Lemire, Pierre, Gabriel

Biographie


Né le 1er avril 1803 à Sierck-les-Bains (Moselle). Courtier en charbon en 1848. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Le 21 mars 1848, il adressait en effet la lettre suivante à la Commission : « Combattant en juillet 1830, où je combattis pour les droits du peuple français, ainsi qu’en 1848. Le 23 février sur les 4 heures de l’après-midi je reprochais au 7e léger leurs cruautés. Je fus arrêté par l’ordre du capitaine, devant Pygmalion, rue Saint-Denis, et relâché par des citoyens sur les 6 ou 7 heures. J’allais avec quelques gardes nationaux et citoyens à la préfecture de police pour réclamer l’élargissement des prisonniers lorsqu’arrivé sur le milieu du Pont au Change nous essuyâmes le feu du poste du palais de justice et une charge de gardes municipaux à cheval, où je fus obligé de me réfugier dans les rangs du 69e sur la place du Châtelet. Le 24 au matin, je travaillais à quelques barricades. Je me rendis sur la place du Châtelet, où je retrouvais la compagnie de la veille. J’adressais des remerciements au capitaine, j’allais du côté de l’Hôtel de ville, où je rencontrais le 69e avec la garde nationale qui descendait les quais pour se rendre aux Tuileries. Sur les quais, près la place de l’Ecole, il y avait une barricade, une compagnie du 2e cuirassiers voulaient nous dépasser, je les empêchais, ils promirent qu’ils ne feraient rien contre le peuple. J’arrivais le premier sur la place du Carrousel, accompagné de mon garçon. Un instant après, fut tué un piquet et son cheval. Je désarmais un dragon. J’entrais aux Tuileries avec la première phalange. Je me trouvais dans un appartement du pavillon Flore, où une dame âgée habillée en noir, couchée dans un fauteuil, un lieutenant de la garde nationale parla à cette dame. Je vis qu’il s’agissait de choses sérieuses. Je cherchais à entraîner dehors les citoyens qui y étaient. De là, je montais dans les petits appartements des princes où le couvert n’était pas desservi. Je m’empressais de ramasser la vaisselle plate et vermeille. Je la transportais dans un cabinet que je fermais à clef (que j’ai encore dans ma possession). J’écrivis à cet égard au citoyen commandant, Saint-Amand, du château des Tuileries par l’intermédiaire du citoyen Fabre, élève de l’Ecole polytechnique, faisant fonction de secrétaire. Sur la brume, je trouvais deux hommes ivres qui voulaient mettre leurs menaces à exécution de mettre le feu dans les chambres où ils se trouvaient. J’eus bien de la peine à les en dissuader. Je fus forcé de faire des menaces, ainsi que d’autres circonstances qu’il serait trop long de vous énumérer. Voilà ce que j’ai à vous offrir. Si vous me jugez digne d’une récompense je vous en serais reconnaissant toute ma vie. Vous pouvez m’en croire sur ma parole et ma bonne foi. Si ma demande n’est pas accompagnée d’une attestation c’est que les personnes craignaient sans doute de se compromettre. J’ai eu ma femme malade de peur, elle croyait que j’avais succombé, comme les deux voisins. » Il joignait deux certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Emmanuel Letourneur, instituteur à Paris, quai Napoléon 29, affirme que le 24 février dernier, j’ai rencontré le citoyen Lemire dans les appartements du château des Tuileries, au moment où le peuple en prenait possession. Je certifie également qu’il se trouvait au nombre des citoyens armés au nom de la liberté victorieuse. » Signé, le 24 octobre 1848 : Letourneur, Emmanuel, instituteur, demeurant 29, quai Napoléon. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Michel Ansion, cuisinier, rue Saint-Honoré n° ...5 premier chiffre illisible, affirme que le 24 février dernier, j’ai rencontré le citoyen Lemire dans les appartements du château des Tuileries au nombre des citoyens armés pour la liberté. » Signé le 24 octobre 1848 : Ansion, Michel. Il fut recommandé par la Commission pour une mention honorable à paraître dans le Moniteur. Il se disait aussi « zélé auditeur des cours du célèbre et savant Arago ». Il était marié et père de quatre garçons, un âgé de quinze ans, un de huit ans, un de six ans et le dernier de deux ans en 1848. Il demeurait à Paris depuis 1822 ; 5, rue de la Vieille-Monnaie puis 38, rue de la Calandre en 1848. Archives de la préfecture de police AA 398.

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