Lavenant, Ambroise, Louis, baron de Toukerb
Biographie
Né le 9 avril 1775 à Lauterbourg (Bas-Rhin), fils de Lavenant, Louis et de Jillingerin, Marie, Eve, son épouse. Nommé par le roi lieutenant dans la légion des Alpes le 21 juillet 1792, lieutenant au 6e régiment d’artillerie le 1er germinal an II jusqu’au 25 vendémiaire an VIII, nommé capitaine commandant sur le champ de bataille le 26 vendémiaire an VIII, étant aide de camp du général en chef Brune il fut proposé pour obtenir un sabre d’honneur, fait chef d’escadron le 1er ventôse an VIII, passé chef d’escadron au 2e régiment de dragons le 23 frimaire an X jusqu’au 1er nivôse an XIV, où il fut attaché au grand état-major général de l’armée, nommé chevalier de la Légion d’honneur le 14 juin 1804, ayant obtenu sa retraite par décret du 9 août 1809, ayant droit au rang de colonel parce qu’il avait dix ans de grade de chef d’escadron ; il avait participé aux campagnes de 1792, 1793, des ans II, III, IV, V, VI, VII, VIII et IX, à la campagne d’Ulm en l’an XIV, à celle d’Autriche en 1805 et de Prusse en 1806 et 1807, à l’expédition d’Irlande, où il fut blessé par un éclat d’obus, se distingua la campagne de Hollande contre les Anglo-Russes, en Italie, à Paron, où devant Vérone il enleva de vive force à la tête d’une vingtaine de chasseurs ce village, défendu par une compagnie d’infanterie et une de hussards, prit quatre-vingts hommes et soixante-dix chevaux ; ayant été renversé dans le choc, il fut assailli par deux hussards démontés comme lui ; il sabra l’un et blessa l’autre dangereusement. Il fut fait chevalier de Toukerb et de l’Empire (par lettre patente du 28 janvier 1809) puis baron Lavenant et de l’Empire (nouvelles lettres patentes du 6 octobre 1810), donataire de l’Empire, confirmé dans le titre de baron héréditaire par lettres patentes du 27 janvier 1815. Le 6 septembre 1816, il fut nommé maire de la commune d’Eaubonne, le 16 mars 1818 il fut nommé chef de légion des gardes nationales de l’arrondissement de Pontoise, avec le grade de colonel. Il exerça les fonctions de maire durant cinq ans. Le 29 juillet, Lafayette lui confia le commandement du Louvre et des Tuileries. Le 18 janvier 1831, il faisait pour la Commission des récompenses nationales le récit suivant de sa participation aux combats : « Le 28 juillet, j’ai fait faire les barricades du faubourg Montmartre et je me suis trouvé à la porte Saint-Denis quand elle a été attaquée par la garde royale. Le lendemain matin 29, j’ai paru dans les barricades, un des premiers revêtu de l’habit de garde national et je me suis rendu à l’Hôtel de ville auprès du général Lafayette, qui m’a donné, le 29 juillet, le commandement du Louvre et des Tuileries, que j’ai exercé avec le patriotisme et de dévouement sans bornes que les circonstances graves nécessitaient, ayant sous mes ordres environ mille ouvriers et plusieurs élèves de l’Ecole polytechnique ; c’est en raison de cette conduite que j’ai été nommé, à l’unanimité par mon quartier, chef du 2e bataillon. » En janvier 1831, il livrait des impressions personnelles mais qui éclairent cependant sur la participation des officiers supérieurs de l’armée pendant les combats de Juillet : « […] Le commandement que j’ai eu du Louvre et des Tuileries n’a point été apprécié comme il devait l’être. C’était alors le plus important de Paris. Quand je l’ai pris, on ne pouvait prévoir qu’on ne se battrait plus et je savais bien que la moindre réaction exposerait ma tête ou m’obligerait à fuir de France puisque j’étais connu et en évidence, lorsque d’autres, qui se sont très bien battus, seraient rentrés chez eux, ignorés et tranquilles. Ces conséquences ont été si bien senties que de tous les généraux, officiers supérieurs qui se trouvaient dans ce moment à Paris, je suis le seul qui se soit présenté. » Dans sa séance du 11 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demandait l’ajournement de toute décision à son égard, en attendant de prendre de nouveaux renseignements sur la participation qu’il avait pu prendre aux événements de Juillet. Et aussi : « Quant à M. Lavenant, porté pour la décoration, quoique jugé digne seulement de la médaille par le jury, il est décidé que copie de l’opinion de l’assemblée sera envoyée à M. Guinard, commissaire de cet arrondissement, en le priant d’appeler l’attention de la Commission sur ce point. » Dans sa séance du 14 avril 1831, le même comité des renseignements ajoutait : « Ayant été jugé digne de la médaille […] le jury pense que la décision prise à [son] égard doit être maintenue. