Leleux, Jacques, Vincent, Joseph. L’ancien texte de L est repris…

Biographie


Né le 17 avril 1788 à Saint-Vallery (Somme). Imprimeur et éditeur de l’Echo du Nord. Les Documents historiques, publiés après la révolution de Juillet, par l’imprimerie de Leleux, donnent sur son compte les indications biographiques suivantes : « Parmi les écrivains poursuivis en France depuis la Restauration, aucun n’a subi plus de jugements et de condamnations que M. Leleux, éditeur de l’Echo du Nord. En 1820, il fut traduit devant les assises de Douai, pour la publication d’une brochure sur les élections : déclaré non coupable par le jury, il fut acquitté, malgré les efforts de M. Maurice, avocat général, et de M. Voussens, président, qui mit dans son résumé une partialité révoltante et ressuscita même des charges abandonnées par le ministère public. Le 13 décembre de la même année, il fut condamné à deux cents francs d’amende pour contravention à la loi sur la censure : il s’agissait d’une éphéméride insignifiante et de quelques articles sans conséquence. Le 8 octobre 1822, il comparut devant la police correctionnelle, sous la prévention de diffamation envers un gendarme : acquittement. Le 8 janvier 1823, il fut condamné à trois cents francs d’amende et quarante jours d’emprisonnement, pour un article sur l’élection de M. de Bully, reconnu depuis faux électeur et faux député. Le 2 juillet de la même année, le tribunal correctionnel de Lille prononça contre M. Leleux la peine de trois mois de prison et trois mille francs d’amende, pour avoir imprimé l’article suivant : “La fête communale, la kermesse, ou pour parler plus noblement la procession de Lille, a été célébrée cette année avec une pompe inusitée ; il n’y manque qu’une distribution de comestibles, pour rendre cette fête en tout semblable à celle du 25 août. Nous devons savoir gré à l’administration de sa sollicitude à faire oublier, par des jeux et des plaisirs, à cette multitude innombrable d’ouvriers sans travail la situation malheureuse où les ont placés les premiers effets d’une guerre funeste (la guerre d’Espagne), qui tarit tout à coup les sources de l’industrie.” Le 9 octobre 1824 et le 24 janvier 1827, M. Leleux comparut encore devant la police correctionnelles pour le fait de publication d’articles politiques, et fut acquitté. Le dernier n’était que la reproduction d’un article du Constitutionnel contre la loi de justice et d’amour. Le 12 août 1828, la cour royale de Douai, réformant un jugement d’acquittement rendu par le tribunal de Lille, condamna M. Leleux à six mois d’emprisonnement et trois mille francs d’amende, pour avoir publié un article sur l’éducation des princes, extrait d’un ouvrage ayant pour titre : Des Destinées futures de l’Europe. L’arrêt de condamnation est principalement basé sur le passage suivant, relatif au duc d’Orléans, aujourd’hui roi : “Un prince français contemporain a donné à ses fils une éducation généreuse et nationale ; c’est un grand trait de prince : action profonde, qui, dans le péril d’une famille royale, empêcherait peut-être d’envelopper tous ses membres.” La cour royale de Douai a vu dans ce passage une attaque directe contre l’ordre de successibilité au trône. Plus de la moitié des membres de la cour a pris part à cet arrêt, et l’on a remarqué depuis qu’aucun d’eux n’a refusé le serment de fidélité au roi Louis-Philippe. Le 3 mai 1830, M. Leleux fut de nouveau condamné par le tribunal de Lille à un mois d’emprisonnement et trois cents francs d’amende, pour avoir imprimé un article ainsi conçu : “Association du Nord. Une association semblable à l’association bretonne et à celles fondées dans presque tous les départements de la France, pour résister légalement à la levée d’impôts illégaux, vient d’être établie à Lille pour le département du Nord. Des copies de cet acte ont été envoyées dans les principales villes du département ; d’autres sont déposées à Lille, chez MM. Testelin-Waresquelle, rue de la Grande-Chaussée ; Bocquet-Bernard, rue de Paris, et Bonte-Pollet, rue de Roubaix : le nombre de signatures est déjà considérable.” Enfin l’éditeur de l’Echo du Nord était de nouveau assigné en police correctionnelle pour le 9 aout 1830 ; l’heureuse révolution qui s’est opérée dans les derniers jours de juillet n’a pas permis au ministère public de suivre les poursuites commencées : on sait qu’il devait conclure à quinze mois d’emprisonnement et dix mille francs d’amende. La date de l’assignation est curieuse ; elle porte 28 juillet 1830. Nous ne mentionnons ici que pour mémoire la suspension de l’Echo du Nord pendant un mois, en vertu de la loi de tendance, suspension dont l’effet a été extrêmement funeste aux intérêts de l’éditeur. Après la promulgation des ordonnances du 25 juillet, M. Leleux fut le premier à se déclarer contre elles : il refusa de les reconnaître et de s’y conformer ; il ne voulut même pas condescendre jusqu’à demander au préfet l’autorisation provisoire de continuer la publication de son journal, parce qu’une démarche de cette nature aurait semblé une reconnaissance tacite de la légalité des ordonnances. l’Echo du Nord ne cessa point de paraître un seul jour, malgré la saisie violente de la presse et des caractères qui avaient servi à l’impression du