Lelièvre, Antoine
Biographie
Né le 7 avril 1785 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) sans doute père de Lelièvre, Pierre, Ernest, fils cadet (voir ce nom) à vérifier. Perruquier-coiffeur. Il était porteur du certificat suivant : « Je, soussigné, commandant les volontaires de Vaugirard les 28 et 29 juillet, certifie que M. Lelièvre, Antoine s’est réuni avec sa colonne avec celle sous mes ordres pour contribuer à la défense de la capitale et pour les droits sacrés de la patrie, qu’il a combattu avec sang-froid et la plus grande intrépidité à la caserne de Babylone, au Louvre et aux Tuileries ; qu’il a su, par son courage et son exemple, animer les hommes sous son commandement et qu’il a puissamment contribué au succès obtenus dans la journée du 29, où ses deux fils l’ont accompagné et que l’aîné a été blessé d’un coup de baïonnette à la cuisse gauche. Comme ancien tambour-major au 13e régiment de ligne et de la garde nationale du département du Puy-de-Dôme, il demande le même emploi dans l’arrondissement de Sceaux, qui se trouve vacante. » Signé, le 24 septembre 1830 : Labillois (voir Labillois, Charme, Jean-Baptiste), ex-officier au 10e régiment de dragons. De nouveau Labillois, Charme, Jean-Baptiste (voir ce nom), qui avait dirigé la colonne dite de Vaugirard qui s’était dirigé sur Paris pour venir en aide aux Parisiens, donnait son nom quand il adressa à la Commission des récompenses nationales « l’état des habitants des communes de Vaugirard, Issy et Vanves, qui d’après les renseignements que j’ai pris n’ont rien sollicité de la Commission des récompenses. Tous ont fait partie de la colonne dite de Vaugirard sous mes ordres. Tous aussi sont établis et considérés dans leurs communes. A ces motifs, joints à leur conduite dans les mémorables journées m’engagent à mettre leurs noms sous les yeux de la Commission, ainsi que vous avez bien voulu m’y inviter […] ». Labillois ajoutait l’observation suivante : « S’est joint à la colonne Vaugirard dans la rue Grenelle, avec cent hommes sous ses ordres. S’est battu le 28 et le 29 avec ses deux enfants, dont l’aîné a été blessé par une balle reçue dans la cuisse gauche (ancien militaire). » Il reçut un total de trois cents francs de secours auprès de la sous-préfecture de Sceaux. Il signa, le 26 octobre 1830, le certificat suivant en faveur de Tabary, Jean-Louis : « Nous, soussignés, Lelièvre, Antoine, perruquier-coiffeur, rue Frémicourt à Beaugrenelle-Vaugirard, certifie que le sieur Tabary, Jean-Louis, artiste, était du nombre de ceux qui composaient le peloton sous mes ordres le 28 juillet 1830, au combat de la place de Grève et le 29 suivant à la caserne de la rue Babylone. Il s’est également trouvé à la prise du Louvre et à l’échec (sic) qui s’est engagé rue de Rohan avec les Suisses et les gardes de Charles X et s’est très bien comporté. Depuis cette époque, il est constamment resté sans occupation, vu les circonstances. » Il signa le certificat suivant, rédigé par Labillois (voir Labillois, Charme, Jean-Baptiste) en faveur de Fusil, Auguste, René : « Je, soussigné, commandant les volontaires de Vaugirard les 28 et 29 juillet, certifie, et sur l’attestation de M. Lelièvre, autre chef d’une colonne qui s’est jointe, le 29, à celles sous mes ordres, que M. Fusil, Auguste a fait partie des braves qui ont contribué à la défense de la capitale ; qu’il s’est montré avec intrépidité à la place de l’Odéon, à la prise de la caserne de Babylone, au Louvre et aux Tuileries. » Il signa, le 28 août 1830, le certificat suivant en faveur de Labillois, Charme, Jean-Baptiste : « Je, soussigné, commandant une colonne de volontaires qui s’est jointe à celle de M. Labillois, le 29 juillet, atteste qu’au courage qu’il a montré à la caserne de Babylone ainsi qu’au Louvre et aux Tuileries, il a joint la plus grande prudence en faisant rentrer les boissons fortes qui nous étaient offertes et en faisant désarmer le peu d’hommes ivres qui se trouvaient parmi nous. Déclaration faite en présence de M. Delacour, secrétaire de la mairie de Vaugirard, sous-lieutenant de la garde nationale, qui a signé avec moi, Lelièvre, rue Fremicourt, n° 26 (sic). » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la sous-préfecture de Sceaux. Dans sa séance du 13 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demandait, sur proposition de Bixio (voir Bixio, Giacomo, Alexandro) à son égard l’ajournement de toute décision de récompense honorifique. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux. Il signa, le 18 août 1831, le certificat suivant en faveur de Vallée-Hautmesnil, Paul, Adolphe, et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, domiciliés tant à Paris qu’en la commune de Vaugirard, certifions que M. Paul, Adolphe, Vallée Hautmesnil, âgé de vingt-quatre ans, horloger, demeurant à Vaugirard, rue de l’Ecole n° 29, a pris une part active aux événements des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; qu’il s’est constamment trouvé avec nous sur les lieux où le danger était le plus imminent et qu’il n’a déposé les armes que lorsque le triomphe de nos libertés a été assuré. Nous certifions en outre qu’il nous a déclaré à plusieurs reprises qu’il ne ferait aucune réclamation auprès du gouvernement parce qu’il ne voulait point d’une récompense pécuniaire ; nous verrions avec le plus grand plaisir le courage et le désintéressement de ce citoyen obtenir la distinction honorifique qu’il a si bien méritée. » Il (dans son état civil, il est dit né vers 1806, décoré de la Croix de Juillet, coiffeur et tambour de la garde nationale de Vaugirard ; la date de naissance ne correspond pas… son fils ?) comparut, le 25 mai 1831, avec neuf autres accusés, devant la cour d’assises de la Seine, pour des troubles qui eurent lieu, le 15 février 1831, au moment du pillage de l’archevêché, et au cours desquels un poste de la garde nationale fut enlevé et un poste de la troupe de ligne, attaqué. Les autres accusés étaient : Chinouffre, Charles (voir ce nom), né en 1802, ancien membre du jury de la Commission des récompenses nationales ; Broissin, René, Emile, né vers 1801, ancien militaire, compromis dans le complot de Bidassoa en 1823 ; Sciard, François, Victor, né vers 1797, avocat ; Durand, François, né vers 1811, ouvrier corroyeur, tambour dans la IIIe légion de la banlieue ; Lepage, Jean, Bernard (voir ce nom), né vers 1803, ouvrier sur les ports, décoré de la médaille de Juillet ; Dumas, Jean-Louis (voir Dumas, Jean-Louis, Antoine), né vers 1803, conducteur de travaux, décoré de la Croix de Juillet ; Delachambre, Louis, né vers 1791, ouvrier serrurier ; Maillin, Alphonse, Fidèle, Marie, né vers 1803, contremaître chapelier ; Charny, Pierre, né vers 1807. L’acte d’accusation, après être revenu sur le récit de la dévastation de l’archevêché et sur les troubles du pont de l’Archevêché et de la rue Bellechasse, continuait en ces termes : « Le même jour, 15 février, cent cinquante jeunes gens, paraissant être en partie des étudiants, venant du côté de l’Odéon, traversèrent la place de l’Ecole-de-Médecine, passèrent par la rue Hautefeuille ; à leur tête étaient deux ou trois individus en uniforme d’artilleurs de la garde nationale et d’autres en bourgeois, armés de sabres et de pistolets ; arrivés sur la place Saint-André-des-Arts, ils s’avancèrent vers le corps de garde, placé à l’entrée de la rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts ; sur les dix gardes nationaux composant le poste, six étaient allés dîner. M. Cardinal (voir Cardinal, Bernard, Alexandre, François ou son fils, Cardinal, Louis, François, Charles), caporal, se trouvait dans le corps de garde, et M. Devéria [peintre de son état, N.D.A] étaient en faction ; M. Legrand et Delmont se promenaient sur la place. Les jeunes gens ne parurent pas d’abord avoir d’intentions hostiles ; mais quand ils furent près du factionnaire, ils s’écrièrent Vive la liberté ! il nous faut vos armes ! M. Devéria, entouré subitement, se vit arracher son fusil. MM. Delmont et Legrand avaient couru prendre leurs armes ; mais le premier fut saisi par plusieurs individus qui le poussèrent contre le mur, un pistolet sur la poitrine ; il reçut sur la main un coup violent qui lui fit lâcher son fusil, qu’on lui enleva, ainsi que son sabre ; les six fusils des absents furent enlevés malgré la résistance du