Lavocat, Gaspard
Biographie
Né le 10 décembre 1794 (mais le 11 novembre in Archives nationales F/1dIII/39) à Montigny-sur-Meuse (Ardennes). Ancien sous-lieutenant de la garde impériale, il participa aux campagnes de 1814 et de 1815. A la Restauration, sous-lieutenant en demi-solde, son hostilité à la branche aînée des Bourbons le fit s’impliquer dans les complots de 1820 et de 1823. En 1820, il fut, pour le complot du Bazar français, condamné à mort par contumace : le but du complot avait été de soulever contre le roi des régiments en garnison à Paris, d’appuyer ces soulèvements par d’identiques en province et, ainsi, de renverser par les armes le gouvernement, de s’emparer des Tuileries et de la famille royale et de proclamer un gouvernement provisoire. Gracié, par la suite, il participa de nouveau, en 1823, à un autre complot : le complot de la Bidassoa. Alors que les troupes françaises intervenaient en Espagne pour rétablir la monarchie absolue menacée par les libéraux espagnols, d’anciens militaires français tentèrent, sur les bords de la Bidassoa, à la frontière espagnole, de soulever l’armée française contre ses chefs et contre la monarchie, afin de paralyser l’intervention française et de protéger la révolution espagnole. Condamné à mort, en 1824, Lavocat fut gracié, une nouvelle fois, en 1826. Il rentra d’Angleterre, où il était réfugié, par Calais, le 12 février 1826, accompagné de sa femme et d’un enfant, et se rendit chez son beau-père, M. Levé, tanneur, avec lequel il s’associa. Après trois mois de séjour dans la capitale, il demanda un passeport pour se rendre aux Rosiers (Maine-et-Loire). Le préfet de police fit à cette occasion, un rapport élogieux au ministre de l’Intérieur, sur le compte de Lavocat : « […] De nouveaux rapports qui me sont parvenus sur cet individu […] ne renferment que des renseignements avantageux. Il paraît qu’il est entièrement livré aux affaires du commerce considérable que fait le sieur Levé, dont il a épousé la fille unique et auquel il doit succéder dans peu de temps ; et le voyage qu’il projette est relatif à ces mêmes affaires. Sa conduite, sous le rapport politique, n’a également donné lieu à aucune observation défavorable. » Le passeport lui fut accordé. La préfecture de police rapportait sur ce séjour : « […] A son arrivée dans cette commune, il s’est logé chez le sieur Eugène Tessier, fortement soupçonné d’avoir participé au complot de Berton (et qui à l’époque de cette affaire prit la fuite et passa à l’étranger, d’où il n’est revenu que depuis quinze mois, était-il précisé dans un autre rapport) et avec qui il s’était lié durant un voyage qu’ils avaient fait ensemble en Italie, à Constantinople et en Grèce. Il paraît que c’est par suite de cette liaison seulement et non pour affaires qu’il s’est rendu aux Rosiers, d’où il est revenu après une absence de deux mois. Le sieur Gaspard Lavocat exerce aujourd’hui et sous son nom la profession de tanneur. Il n’a donné lieu, depuis son retour en France, à aucun rapport défavorable. » Et aussi cet autre rapport, en date du 13 décembre 1826 : « […] Le sieur Lavocat avait à régler aux Rosiers une affaire d’intérêts assez majeure et il paraît que le sieur Tessier de Lamotte, chez lequel il était descendu et qui jouit d’une fortune considérable, a contribué à la prospérité de l’établissement que possède à Paris le sieur Lavocat, qui avait à cœur de prendre des arrangements avec lui. Mais, en quittant Paris, il n’avait pas seulement le projet de se rendre dans le département de Maine-et-Loire, il pensait qu’il aurait pu facilement obtenir dans cet endroit un visa de passeport pour aller jusqu’à Nantes, où il désirait traiter d’un parti de cuirs, et je sais qu’effectivement il avait, avant son départ, manifesté cette intention. Ayant reçu aux Rosiers la défense de passer outre, il ne balança pas à s’y conformer, quelque préjudice que pût porter à ses intérêts. Forcé