Lecuyer, Claude, Léonard
Biographie
Né vers 1808 à Paris. Potier de terre. Il fit la relation suivante de sa participation aux combats de Juillet : « Le 28 juillet, je suis parti de chez nous à 7 heures du matin et j’ai rencontré mes amis qui venaient de désarmer les gendarmes de la caserne Mouffetard. De là, nous sommes descendus jusqu’à la barrière de Fontainebleau et avons désarmé tous les postes qui se sont trouvés sur notre passage. De cette barrière, nous sommes venus désarmer les postes de la barrière des Deux-Moulins et de la Gare. Après cette opération, nous nous dirigeâmes sur la poudrière, où nous rencontrâmes des citoyens envoyés par M. Maës (voir Maës, Nicolas, Joseph) pour s’en emparer. Après nous être joints à eux, nous cassâmes la porte à coups de sabres et immédiatement après le concierge de l’établissement nous apporta les clefs du magasin à gauche en entrant. Nous nous munîmes de poudre et fûmes combattre les cuirassiers qui étaient en position au pont d’Austerlitz. Nous éprouvâmes une fusillade assez vive vers 3 heures environ et repoussâmes plusieurs charges, qui ne nous firent perdre qu’un seul homme. Il y eut aussi un enfant de blessé. A 5 heures ou 5 heures et demie, M. Maës, qui nous commandait depuis notre arrivée au pont nous fit diriger sur la place aux Veaux, où, étant arrivés, il nous engagea à aller prendre quelques nourritures (nous n’avions rien pris depuis le matin) et nous fit jurer d’aller le rejoindre au carré de la Pitié à 7 heures du soir, où je me rendis à l’heure indiquée, après avoir employé les trois quarts du temps qui nous avait été accordé à faire des cartouches. M. Maës, qui ne se fit pas attendre, nous conduisit à la préfecture de police, où nous restâmes à peu près une heure. Ensuite, notre commandant ayant jugé notre présence inutile dans ce moment, nous renvoya, après nous avoir fait promettre de nous réunir de nouveau le lendemain 29 à 7 heures du matin au carré de la Pitié. Après être rentré chez moi à 11 heures et demie, au lieu de me livrer au repos duquel j’avais très besoin, j’employai une grande partie de la nuit à faire encore des cartouches et à mettre mes armes en bon état pour le jour suivant. A 5 heures du matin le 29, je suis allé sur le carré de la Pitié, où je rencontrai plusieurs de mes connaissances. Quelqu’un nous dit que la poudre manquait à l’Hôtel de ville ; aussitôt nous allâmes à la poudrière, espérant y en trouver mais l’ayant trouvée épuisée, nous cherchâmes chez différentes personnes soupçonnées d’en avoir … illisible et nous en trouvâmes un baril chez un charron (? illisible) boulevard de l’Hôpital. Nous l’avons transporté à la Grève, où nous sommes arrivés à 8 heures du matin et après l’avoir déposée au corps de garde de la Ville, nous nous sommes placés dans les rangs d’une colonne qui partait pour aller attaquer le Louvre, où nous sommes arrivés à 10 heures (après avoir passé par la place des Victoires) par la grande rue Saint-Germain-l’Auxerrois. Nous étions à peine arrivés au quart de cette rue que nous essuyâmes un feu de mousqueterie très bien nourri de la part des Suisses et des gardes royaux qui occupaient la galerie derrière la colonnade Louvre ainsi que les croisées du Louvre donnant dans cette direction. Après une demi-heure de combat, je suis arrivé de porte en porte ou d’allée en allée (dans lesquelles je me jetais pour recharger mes armes) au bout de cette rue, où je me suis lancé sur une chaîne de moellons qui supporte la grille formant la clôture l’espace qui sépare le Louvre de la rue des Poulies-d’Orléans et j’y ai combattu pendant plus d’une demi-heure, ainsi qu’un individu que je ne connais pas. Nous avions presque autant à craindre des citoyens qui combattaient de la rue Saint-Germain que de celles des Suisses et des gardes auxquels nous faisions face. Après ce temps, une vingtaine de citoyens tout au plus se joignirent à nous et nous nous précipitâmes sur la grille de la petite porte de gauche, que nous parvînmes à enfoncer. Ensuite, nous entrâmes par la galerie à gauche, où nous ne trouvâmes qu’un assez grand nombre de blessés suisses et gardes royaux. Ensuite nous avons attaqué et mis en fuite trois pelotons de Suisses qui se trouvaient encore dans la cour du Louvre et nous les avons poursuivis jusqu’à la rue Fromenteau. Et, croyant trouver des ennemis dans le musée, nous l’avons parcouru, ainsi que les Tuileries, dans tous les sens sans en rencontrer aucun. Ensuite, ayant entendu des décharges de mousqueterie dans la rue de Rohan et Saint-Honoré, nous nous y sommes portés et j’ai combattu pendant deux heures ou deux heures et demie à l’attaque de plusieurs maisons occupées par les Suisses ou les gardes royaux mais principalement à la maison du chapelier faisant angle de la rue de Rohan et Saint-Honoré, où j’ai, ainsi que plusieurs individus et malgré les balles qui arrivaient de plusieurs côtés, essayé, mais en vain, d’enfoncer les portes de cette maison et ai continué à payer de ma personne jusqu’à ce que les habitants de ces maisons se soient présentés aux fenêtres pour demander grâce. Si la Commission trouve insuffisants les détails ci-dessus, je suis prêt à lui donner tous ceux qu’elle pourra désirer. J’oubliais de dire que quoique épuisé de fatigue à la suite de ces deux jours de combat, je n’ai pris que le temps de changer de linge et suis allé monter la garde à Sainte-Pélagie, où je suis resté trois jours consécutifs sous les ordres de M. Duruy (voir Duruy, Marie, Charles), aujourd’hui capitaine des voltigeurs du 4e bataillon la XIIe légion. J’ai également fait partie de l’expédition de Rambouillet. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il comparut, le 13 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) XIIe arrondissement, pour attester connaître parfaitement Deshayes, Jacques, Henri et « savoir qu’il a combattu dans la journée du 29 juillet 1830 au Louvre et qu’il y a été blessé d’une balle au bras droit ». En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut détenu à la suite du soulèvement d’avril 1834. Il était marié et père d’un enfant en 1848. Il demeurait 17, rue des Lyonnais en 1830-1831 ; 21, rue Neuve-Saint-Médard en 1848. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VK3 47 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/53 in dossier Deshayes, Jacques, Henri ; Archives nationales F/15/3884, Commission des récompenses nationales, détenus politiques 3e catégorie, indemnités.