l’état de sa blessure et de juger s’il pouvait continuer son service militaire ; que celui-ci me déclara avoir reçu un coup de baïonnette en combattant à l’Hôtel de ville, qu’à l’examen je reconnus une plaie au bord antérieur de la main gauche d’environ deux lignes de longueur et autant de profondeur, pénétrant dans le muscle abducteur du pouce, à laquelle il était survenu une inflammation qui s’était déjà propagée à toute l’extrémité ; que l’excessive fatigue qu’il avait éprouvée jointe à la nature de sa plaie lui a occasionné une fièvre ardente qui l’a tenu au lit pendant plusieurs jours ; qu’enfin ce n’est qu’après environ six semaines de traitement qu’il a été guéri. » Signé, le 9 août 1831 : Jacques (voir ce nom ?), docteur en chirurgie, demeurant dans le (ancien) IVe arrondissement. Il fut détenu après le soulèvement de juin 1832. Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il demeurait 3, rue de la Grange-aux-Belles en 1831 ; 6, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève en 1848. Archives nationales F/1dIII/61 ; Archives nationales F/15/3884, Commission des récompenses nationales, détenus politiques 3e catégorie, indemnités ; Archives de la préfecture de police AA 397.