ainsi de séjourner plus longtemps aux Rosiers qu’il ne se l’était proposé, il ne put se défendre de prendre part à plusieurs parties de plaisir, et il présume que c’est cette circonstance qui aura pu donner lieu aux autorités locales de croire que son voyage n’avait aucun but d’utilité. Le sieur Lavocat se plaint au surplus d’avoir été assez maltraité par M. le maire des Rosiers et il croit devoir attribuer la conduite de ce fonctionnaire à son égard à une division qui existe entre lui et le sieur Tessier de Lamotte, par suite du refus que celui-ci aurait fait de consentir au mariage d’une jeune personne de sa famille avec le fils du maire. » Il sollicita, en décembre 1826, un passeport pour se rendre à Montigny afin de régler, avança-t-il des affaires de famille. Pressé de préciser ces raisons par le préfet de police, auprès des oreilles duquel étaient rapportés des soupçons après son dernier voyage aux Rosiers chez Tessier Delamotte, Lavocat donna des réponses que le préfet fit parvenir au ministère : « Le sieur Lavocat, qui est né à Montigny, n’a pas paru dans son pays depuis environ huit ans. Sa mère est morte dans cet intervalle et les affaires relatives à sa succession n’ayant point encore été réglées, son père, qui est âgé, lui a écrit plusieurs fois pour le presser de venir les terminer. De plus, le sieur Lavocat a avoué qu’il n’était encore marié qu’en pays étranger et que, s’occupant en ce moment de faire légaliser son acte de mariage, il avait besoin de se rendre à Montigny pour remplir les formalités nécessaires. Ces raisons me paraissent suffisantes pour motiver le voyage du sieur Lavocat. Cet individu a déclaré du reste qu’il lui serait facile de prouver que son voyage aux Rosiers avait eu pour but des affaires relatives à la maison de commerce qu’il est aujourd’hui chargé de diriger. » Le 24 novembre 1828, le préfet de police rapportait au ministre de l’Intérieur : « Conformément à la lettre que Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’écrire, le 8 du courant, j’ai prescrit à l’égard du sieur Gaspard Lavocat une nouvelle surveillance, d’où il résulte que cet ancien officier, par sa conduite et par sa position actuelle, n’est plus dans le cas d’inspirer de l’inquiétude. Marié, depuis sa rentrée en France, à la fille du sieur Levé, marchand tanneur, rue Saint-Hippolyte, n° 12, qui peu de temps après lui a cédé son établissement, il jouit de la meilleure réputation, comme père de famille et comme négociant. Les affaires de son commerce, qui est important, sont aujourd’hui sa seule occupation. Il n’en continue pas moins d’être l’objet de la surveillance à laquelle il a été soumis jusqu’au 25 décembre 1830. » La révolution de 1830 le trouva directeur de cette tannerie de la rue Saint-Hippolyte, et fut le point de départ de son ascension : il participa à la révolution de 1830, et Barrier (voir ce nom), dans son témoignage, affirma avoir eu « le plaisir de le voir dans la mêlée », le 29 juillet aux alentours du Louvre. Boulée, dans son Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration, relate de la même manière comment Lavocat, le 28 juillet, aida à rédiger une proclamation inventée de toute part : « Quelques promoteurs de la rébellion, soit pour précipiter le mouvement insurrectionnel, soit pour ne pas livrer le peuple à l’incertitude de sa position, avaient imaginé d’annoncer par des placards l’installation d'un gouvernement provisoire composé des généraux Lafayette et Gérard et du duc de Choiseul. Cette imposture, conçue dans les bureaux du National, fut accréditée surtout par les efforts de M. Lavocat, ancien officier de l’Empire, qui, condamné en 1820 pour fait de conspiration contre les Bourbons, avait été amnistié lors du sacre de Charles X. Un autre chef du parti populaire, M. Taschereau (voir Taschereau, Jules, Antoine), signa de sa main les noms de ces trois citoyens sur l’acte qui nommait M. Duvergier directeur