Lefoullon ou Le Foullon, Louis
Biographie
Né le 30 novembre 1792 à Vermenton (Yonne), de Lefoullon, Louis, Marie, propriétaire, et de Guillemain, Reine, Anne. Marchand épicier en 1819 et au moins jusqu’en 1823, ou fabricant de produits chimiques en 1848, il combattit en juillet 1830. En 1831 il dénonça Besuchet (voir ce nom) comme n’ayant aucun droit à la décoration de Juillet : « Monsieur, [J’ai] appris avec beaucoup de surprise que M. Besuchet, médecin, rue Saint-Martin, n° 98, sur le VIIe arrondissement, est porté sur les rôles des récompenses nationales. Demeurant vis-à-vis et ayant l’assurance que ce monsieur n’a quitté sa chambre pendant les trois grandes journées de Juillet que pour vaquer à ses affaires personnelles, que le seul point difficile où il se fût trouvé n’est que rue de Richelieu où le fiacre dans lequel il se trouva fut arrêté par des individus qui dételèrent les chevaux et prirent la voiture, probablement pour faire des barricades, ce qui nécessita à M. Besuchet de revenir à pied chez lui mais aussi sain qu’il en était parti. Voilà la seule bravoure qu’il a faite. Car tous les voisins du quartier s’étaient rassemblés pour former des corps de garde et par ce moyen maintenir l’ordre et la sûreté de chacun qui dans ce moment se trouvait en danger. On se présenta chez M. Bésuchet mais une indisposition empêcha qu’il ne fût du nombre et tous les voisins peuvent attester l’avoir vu à sa fenêtre pendant les divers combats qui ont eu lieu sur tous les points de la ville. Justice à qui de droit, il se glisse malheureusement toujours des individus qui réclament des récompenses acquises par d’autres et veulent jouir du bien décerné à ceux qui ont couru le danger de leur vie. Vous pouvez, Monsieur, vous assurer de ces faits. Les moindres renseignements dans le quartier vous en prouveront la vérité. J’ai la pratique de ce monsieur. Aucun sentiment ne me fait agir mais seulement l’indignation de voir une personne de son rang aller recevoir ce qui ne lui appartient à aucun titre et diminuer ainsi la dose de ceux qui ont si justement mérité des récompenses. Etant un de ses proches voisins, je désire que mon nom reste ignoré de tout autre que vous, sur qui, Monsieur, je compte entièrement pour le secret de ces renseignements. » Lefoullon fut tué, d’une balle dans le cœur, le 23 février 1848, alors qu’il était au 1er étage de son magasin, 159, rue Saint-Martin et mourut instantanément. Il avait fait partie de la garde nationale pendant vingt-cinq ans, était officier depuis 1839 après plusieurs refus de sa part d’être élu à un quelconque grade, électeur depuis 1836 et « s’était montré, là comme partout, partisan dévoué de la cause libérale ». Il laissait une veuve, Delarivière, Augustine, Zoé, née le 19 messidor an X (8 juillet 1802) à Paris, de Delarivière, Laurent, pâtissier, et de Masson, Marie, Jeanne, propriétaire ; il l’avait épousée le 8 novembre 1819 à Paris ; elle ne fut pas pensionnée, le projet de loi qui établissait une pension pour les victimes de la révolution ayant été repoussé, mais elle apparaît comme touchant de nombreux secours. Il laissait aussi six enfants, Marie, Ernestine, née le 4 février 1821, mariée et qui décédera en 1850, Alphonse, Paul, né le 31 mars 1823 et qui était chimiste en 1848, Marie, Céline, née le 26 février 1834 à Paris, Amédée, Laurent, né le 6 mai 1836 à Paris, Achille, Eugène, Louis, né le 15 février 1839 à Paris, Paul, Auguste, né le 19 février 1840 à Pais. La veuve reçut trois cent soixante-quinze francs en 1848 sur les fonds de souscription ; mille six cents francs en 1850 et 1851 sur le budget de l’Intérieur, sept cent cinquante francs en 1852 sur le budget de la police générale, six cents francs chaque année de 1867 jusqu’au milieu de l’année 1870. En 1850, la veuve décrivait ainsi sa pénible situation : « Les deux années que nous venons de passer ont été si peu propices qu’il m’a fallu pour soutenir mes charges d’impôts, de loyer et de famille, laisser s’amoindrir le chiffre de marchandises du magasin, seule ressource qui me reste. Ma fille aînée, âgée de vingt-neuf ans, était établie dans un modique fonds d’épicerie ; elle avait été, depuis la mort de son père, dans la pénible nécessité de se séparer de corps et de biens d’avec son mari (homme intempérant et brutal, précisait-elle dans une autre lettre, N.D.A.). J’ai fait pour la soutenir tous les sacrifices qui m’étaient possibles et elle serait peut-être parvenu à surmonter la baisse d’affaires que l’inconduite de son mari avait amenée si une longue maladie, qui ne pardonne pas, une phtisie pulmonaire, vient, en l’enlevant à mon affection, de condamner encore le peu d’avoir dont j’avais pu disposer pour l’aider à se relever. Je reste avec un fils de vingt-sept ans, chimiste, et qui depuis deux ans sollicite vainement un emploi dans quelque établissement où il pourrait utiliser ses connaissances spéciales. Mes quatre derniers enfants ne sont pas encore en âge de travailler. » En 1849, un renseignement de police présentait la veuve comme jouissant « d’une bonne réputation dans son voisinage ». En 1850, la même administration précisait : « […] Favorablement représentée sous tous les rapports. Cette dame, qui était dans une fort belle position avant la mort de son mari, est obligée de vendre son fonds, n’ayant pas les connaissances nécessaires pour tenir cet établissement, qu’elle va céder au prix de quatre mille francs. Madame Lefoullon, qui a quatre enfants à sa charge, va se trouver tout à fait sans ressources car les quatre mille francs qu’elle doit toucher pour la vente de son fonds serviront à payer ses dettes. Elle mérite à tous égards la bienveillance de l’administration. » En 1852, la même administration informait : « […] On pense qu’il est juste de lui maintenir l’allocation de cette faveur », que l’administration baissa cependant à six cents francs au lieu de neuf cents francs, parce que une des filles atteignait ses dix-huit ans. En 1852, elle vendit le fonds de commerce pour payer ses dettes et s’installa 72, rue Saint-Louis-en-l’Île. Lefoullon demeurait 159, rue Saint-Martin, au 1er étage, en 1848 ; sa veuve même adresse puis 72, rue Saint-Louis-en-l’Île. Archives nationales F/1dIII/62 ; Archives nationales F/1dIII/92.