Lemoine-Tacherat, Jean-Baptiste, Joseph

Biographie


Né le 10 décembre 1787 à Paris. Négociant en vins. Il était juge au tribunal de commerce depuis quatre ans en 1830, il siégeait en audience, le 28 juillet 1830, avec Ganneron (voir Ganneron, Auguste, Victor, Hippolyte) – dont il se disait l’ami –, Gisquet (voir Gisquet, Henri, Joseph), Truelle (voir Truelle, Alphonse) et Lafond (voir Lafond, Antoine, Narcisse) quand le tribunal prononça la nullité des ordonnances royales du 25 juillet et autorisa les imprimeurs à poursuivre leurs travaux de parution des journaux. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Lemoine, Tacherat, Jean-Charles, Baptiste), auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Garde national depuis 1814, « jamais traduit à un conseil de discipline », précisait-il, ajoutant qu’en cette année 1814, comme garde national, il se trouvait prêt à recevoir l’étranger avec des cartouches qu’il avait faites, officier de grenadiers dans la XIIe légion de la garde nationale en 1832, sa conduite pendant l’émeute des 5 et 6 juin 1832 fut l’objet du rapport élogieux suivant : « Nous croyons devoir vous signaler la conduite courageuse tenue pendant les journées du 5 et 6 courant par M. Lemoine-Tacherat, décoré de Juillet, l’un des juges du tribunal de commerce qui siégeait le 28 juillet 1830. Ce citoyen, ex-officier de grenadiers du 3e bataillon et admis à la réserve par suite d’une blessure à la main gauche, s’est empressé de revêtir son uniforme aux premiers coups de feu (ce qu’au reste il fait toujours dans les moments de danger, bien qu’il ne soit tenu à aucun service). Se réunissant à quelques-uns de ses camarades, il a contribué à préserver le poste de l’entrepôt général des vins. S’étant ensuite avancé seul vers une barricade établie sur le quai de la Tournelle près la rue de Pontoise, il fut accueilli par les cris de Vive la garde nationale ! Vive les braves de Juillet ! Le chef qui commandait cette troupe franchit avec quelques-uns de ses camarades la barrière et vint l’inviter à prendre part avec eux sinon de lui rendre son sabre. Un refus énergique fut la réponse de M. Lemoine-Tacherat. Une discussion politique s’ensuivit et, tout en reculant, il arriva, suivi des insurgés, au pont de la Tournelle où était en ordre de bataille un peloton de la compagnie de voltigeurs du 4e bataillon de la IXe légion, capitaine Fruneau. Alors les insurgés sommèrent le capitaine de marcher avec eux ou bien de faire rendre les armes à sa compagnie. Cette demande fut, comme elle devait l’être, repoussée avec indignation mais n’ayant pas encore de cartouches, on ne put saisir les perturbateurs, qui étaient bien armés ; ils retournèrent se placer derrière leurs retranchements. Quelques instants après un détachement du 2e dragon étant arrivé, ces braves commandés par un maréchal des logis, marchèrent sur la barricade, espérant la forcer. M. Lemoine-Tacherat, le sabre à la main, se joignit à eux. Ils furent reçus à coups de fusils, un brigadier fut blessé mortellement ; quand reconnaissant l’impossibilité de débusquer l’ennemi, ils furent contraints de faire demi-tour. Ce fut dans cet instant que M. Lemoine-Tacherat courut le plus grand danger, se trouvant seul à découvert au milieu de la chaussée, à trente pas de la barricade et derrière les dragons qui l’avaient dépassé. Sans s’occuper des coups de fusils qui lui furent tirés et qui heureusement ne l’atteignirent pas, il soutint le dragon blessé resté en arrière et le reçut dans ses bras au moment où il tomba de cheval [il n’est donc pas blessé mortellement ? N.D.A.]