Le Mière de Corvey, Jean, Frédéric, Auguste
Biographie
Né le 3 août 1771 à Rennes (Ille-et-Vilaine), fils de Le Mière, Pierre, André et de Nicolle, Anne, Françoise, Marie, son épouse. Vainqueur de la Bastille, fédéré du 10 août 1792, volontaire dans un bataillon de la Somme le 1er mars 1792, passé à Paris dans le bataillon des fédérés du Morbihan le 22 juillet 1792, entré dans les dragons de la République le 4 septembre 1792, brigadier le 5 septembre 1792, maréchal des logis le 20 septembre 1792, maréchal des logis chef le 7 octobre 1792, quitta les dragons le 5 décembre 1792, mis à la tête d’une compagnie soldée de Belges par le général Milhaud le 27 fructidor an VI, sous-lieutenant au 59e de ligne le 13 pluviôse an VII, adjoint aux adjudants généraux le 15 brumaire an VIII, lieutenant le 30 germinal an VIII, capitaine sur le champ de bataille par le général Mafrenne le 10 prairial an VIII, confirmé par le premier consul le 4 brumaire an IX, aide de camp du général Ménard le 1er brumaire an IX, capitaine adjoint au camp d’Utrecht le 10 ventôse an XII ; il fut blessé à la jambe droite le 10 août 1792, marcha contre le chouans du département de la Manche en 1792 et 1793, blessé à l’aine le 6 brumaire an VII près Deinse à Gand, fit la campagne de Belgique de l’an VI et de l’an VII, reçut un sabre d’honneur de la commune de Gand le 23 frimaire an VII, des pistolets avec inscription du département de l’Escaut le 9 brumaire an VII, fit les campagnes de l’Italie en l’an VIII et IX, entra un des premiers dans les redoutes du camp des mille fourches, eut un cheval tué sous lui et fit prisonnier le baron de Molk, prit à l’abordage une chaloupe de pêcheurs avec quatre grenadiers de la 99e devant la Pietra en Ligurie, un bateau anglais qui portait neuf hommes d’équipage et trois officiers anglais et autrichiens, fut employé à la 6e division militaire en l’an X et XI, fit la campagne de l’an XII en Hollande. Chef de bataillon en retraite, nommé chevalier de la Légion d’honneur le 1er octobre 1807, membre de la Commission des officiers et légionnaires des Cent-Jours. Il écrivit deux lettres successives à la Commission des récompenses nationales, en 1831, pour tenter de faire valoir ses droits à une décoration : « J’ai assisté à toutes les grandes journées de la Révolution. Elève à l’Ecole des ponts et chaussées et n’ayant pas atteint ma dix-huitième année, j’étais à la prise de la Bastille ; plus tard, le 10 août 1792, je fus blessé à la jambe à l’attaque du château des Tuileries (je faisais partie des fédérés bretons). Au retour de l’Empereur en 1815, je fus un des premiers à faire arborer le drapeau tricolore, aussi j’ai éprouvé toutes les persécutions possibles de la part des Bourbons, non contents de me léser dans mes droits et dans mes intérêts, ils m’exilèrent en Bretagne (pays classique de la chouannerie) où mes principes républicains étaient connus ; j’ai resté près de deux ans en surveillance. Vous voyez, messieurs, que j’avais assez de motifs pour prendre les armes en juillet 1830. Lorsque la patrie fut en danger, je me suis présenté ; lorsqu’il s’est agi de places et de récompenses sollicitées, je suis rentré chez moi. Quant à la décoration de Juillet, c’est à la Commission de juger si j’y ai des droits, qu’elle ne s’attende pas à recevoir de moi des certificats qu’il m’eût fallu demander à des citoyens inconnus ou à des amis qui eurent signé de confiance, ma conduite depuis 1789, mes principes invariables, mon grade et ma croix gagnés sur divers champs de bataille me donnent, je crois, le droit d’être cru sur parole. » […] Je n’ai jamais fait aucune démarche pour obtenir des décorations et, cependant, j’ai eu toutes celles des patriotes. A dix-huit ans, vainqueur de la Bastille, à vingt et un fédéré du 10 août, je fus blessé à l’attaque du château des Tuileries. Militaire depuis cette époque, mes principes n’ont jamais varié et si j’ai obtenu difficilement quelques grades à l’armée, j’ai la certitude que mes opinions républicaines ont beaucoup nui à mon avancement sous l’Empereur. […] Mis en retraite à la rentrée des Bourbons.