caporal Cardinal, qui fut maltraité par cinq à six personnes. Quant à M. Legrand, il feignit de suivre volontairement les agresseurs, et d’embrasser leur parti, son arme lui fut laissée ; il marcha quelque temps avec la troupe, qu’il abandonna à la première occasion. Plusieurs individus chargèrent leurs armes sur la place même ; l’un d’eux enleva le drapeau du corps de garde, et ils partirent en criant Allons au Petit-Pont désarmer le poste. Ils se dirigèrent effectivement par la rue Saint-André-des-Arts et suivirent le quai Saint-Michel. Ils étaient alors vingt à vingt-cinq individus armés. Arrivés vers le milieu du quai Saint-Michel, ils rencontrèrent M. Peulvé (voir Peulvé, Stanislas), garde national à cheval, en uniforme ; on l’entoura en criant : A l’eau ! voici un gendarme ! Tu ne vas pas sans doute nous charger comme tu l’as fait dans la rue de Grenelle, dit un des individus qui se trouvaient dans le groupe ; on lui arracha son sabre avec la dragonne en or, et on ne le quitta que lorsque la troupe, arrivée du Petit-Pont se mit en mesure de marcher sur le poste. Ce poste était composé de huit grenadiers du 19e régiment de ligne, commandés par le sergent Balay ; ce sous-officier, pour rendre la lutte qu’il prévoyait, moins inégale, fit retrancher la troupe dans le corps de garde et se prépara à soutenir un siège ; le factionnaire fut entouré et désarmé malgré ses efforts. Un des individus qui figuraient dans le rassemblement s’écria Vive la ligne ! il faut nous livrer vos armes ! et sur le refus du sergent, un cri s’éleva Vos armes ou la mort ! Alors plusieurs individus s’approchèrent de la porte et se mirent en devoir de l’enfoncer à coups de crosse, tandis que plusieurs autres, ayant cassé les carreaux, menaçaient les soldats de leurs pistolets. Cependant M. Mallesaigne, sous-lieutenant de la garde nationale, qui se trouvait avec une partie de sa compagnie dans la rue Neuve-Notre-Dame, ayant appris cette attaque, s’y transporta aussitôt. A l’arrivée de ce renfort, une partie des assaillants s’écarta, le poste sortit et se forma en bataille devant le corps de garde ; le sergent Lefèvre arracha un fusil chargé à l’un des assaillants ; Lelièvre et Lepage furent saisis près du poste, ayant chacun un fusil chargé. Le sous-lieutenant Mallesaigne s’avança avec les gardes nationaux du côté de la rue Saint-Jacques ; arrivé au milieu du Petit-Pont, il vit en face de lui trois individus vêtus en artilleurs, et deux jeunes gens armés de fusils et de pistolets, qui, en s’éloignant, se retournèrent plusieurs fois en les couchant en joue, puis enfin firent une décharge de trois coups de fusil et deux coups de pistolet qui ne portèrent pas ; ces individus prirent aussitôt la fuite. M. Biffi, garde national, arrivant par le quai Saint-Michel, vit au coin du pont un homme qui à trois pas à peu près lui tira un coup de fusil, dont la bourre noircit sa buffleterie, mais qui ne l’atteignit pas ; M. Biffi mit aussitôt le sabre à la main, poursuivit l’agresseur, l’atteignit au coin d’une rue, le frappa d’un coup de sabre sur les reins, et s’empara de lui avec le secours du grenadier Renard ; cet homme est le nommé Delachambre, il avait jeté en fuyant son fusil à terre ; un voltigeur le ramassa, et il n’a pu être retrouvé. M. François, garde national, étant du côté de la rue Saint-Jacques, aperçut un homme en redingote et en chapeau rond, qui allait tirer dans la direction du Petit-Pont ; il lui présenta la pointe de son sabre, et l’homme abandonna le fusil qui était chargé à balle ; depuis il a été reconnu pour un de ceux enlevés au poste de la rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts ; il n’était pas chargé au moment où il fut enlevé. » Plus précisément, les charges retenues contre Lelièvre étaient ainsi précisées : « Lelièvre et Lepage, arrêtés sur le Petit-Pont étaient porteurs chacun d’un des fusils enlevés au poste Saint-André-des-Arts ; on l’a vu casser des carreaux du poste de garde du Petit-Pont et chercher à enfoncer la porte à coups de crosse ; leurs fusils étaient chargés, bien qu’ils ne le fussent pas lors de l’enlèvement. » Il comparaissait en conséquence sous l’accusation d’avoir « le 