numéro du 29 juillet. » A la suite de sa condamnation en appel, en juin 1828, par le tribunal correctionnel à six mois d’emprisonnement et trois mille francs d’amende pour avoir imprimé un article sur l’éducation des princes, une souscription permit de récolter trois mille neuf cent vingt francs ; le surplus recueilli fut affecté pour servir de fonds de caisse à une association qui se formait à l’effet de résister légalement dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais aux mesures inconstitutionnelles qu’eût pu prendre l’autorité. La Gazette des tribunaux, en date des 2 et 3 août 1830, publiait l’article suivant : « On lit dans une lettre de Lille du 29 juillet : “La force armée s’est rendue, à six heures du matin, au domicile de M. Leleux, éditeur et rédacteur de l’Echo du Nord, à l’effet de saisir les caractères, presses, etc., en vertu de l’ordonnance du 25 juillet. M. Leleux a protesté légalement ; mais, sans avoir égard à ces protestations, la police, accompagnée d’un peloton de gendarmerie, a saisi tout le matériel de l’imprimerie et l’a transporté à la mairie. Aussitôt, par un mouvement spontané, les ouvriers de nos fabriques au nombre de plus de 10.000, se sont rendus à la grande place, au cri de vive la charte ! A bas les ordonnance du 25 juillet ! Ils ont parcouru la ville en tous sens, brisé les vitres, et menacé d’enfoncer les portes des fabriques. On voyait partout des groupes d’artisans, armés de bâtons, ayant pour étendards des feuilles de papiers, sur lesquels on lisait : La Charte ou la mort ! Le régiment des cuirassiers a essayé de dissiper les rassemblements ; son colonel a été assommé à coups de pierres, parce qu’il avait dit qu’avec son brave régiment il dissiperait en peu d’instants cette canaille de Lille. Les 22e et 62e régiment paraissaient avoir des intentions pacifiques ; aussi le peuple criait A bas la cuirasse ! vive la ligne ! L’autorité a fait afficher à tous les coins des rues des proclamations, dans lesquelles on engageait les habitants à rentrer chez eux ; on y menaçait les turbulents de leur appliquer les lois du 26 février 1790, des 22 et 27 juillet 1791. A midi, on a couronné à la bourse la statue de Louis XVIII, en criant Vive la Charte ! Vive la liberté de la presse ! A bas Polignac ! Plus de quatre mille personnes se trouvaient à la bourse, au moment où ces cris ont été proférés. ” » Et aussi dans la presse quotidienne de l’époque : « Le 29 juillet la police voulut exécuter à Lille les fameuses ordonnances en saisissant les presses de M. Leleux, propriétaire de l’Echo du Nord. Les amis de ce dernier, rassemblés chez lui en grand nombre, s’opposèrent à cette illégalité. Le commissaire appela la force armée à son secours ; mais comme c’était de la troupe de ligne, elle refusa nettement de concourir à une si manifeste violation de la loi. D’unanimes acclamations accueillirent ce louable refus, et à cinquante lieues de Paris on cria aussi et en même temps vive la ligne ! Le commissaire, ses agents et ses gendarmes appelèrent alors la cavalerie à leur secours ; et le colonel des cuirassiers de Bordeaux vint manœuvrer au milieu de la foule, qui se vengea de cette insulte par des huées et par le jet de cailloux de charbon de terre, dont une voiture se trouvait sur la grande place. La presse fut saisie pendant cette bagarre ; mais plus de dix mille personnes parcouraient la ville aux cris de vive la Charte ! et malgré une proclamation du maire, publiée au son du tambour, le calme était loin d’être rétabli au départ du courrier. » Une lettre qu’il adressa à Montigny-Champon (voir ce nom), en mars 1831, récapitulait ainsi ce que lui avait coûté son engagement politique depuis l’arrivée des Bourbons : « Je t’envoie, mon digne ami, quelques exemplaires de l’imprimé que tu me demandes (voir le texte cité plus haut). J’y joins autant de ma dernière chanson que les connaisseurs ont trouvée assez bonne, pour une chanson de province. Quant à mes services, tu les connais. Tu sais que j’ai seul, sans l’assistance de personne, fondé et maintenu un journal constitutionnel à Lille ; que j’y ai mangé quarante mille francs de mon patrimoine, que j’ai subi dix condamnations, quatre emprisonnements et que j’ai failli être assassiné en 1820 par des officiers de la garde royale qui sont venus le soir m’attaquer chez moi, après l’assassinat du duc de Berry. Je n’ai demandé rien jusqu’à ce jour ; mais si le gouvernement veut récompenser mes services passés, ce sera pour moi un aiguillon, un encouragement à en rendre de nouveaux, pourvu qu’il ne se sépare pas e la natron. Tout à toi d’amitié » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il prêta son serment de fidélité au nouveau roi et à la charte dans les locaux de la mairie de Lille. (Nord). Il demeurait à Lille en 1831. La Gazette des tribunaux, 2 et 3 août 1830 ; Le Globe, 2 et 3 août 1830 ; Le Courrier français, 2 août 1830 ; La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 27 juillet-2 août 1830 ; Le National, 2 août 1830 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F 7 6776 (dossier Nord) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/62 ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Nord.

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