Latouche de, Henri

Biographie


Journaliste et écrivain. « Héros, contemplateur, contempteur, simple observateur de l’insurrection, faux héros, antihéros, quel homme Balzac eût-il été s’il s’était trouvé à Paris ? Latouche n’hésitait pas à le classer dans la dernière catégorie. Il avait payé de sa personne Latouche, et s’en vantait : “Ce n’est pas ma faute si je ne suis pas mort, écrivait-il. Plume de libéral et fusil de bourgeois, j’ai tout pris dans les nuits et les jours du 26 au 30. *” Il se peut qu’il se soit trouvé à l’attaque du Louvre, où Farcy tomba sous la dernière balle des Suisses ; il a raconté avec beaucoup d’émotion la mort du jeune journaliste du Globe et envié la gloire de “sacrifier sur l’autel de la patrie un cœur de vingt ans **”. Ce héros contrarié remarque-t-il l’absence ou le silence de Balzac pendant et après les Trois Glorieuses ? C’est probable. L’avant-dernière scène de ses Barricades de 1830 ***, huit “scènes historiques” où il a dialogué avec un brio étourdissant la journée du 27 juillet à Paris, nous transporte à Montmartre. Il est 9 heures du soir ; un groupe de personnages observent et commentent la situation parisienne, du haut d’un belvédère. Parmi ces bavards pusillanimes, incapables de saisir le sens de l’événement, se fait remarquer un “petit gros qui a les cheveux noirs et le ventre en pain de sucre”, M. Balzac, employé aux douanes. Il s’effraie de ce “qu’on tire des coups de fusil par les fenêtres, voire même des coups de canon”, de ce qu’il y ait “un monde fou dans les rues”, mais pas de lumière parce qu’on a cassé les réverbères. Il donnerait toutes les révolutions du monde pour l’alouette qu’il élève – un “oiseau de fantaisie ****” que le soleil de Juillet a failli faire périr de soif. Puis M. Balzac, descendant avec crainte l’escalier dangereux du belvédère, va se coucher, suivi par Louise, une ouvrière qui lui a demandé discrètement protection pour la nuit. Nous ne croyons pas à ce fantôme. Il n’y a pas un trait de lâcheté dans la vie de Balzac. Au risque d’être accusé de piété balzacienne, nous pensons qu’en dépit de sa lucidité et de son antipathie naturelle pour la violence physique, cet homme courageux aurait subi comme un Everat, un Soulié ou un Latouche la contagion du courage populaire. » In Balzac journaliste, le tournant de 1830, Paris, Klincksieck, 1983. * Cité par Ségu, Le Premier Figaro, p. 40. ** Etude de paysage, dans La Vallée aux loups, Levavasseur, 1833. *** Les Barricades de 1830, Scènes historiques (Journée du 27 juillet), Levavasseur, 1830. Cette œuvre est précédée de deux autres tableaux conçus sur le même modèle, publiés séparément chez le même éditeur : 1830, Scènes historiques. Le Conseil à Saint-Cloud (Journée du dimanche 25 juillet 1830) et 1830, Scènes historiques. Le Parti prêtre et le faubourg Saint-Germain (Journée du 26 juillet 1830). Ces deux œuvres sont attribuées à Emile-Marc (sic) Saint-Hilaire, Alexis Emery et Latouche par Barbier (Dictionnaire des anonymes), mais il ne précise pas la répartition de ces attributions. Talvart et Place donnent Les Barricades de 1830 comme l’œuvre de Latouche. Frédéric Ségu, son biographe, fait de même. Nous ne savons pas sur quel document se fonde cette identification. **** Les Barricades de 1830, pp. 68 et 70. Latouche était l’auteur d’un article du Figaro, pour lequel son rédacteur en chef et gérant, Roqueplan (voir ce nom), comparut le 7 mai 1831 devant la cour d’assises de Paris, sous la prévention d’offense envers les membres de la famille royale. Au cours du procès, l’avocat de Roqueplan évoquait ainsi Latouche : « Me Dupont proteste contre l’immoralité de la poursuite qui s’attache exclusivement au gérant, lorsque l’auteur est connu, lorsqu’il réclame la responsabilité de ses œuvres. A l’époque où parut l’article, M. Roqueplan était à la campagne ; M. Latouche dirigeait la rédaction ; il s’est empressé de déclarer dans le journal du lendemain qu’il était l’auteur de l’article ; il a fait plus ; il a écrit à M. le procureur-général et n’a point reçu de réponse ; il s’est présenté à son parquet et n’a pu obtenir, malgré ses instances, d’être mis en cause. On cherche la pensée de l’auteur, que ne la lui demande-t-on à lui-même ? Il est homme d’honneur, il ne la dissimulera pas : mais on ne veut pas l’entendre. » Le Constitutionnel, 7 mai 1831.

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