Lefébure, Dubus, Alexandre, Auguste
Biographie
Né le 30 octobre 1801 à Abbeville (Somme). Avocat à la cour de Paris depuis le 5 novembre 1825. Il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales, afin de faire valoir ses droits à la décoration : « Le sieur Lefébure, Dubus […] a l’honneur de vous exposer, messieurs, que le mardi 27 juillet dernier, il se trouvait rue Montesquieu, lorsque des gendarmes à cheval, venant de la cour du Palais-Royal, se mirent sur les 5 heures et demie environ de l’après-midi, à sabrer le peuple jusqu’à l’entrée de la rue Croix-des-Petits-Champs ; qu’alors, dans la juste indignation, avec plusieurs autres individus qui se trouvaient là, il leur a lancé des pierres et s’est écrié qu’il fallait en tirer vengeance, ce qui a été répété de bouche en bouche. Que deux heures après, sur les 7 heures et demie, il se trouvait dans la rue Saint-Denis au moment où les troupes de ligne et des gendarmes venaient d’y entrer. Qu’alors plusieurs individus, à côté desquels il marchait, ayant jeté des pierres, une charge les assaillit tout à coup et en blessa plusieurs à ses côtés. Qu’il en suivit un qu’on venait de ramasser, en criant Vengeance. Que le lendemain, vers les 11 heures et demie du matin, il se trouvait auprès du poste du Châtelet, armé d’un pistolet, lorsque des lanciers et des soldats de la garde royale, arrivant par le quai, se rangèrent en bataille sur le pont au Change et firent plusieurs décharges successives qui firent un grand nombre de victimes. Qu’ensuite il se rendit rue Dauphine, où il aida à faire une des premières barricades à l’entrée de la rue Saint-André-des-Arts. Que le jeudi 29, étant sorti de chez lui sur les 4 heures du matin et après avoir parcouru toute la rue Montmartre, où il trouva des cadavres presque à chaque pas, il se rendit à l’entrée du Pont-Neuf, d’où il vit les Suisses tirer sur l’Institut et le long des quais. Qu’alors il emprunta le fusil d’un homme qui n’en faisait point usage et tira du parapet du Pont-Neuf sur le Louvre qu’ensuite il se glissa le long des maisons du quai de l’Ecole et put alors tirer avec plus de chance de succès. Que quelque temps après, une diligence étant venue à passer, il s’écria l’un des premiers qu’elle n’irait pas plus loin et qu’il fallait en faire une barricade, ce qui fut exécuté sur-le-champ car cette voiture fut couchée à l’entrée de la rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois et de l’Arbre-Sec, où elle fut très nécessaire pour l’attaque du Louvre. Que s’étant rendu dans la rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois, non loin de la maison du Journal des débats, il se précipita avec d’autres personnes pour ramasser un brave qui venait d’être atteint d’une balle venant des colonnades du Louvre, d’où les Suisses commençaient à tirer, mais qu’il eut la douleur d’être précédé dans ce soin par d’autres plus proches que lui du blessé. Après quoi, il se rendit à l’entrée des quais dont l’accès était très périlleux par les fusillades des Suisses renfermés dans le Louvre et qu’il concourut avec plusieurs individus à y former une barricade de pavés malgré le danger qu’il courait et quoiqu’il y eut des personnes de blessées. De tout quoi le susnommé passant en silence d’autres faits et circonstances qu’il serait trop long de rapporter ici, atteste la vérité de ce qui précède et produit en partie des certificats à l’appui pour être statué ce que de raison. » Les pièces justificatives étaient ainsi rédigées : « Je, soussigné, déclare avoir vu le jeudi 29 juillet 1830 vers les 6 heures du matin le sieur Lefébure, Dubus, en bas du Pont-Neuf et l’entrée de la rue de la Monnaie au moment où les Suisses tiraient sur l’Institut et le long des quais, qu’alors une diligence, je crois la voiture d’Etampes, qui se dirigeait vers l’Hôtel de ville, étant venue à passer, le susnommé s’est écrié le premier qu’il ne pouvait pas aller plus loin à cause des barricades qui existaient de ce côté et que d’ailleurs elle devait servir à en faire une elle-même ; qu’aussitôt malgré la résistance des voyageurs, les chevaux furent dételés et la voiture conduite à l’entrée des rues des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, de la rue de l’Arbre-Sec, où elle fut plus tard d’un très grand secours pour l’attaque du Louvre. Quelque temps avant je l’ai vu aposté sur le quai de l’Ecole pour tirer sur le Louvre. Après quoi, il est revenu à l’entrée du Pont-Neuf et de la rue de la Monnaie où il vint nous aider à faire une barricade de pavés pour nous mettre à l’abri des balles des Suisses qui tiraient toujours le long des quais et qui ont même blessé plusieurs personnes qui se trouvaient à nos côtés. » Signé, le 2 août 1830, Bellanger, demeurant 9, rue Poupée. Une deuxième : « Je déclare avoir vu M. Lefébure, Dubus à l’endroit ci-dessus indiqué arrêter la voiture dont il est parlé, avoir aidé au milieu des plus grands dangers, aux barricades pour se garantir des balles. En outre, quelque temps avant sur les 6 heures et demie, je l’ai vu emprunter un fusil à un homme qui était là et se glisser le long des maisons du quai pour tirer sur le Louvre où étaient les Suisses. » Signé Sion illisible, 25, rue Jussieu illisible. Un troisième : « Je, soussigné, certifie avoir vu M. Lefébure, Dubus, le jeudi 29 juillet dernier vers les 5 heures et demie du matin, se glisser le long du quai de l’Ecole, armé d’un fusil, pour tirer sur le Louvre, ensuite revenir à l’entrée du Pont-Neuf et de la rue de la Monnaie, arrêter une diligence pour en faire une barricade dans la rue Saint-Germain-l’Auxerrois, y travailler malgré les balles des Suisses et en former une autre sur le quai de l’Ecole. » Signé, le 6 août 1830, Crevost de Bord illisible, corroyeur chez M. Alinot, demeurant 22, rue Saint-Denis (le numéro n’est pas sûr du tout). Un quatrième : « Je déclare que j’ai vu M. Lefébure, Dubus, le jeudi 29 juillet vers les 5 heures et demie du matin, armé d’un fusil, qu’il venait d’emprunter pour tirer du quai sur le Louvre, et de là, arrêter une voiture et faire une barricade au milieu des balles. » Signé, Bizot, coiffeur chez M. Fortier, 24, rue Saint-Sauveur et demeurant 2, rue Boucher. Un cinquième : « Je déclare avoir vu M. Lefébure, Dubus arrêter une voiture avec d’autres individus à l’entrée du Pont-Neuf et faire des barricades malgré qu’il y avait déjà plusieurs personnes blessées le 29 juillet vers les 6 heures et demie du matin. » Signé, le 1er août 1830, Bardet, demeurant 119, rue du Temple. Un sixième : « Je déclare avoir vu, le mardi 27 juillet 1830, le sieur Lefébure, Dubus, vers les 5 heures un quart dans la rue Montesquieu, au moment où les gendarmes se sont mis à sabrer le peuple et qu’alors il s’est mis à leur lancer des pierres avec d’autres individus. » Signé, le 12 août 1830, Quéruel, demeurant 3, rue Bergère. Un septième : « Je, soussigné, déclare avoir vu le sieur Lefébure, Dubus, le mardi 27 juillet 1830, lançant des pierres aux gendarmes, qui, se précipitant de la cour du Palais sur le peuple, le sabraient impitoyablement. » Signé Boistel, demeurant 6, rue de la Chaussée-d’Antin. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie de cet arrondissement (par erreur sous le nom de Lefevre, Dubus sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur celles de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Il fut nommé greffier à la justice de paix de Saint-Denis le 29 mars 1831, juge de paix à Hallencourt le 5 décembre 1836. Il démissionna le 13 janvier 1855. Il demeurait 5, rue de Cléry en 1829 ; 7, rue Estienne en 1830-1831 ; 45, rue de Paris à Saint-Denis en 1837. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 278 (il signe bien Lefébure, Dubus) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales BB/6*/538 n° 11956 ; Almanach royal et national pour l’an 1837 présenté à Sa Majesté et aux princes et princesses de la famille royale, Paris, chez Guyot et Scribe, 37, rue Neuve-des-Petits-Champs, 1837, p. 818 ; Tableau des avocats à la cour royale de Paris, chez Delaguette, Paris, 1929, p. 59.