Lemoine, Charles, Augustin
Biographie
Né le 29 septembre 1808 à Paris (ancien) Xe arrondissement. Compositeur d’imprimerie. Il fut arrêté dès le 27 juillet, lors des troubles de la rue Saint-Honoré, et fut retenu prisonnier jusqu’à la victoire des Parisiens, le 29 juillet en début d’après-midi. Il relatait ainsi, le 15 août 1830, sa participation aux combats de Juillet et les conditions de son arrestation : « M’étant trouvé le 27 juillet dernier vers 5 heures du soir dans les événements de la rue Saint-Honoré, au moment où une voiture de briques servit à la défense des citoyens contre les charges de la troupe et ayant été arrêté (vers 7 heures du soir dans la rue de l’Echelle pour avoir blessé à la tête d’un coup de pierre un officier de lanciers) par des soldats de la garde royale à pied (dont je reçus un coup de baïonnette dans la cuisse gauche, qui fut heureusement retenu sur le fémur, ce qui l’empêcha d’être percé de part en part), je fus conduit de suite au corps de garde du Pavillon-Neuf du Carrousel, du côté de la rue de Rohan ; ensuite au corps de garde de la rue du Carrousel, puis au corps de garde de la gendarmerie à pied de la place du Palais-Royal, où l’on me fit signer, dans la matinée du 28, le procès-verbal de mon arrestation, qui se trouvait tout fait ; c’est dans ce poste que j’ai entendu un officier de la gendarmerie à pied déplorer les événements du moment et un agent en chef de la police lui répondre : “Monsieur, les deux partis sont engagés, il faut nécessairement à présent que celui du roi triomphe !” Beaucoup d’autres citoyens se trouvaient aussi arrêtés dans ce même poste et on devait nous transférer dans les prisons de la préfecture de police mais cette prison se trouvant déjà encombrée et la force armée craignant qu’en nous conduisant, même dans des fiacres que l’on projetait de protéger par des éclaireurs, le peuple ne tentât de nous délivrer. On nous ramena de ce dernier poste sur la place du Carrousel, où on nous fit ranger en bataille, adossés aux bâtiments de l’ancienne ferme aux tabacs et en face des pièces d’artillerie, où nous demeurâmes environ un quart d’heure, pendant lequel un capitaine de l’état-major vint nous inspecter et nous dire : “Vous croyez donc être en plus forts ! Ah ! canaille ! Vous f... nos soldats à la lanterne !” partie du manuscrit brûlée souterrains sous l’aile du bâtiment neuf du Carrousel, du côté de la rue de Rivoli, où nous séjournâmes sur la terre humide, sans paille ; et nous ne reçûmes le 29 pour toute nourriture qu’un morceau de pain, encore tout brûlant et de l’eau. C’est de ce cachot que j’ai entendu les soldats placés en sentinelle à la porte se dire : “Voilà encore de l’argent que l’on vient de nous donner ! Que ferons-nous de la canaille qui est là-dedans ? Ouvrons les portes et tirons dessus, ou bien mettons-y le feu !...” Enfin il est vraisemblable que d’après la mise en état de siège de cette capitale, nous ne devions sortir de notre prison que pour être fusillés. Mais il en a été autrement et nous fûmes délivrés le 29 vers 2 heures après-midi par la victoire que les braves Parisiens remportèrent sur des troupes qui n’ont pas reculé d’effroi aux ordres qui leur avaient été donnés de massacrer leurs concitoyens pour les courber sous le poids d’une infâme tyrannie jésuitique en plongeant leur pays dans l’ignorance et la barbarie. Délivré des oppresseurs de la patrie et ne formant des vœux que pour la prospérité générale, reconnaissant Louis-Philippe Ier pour être l’homme qui puisse en ce moment faire le bonheur de la nation française, je joins mes acclamations au vœu national et je vous supplie, messieurs, de vouloir bien lui demander pour moi (comme pour tous ceux qui ont éprouvé le même désagrément) que les procès-verbaux qui ont été faits contre nous, nous soient