Lebel, Pierre, Marie

Biographie


Né le 3 avril 1788 à Paris, fils de Le Bel, Urbain (sic dans l’acte de baptême), marchand drapier rue Béthizi, et de Dubois, Marie, Félix, son épouse. Commis au ministère du Trésor (caisse de service) puis au ministère des Finances, depuis le 15 août 1806 jusqu’au 1er octobre 1820, date de sa démission, puis affineur de métaux précieux (affineur d’or in Archives de Paris DM13 1 dans le registre qu’il signe). Il tenait un établissement d’affinage de l’or à Belleville en 1830. Il reçut (sous le seul nom de Lebel et sans adresse), après la révolution, un total de quatre-vingts francs de secours auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (secours que sans doute il fut chargé de distribuer). Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement et aussi du (ancien) XIIIe arrondissement, sous-préfecture de Saint-Denis. On trouve la note suivante le concernant : « A adressé à la Commission une note dans laquelle il dit avoir fait le coup de feu dans les rues Saint-Honoré et Saint-Denis. Ce fait est faux puisque dans une réunion composée d’officiers de sa légion, sur la demande qui lui fut faite s’il avait pris les armes et s’il s’était battu dans Paris, il répondit qu’il n’était pas armé, qu’il était venu à Paris en observateur. Ce fait peut être attesté par divers officiers de sa légion. » Dans sa séance du 8 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, laissait cette appréciation au sujet de Lebel (sans qu’on sache quelle importance on doit y attacher) : « M. Vicard (voir ce nom) expose que M. Lebel n’a pris aucune part aux événements de Juillet. MM. Pinel-Grandchamp (voir Pinel de Granchamp), Charraut (voir Chareau, Paul, Benjamin), Bietry (voir Bietry, Laurent, Ambroise) et autres prouveront ce qui est avancé ci-dessus » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Saint-Denis (son nom est aussi compris sur la liste supplémentaire auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement). Il prêta son serment de décoré de Juillet, le 25 mai 1831 à la sous-préfecture de Saint-Denis. Ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il reçut sa croix le 24 juin 1831. Lebel fut élu chef de bataillon de la Ire légion de la garde nationale de banlieue. Ses supérieurs et ses camarades demandèrent pour lui, dès novembre 1830, la décoration de la Légion d’honneur. Le 29 octobre 1830, la pétition suivante expliquait le sens que certains voulaient donner à la nomination de Lebel comme chef de bataillon : « Nous tous, officiers, sous-officiers et soldats, certifions et déclarons sur notre honneur avoir nommé M. Lebel pour notre chef de bataillon, comme un témoignage de notre satisfaction pour sa conduite patriotique dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830. La conduite ferme de M. Lebel et son courage pour la part active qu’il a prise dans les trois journées qui ont immortalisé la capitale sont les titres qui nous ont transporté à lui conférer le commandement du bataillon de Belleville et de Ménilmontant. La présente attestation a été donnée aujourd’hui, 29 octobre 1830, en la mairie de Belleville, en présence de nous tous réunis et comme un hommage à la vérité. » Signé (pour les noms lisibles) : Collin ; Pommier ; Palatre ; Bordier ; Bourillon, sergent ; chevalier de la Fémoire, capitaine de la 4e compagnie. Dans une lettre adressée au roi, la Légion d’honneur fut directement demandée : « Les officiers de la 1re légion de l’arrondissement de Saint-Denis ont vivement regretté de n’avoir qu’un des leurs à vous présenter pour recevoir de la main de Votre Majesté la décoration de la Légion d’honneur, plusieurs d’entre eux s’étant dévoués sans réserve à la conquête de nos libertés, un, entre autres, M. Lebel, aujourd’hui chef de bataillon à Belleville, qui pendant les trois grandes journées s’est constamment exposé à la tête des braves Parisiens et partout où il y avait du danger. Les soussignés réclament de votre justice, Sire, la décoration de la Légion d’honneur pour cet excellent citoyen qui s’est montré avec tant de patriotisme pendant notre glorieuse révolution » Signé : Davy, lieutenant-colonel ; Codieu, capitaine ; Béjot, chef de bataillon en second ; Cosnard ; Thuilois, major. La demande fut appuyée par le colonel du bataillon, par les chefs de bataillon et des officiers de cette légion ; par le préfet de police lui-même, Baude, « toujours satisfait de rendre justice à ce courageux citoyen, car c’est l’homme de la veille et non pas du lendemain » ; par le maire de Belleville, qui précisait « plus que personne convaincu des services rendus à la cause de la liberté et du roi par ce vertueux et courageux citoyen, avant, pendant et après