15 février, en réunion armée de plus de vingt personnes, commis au poste de la garde nationale, rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts, une attaque avec violence et voies de fait envers la force publique, agissant pour l’exécution des ordres de l’autorité publique, […] d’avoir, le 15 février, commis, en bande et à force ouverte, au poste de la garde nationale, rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts, le pillage d’armes et propriétés mobilières appartenant à autrui, […] d’avoir en réunion armée de plus de vingt personnes, commis au poste du Petit-Pont une attaque avec violences et voies de fait envers la force publique agissant pour l’exécution des ordres de l’autorité publique, […] d’avoir conjointement et avec violence étant porteur d’arme, soustrait frauduleusement le fusil du grenadier Lescot. » Il comparaissait devant le tribunal, porteur de sa décoration de Juillet. Au cours de l’audience la plupart des témoins déposèrent que les accusés soient n’étaient pas sur les lieux soit qu’ils y étaient sans arme ou inoffensifs, et ne reconnurent personne parmi les accusés. L’affaire tourna au fiasco pour l’accusation, et selon la Gazette des tribunaux : « Les réponses du jury ayant été affirmatives sur les faits généraux mais négatives sur chacun des accusés, ils ont tous été acquittés. Quand l’audience a été levée, de vifs applaudissements se sont fait entendre. Pendant la délibération, une quête faite au profit de Delachambre et Lelièvre a produit soixante-dix francs. La cour y a contribué. La plupart des témoins ont abandonné, au profit de ces malheureux, le montant de leur taxe. » Il prêta son serment et reçut sa croix le 23 juin 1831 à la sous-préfecture de Sceaux ; le serment était ainsi rédigé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Lelièvre, Antoine, père), auprès de la sous-préfecture de Sceaux, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il signa, comme décoré de Juillet et chef de peloton le 17 février 1832, la pétition de Henry, Nicolas, qui sollicitait la croix en remplacement de la médaille qu’il avait obtenue. Il signa, comme décoré de Juillet et chef de peloton le 23 février 1832, la pétition de Lelièvre, Pierre, Ernest, fils cadet, qui sollicitait la croix en remplacement de la médaille qu’il avait obtenue. Il demeurait dans la plaine de Grenelle en 1830 ; 14, rue Frémicourt à Grenelle en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris DM13 1, sous-préfecture de Sceaux, état des sommes payées aux citoyens décorés de la croix ou de la médaille de Juillet, en vertu de la décision du 23 juillet 1831 sous le nom de Lelièvre, Antoine, père) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Sceaux ; Archives de Paris VK3 29, séance du 13 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 37, état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, qui ont retiré leur croix des bureaux de la sous-préfecture de Sceaux après avoir prêté entre les mains du sous-préfet le serment prescrit par l’article 4 de l’ordonnance du roi du 30 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 47, idem in dossier Labillois, Charme, Jean-Baptiste ; Archives de Paris VK3 53 in dossier Tabary, Jean-Louis ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIVe arrondissement, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux sous le nom de Lelièvre, Antoine, père) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Sceaux ; Archives nationales F/1dIII/58 in dossier Henry, Nicolas ; Archives nationales F/1dIII/62 in dossier Lelièvre, Pierre, Ernest, fils cadet ; Archives nationales F/1dIII/88 in dossier Fusil, Auguste, René ; Archives de la préfecture de police AA 416 in dossier Vallée-Hautmesnil, Paul, Adolphe ; Gazette des tribunaux, 27 mai 1831 ; Gazette des tribunaux, 28 mai 1831 ; Gazette des tribunaux, 29 mai 1831. C’est ce Lelièvre qui signe le certificat suivant en faveur de Moreau, Pierre, Ferdinand in Archives de Paris VK3 48 in dossier Moreau, Pierre, Ferdinand ? « Certificat de la conduite courageuse qu’a tenue le sieur Pierre, Ferdinand Moreau, maréchal ferrant, demeurant à Vanves, rue Normande, dans les journées des 