renvoyés ou qu’ils soient annulés ou brûlés publiquement ; enfin qu’il soit pris une mesure pour que ces pièces disparaissent exactement de la police afin qu’elles ne puissent servir contre nous dans aucune circonstance, celle-ci devant plutôt nous être imputée à l’honneur. » Le 12 décembre 1830, son père sollicitait pour lui le grade de sous-lieutenant et donnait les précisions biographiques suivantes concernant la famille : « […] Ce jeune homme a pour antécédent d’avoir eu son grand-père paternel qui a fait la guerre dite de Sept-Ans, qui a été un sincère et dévoué patriote de 1789, à qui les Autrichiens ont fait subir onze mois de prison pour s’être opposé à la reddition de la place de Valenciennes, dont il était un administrateur du district et en faveur duquel l’Assemblée nationale a porté un décret qui constituait en représailles plusieurs otages, qui a enfin été ruiné complétement par les dévastations de la guerre pendant que son fils et deux de ses beaux-fils, tous trois capitaines, faisaient la guerre dans la Vendée, où l’un d’eux a été tué au siège d’Angers. Il a aussi pour antécédents que son grand-père maternel, aussi patriote dévoué de 1789, qui a été nommé juge au tribunal d’Anvers pendant l’occupation de la Flandre par les Français, avait aussi été ruiné complétement par les désastres de la guerre. Il a encore pour antécédent que son père, qui a été ruiné comme toute sa famille et pour les mêmes causes, a été chef de bataillon en 1797, qu’ayant donné sa démission (pour une de ces causes que les ennemis des patriotes suscitent facilement aux militaires), il a redemandé et réobtenu, le 24 messidor an VII, du servie en vertu de la loi du 14 messidor même année ; mais que renvoyé dans ses foyers pour attendre son appel, il n’a pu, depuis cette époque et malgré ses nombreuses demandes, ni obtenir la demi-solde comme tous ses camarades qui n’ont pas plus d’ancienneté de services que lui ni d’activité ; qu’il a même renouvelé sa demande de demi-solde au roi, le 6 septembre dernier, qui a été renvoyée de suite au ministère de la Guerre, au maréchal Gerard le 7 novembre suivant, au maréchal Soult le 21 du même mois de novembre, mais que toutes ces demandes sont restées jusqu’à ce jour sans réponse. » Lemoine avait devancé son appel, comme conscrit de la classe de 1828, en s’enrôlant volontaire le 12 octobre 1830 au 61e régiment de ligne, où il fut rapidement nommé sergent. Il ne réussit à faire valoir aucun droit devant la Commission des récompenses nationales. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] Xe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet et un avancement dans l’armée. Le 8 novembre 1831, son père demandait en son nom l’obtention d’une décoration. Lemoine, Charles, Augustin était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Charles, Augustin Lemoine, compositeur d’imprimerie, demeurant à Paris rue du Cherche-Midi n° 8, a été, ainsi que moi, prisonnier dans les souterrains du Carrousel depuis le mardi 27 juillet jusqu’au jeudi 29 du même mois et que de plus il était blessé à la cuisse gauche d’un coup de baïonnette qu’il avait reçu dans la rue de l’Echelle lors des charges des lanciers et du 3e de la garde. » Signé, le 20 décembre 1830 : La Planche, élève en architecture, demeurant 59, rue de Clichy. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, habitants de la rue du Cherche-Midi (ancien) Xe arrondissement municipal de la ville de Paris, certifions qu’il est à notre connaissance que le nommé Charles, Augustin Lemoine, compositeur d’imprimerie (né le 29 septembre 1808, conscrit de la réserve de 1828, fils d’Augustin, Louis Lemoine et de Cordule, Joseph, Colin [sic] son épouse, demeurant rue du Cherche-Midi n° 8, faubourg Saint-Germain à Paris) s’est trouvé dans les événements de la rue Saint-Honoré et de la rue de l’Echelle dans la journée du 27 juillet dernier ; qu’il s’est opposé aux charges de la troupe, qu’il a blessé à la tête d’un coup de pierre un officier de lanciers, qu’il a reçu un coup de baïonnette à la cuisse gauche, qu’il a été emprisonné au Carrousel pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet. » Signé, le 30 novembre 1830 : Thiébault, principal locataire, demeurant 8, rue du Cherche-Midi ; Adam, boulanger, demeurant 6, rue du Cherche-Midi ; Lebrun veuve, demeurant 4, rue du Cherche-Midi ; Fruitier, demeurant 8, rue du Cherche-Midi ; Lefort, marchand épicier, demeurant 2, rue du Cherche-Midi ; Dequeldre, herboriste, demeurant 13, rue du Cherche-Midi ; Marey, demeurant 4, rue du Cherche-Midi. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Charles Pillion, conducteur de diligences, demeurant à Paris, rue Dauphine n° 29, certifie et atteste avoir été chargé par Cordule, Joseph, Colin, mère de Charles, Augustin Lemoine, d’aller au poste de gendarmes situé place du Palais-Royal, pour lui porter de l’argent. Arrêté et emprisonné dans la journée du 27 juillet dernier, comme s’étant opposé aux charges de cavalerie, y ayant riposté et blessé un des chefs, Charles, Augustin Lemoine fut enfermé dans la prison du poste ci-dessus mentionné et resta sans aliment jusqu’u lendemain 28. Il put cependant écrire quelques mots à ses parents ; son père n’y étant pas, je m’y rendis dès le matin du 28, à l’invitation de sa mère. On me demanda si j’étais son père et sur ma réponse négative on m’empêcha de le voir, de lui parler et même de lui remettre l’argent que je portais. Je rendis compte du résultat de ma mission et j’y retournai après-midi avec son père ; il n’y était déjà plus et avait été transféré dans les caves des Tuileries. Aussi depuis le 27, jour où je le quittai rue de l’Echelle-Saint-Honoré jusqu’au 29 à 4 heures après la prise des Tuileries par les Parisiens, il resta en arrestation, sans nourriture, blessé à la cuisse d’un coup de baïonnette et avec la triste certitude que si la liberté ne triomphait pas, il serait victime de son dévouement pour elle. » Signé, le 9 décembre 1830 : Pillion, Charles. Suivait la signature de Pétiau, C. J., architecte, demeurant 22, rue du Dragon, qui attestait avoir eu connaissance de ces faits et avoir été témoin « des alarmes et des tourments que causaient aux parents de Charles, Augustin Lemoine sa détention et la conséquence qui pouvait résulter si les troupes de Charles X avaient le dessus ». Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « J’atteste que M. Lemoine est parti ave moi le 27 juillet sur les 3 heures et demie pour aller rue Saint-Honoré ; que débouchant par la rue de l’Echelle, nous vîmes un grand nombre de personnes disposées à repousser et repoussant en effet les gendarmes chargeant sur elles ; que le susnommé, contribua à arrêter et la Dame-Blanche et la voiture de porteur d’eau qui sur les 4 heures environ avec une voiture de moellons constituèrent une barricade destinée à arrêter la cavalerie ; que je lui vis mettre une ardeur à jeter des pierres aux assaillants, comparable seule à son courage ; que le lendemain 28, m’étant rendu chez lui pour avoir de ses nouvelles, j’appris qu’il n’était pas reparu, chose inaccoutumée ; que le jeudi je le vis sortir des caves des Tuileries avec beaucoup d’autres au moment où, vainqueurs, nous leur ouvrîmes les portes. J’affirme en pus avoir vu le coup de baïonnette qu’il reçut, me dit-il, au moment de son arrestation. » Signé : Picard, demeurant 110, rue Saint-Jacques ; Kronc, demeurant 5, rue de l’Ile-Saint-Louis ; Chassipollet, J., A., L., étudiant en médecine, demeurant 1, place Saint-André-des-Arts. Il demeurait 8, rue du Cherche-Midi en 1831. Archives de la préfecture de police AA 398.