Lebrument
Biographie
Alors sergent à la 1re compagnie de grenadiers au 33e régiment de ligne, il sollicita la Croix de Juillet en septembre 1832 « en récompense de sa conduite pendant les mémorables événements dont cette décoration est destinée à perpétrer le souvenir ». Il faisait le récit suivant de sa conduite : « Je suis Rouennais et j’étais dans notre ville au moment si glorieux pour elle où nos patriotes s’armèrent spontanément pour porter secours à leurs frères de Paris, luttant contre les séides du roi parjure. Le premier peut-être, je me proposais pour guider un détachement ; j’étais à la tête de ceux qui forcèrent les magasins des armuriers et je distribuais moi-même les fusils de guerre sur la place Saint-Amand et dans la rue Ganterie. Je fis fonction d’adjudant dans la colonne de M. Monthelier, qui s’est portée sur Rambouillet et je ne suis rentré à Rouen qu’après la victoire du parti national. Ce que j’ai fait, Monsieur le maire, d’autres ont pu le faire aussi avec le même patriotisme, la même ardeur pour la liberté, mais ce qui doit me distinguer parmi eux c’est que, garde royal moi-même, j’ai dû dépouiller mon habit pour marcher contre ceux dans les rangs desquels je comptais encore. Caporal au 3e régiment, en congé d’un an, j’avais à braver la sévérité des lois militaires et les répugnances d’un soldat qui s’arme contre ses compagnons. L’indignation, l’amour du pays m’ont fait rejeter ces puissantes considérations et je me suis précipité en aveugle au-devant d’un danger plus menaçant que la mort même. Les services que j’ai pu rendre comme sous-officier expérimenté m’ont valu les éloges les plus flatteurs de M. Monthélier et un certificat que je vous envoie et qu’il reconnaîtra certainement. Après les événements je suis rentré volontairement dans les rangs de l’armée et je me trouve maintenant dans le régiment où j’avais servi avant mon admission dans la garde. Je n’ai sollicité aucun avancement. Replacé comme sergent, ma conduite m’a valu d’être choisi pour une compagnie d’élite et, satisfait de l’estime de mes chefs, je ne demandais rien de mieux quand j’ai appris, par les résultats de son travail, qu’une commission avait été nommée pour faire valoir les droits des patriotes rouennais aux récompenses nationales. J’arrive trop tard peut-être pour demander la glorieuse décoration que beaucoup ont obtenue mais il est sans doute à Rouen des personnes qui se rappelleront les services que j’ai rendus et qui pourront obtenir pour mon nom l’honneur d’être placé à côté de ceux qui ont bien mérité de la patrie […]. » Sa demande était apostillée par son colonel et un chef de bataillon du 33e régiment. Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier : « Je, soussigné, membre de la Légion d’honneur et décoré de Juillet, commandant des volontaires rouennais qui se sont portés sur Rambouillet et Paris en juillet 1830, certifie que le sieur Lebrument, ex-sous-officier de l’ex-garde royale, a fait partie de la colonne sous mes ordres en qualité d’adjudant sous-officier et que, comme tel, il a rendu tous les services que l’on devait attendre d’un militaire instruit et d’un citoyen mû par le patriotisme le plus dévoué. Il a, par son activité et par sa fermeté, beaucoup contribué au maintien de l’ordre dans une colonne de volontaires qui, par suite des circonstances, se trouvait composée d’individus de toutes les classes de la société et par conséquent assez difficile à maintenir. Je lui délivre le présent par duplicata, pour lui servir au besoin auprès de ses chefs, si, comme j’aime à le penser, ses anciens services militaires et son dévouement à la cause sacrée de nos libertés sont des droits à leur estime et à leur bienveillance. » Signé à Rouen, le 21 juin 1831 : Monthelier (voir ce nom). Le deuxième : « Je, soussigné, chef de bataillon de la garde nationale de Grand-Couronne, arrondissement de Rouen, certifie que le nommé Lebrument, sergent du 3e régiment de l’ex-garde royale, a rendu les plus grands services à la colonne Monthelier, qu’il s’y est comporté en véritable patriote, qu’il est à la connaissance de la colonne que, sous tous les rapports, il a des droits incontestables à la décoration qu’il réclame. » Signé, le 16 août 1832, Lecointe, chef du bataillon de Grand-Couronne. Le troisième : « Le soussigné, conseiller en la cour de Rouen, chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur et membre de la Commission des récompenses nationales pense que M. Lebrument aurait certainement obtenu la Croix de Juillet qu’il réclame si sa belle conduite dans les journées des 28, 29, 30 et 31 juillet avait été révélée aux membres de la Commission, dont plusieurs sont absents aujourd’hui. » Signé, le 18 août 1832 : Simonin. Le quatrième : « Les soussignés, ayant fait partie de la Commission des récompenses nationales, partagent entièrement l’opinion exprimée par leur honorable collègue, M. Simonin, et regrettent sincèrement qu’aucun renseignement ne leur ait été transmis sur la conduite de M. Lebrument avant la clôture de leur travail. Ils espèrent que M. le ministre de la Guerre auquel seront soumises les attestations qui précèdent reconnaîtra les droits de M. Lebrument à une récompense et qu’il lui fera accorder de son propre mouvement soit la décoration soit l’avancement dans l’armée, que la Commission se serait fait un devoir de solliciter pour lui. » Signé, le 19 août 1832 : Senard ; De Cabanon fils ; Simont aîné. Sa hiérarchie renseignait sur son compte qu’il était « bien noté et bien recommandé par ses chefs ». Il était en garnison à Vitré en 1832. Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-Inférieure.