26 juillet (soir), 27, 28 et 29, 30 et 31 sous les ordres de M. Vincent, chef du 2e bataillon de la IIIe légion (extra-muros) lequel Moreau par son zèle patriotique à montré le plus grand dévouement pour la cause de la liberté. Le 26 à 7 heures du soir, il apprend qu’il existe à Paris quelques présages d’une révolution. Il part de suite afin de coopérer aux grands événements qui ont suivi cette journée. Le 27, il est retourné à Paris à 5 heures du matin pour suivre les événements de ce jour où il est rentré chez lui à minuit. Le 28, étant reparti à 6 heures du matin, il se rendit place de la Révolution, où il vit une quantité de gardes royaux ; il a suivi leur mouvement jusqu’à l’Hôtel de ville. Là, le feu ayant commencé et se voyant sans arme, il courut chez plusieurs de ses connaissances s’en pouvoir en obtenir. Son courage le porte à désarmer au poste du pont de l’Hôtel-Dieu un soldat du 15e léger. Se trouvant armé, il se rend au nouveau pont d’Arcole, où il s’est battu avec le courage d’un Français. Il est un des sept qui se sont portés en avant jusque de l’autre côté de l’arcade et, là, quatre de ses frères d’armes ont succombé avec honneur. Il s’est retranché derrière le parapet du quai. Un boulet est passé si près de lui qu’il en fut renversé. Ses autres camarades le croyant blessé l’engagèrent à se retirer, il leur répondit Ce n’est rien ! et il resta à son poste. Voyant que le parti de la liberté avait triomphé, il est rentré auprès de sa famille, qui se compose de quatre enfants en bas âge. Le 29, le matin, se disposant à repartir pour Paris, il entend sonner le tocsin et battre la générale. Il se rend sur la place d’armes de Vanves, où il trouve le commandant du bataillon qui l’invite à faire partie des braves qui partaient pour Paris. Son zèle bien connu ne le fit pas balancer un instant. Il se place au premier rang et l’on part. Arrivé à Paris, le bataillon, d’après des avis reçus, se rend à la caserne de Babylone. Là, s’engage une fusillade terrible. On propose de mettre le feu aux portes. Un seau d’essence est apporté ; le susdit Moreau s’en saisit et, malgré le feu nourri des Suisses, il arrose la porte de la rue Plumet de cette essence et y met le feu. Il se retire au poste qui lui était assigné, faisant toujours feu jusqu’à la fin. Le 30, il s’est rendu avec le même bataillon, moins nombreux, à l’état-major général où le commandant reçut l’ordre de se rendre au poste de la barrière d’Enfer pour y attendre les Suisses venant d’Orléans. Il y a passé la journée et la nuit. Le 31, l’ordre est donné de marcher sur Saint-Cloud. Le susdit Moreau ne se lasse pas, il est un des premiers à marcher et à encourager ses frères d’armes de faire cause commune pour le bonheur de la France. On part. Arrivés à Saint-Cloud, plusieurs attaques ont lieu. Il est toujours à son poste. Depuis cette époque, il est resté dans la commune, au sien de sa famille. » Aussi in Archives de la préfecture de police AA 409 in dossier Potron, Etienne, Antoine un Lelièvre signa, le 12 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Potron, Etienne, Antoine et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, décorés de Juillet, attestons et certifions que le nommé Etienne, Antoine Potron, âgé de vingt et un ans, marchand de vin à la barrière du Montparnasse n° 6, banlieue de Paris, a fait partie des braves qui se sont portés à la défense de la capitale pour les droits de la patrie. Arrivant d’Argenteuil à Paris, le 28 juillet 1830, il se porta de suite étant bien armé à la place de Grève, où il y resta jusqu’au soir. Le lendemain, il fut à la prise de la caserne de Babylone. Il fut présent à la perte du jeune brave Vaneau (voir Vaneau, Louis, Marie, Anne), dont la France gardera longtemps la mémoire. Il empêcha de tout son pouvoir le pillage de la caserne de Babylone. Comme il s’était montré digne des récompenses nationales, il attendait avec beaucoup de patience, mais voyant distribuer ces gages que la patrie donne à ses défenseurs et voyant qu’il n’était pas porté sur la liste auprès de ses braves camarades et c’est donc au nom de ses compatriotes qu’il croit devoir réclamer cette distinction honorable. »