de l’imprimerie nationale. Cette audacieuse fiction eut pour effet de soutenir le courage des combattants. » L’ordonnance royale du 26 août 1830, créant la Commission des récompenses nationales, accordait au préfet de la Seine la faculté de désigner quatre citoyens parmi ceux devant faire partie de cette Commission ; le préfet de la Seine, considérant que le but de cette disposition était de faire entrer dans la Commission « des hommes qui représentassent plus spécialement la classe ouvrière, qui a pris la part la plus active à la révolution », choisit quatre personnes qui, ayant combattu avec les ouvriers, devaient être « par conséquent les meilleurs et les plus sûrs appréciateurs de leur courage et de leur patriotisme ». Parmi eux, Lavocat, Gaspard, tanneur, lieutenant-colonel de la XIIe légion ; les autres étant Bastide, Jules (voir ce nom), marchand de bois, canonnier de la garde nationale ; Guinard, A. (voir Guinard, Joseph, Auguste), propriétaire carrier, capitaine d’état-major de la garde nationale ; Chevallier, Victor, commis négociant, demeurant 83, rue de la Croix-Rouge (mais avec Guinard Joseph Auguste, Tonnet Renaud Olive, Chevallier, Truelle Alphonse et Payen Anselme in Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys). Il rallia le régime de Louis-Philippe, fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (sous le nom de Ladocat sur les listes du Moniteur universel), nommé lieutenant-colonel de la garde nationale puis commandant supérieur du Luxembourg pendant le procès des ministres de Charles X ; il fut chargé, une fois les ministres condamnés, de les conduire à la forteresse de Ham. L’Ami de la religion, journal politique, ecclésiastique et littéraire, devait d’ailleurs relever la curiosité suivante, relativement à Peyronnet, un des ministres jugés par la Cour des pairs : « [Lavocat] avait été traduit lui-même, en 1820, devant la Cour des pairs, qui le condamna à mort avec Nantil et Rey, pour avoir pris part à la conspiration dite militaire ; et condamné de nouveau à mort en 1823 pour avoir porté les armes contre la France en Espagne. Ce fut précisément M. de Peyronnet, qui comme procureur général près la cour des pairs, requit contre lui la peine capitale, et qui, dans l’autre affaire, ordonna les poursuites comme garde des Sceaux. » Lavocat fut choisi, en 1831, pour diriger la Manufacture royale des Gobelins et enfin, élu député des Ardennes sous l’étiquette agréable. Jorry, Sébastien, Louis, Gabriel (voir ce nom) lui écrivait comme à « cher camarade » et s’adressa à lui pour tenter de faire rétablir les droits de son fils (Jorry, Alcibiade) à la décoration. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, Lavocat reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Déjà chevalier de la Légion d’honneur, il fut nommé officier, sur proposition du ministre de l’Intérieur, le 15 février 1831, en récompense de son activité comme lieutenant-colonel de la XIIe légion de la garde nationale pendant les troubles de décembre 1830 occasionnés par le procès des ex-ministres de Charles X. En 1832, il sollicita la décoration de la Légion d’honneur pour Boissel, Jean-Marie, Hercule (voir ce nom), pharmacien et adjoint au maire du (ancien) XIIe arrondissement. Le 12 juin 1832, il signa le certificat suivant en faveur de Lemoine-Tacherat, Jean-Baptiste, Joseph (voir ce nom) : « Nous croyons devoir vous signaler la conduite courageuse tenue pendant les journées du 5 et 6 courant par M. Lemoine-Tacherat, décoré de Juillet, l’un des juges du tribunal de commerce qui siégeait le 28 juillet 1830. Ce citoyen, ex-officier de grenadiers du 3e bataillon et admis à la réserve par suite d’une blessure à la main gauche, s’est empressé de revêtir son uniforme aux premiers coups de feu (ce qu’au reste il fait toujours dans les moments de danger, bien qu’il ne soit tenu à aucun service). Se réunissant à quelques-uns de ses camarades, il a contribué