»[…] Après avoir assisté aux échauffourées des 26 et 27, quoique ayant eu le bras cassé par une chute de cheval quinze jours auparavant, je m’armai le 28 aussitôt que j’entendis les premières décharges mais ne pouvant me rendre à l’Hôtel de ville puisque les ponts étaient interceptés et que je demeure dans le faubourg Saint-Germain, je dirigeai quelques groupes de tirailleurs sur le quai de l’Institut, dans la fusillade engagée avec les Suisses. Je fis des patrouilles la nuit et le lendemain je fis construire dans mon quartier des barricades d’après les principes que j’ai détaillés dans la troisième partie de mon ouvrage sur les Partisans et corps irréguliers, que j’ai fait imprimer en 1823 (après la journée où le jeune Lallemand fut tué lors du double vote) ; je prévoyais alors la résistance du peuple possible contre la garde royale et je fis imprimer la manière de chasser de Paris un corps de troupes qui s’y serait introduit ; j’enseignai à former des barricades, j’expliquai la manière de les construire et j’ai vu avec plaisir que celles de Juillet ainsi que les moyens de défense avaient été préparés d’après le chapitre premier de la 3e partie de mon ouvrage et c’est je crois un service rendu à la patrie d’avoir enseigné les moyens de se défendre contre l’oppression et, dans ce temps, il y avait du courage à l’écrire. […] Dès le 29 au matin, je fus proposer mes services au gouvernement provisoire, je me fis enregistrer à l’Hôtel de ville et à la mairie du (ancien) Xe arrondissement, où je suis un des premiers inscrits pour demander du service ; j’adressai, le 30, un projet d’organisation pour les vainqueurs de Juillet mais, trois jours après, d’autres avaient exploité notre mouvement à leur profit et je me retirai.
»Lorsqu’on décréta une récompense nationale, j’adressai une note, dont je n’ai point entendu parler ; quand je vis la première liste des décorés dans le Moniteur, j’écrivis au général Fabvier en le priant de soumettre ma demande à la Commission. N’ayant encore reçu aucune réponse et mon ami Flatters, le sculpteur, (décoré de Juillet et qui me connaît depuis seize ans) m’ayant conseillé de m’adresser directement à la Commission, je lui adresse cette dernière demande. […]
»Après avoir servi ma patrie de mon épée, dans toutes les occasions, je puis dire encore que je n’ai jamais sali ma plume en chantant les rois et le pouvoir. Du 14 au 20 août 1792, j’ai fait exécuter sur différents théâtres mon Hymne funèbre en l’honneur des frères morts en combattant pour la liberté ; en 1793, mon Chant de guerre contre les Anglais ; en 1793 et 1794, je donnais aux Italiens (depuis Théâtre Feydeau) mes opéras de la Prise de Toulon, Andros et Almons et Babouc ; en 1815, en défendant Belfort, je faisais la musique de La Garde meurt et ne rend pas et en 1823 je faisais imprimer mon ouvrage sur Les Partisans, où les barricades et la défense de Paris en 1830 sont détaillées dans la troisième partie et, certes, il y avait du courage à faire imprimer cet ouvrage à cette époque. […] J’ai sollicité du service, j’étais appuyé par les apostilles des lieutenants-généraux Pajol et Lamarque, par le pair de France Lanjuinais mon compatriote et par les députés patriotes de mon département, mais je n’en suis pas plus avancé ; il paraît que mes opinions ne sont déjà plus à l’ordre du jour puisque je reste dans l’inactivité avec la plus modique des pensions tandis que je vois placer et monter en grade des gens qui ont servi tous les partis. […] Présentez-moi à tous les patriotes, j’en suis connu, MM. Alexandre et Amaury-Duval, Etienne, Dupoty, Jal, d’Epagny, Fontan, etc., le sculpteur Flatters, surtout, qui est mon ami depuis seize ans, et le libraire Luillier, tous peuvent vous attester mon patriotisme dans tous les temps et je défie un seul patriote d’arguer un mot contre mes opinions, mes principes et ma conduite depuis 1789. J’étais à la Bastille en 1789, aux Tuileries en 1792. Je faisais jouer La Prise de Toulon à Favart en 1793, je faisais la révolution en Belgique en l’an VII de la république, la musique de La garde meurt et ne se rend pas en 1815, et j’écrivais Les Partisans en 1822 et 1823. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il est l’auteur des Partisans et corps irréguliers, chez Anselin et Pochard, 1823 ; de Mélanges sur les langues, dialectes et patois, Paris, au bureau de l’Almanach du commerce, chez Delaunay au Palais-Royal, 1831, et participa à la rédaction des Mémoires militaires, de son ami le baron Seruzier, parus en 1823 à Paris chez Anselin et Pochard. Il est aussi l’auteur d’une vingtaine d’opéras comiques. Il mourut à Paris le 24 avril 1832. Il demeurait 63, rue de Grenelle-Saint-Germain en 1817 ; 52, rue des Boucheries-Saint-Germain en 1831. Archives de Paris, VD6 631 n° 1; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1580/37.