Léger
Biographie
Ancien sous-lieutenant au 46e sous l’Empire. Il sollicita un grade d’officier dans les colonnes mobiles ou troupes de ligne. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. il fit parvenir la lettre suivante au général Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales (l’orthographe du texte est rectifiée, la rédaction ne l’est quasiment pas, la compréhension est parfois confuse ; reste l’atmosphère des combats) : « Moi, Léger, officier de l’ancienne armée, résidant à l’hôtel du Bel air près la barrière de l’Etoile n° 32. Le 28 au matin, je réunis chez moi douze hommes bien armés et leur ai donné à chacun dix-huit cartouches. Nous nous sommes ensuite mis en route pour marcher sur la place de Grève, où je savais trouver plusieurs braves qui étaient à combattre. Alors nous nous mîmes en marche, il était 9 heures. Nous descendons les quais et arrivés sur le pont Louis-XV nous trouvâmes un piquet de cinq gendarmes à la tête du pont du côté de la Chambre des députés. Je m’avance vers eux avec mes hommes et les somme de se rendre. Ils me répondent par une décharge de bout de carabine. J’ordonne de faire feu. A l’instant il tombe un gendarme percé de trois balles, qui fut jeté à l’eau à l’instant par des hommes qui étaient là ; les autres prennent la fuite. Je m’avance sur le quai d’Orsay à la tête du pont Royal. Nous trouvâmes une force imposante à la nôtre. J’ordonne à mes hommes de prendre une position pour les attaquer vivement. Une fusillade s’engage très vive. Nous eûmes un homme de tué. Nous fûmes forcés de battre en retraite. La terreur s’empare de mes hommes. Obligé de repasser le pont Louis-XV à la tête de quinze hommes, le poste de garde royale s’avance, fort à peu près de vingt hommes. Un feu bien nourri s’engage. Nous avons un homme de blessé, ce qui ranime les braves. L’ennemi fut forcé de battre en retraite. Sur un fort peloton qui était le long de la rivière, trois hommes des leurs étaient tombés morts. Voyant une force opposante à la nôtre, j’ordonne de nous redéployer promptement sur la place de la Madeleine à la tête du boulevard. Arrivés là, nous trouvâmes un poste de la ligne, qui nous crie Qui vive ? Je réponds Garde nationale, défenseurs de la liberté ! Le brave officier répond par une voix entrecoupée Nous le sommes tous ! Honneur à la liberté et aux braves ! Voilà la réponse du brave officier. Nous poursuivons notre marche par les boulevards. Bientôt un détachement de lanciers arrive sur nous. J’ordonne aux braves de faire feu. Bientôt il fut obligé de prendre la fuite. Un fut blessé, pris prisonnier par Jean Monot (voir Monnot, Jean), fourrier au 1er régiment de la Charte 1er bataillon de voltigeurs. Bientôt, les boulevards furent remplis de lanciers, [qui] massacraient le peuple. Nous prîmes des positions en tirailleurs. Un combat sanglant s’engage de part et d’autre. Arrivés à la hauteur de la rue de Gramont, les braves qui m’avaient toujours suivi vinrent se joindre à moi. Un détachement de lanciers arrive pour nous charger. J’ordonne une décharge sur eux. Ils furent obligés de battre en retraite. Un maréchal des logis fut tué. Par une seconde charge que l’ennemi allait opérer sur nous, j’ordonne aux braves qui me suivaient de nous redéployer dans la rue de Gramont et de les débusquer et de tenir bon. La charge eut lieu à l’instant mais grâce aux braves qui étaient là, qui font feu de toute part (sic). Bientôt je me vois entouré par quatre lanciers. Le brave fourrier Jean Monot (voir Monnot, Jean) arrive à mon secours, tire son coup sur eux ; il tombe mort à l’instant et s’élance sur un autre, lui perce le ventre de sa baïonnette, blesse un troisième. Aussitôt nous avançons sur les boulevards en tirailleurs. L’ennemi était en désordre. Nous avions la victoire. Les plus lâches des soldats étaient en fuite et honteux. 