à préserver le poste de l’entrepôt général des vins. S’étant ensuite avancé seul vers une barricade établie sur le quai de la Tournelle près la rue de Pontoise, il fut accueilli par les cris de Vive la garde nationale ! Vive les braves de Juillet ! Le chef qui commandait cette troupe franchit avec quelques-uns de ses camarades la barrière et vint l’inviter à prendre part avec eux sinon de lui rendre son sabre. Un refus énergique fut la réponse de M. Lemoine-Tacherat. Une discussion politique s’ensuivit et, tout en reculant, il arriva, suivi des insurgés, au pont de la Tournelle où était en ordre de bataille un peloton de la compagnie de voltigeurs du 4e bataillon de la IXe légion, capitaine Fruneau. Alors les insurgés sommèrent le capitaine de marcher avec eux ou bien de faire rendre les armes à sa compagnie. Cette demande fut, comme elle devait l’être, repoussée avec indignation mais n’ayant pas encore de cartouches, on ne put saisir les perturbateurs, qui étaient bien armés ; ils retournèrent se placer derrière leurs retranchements. Quelques instants après un détachement du 2e dragon étant arrivé, ces braves commandés par un maréchal des logis, marchèrent sur la barricade, espérant la forcer. M. Lemoine-Tacherat, le sabre à la main, se joignit à eux. Ils furent reçus à coups de fusils, un brigadier fut blessé mortellement ; quand reconnaissant l’impossibilité de débusquer l’ennemi, ils furent contraints de faire demi-tour. Ce fut dans cet instant que M. Lemoine-Tacherat courut le plus grand danger, se trouvant seul à découvert au milieu de la chaussée, à trente pas de la barricade et derrière les dragons qui l’avaient dépassé. Sans s’occuper des coups de fusils qui lui furent tirés et qui heureusement ne l’atteignirent pas, il soutint le dragon blessé resté en arrière et le reçut dans ses bras au moment où il tomba de cheval [il n’est donc pas blessé mortellement ? N.D.A.]. Se trouvant alors devant sa porte, quai de la Tournelle n° 25, il le fit entrer chez lui ; quelques secours lui furent donné ensuite à la pharmacie de l’île Saint-Louis puis immédiatement il le fit transporter à l’Hôtel-Dieu. Ce fut encore lui qui lui servit d’escorte, accompagné d’un seul carabinier de la compagnie Boutarel, ce qui dans le moment n’était pas sans péril. Le lendemain, M. Boissel (voir Boissel, Jean-Marie, Hercule), adjoint de notre maire, reconduisit à l’Ecole polytechnique un élève qui par ses allées et venues fréquentes avait éveillé l’attention du commandant du poste de la place Maubert. Ce quartier était dans une grande fermentation et M. Boissel, craignant une collision entre la garde nationale et la populace, s’était proposé pour reconduire cet élève à l’Ecole polytechnique, sans être accompagné de gardes nationaux en armes, afin d’éviter tout prétexte à l’émeute. Cependant M. le commandant Vasset, qui dans ces deux journées a également donné des preuves du plus grand dévouement, apercevant M. Lemoine-Tacherat et sachant qu’il pouvait compter sur sa fermeté, aucune crainte ne pouvant l’atteindre, l’invita à suivre M. l’adjoint pour lui porter secours au besoin. Cette précaution ne fut pas inutile car M. Lemoine-Tacherat étant arrivé à peu de distance de M. Boissel qui se rendait par la Montagne Sainte-Geneviève à l’Ecole polytechnique, ne put qu’avec peine se faire jour jusqu’à lui pour s’opposer aux intentions hostiles que manifestaient déjà les plus exaltés du rassemblement. Ces hommes furieux feignaient de ne pas reconnaître en la personne de M. Boissel l’adjoint au maire et se disposaient à lui faire un mauvais sort. M. Boissel harangua cette multitude, parvint à se faire reconnaître ; M. Lemoine-Tacherat imitant son exemple, réussit à détourner cette populace de ses mauvais desseins en lui imposant par sa force physique et surtout par l’énergie de son caractère. Au reste il fit en uniforme ce qu’il avait en bourgeois au boulevard Montmartre, dans la