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il fut élu à l’unanimité chef du 2e bataillon de la IIe légion de la garde nationale. Il délivra le certificat suivant en faveur de son fils, Lavenant, Willem, Louis, Henri, et qui reçut la médaille de Juillet : « Je, soussigné, chef du 2e bataillon de la IIe légion, chevalier de la Légion d’honneur, officier supérieur en retraite, certifie que M. le général en chef Lafayette ayant donné avis que le roi avait l’intention de donner quatre décorations de la Légion d’honneur à un officier, un sous-officier et deux gardes nationaux de la IIe légion, désignés parmi ceux qui se sont le plus distingués les 27, 28 et 29, il a été décidé en conseil supérieur que les officiers de chaque bataillon procéderaient au choix des candidats ; qu’en conséquence tous les officiers du 2e bataillon que je commande ont été convoqués à ce sujet et qu’après avoir examiné scrupuleusement tous les titres et droits de chacun, ils ont nommé au scrutin secret candidat pour obtenir ladite décoration M. Lavenant fils, capitaine de voltigeurs, ce qui est constaté par le procès-verbal de nomination qui a été déposé à l’état-major de la légion le 30 octobre dernier. Je certifie de plus que ledit sieur Lavenant fils a été nommé à l’unanimité capitaine de voltigeurs pour sa conduite pendant les mémorables journées, qu’il a travaillé en ma présence aux barricades, s’est porté partout avec moi et que lorsque j’ai reçu le 29 juillet du général Lafayette le commandement du Louvre et des Tuileries, il est venu aussitôt me rejoindre avec un renfort de jeunes gens et que dans ces circonstances difficiles il m’a été très utile par le zèle et le dévouement sans bornes qu’il a déployés et qu’au reste j’attendais de lui. » Signé, le 16 novembre 1830. Le procès-verbal était ainsi rédigé : « L’an 1830, et le 30 octobre, heure de midi, MM. les colonel, lieutenant-colonel et chefs de bataillon soussignés, s’étant réunis sous la présidence de M. le comte de Girardin, colonel, l’ordre du jour appelle l’attention du conseil sur la distribution de quatre croix de la Légion d’honneur à distribuer par ordre du roi à la IIe légion. Chacun de MM. les commandants annonce qu’il a réuni les officiers de son bataillon et que des candidats ont été par eux présentés. Savoir, pour le 1er bataillon : MM. Charlet, capitaine ; Gentil, sous-officier ; Legrand, garde national. Pour le 2e bataillon : MM. Lavenant fils, capitaine ; Pérignon, porte-drapeau ; Gaillot, garde national. Pour le 3e bataillon : MM. Leclerc, capitaine ; Pateau, sous-officier ; Belet, garde national. Pour le 4e bataillon : MM. Selves, capitaine ; Roger, chasseur. Suivent les signatures : MM. le colonel de la IIe légion Louis de Girardin ; Ganneron, lieutenant-colonel ; Odio, Galle, Fourchon, Talabot, Lefébvre, baron Lavenant, chefs de bataillon. Il participa à la répression des émeutes au moment du procès des ministres, en décembre 1830 ; un rapport au roi était ainsi rédigé par Vatimesnil, chef en second du 2e bataillon à la IIe légion : « Le 2e bataillon à la IIe légion étant de service au Luxembourg, pendant le jugement des ministres, des bruits très alarmants y furent répandus du dehors par les ennemis de l’ordre public, au moment du prononcé du jugement, et causèrent dans le bataillon une grande irritation et une effervescence générale, de manière qu’une partie du bataillon voulait s’en aller ; mais l’ordre fut bientôt