Lelièvre, Nicolas, Victorin

Biographie


Né le 26 novembre 1799 à Joinville (Seine-Maritime). Avocat. Il était dès le 27 juillet à neuf heures trente présent avec son frère Prudent sur la place de Grève, dans des circonstances qu’il devait relater ainsi par la suite : « Arrive un détachement de la garde royale. Il se place au bout du pont. A peine est-il arrêté, qu’il fait feu, sans aucune provocation de la part des citoyens. Les balles percèrent nos rangs épais. Plusieurs blessés, deux tués. L’indignation était à son comble. La résistance commença. Nous parvînmes à faire rétrograder les soldats jusqu’à la place du Châtelet. » Il participa à la prise de la caserne de l’Estrapade et à une importante découverte de fusils : « Les soldats de la caserne de l’Estrapade remirent sous la surveillance de quelques élèves de l’Ecole polytechnique, leurs sabres, leurs fusils, leurs gibernes, qui furent distribués par les croisées à la foule avide d’avoir des armes, et cette première colonne se rendit au quartier général place de l’Odéon. Peu de temps après, une seconde colonne se trouva armée par la découverte d’un dépôt de fusils et de munitions, découverte due à un hasard extraordinaire. […] Deux soldats de la garde royale se trouvèrent enveloppés par le peuple, l’effervescence allait toujours croissant. L’on disait : “Pourquoi les laisser sortir ; ils reviendront en ville tirer sur nous…” Les malheureux tremblaient. “Ils se sont mis, dis-je à la foule assemblée, sous la sauvegarde des citoyens, nous devons les respecter… Ils ont notre parole, elle est sacrée, nous avons leurs fusils, et s’ils étaient assez lâches pour revenir combattre contre nous, nous les tuerions…” La foule s’écarte ; je descendais avec eux, accompagné de mes deux frères, la place de l’Estrapade, lorsqu’un de ces soldats, reconnaissant sans doute, se penche à mon oreille et me dit rapidement : “Dans la cour, à droite de la caserne… dépôt d’armes…” Il part… J’appelle un élève de l’Ecole polytechnique, je lui fais part de la confidence que je venais de recevoir, nous défonçons la porte, et la première chose qui nous tombe sous la main fut une caisse de fusils. La distribution en fut faite à huit heures et quart à peu près, et sur la place de l’Estrapade, des munitions renfermées dans une poutre et des balles dans une autre, furent distribuées. » Il participa ensuite aux combats du Louvre, des Tuileries puis à ceux de la rue de Rohan : « Combats rue de Rohan. Nous approchons de la maison de M. Courtois, marchand de vin… On espère de son premier avoir une position avantageuse. On frappe, pas de réponse. On défonce la porte… Une jeune femme, son enfant, une femme âgée, un homme qui paraît le maître de la maison, tout le monde effrayé se sauve. La foule, écrasée par la chaleur du jour et du combat entre dans la boutique ; j’entends les cris : à la cave… je saisis par le bras un homme de la maison, je le place à côté de moi avec mon fusil : “Vous êtes venus ici pour combattre, et non pour boire, leur dis-je ; vous avez soif, buvez avec ordre ; mais descendre à la cave est une lâcheté indigne de vous ; jurez que celui qui s’avilira au point de s’enivrer sera désarmé par ses camarades… respectons les propriétés…” Le serment est fait… l’ordre est rétabli et la confiance renaît. On retourne se battre. Mon frère Prudent tire et panse les blessés. M. Courtois a fourni beaucoup de linge, jusqu’à déchirer les chemises en toile. » Le soir, il devait monter la garde au Louvre, malgré une blessure qu’il avait reçue au bras. Dans toutes ces circonstances, Lelièvre se conduisit, devait-il juger par la suite « sans doute comme tout homme d’honneur, tout ami de l’ordre et de la liberté se serait conduit ». Quelques mois plus tard, il fut choisi pour présenter au roi une pétition signée par des combattants de Juillet, pour que la Commission des récompenses nationales termine enfin ses travaux et que les récompenses, en pensions, grades ou emplois soient enfin distribuées ; cette démarche fut suivie d’un ouvrage Les Blessés de juillet, à la Nation, au roi et à la Commission, qui devait être commenté de la manière suivante dans Le Bon Français. Almanach universel pour l’année 1831 [et 1832] : « M. Victorin Lelièvre, avocat, combattant de juillet, vient de publier, au nom des blessés de Juillet, dont il est le mandataire, un écrit dont le principal objet est de réclamer la distribution aux ayant droits, des sommes considérables provenant des souscriptions, et qui sont indépendantes de celles votées par les chambres pour leurs pensions. “La commission des secours, dit M. Lelièvre, n’a encore dépensé que 765.000 francs. Elle prétend convertir le surplus de ce qu’elle a en caisse en rentes sur l’Etat. C’est un droit qu’elle n’a pas. Elle n’est que dépositaire et doit rendre le dépôt qu’elle a reçu, en même nature. On sait que plusieurs blessés de juillet sont réduits à l’état le plus misérable. S’ils se présentent aux mairies, on les renvoie en leur disant qu’ils n’ont plus rien à recevoir ; quand le grand mot Vous avez reçu votre définitif, est lâché, il faut se taire, se résigner. A ceux cependant qui inspirent le plus de pitié on donne un bon pour avoir un pain, à d’autres des jetons de cuivre, sur lesquels il y a bon pour une soupe.” » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement (sous le prénom de Victorien sur les listes du Moniteur universel) et sollicita, auprès du roi, le 20 mai 1831, la croix en remplacement. Il rappelait, dans sa demande, qu’il avait « été jugé digne d’être choisi par une partie des combattants de Juillet pour défendre leurs droits, leur faire délivrer des secours, une brochure faite à leur profit vous a été présentée et, dans votre équité pour une si belle cause, vous avez ordonné le dépôt dans la bibliothèque du Palais-Royal, hommage le plus grand auquel l’auteur pouvait prétendre ». Il délivra le certificat suivant en faveur de Fretigny, Romain : « Je, soussigné, Nicolas, Victorin Lelièvre, avocat, certifie que M. Cauzet-Demarest (voir ce nom) et Frétigny, Romain, chevalier de la Légion d’honneur, se trouvèrent avec moi à la prise des Tuileries, que, de là, nous les retrouvâmes à l’action meurtrière, rue de Rohan et rue Saint-Honoré, qu’ils nous ont aidés dans le pansement et le transport de nos blessés et qu’il est à notre connaissance qu’ils ont donné des preuves constantes d’intrépidité et de bravoure. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Lelièvre demeurait 49, rue de la Grande-Truanderie au 2e étage en 1830-1831. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 67 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Les Blessés de juillet, à la Nation, au roi et à la Commission, Victorin Lelièvre, avocat, combattant de Juillet, Paris, 1831, chez Petit, éditeur, passage du Caire, n° 89 ; Les Blessés de juillet, à la Nation, au roi et à la Commission, Victorin Lelièvre, avocat, combattant de Juillet, Paris, 1831, chez Petit, éditeur, passage du Caire, n° 89 ; Le Bon Français. Almanach universel pour l’année 1831 [et 1832], Paris, Edouard Bricon, 1831-1832, 2 vol, p. 335-336 ; Archives de Paris VD6 334, liste des médaillés de Juillet du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/62 ; Archives nationales F/1dIII/88 in dossier Fretigny, Romain.

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