matinée du 5, en sauvant avec quelques autres citoyens de la fureur populaire un sergent de ville qu’ils firent entrer dans la boutique d’un horloger, près les Variétés, où même il n’eût point été en sûreté sans lui et deux autres décorés de Juillet qui barrèrent la porte et repoussèrent les assaillants. Nous avons pensé, M. le ministre, que notre devoir était de mettre à votre connaissance, avec quelques détails, des faits honorables pour un citoyen qui a montré en 1832 qu’il n’était pas plus effrayé militaire sur la place publique qu’il ne le fut en 1830 sur le siège consulaire. Nous pensons que le signe de l’honneur sera bien placé sur sa poitrine à côté de la Croix de Juillet et nous vous prions de la demander pour lui à Sa Majesté. Nous avons l’honneur, etc. » On retrouve Lavocat comme un des protecteurs du régicide Fieschi, qui devait participer à l’attentat dirigé contre le roi, le 28 juillet 1835. Fieschi s’attira la reconnaissance de Lavocat pour ce que ce dernier qualifia de « conduite généreuse ». Au moment du procès Lavocat gardait une grande affection pour Fieschi. Il dit ainsi : « Un jour, dans ses révélations, Fieschi prononça des noms qui ne m’étaient pas inconnus ; c’étaient les noms de mes anciens camarades, aujourd’hui mes ennemis politiques ; c’étaient mes anciens camarades. Je dis alors : Halte-là ! Fieschi, ne m’en dites pas davantage. Il s’agit de mes anciens camarades, ce sont aujourd’hui mes ennemis politiques. Ces hommes m’ont fait beaucoup de mal pour prix de services que je leur ai rendus ; mais je ne veux rien savoir des révélations que vous auriez à faire à leur sujet. Vous les ferez à un autre que moi : ici mon rôle cesse. » C’est sans doute Thiers qui recueillit les noms. Parmi ces noms, il y avait celui de Morey (voir Morey, Pierre), mais Lavocat ne dit pas ce nom à la Cour parce que cette circonstance le concernait personnellement. Il dit aussi : « [...] Le jour de l’enterrement du général Lamarque, je me trouvais sur le boulevard ; le général Heymès, le colonel Dulac et d’autres officiers qui étaient à la tête de la garde municipale pourraient certifier ce que j’avance. Je fis conduire le corps du général Lamarque jusqu’à la barrière d’Italie par des ouvriers de mon quartier et notamment par les miens. Je n’avais pas mon uniforme, le général Heymès m’en fit la remarque, je lui dis que je pouvais user de mon influence dans le quartier, n’étant pas en uniforme. Je rencontrai un de mes ouvriers nommé Lemoine, je le chargeai d’aller chercher mon uniforme ; il me l’apporta [...]. » Et : « Le président. – Vous avez entendu la déclaration de M. Lavocat, avez-vous à donner quelques éclaircissements de plus que ceux qui sont contenus dans sa déclaration ?
»Fieschi. – J’ai bien quelque chose à dire, mais il ne m’appartient pas de le dire. On dirait que je suis un flatteur et un vantard. Je ne dirai donc rien, puisque M. Lavocat a jugé à propos de garder le silence à cet égard. Puisqu’il est une chose qu’il n’a pas cru devoir dire, je ne la dirai pas non plus. La Cour tout entière ne m’imposerait pas silence comme la présence de M. Lavocat.
»M. Lavocat s’avance à la barre. – Ce que vient de dire Fieschi pourrait faire croire que j’ai omis autre chose que des faits entièrement personnels entre lui et moi ; il a voulu parler sans doute des services qu’il m’a rendus. Sur ce point, je lui ai rendu justice. Plusieurs fois, Fieschi m’a averti que je devais être assassiné ; il m’en a donné des preuves. Il a veillé sur moi, je le sais. Si c’est à autre chose qu’il a voulu faire allusion, je le prie de répondre.
»Fieschi. – Non, Monsieur. Vous savez ce que j’ai fait, mais je n’ai fait que mon devoir. Vous étiez trop grand pour que je puisse être au même rang ; mais comme homme, j’aurais marché avant vous et affronté les canons. Vous savez bien que sans moi vous ne seriez pas aujourd’hui ; je ne me vante pas des affaires que j’ai faites.
