Lebœuf, Edmond
Biographie
Né le 5 décembre 1809 à Paris. Elève de l’Ecole polytechnique. Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Lebœuf : « Pendant la nuit [du 28 au 29 juillet, N.D.A.], on avait fait un projet. Les habits de l’Ecole polytechnique, fort en baisse la veille, c’est-à-dire avant que l’insurrection fût déclarée, étaient, au contraire, fort considérés depuis que l’insurrection avait grandi.
Ce projet qu’on avait fait pendant la nuit, c’était d’aller, au point du jour, chercher des habits à l’Ecole polytechnique.
En conséquence, Charras, vers quatre heures du matin, sonnait à la grille avec un de ses amis nommé Lebeuf (voir Lebœuf, Edmond).
La hausse se faisait sentir même à l’Ecole : concierge et professeurs reçurent à merveille les deux réfractaires, on les embrassa, et, selon leur désir, on leur donna des habits.
Je me rappelle un détail : c’est qu’ayant trouvé un habit Charras ne put probablement pas trouver un pantalon ; avec son habit bleu d’uniforme, il portait un pantalon gris, ce qui était bien faible comme tenue.
Les deux amis habillés et surtout coiffés – le chapeau joue toujours un grand rôle dans les insurrections –, ils s’acheminèrent vers la place de l’Odéon.
En route, on leur annonça une distribution de fusils qui se faisait dans la rue de Tournon.
En effet, on venait de prendre la caserne de gendarmerie, et l’on avait, avec un certain ordre, organisé une distribution de mousquetons, de pistolets, de sabres et d’épées.
Charras et Lebeuf se mirent à la queue ; mais, lorsqu’ils arrivèrent aux bureaux, on ne voulut leur donner que des épées, attendu, disait-on, que les élèves de l’Ecole polytechnique, étant tous officiers de droit, et, en leur qualité d’officiers, étant destinés à commander des détachements, devaient recevoir des épées, et non des fusils.
Les instances de ces deux jeunes gens, si vives qu’elles fussent, ne purent rien changer au programme ; on leur donna des épées, et pas autre chose. » Dans le récit que fit Pomaret de sa propre participation aux combats, il faisait mention de Leboeuf, dans ces termes : « […] Je me procurai un fusil et je marchai sur la caserne de Babylone. On m’objecte que les uniformes étaient plus en danger que les habits bourgeois, c’est vrai mais je ferais remarquer que je n’ai presque pas quitté Lebœuf et d’autres élèves et qu’ainsi j’étais exposé autant qu’eux ; deuxièmement que les uniformes avaient plus d’influence, c’est vrai mais je me suis fait connaître à beaucoup de monde, si bien que Guillemaut (élève), s’étant éloigné un moment de son peloton, tous ceux qui en faisaient partie me prièrent de le remplacer, quoiqu’il en eût indiqué un autre ; et pendant toute l’attaque, je ne cessai de parler dans le sens de Lebœuf et de quelques autres pour forcer les portes de la caserne au lieu de rester sur place, exposé au feu sans pouvoir beaucoup agir. […] et pendant toute l’attaque, je ne cessai de parler dans le sens de Lebœuf et de quelques autres pour forcer les portes de la caserne au lieu de rester sur place, exposé au feu sans pouvoir beaucoup agir. » Quand Charrier, Jacques, Joseph tenta de faire valoir ses propres droits à une récompense nationale, il joignit à sa demande un reçu, en date du 2 août 1830 et signé de Lebœuf, du cheval qu’il avait remis aux écuries de l’Hôtel de ville. Selon le rapport que fit Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), autre élève de la même Ecole et choisi pour établir les droits de chacun des élèves à une récompense honorifique, en fonction de la part prise aux combats de Juillet, et cette part prise en uniforme ou en habits bourgeois, il était du nombre de ceux dont Lannoy disait qu’ils « ont combattu en uniforme dans les journées de Juillet et me paraissent avoir mérité la décoration spéciale ». Lebœuf faisait partie lui-même de la sous-commission chargée d’examiner les droits à une récompense honorifique des anciens élèves de l’Ecole, passés depuis sous-lieutenants d’artillerie et de génie de l’Ecole d’application de Metz ; cette sous-commission était composée de, outre lui-même, Lothon (voir Lothon, André, Charles), Charras (voir Charras, Jean-Baptiste, Adolphe), Leymarie (voir Leymarie, Jean, Léonard, Repaire), Liedot (voir Liedot, Antoine, Louis), Forgeot (voir Forgeot, Julien, Etienne), Gouguet (voir Gouguet, Jean, Charles), Guillot (voir Guillot, Léon), Mitrécé (voir Mitrèce, Isidore, Pierre, Charles). Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il signa, le 6 août 1830, le certificat suivant, en faveur de M Massol, Louis, Amédée, Hippolyte que ce dernier présenta au moment de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants, afin d’obtenir la décoration de Juillet : « Nous, soussignés, certifions que le sieur Massol, Louis, Amédée, Hippolyte, ancien élève de l’Ecole polytechnique, sorti sans service, a paru toujours au milieu de nous, avec son habit d’uniforme, dans les mémorables journées des 28 et 29 juillet, partageant avec nous tous les dangers qui menaçaient la liberté et ayant contribué par son zèle et son courage à repousser l’esclavage et à maintenir les droits de la Charte. » Il signa un certificat en faveur de Baligner, François, pour attester que ce dernier, élève en médecine, était « à l’affaire de Rambouillet, que je l’ai vu animé des meilleures intentions, et qu’il m’a prodigué à moi-même des soins empressés, dont je lui garderai une éternelle reconnaissance ». Il signa, le 13 octobre 1830, le certificat suivant en faveur de Thévenay, François et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, certifie que le sieur Théveny, François (sic) se trouvait à la prise des armes du dépôt du 1er régiment de l’ex-garde et à l’attaque de la caserne de Babylone. » En juillet 1831, il était élève à l’Ecole d’application de l’artillerie et du génie, à Metz (Moselle). Le 18 juillet 1831, le maréchal de camp, commandant en chef de l’école, après plusieurs démarches restées vaines, demandait au ministère de l’Intérieur qu’on lui fît enfin parvenir, ainsi qu’aux seize autres élèves décorés comme lui, la croix qu’il avait obtenue. Il participa à la conquête de l’Algérie, à la guerre de Crimée, à la campagne d’Italie, fut nommé ministre de la Guerre, le 21 août 1869, maréchal de France puis sénateur le 24 mars 1870. Après les premiers revers de l’armée française, il fut relevé de ses fonctions le 12 août 1870. Commandant du 3e corps d’armée, il fut enfermé dans Metz par les troupes prussiennes, fait prisonnier et emmené en Prusse. Libéré après l’armistice, il se retira de la vie politique. Il mourut le 7 juin 1888. Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 211 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 8, révolution de 1830, lettres de polytechniciens, rapports divers, etc. in dossier Pomaret ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Baligner, François ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement et lettre en date du 18 juillet 1831 ; Archives de la préfecture de police AA 377 in dossier Charrier, Jacques, Joseph ; Archives de la préfecture de police AA 401 in dossier Massol, Louis, Amédée, Hippolyte ; Archives de la préfecture de police AA 415 in dossier Thévenay, François ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1517/17.