. Se trouvant alors devant sa porte, quai de la Tournelle n° 25, il le fit entrer chez lui ; quelques secours lui furent donné ensuite à la pharmacie de l’île Saint-Louis puis immédiatement il le fit transporter à l’Hôtel-Dieu. Ce fut encore lui qui lui servit d’escorte, accompagné d’un seul carabinier de la compagnie Boutarel, ce qui dans le moment n’était pas sans péril. Le lendemain, M. Boissel (voir Boissel, Jean-Marie, Hercule), adjoint de notre maire, reconduisit à l’Ecole polytechnique un élève qui par ses allées et venues fréquentes avait éveillé l’attention du commandant du poste de la place Maubert. Ce quartier était dans une grande fermentation et M. Boissel, craignant une collision entre la garde nationale et la populace, s’était proposé pour reconduire cet élève à l’Ecole polytechnique, sans être accompagné de gardes nationaux en armes, afin d’éviter tout prétexte à l’émeute. Cependant M. le commandant Vasset, qui dans ces deux journées a également donné des preuves du plus grand dévouement, apercevant M. Lemoine-Tacherat et sachant qu’il pouvait compter sur sa fermeté, aucune crainte ne pouvant l’atteindre, l’invita à suivre M. l’adjoint pour lui porter secours au besoin. Cette précaution ne fut pas inutile car M. Lemoine-Tacherat étant arrivé à peu de distance de M. Boissel qui se rendait par la Montagne Sainte-Geneviève à l’Ecole polytechnique, ne put qu’avec peine se faire jour jusqu’à lui pour s’opposer aux intentions hostiles que manifestaient déjà les plus exaltés du rassemblement. Ces hommes furieux feignaient de ne pas reconnaître en la personne de M. Boissel l’adjoint au maire et se disposaient à lui faire un mauvais sort. M. Boissel harangua cette multitude, parvint à se faire reconnaître ; M. Lemoine-Tacherat imitant son exemple, réussit à détourner cette populace de ses mauvais desseins en lui imposant par sa force physique et surtout par l’énergie de son caractère. Au reste il fit en uniforme ce qu’il avait en bourgeois au boulevard Montmartre, dans la matinée du 5, en sauvant avec quelques autres citoyens de la fureur populaire un sergent de ville qu’ils firent entrer dans la boutique d’un horloger, près les Variétés, où même il n’eût point été en sûreté sans lui et deux autres décorés de Juillet qui barrèrent la porte et repoussèrent les assaillants. Nous avons pensé, M. le ministre, que notre devoir était de mettre à votre connaissance, avec quelques détails, des faits honorables pour un citoyen qui a montré en 1832 qu’il n’était pas plus effrayé militaire sur la place publique qu’il en le fut en 1830 sur le siège consulaire. Nous pensons que le signe de l’honneur sera bien placé sur sa poitrine à côté de la Croix de Juillet et nous vous prions de la demander pour lui à Sa Majesté. Nous avons l’honneur, etc. » Signé, le 12 juin 1832 : Cartenson illisible, colonel de la XIIe légion de la garde nationale ; Ladvocat (voir Lavocat, Gaspard), lieutenant-colonel de la XIIe légion de la garde nationale ; Letellier, major de la XIIe légion de la garde nationale ; Vasset, commandant en second du 3e bataillon de la XIIe légion de la garde nationale ; Salleron, Augustin, maire du (ancien) XIIe arrondissement ; Boisssel (voir Boissel, Jean-Marie, Hercule), adjoint au maire du (ancien) XIIe arrondissement ; Delanneau, (voir Delaneau, Regulus, Adolphe), directeur de l’institut Sainte-Barbe, adjoint au maire du (ancien) XIIe arrondissement ; Fruneau, capitaine des voltigeurs de la IXe légion de la garde nationale, qui ajoutait : « Le capitaine commandant la compagnie de voltigeurs de l’île Saint-Louis certifie que ce que qui est détaillé dans le rapport ci-dessus, concernant les faits qui se sont passés le 5 en sa présence, sont de la plus grande exactitude et que sans la fermeté de M. Lemoine-Tacherat la compagnie du soussigné, qui n’avait pas de cartouches, aurait couru les plus grands dangers. » Alors qu’il était ainsi proposé par l’état-major de la XIIe légion de la garde nationale et par le maire et adjoints du (ancien) XIIe arrondissement, pour recevoir la croix de la Légion d’honneur, il fut nommé en 1832 commissaire de police, nommé aux délégations judiciaires, puis en 1834 commissaire de police du quartier Saint-Thomas-d’Aquin. Ne faisant plus partie de la garde nationale, il ne pouvait plus être proposé comme garde national et son dossier fut délaissé. Il renouvela sa demande en 1834, rappelant que décoration lui avait déjà été promise par le roi comme à tous les autres juges de la fameuse audience du 28 