10 heures du soir arrive, le calme était un peu rétabli. Nous étions confondus de fatigue. Une partie des braves qui me suivent vont se rallier à moi, sauf trois qui étaient morts dans la belle journée du 28. Nous rentrâmes à 11 heures chez moi à l’hôtel du Bel-Air, barrière de l’Etoile, au nombre de dix. Nous prîmes quelques bouteilles de vin et mangeâmes un morceau. De là, il s’agit de prendre du repos. Ces braves me disent A demain, monsieur, nous aurons la victoire ou la mort. Le 29 au matin, les braves qui m’avaient accompagné étaient arrivés à 7 heures. Ils étaient porteurs presque tous d’épaulettes et de croix des officiers ennemis qui avaient succombé sous les coups de ces braves du 28, 28 et 29. Il était 8 heures du matin. Il s’agissait de se mettre en route pour retrouver ces cruels ennemis. Aussitôt une fusillade se fait entendre à Chaillot, vers le château du roi de Rome. Je me mets en marche sur cette direction. Nous arrivons à la direction prévue. Les braves Chaillotains soutiennent un feu contre un régiment de cavalerie qui les charge. Arrivé sur la plateforme, je dispose ces dix braves en tirailleurs. A l’instant même, un feu s’engage très vif et bientôt la cavalerie fut obligée de prendre la fuite sur les Champs-Elysées, allée des Veuves. Rangé en bataille avec un régiment suisse, je vais prendre une position à la tête du pont qui donne en face de l’Ecole militaire. Nous avons traversé le pont pour aller rejoindre le pont Louis-XV, où l’ennemi battait en retraite et en désordre. Ils furent obligés de nous laisser maîtres de la place et d’une pièce de canon, qui n’était soutenue que par six à sept hommes. J’ordonne à l’instant à ces dix braves de marcher sur le flanc de la pièce, attendu qu’elle pouvait être chargée à mitraille. Nous avons vivement attaqué. Ils furent obligés de prendre la fuite et de laisser la pièce à notre pouvoir. La pièce fut amenée à la place Vendôme. Voyant que l’ennemi était en pleine déroute, je prends promptement la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Arrivé à la hauteur de l’hôtel de l’ambassadeur anglais, s’est trouvé un bataillon de la garde royale qui faisait des feux de peloton en avant de sur la place Beauvau attendu que les braves du faubourg du Roule leur coupaient le passage de manière qu’ils étaient pris sur toutes les directions. Ils furent obligés de battre en retraite sur l’allée de Marigny pour arriver à rejoindre le fort de leur armée. Sur la place Beauvau, j’y trouve le colonel Conti (voir Conti, Louis, Vincent, François, Xavier ?), qui était à la tête des braves du faubourg. Je me consulte à lui pour arriver à la barrière de l’Etoile, pour faire fermer les grilles pour couper la retraite, ce qui fut fait. Je marche avec dix hommes. Le colonel Conti recommande aux braves de tenir bon sur les Champs-Elysées, attendu que la retraite étant coupée nous aurions le temps de prendre une partie de leurs pièces. Arrivés par la rue du Roule, nous passons par la rue de l’Oratoire. Nous traversons Beaujon et nous tombons à la tête du B... illisible, il est pris à dix pas de la barrière de l’Etoile. L’ennemi était en bataille à cent pas de la route. Les grilles étaient fermées à l’exception de celle de gauche qui était ouverte. Au milieu de la grille à quatre pas étaient quatre-vingts gendarmes en bataille. M. le colonel Conti m’ordonna de marcher avec mes douze hommes, de fermer la grille. Je me lance à l’instant sur la grille et la ferme, ce qui donna le temps aux braves qui étaient aux Champs-Elysées de prendre deux pièces de canon. Après avoir fermé la grille, je me replonge dans le jardin de l’hôtel du Ble Respiro illisible c’est le même mot que plus haut. Une décharge fut faite sur nous, sans que personne fut à tirer. Un quart d’heure après l’ennemi était parti. Je rétablis un poste à la barrière avec mes hommes, dont une partie sont au 1er régiment de la Charte. » Sa lettre était accompagnée de plusieurs apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « Moi, fourrier au 1er régiment des volontaires de la Charte, j’atteste avoir été sous les ordres de M. Léger, dans toutes ces affaires qui se sont données les 27, 28 et 29 juillet. » Signé : Monnot, Jean (voir ce nom), fourrier au 1er bataillon de voltigeurs. La deuxième apostille, ainsi rédigée : « Duclout illisible, serrurier, âgé de vingt-deux ans, a toujours été sous les ordres de M. Léger, ex-officier, pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet. » La troisième apostille, ainsi rédigée : « Moi, Duval (voir ce nom), brigadier au régiment de lanciers du duc de Chartres, a eu l’honneur de suivre le brave officier pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet. » Léger demeurait (sic) 32 hôtel du Bel-Air près de la barrière de l’Etoile. Archives de Paris VK3 47.