les mémorables journées et dans toutes les circonstances difficiles qui se sont offertes depuis. […] J’ajouterai que M. Lebel n’est pas seulement le défenseur de nos libertés. Les services qu’il a rendus à la cause du roi ne sont pas ignorés au château et surtout de M. le lieutenant-général du génie, Baudrand, qui le connaît particulièrement » ; ou encore, dans une autre lettre de recommandation : « […] Comme maire de cette commune […] j’ai été à même d’apprécier et de connaître les immenses services rendus par M. Lebel dans ces mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet, tant par son courage civil que par son courage militaire. […] Intelligence, honneur, courage, amour de sa patrie des lois et de l’ordre, dévouement sans borne pour son roi, voici ses vertus […] » ; ou enfin dans une autre lettre de recommandation : « […] Les services immenses que ce courageux citoyen a rendus à son pays dans les mémorables journées de Juillet et dans toutes les circonstances difficiles qui se sont offertes depuis ; l’heureuse influence que ses vertus civiques et sa position sociale exercent sur la population considérable de la commune […] ». A son tour, le préfet de la Seine, en date du 18 janvier 1831, expliqua se faire un devoir de joindre sa recommandation aux précédentes, ajoutant : « […] Cet officier supérieur est connu depuis longtemps par son patriotisme ; il a rendu des services importants à la cause de la liberté et l’on s’accorde à faire le plus grand éloge du courage, de l’énergie et de l’intelligence qu’il a montrés dans les mémorables journées de Juillet. Toujours prêt à sacrifier ses propres intérêts au bonheur de la France, ce brave citoyen n’a cessé de donner des preuves de son amour pour l’ordre légal et de son attachement à nos institutions. […] M. Lebel a les droits les mieux constatés à cette honorable distinction. En lui accordant cette faveur, le roi des Français récompensera tout à la fois le zèle éclairé, le patriotisme et le courage d’un citoyen dont le dévouement et la belle conduite sont appréciés de toutes les personnes qui le connaissent et notamment de la garde nationale de Belleville sur laquelle rejaillira une partie de l’honneur fait à son commandant. » Lebel fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, en date du 26 février 1831. Le 8 mars 1831, Lebel remerciait dans ses termes le ministre de l’Intérieur pour sa nomination : « […] Veuillez, M. le comte, en recevoir mes sincères remerciements et être bien convaincu que si, obéissant aux inspirations de ma conscience, pour la conquête de nos libertés je n’ai pas reculé un moment devant le sacrifice de mes jours et de ma fortune c’est avec la même ardeur que je défendrai le meilleur des rois. Appliqué constamment à donner l’exemple du respect et de l’obéissance aux lois, vous me trouverez toujours, M. le comte, prêt à combattre sans faiblesse et sans crainte les excès qui ne font que le désordre et la licence, voulant et chérissant la liberté mais pure et fondée sur les lois. Tels sont les sentiments qui ont toujours animé celui qui a l’honneur etc. » Lebel fut l’un des jurés, en 1833, qui condamnèrent Lionne rédacteur au journal La Tribune à vingt-deux mille francs d’amende et cinq ans de prison. Lebel demeurait 100, parc Saint-Fargeau à Belleville en 1830-1831. Il mourut le 6 janvier 1847. Réponse sommaire du sieur Lebel, affineur d'or et d'argent, au Parc Saint-Fargeau, commune de Belleville, à la plainte en injures et diffamation, rendue le 20 février dernier, par le sieur Vigen, ancien avoué, et juge-de-paix du canton de Pantin [1er avril 1822], Paris, impr. A. Boucher, s. d., 8 p. Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives de Paris DM13 1, décoration de Juillet, arrondissement de Saint-Denis, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement, liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Saint-Denis ; Archives de Paris VK3 29, séance du 8 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 47 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés et non blessés du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Saint-Denis et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives nationales F/1dIV/L/8 ; Archives nationales LH/1513/19 base Leonore de la Légion d’honneur (sous le nom de Le Bel, Pierre, Marie) ; Procès de la Tribune ou 22.000 francs d’amende, cinq ans de prison, chez Auguste, Mie, imprimeur de la Tribune, 9, rue Joquelet, p. 2. On trouve de très nombreuses mentions de Lebel dans Débordements industriels, environnement, territoire et conflit (XVIIIe-XXIe siècles), Letté et Le Roux, Presses universitaires de Rennes.

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