juillet, mais par une circonstance inexpliquée lui seul ne l’avait pas reçue ; il n’avait pas réclamé « préférant profiter de la première occasion qui se présenterait pour la mériter une seconde fois ». En juillet 1834, Gisquet, désormais préfet de police, donnait les renseignements suivants au ministre de l’Intérieur : « J’ajouterai que depuis qu’il est attaché à l’administration il s’est fait remarquer par son zèle et son dévouement. Ce serait avec le plus grand plaisir, M. le ministre, que je verrais ce fonctionnaire, l’un de mes anciens collègues au tribunal de commerce, obtenir l’honorable distinction qu’il sollicite et qui lui a déjà été promise par Sa Majesté. » Sur son dossier, il semble indiqué comme ayant été nommé chevalier de la Légion d’honneur le 27 août 1834. Pourtant son dossier à la Légion d’honneur indique qu’il ne fut nommé chevalier que le 14 août 1867, suite au rapport suivant fait sur son compte par le préfet de police : « M. Lemoine-Tacherat, Jean-Baptiste, Adolphe (sic) est entré à la préfecture en 1832 ; il est commissaire de police depuis 1853 ; il a par conséquent trente-cinq ans de service. C’est le plus ancien des commissaires de police de la ville de Paris. M. Lemoine-Tacherat a su obtenir l’estime générale au milieu des affaires de toute nature qu’il a eu à traiter ; il a laissé d’excellents souvenirs dans les différents quartiers qu’il a administrés. C’est un homme fort honorable, aussi modeste que bienveillant et jamais aucun reproche ne lui a été adressé ; enfin il serait regrettable de voir un fonctionnaire distingué, qui a rendu de véritables services, atteindre le moment de sa retraite sans avoir obtenu la légitime récompense de ses travaux et d’une carrière bien remplie. M. Lemoine-Tacherat n’a jamais cherché à appeler l’attention sur lui, il a été évidemment oublié et je considère comme une justice à lui rendre que de solliciter pour lui, de Votre Excellence, la distinction pour laquelle j’ai l’honneur de le présenter. » Le nom et l’activité de Lemoine-Tacherat apparaissent dans la répression qui s’abattit sur les républicains en 1834. Il procéda par exemple à l’arrestation de Guinard, Joseph, Auguste (voir ce nom) le 12 avril 1834 ; à celle de Villain, Joseph le 17 avril 1834 ; à celle de Delaquis, Marin, Joseph (voir ce nom), le 19 avril 1834, tous accusés du procès d’avril 1834 devant la Cour des pairs. Le nom de Lemoine-Tacherat apparaît aussi dans Histoire d’un crime de Victor Hugo, dans les lieux mêmes de l’Assemblée nationale : « Deux commissaires de police se présentèrent en tenue, en habits noirs avec leurs ceintures écharpes et leurs chapeaux à ganses noires. L’un était vieux, l’autre était jeune. Le premier s’appelait Lemoine-Tacherat et non Bacherel comme on l’a imprimé par erreur ; le second Barlet. Il faut noter ces deux noms. On remarqua l’audace inouïe de ce Barlet. Rien ne lui manqua, la parole cynique, le geste provocateur, l’accent sardonique. Ce fut avec un inexprimable air d’insolence que Barlet, en sommant la réunion de se disperser, ajouta : A tort ou à raison. On murmurait sur les bancs de l’Assemblée : “Quel est ce polisson ? L’autre, comparé à celui-ci, semblait modéré et passif. Emile Péan cria : “Le vieux fait son métier, le jeune fait son avancement.” » Sur la base Leonore de la Légion d’honneur, il est indiqué curieusement sous le nom de Lemoine-Tacherat, Jean-Baptiste, Adolphe, commissaire de police, né le 6 juin 1812 à Paris, fait chevalier de la Légion d’honneur le 14 août 1867, décédé le 26 mai 1875 et demeurant 2, avenue Parmentier en 1872. Il demeurait 25, quai de la Tournelle en 1831-1834 ; 4, rue Plumet en 1834) ; 2, avenue Parmentier en 1872. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/L/13 Récompenses honorifiques (sous le nom de Lemoine-Tacherat, Jean-Baptiste, Adolphe) ; Archives nationales LH/1583/32 ; Cour des pairs, affaire d’avril 1834, procès-verbaux d’arrestation et autres, Paris, Imprimerie royale 1835, p. 150-151, 218-219, 228-229.

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