»M. Lavocat. – Je croyais avoir indiqué d’une manière assez claire qu’il est vrai que je suis plutôt l’obligé que le bienfaiteur de Fieschi. Il m’a rendu de grands services ; non seulement il a veillé lui-même à ma sûreté, mais encore il a averti mon domestique. Il m’a cité des noms. Je demanderais la permission de les taire. Il m’a enfin rendu de grands services comme lieutenant-colonel de la garde nationale. Oui, toutes les fois qu’il y a eu du bruit, la veille des émeutes et au moment des émeutes, il était toujours là. Il a rempli avec zèle, avec intelligence, avec dévouement et avec une rare intrépidité les missions périlleuses dont je l’ai chargé.
»Le président. – Vous avez déclaré que vous connaissiez tous les accusés, excepté Boireau ; avez-vous quelque chose à dire sur eux ?
»M. Lavocat. – Je connaissais Morey (voir Morey, Pierre) pour avoir fait partie de la XIIe légion, dans la compagnie des voltigeurs du 4e bataillon, de plus, comme sellier et bourrelier ; il a même travaillé pour moi. Je le connaissais antérieurement, car il est décoré de Juillet, et j’ai été membre de la Commission des récompenses de XIIe arrondissement. Quant à M. Pepin (voir Pepin, Pierre, Théodore), jamais je ne lui ai adressé la parole. Quand il vint dans le faubourg Saint-Marceau, il me fut désigné comme ayant figuré dans les troubles du faubourg Saint-Antoine, en juin 1832. Je connaissais aussi Bescher pour l’avoir vu avec Morey (voir Morey, Pierre), et comme étant, ainsi que Pepin (voir Pepin, Pierre, Théodore), habitant du faubourg Saint-Marceau. » Maxime Du Camp rapporta sur Lavocat : « M. Lavocat, dont l’intervention fut si précieuse et qui parvint seul à ouvrir Fieschi tout entier devant la justice, fut mal récompensé d’avoir si simplement obéi à sa conscience : on le traitait d’espion, de mouchard ; on lui écrivait pour lui demander combien la police lui payait les révélations mensongères qu’il “arrangeait” avec Fieschi ; les lettres anonymes pleuvaient chez lui ; on ne lui promettait rien moins que la potence, la guillotine, ou le poignard ; on dessinait, à la craie, des couteaux entrecroisés sur la porte de la manufacture des Gobelins et l’on y inscrivait Mort au traître ! » Il fut régulièrement élu député en 1837, 1839, 1842, 1846. Hostile à la révolution de 1848, comme au prince-président, il échoua aux élections de 1852. Nous empruntons au site de la Chambre des députés une partie de la notice qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Ami de M. Barrot, membre de la commission des grâces, directeur de la manufacture des Gobelins en 1833, il se rallia complètement à la monarchie de juillet, et se présenta à la députation le 21 juin 1834, comme candidat agréable, dans le 2e collège des Ardennes (Rethel), où il échoua avec 83 voix contre 170 à l'élu, M. Clauzel, député sortant. Il fut plus heureux, le même jour, dans le 4e collège du même, département (Vouziers), où il fut élu par 142 voix (208 votants, 255 inscrits) contre 53 à M. Robin ; son mandat lui fut successivement renouvelé : le 4 novembre 1837, par 143 voix (263 votants, 303 inscrits), le 2 mars 1839, par 153 voix (286 votants) ; le 9 juillet 1842, par 240 voix (377 votants, 433 inscrits), contre 131 à M. Tirman ; le 1er août 1846, par 242 voix (512 votants, 525 inscrits), contre 234 à M. de Ladoucette. Ministériel obstiné, il vota pour la dotation du duc de Nemours, pour les fortifications de Paris, pour le recensement, contre les incompatibilités, contre l'adjonction des capacités, pour l'indemnité Pritchard, et repoussa toutes les mesures libérales émanées de l'opposition. La révolution de 1848 n'eut pas ses sympathies, pas plus que la politique du Prince-président. Candidat indépendant au Corps législatif dans la 1re circonscription des Ardennes, aux élections du 29 février 1852, il échoua avec 469 voix contre 30.271 à M. de Ladoucette, candidat officiel, et 1.697 à M. de Chabrillan. » Lavocat était médaillé de Sainte-Hélène et conseiller général de la Seine. Il mourut le 8 novembre 1860 à Paris (ou le 12 novembre 1860 à Montigny-sur-Meuse sur internet). Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, le 6 novembre 1830, officier le 15 février 1831, commandeur le 14 juillet 1837. Il demeurait hôtel de Bourgogne, 30, rue Saint-Thomas-du-Louvre en 1820 ; 12, rue Saint-Hippolyte en 1830-1831. 270, rue Mouffetard en 1835. Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration, par un ancien magistrat (Boulée, Auguste, Aimé), Paris, Desenne, 1839, tome premier, p. 301 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Almanach des 25000 adresses des principaux habitants de Paris pour l’année 1835, contenant les noms et demeures de tout ce que Paris renferme de personnes distinguées par leur rang ou par leurs fonctions… 21e édition, Dulac, Paris, chez Panckoucke éditeurs ; Dictionnaire des parlementaires français, A. Robert et G. Cougny ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Jorry, Alcibiade ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Barrier ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Genthial, Marie, Joseph, François, Xavier ; Archives de Paris VK3 47 in dossier Labouré, Joseph, Claude (une lettre qui lui est adressée) ; Archives nationales F/7/6774 in dossier Laffanour, Alexis, plus un dossier à son nom ; Archives nationales F/1dIII/33, personnel de la Commission (1830-1832) ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives nationales F/7/6676, dossier des prévenus, dont celui de Lavocat ; Archives nationales F/9/1158, dommages de Juillet, Seine (1831-1849) in dossier Fontanier (la copie d’un certificat qu’il signe pour ce dernier) ; Archives nationales F/1dIV/B/11 in dossier Boissel ; Archives nationales F/1dIV/L/13 in dossier Lemoine-Tacherat, Jean-Baptiste, Adolphe ; Archives nationales CC/671 à CC/697 ; le texte des journaux au procès ; Archives de la préfecture de police AA 381 in dossier Crosnier, Louis, Jacques (dans lequel Crosnier se voit proposer des secours après la révolution de Juillet) ; Archives de la préfecture de police AA 408 in dossier Pinel, Eugène (qui remit son dossier pour obtenir une récompense à Lavocat mais n’obtint pas de réponse de sa part) ; Procès de Fieschi et de ses complices, chez A. E. Bourdin, Paris, 1836, dont page 174, tome 3, p. 286 et 287 ; Les Ancêtres de la Commune, Du Camp ; Biographie des hommes du jour, Sarrut et Saint-Edme, Paris, 1837, tome troisième, première partie, p. … L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000 ; Archives nationales F/1dIV/L/2, demandes de la Légion d’honneur (sous le nom de Ladvocat) ; L’Ami de la religion, journal politique, ecclésiastique et littéraire, tome soixante-sixième, 9 novembre 1830 n° 1708 p. 58; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1508/46 ; site internet de la Chambre des députés, biographie de Gaspard Lavocat. Il y a in Archives de la préfecture de police AA 383 in dossier Delabarre, Louis, François, dans le récit que fit Delabarre de son activité républicaine sous le régime de Louis-Philippe, les faits suivants concernant peut-être Lavocat : « […] Je fis ensuite partie de la réunion de la rue des Prouvaires et échappais, comme par miracle aux limiers de la royauté. C’est après cette affaire que je défendis la barricade de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, soi-disant prise par le fameux Lavocat (voir Lavocat, Gaspard ?). Comme cette prise n’avait eu lieu qu’après notre abandon (occasionné par la nouvelle de non-réussite) et qu’il n’y avait rien de bon à lui donner un démenti, je gardai le silence (dans cette affaire, j’avais été trompé) […]. »