rétabli sous l’influence de M. le baron Lavenant, commandant le bataillon, qui a dans cette circonstance extrêmement difficile et délicate, déployé un grand sang-froid, une fermeté inébranlable et un dévouement à toute épreuve, qui ont empêché de grands malheurs et l’ont mis à même de rendre un service signalé à son pays ; il a été bien secondé, dans cette circonstance, par M. de Vatimesnil, chef de bataillon en second, et par tous les officiers du bataillon, parmi lesquels on distingue particulièrement le capitaine Lachardonnière et le lieutenant de grenadiers Rousselot, qui ont montré beaucoup d’énergie à la tête de leur peloton, ainsi que les grenadiers Roblin et Chauvet qui, étant en faction, ont mis un grand courage dans la stricte observation de leur consigne. Le bataillon a quitté le Luxembourg à 1 heure du matin et a traversé Paris dans le plus grand ordre et animé des meilleures dispositions, pour aller rompre à son lieu ordinaire de rassemblement. Le 22, le bataillon reprit les armes et fut très nombreux, malgré la fatigue de deux jours et deux nuits ; ayant le plus grand désir de faire respecter les lois et d’assurer le maintien de l’ordre public, il reçut l’ordre de se rendre place Vendôme et ensuite rue Castiglione, pour protéger le Trésor et le télégraphe de la marine. A 8 heures du soir la tranquillité étant entièrement rétablie, il reçut l’ordre de rentrer mais, d’un mouvement spontané, il témoigna le désir de passer devant le Palais-Royal et de s’arrêter sur la place pour exprimer au roi ses sentiments d’amour, de fidélité et de confiance, vœux auxquels le chef de bataillon baron Lavenant s’empressa de déférer : le roi eut la bonté de se rendre sur le balcon, le bataillon le salua par les cris mille fois répétés de « Vive le roi ! » Lavenant signa le certificat suivant en faveur de Sauvage, Charles : « Je, soussigné, officier supérieur en retraite, chef du 2e bataillon de la IIe légion de la garde nationale de Paris, certifie que M. Charles Sauvage était avec moi au Louvre et aux Tuileries lorsque j’en ai eu le commandement le 29 juillet, et que pendant ces jours mémorables il s’est conduit avec beaucoup de patriotisme et de dévouement. » Il signa, en tant que chef du 2e bataillon à la IIe légion, un certificat en faveur de Barré, Jean, Joseph, Josse pour attester que ce dernier avait toujours été auprès de lui « dans les circonstances difficiles que nous avons traversées, a rendu des services importants particulièrement le 21 décembre au Luxembourg (au moment du procès des ministres, N.D.A.) par la fermeté qu’il y a déployée et à la Conciergerie en février ou le 2e bataillon, que je commande, a eu l’occasion de se faire remarquer ». En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut nommé officier de la Légion d’honneur le 19 octobre 1831. Il était médaillé de Sainte-Hélène. Il mourut le 20 janvier 1864 à paris et fut enterré au cimetière du Père-Lachaise. Sur sa tombe, on lit l’inscription suivante : « Ici repose le baron Amboise Louis de Lavenant, ancien officier supérieur, officier de la Légion d’honneur, décédé le 20 janvier 1864 muni des sacrements de l’Eglise. » Il avait épousé Teding-Vanderhout. Il demeurait 3, rue Buffault en 1830-1831 (mais 33, rue Traversière in Archives nationales F/1dIII/34). Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 91, liasse n° 2 in dossier Sauvage, Charles ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 ; Archives de Paris VK3 29, séance du 11 avril 1831, séance du 14 avril 1831 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales AB XIX 15 papiers des Tuileries, décorés de juillet 1830, citoyens qui ont pris part aux événements de 1830 in dossier Barré, Jean, Joseph, Josse, ; Archives nationales F/1dIV/B/3 in dossier Barré, Jean, Joseph, Josse ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1505/90. On peut consulter Archives nationales BB/29/966 à 974, 1001 à 1005, 1035, 1052, 1060 à 1067, 1017 à 1076, 1080 sur ses lettres de patente.