Ledru, Louis, Charles, Marie

Biographie


Né le 28 février 1792 à Paris. Entrepreneur de maçonnerie. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Le 15 août 1830, en qualité de chef du poste du parc aux Moutons, sergent de grenadiers au 2e bataillon de la garde nationale, il délivra le certificat suivant en faveur de Farigoulle, Ambroise, Constantin : « Je, soussigné, certifie que le nommé Ambroise Farigoul, ex-canonnier de 1re classe du 2e régiment d’artillerie à cheval, était de mon détachement à la Grève, entre le Pont-Neuf et le pont Rouge, que, le lendemain, après s’être emparé du poste de Saint-Thomas-d’Aquin, comme l’attestent ses certificats, je l’ai vu à la prise de la caserne des Suisses se distinguer comme un des plus braves citoyens. Il faisait le service de la pièce et, n’ayant plus de munition, il s’est défendu vigoureusement avec son fusil, qu’il n’a pas quitté le général (?) de toute la journée que pour venir avec moi prendre le poste du parc aux Moutons, qui était le plus urgent puisque l’ennemi devait redoubler (?) ailleurs sur Paris et qu’il ne pouvait déboucher suivant ces positions il a occupé ce poste avec ses braves camarades, qui ne m’ont pas quitté pendant dix jours consécutifs. » Il délivra le certificat suivant en faveur de Thiéfine, Jean-Baptiste, Antoine, Joseph : « Nous, soussignés, certifions […] que le sieur Jean-Baptiste, Antoine, Joseph Thiéfine […] a pris part à la prise de la caserne de Babylone malgré une blessure à la main droite en travaillant aux barricades, dont le pouce en fut tellement fracassé, s’étant trouvé entre deux pavés, et qu’il ne peut travailler depuis le temps et qu’il a perdu ses travaux par cause de cette blessure. » Il comparut, le 11 mai 1831, devant le juge de paix du (ancien) Xe arrondissement, pour attester « pour vérité et notoriété publique et sous la foi du serment qu’il est à leur connaissance personnelle que le nommé René Baudet, domestique demeurant à Paris rue de Bagneux n° 5, a été tué le 29 juillet 1830 en combattant à la prise de Babylone ». Il délivra le certificat suivant en faveur de Jamois, Alexis : « Je certifie que le nommé Jamois s’est très bien distingué à la prise de la caserne des Suisses, qu’il a été blessé à la main droite et que je l’ai vu amener un prisonnier, que l’on a lâché de suite. » Il signa, le 4 février 1831, le certificat suivant en faveur de Peulvé, Stanislas : « Je, soussigné, certifie que le nommé Peulveÿ (sic), Stanislas était à la prise de l’Abbaye, le 28 juillet avec la garde nationale et à la caserne de Babylone. » Il combattit le 29 juillet à la caserne de Babylone avec Aernoudts (voir Aernoudts, Jacques, Cornil), Perrusset (voir Perrusset ou Perruset, Jean, Georges) et Villain (voir ce nom), selon un certificat qu’il délivra. Il signa, le 21 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Charton, Pierre, Emery, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants, sise 10, rue Bourg-Labbé : « Nous, soussignés, certifions que le nommé Pierre, Emery Charton, natif de Demain, canton de Moreuil, arrondissement de Montdidier, département de la Somme, a pris une part active dans les glorieuses journées des 28 et 29 juillet 1830 et qu’il a mérité, par sa conduite patriotique, l’admiration des bons citoyens qui ont été témoins de son courage. » Il signa, le 3 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Doussamy, Adolphe, Napoléon : « Je, soussigné, Ledru, Louis, Charles, Marie, décoré de la Croix de Juillet, entrepreneur de bâtiments, demeurant à Paris, rue du Petit-Vaugirard n° 10, certifie et déclare que le sieur Doussamy, Adolphe, Napoléon s’est trouvé dans nos rangs au moment du départ pour nous transporter à l’Hôtel de ville sur la droite du pont d’Arcole et qu’il y est resté jusqu’à la fin de la dernière reprise par les patriotes. Il avait d’abord participé à la sortie des prisonniers de l’Abbaye-Saint-Germain et qu’il s’est toujours distingué les jours suivantes. » Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut l’un des signataires, comme « maître maçon, lieutenant de la garde nationale », (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il y prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet, le 19 mai 1831, reçut sa croix le 21 juin et son brevet le 22 août 1831. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait rue du Parc à Vaugirard en 1830 ; 10, rue du Petit-Vaugirard en 1830-1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 3 contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet du Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des décorés du Xe arrondissement) ; Archives de Paris VK3 44 in dossier Farigoulle, Ambroise, Constantin ; Archives de Paris VK3 46 in dossier Jamois, Alexis ; Archives de Paris VK3 50 in dossier Peulvé, Stanislas ; Archives de Paris VK3 53 in dossier Thiéfine, Jean-Baptiste, Antoine, Joseph ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/42 in dossier Arnoud (lire Aernoudts, Jacques, Cornil) ; Archives nationales F/1dIII/43 in dossier Baudet, René, Elie ; Archives de la préfecture de police AA 377 in dossier Charton, Pierre, Emery ; Archives de la préfecture de police AA 385 in dossier Doussamy, Adolphe, Napoléon ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.

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