Lennox

Biographie


Capitaine instructeur à l’Ecole de cavalerie de Saumur en 1826 et depuis le 11 avril 1821. Il délivra le certificat suivant en faveur de Dales, Antoine (voir ce nom) : « Je, soussigné, chef d’escadron aux Lanciers d’Orléans, certifie que le lancier Dalès (sic), Antoine, réformé du corps par suite d’une hernie contractée en faisant son service, a fait partie pendant les glorieuses journées des 27, 28 et 29 juillet du poste de la Bourse et de la colonne d’attaque dirigée de ce point sur le Louvre et les Tuileries le 29 juillet ; que ce même jour il a été désigné comme chef d’une pièce d’artillerie à la prise de laquelle il avait contribué et qu’il est resté sous mes ordres en cette qualité jusqu’au 31 juillet. » Il délivra le certificat suivant en faveur de Collombet, Pierre, François : « Je, soussigné chef d’escadron aux Lanciers d’Orléans, certifie que le nommé Colombet (sic), lancier engagé au régiment, a fait partie , sous mes ordres, d’une colonne d’attaque dirigée le 29 juillet du poste de la Bourse sur le Louvre et les Tuileries, et qu’il s’y est conduit avec courage. » Napoléoniste, gérant de la Révolution de 1830. En date du 9 octobre 1831, une note de police relatait à son sujet : « Le parti napoléoniste semble reprendre courage. On assure que le journal la Révolution va reparaître avec une couleur encore plus prononcée que par le passé. Ce serait Lennox qui ferait les frais de cette résurrection, et il serait décidé à sacrifier toute sa fortune au soutien de la cause qu’il a adoptée. Ces nouvelles dispositions de Lennox, différentes de celles qu’il annonçait il y a quelques jours, n’ont rien toutefois d’étonnant de la part d’un homme pour qui l’intrigue est un besoin. » Puis, en date du 26 octobre suivant : « On remarque depuis deux jours beaucoup de mouvement parmi les agents des divers paris. Cependant toutes ces menées ne sont point inquiétantes, surtout si le gouvernement s’occupe de venir au secours de la classe ouvrière. Le parti napoléoniste est celui qui s’agite le plus. Lennox est dans un état d’exaltation extraordinaire. Il ne cesse de répéter que d’ici à peu de jours une révolution éclatera en faveur de Napoléon II. Un de ses affidés va partir pour l’Italie afin de voir toute la famille et tacher d’en obtenir de l’argent. Il reviendra ensuite par Vienne. On dit que plusieurs républicains viennent par dépit de se jeter dans le parti napoléoniste. On cite particulièrement Cavaignac et Armand Carrel du National. » Kresz, dans l’affaire Fieschi, déposa ainsi à son sujet : « J’ai fait pour M. Lennox un filet qu’il m’a payé sept cents francs. J’allais y travailler avec mes ouvriers dans l’atelier de M. Hersent marbrier aux Champs-Elysées, vis-à-vis le pont des Invalides auprès du poste de la garde municipale. M. Lennox avait loué cet atelier pour y faire son ballon. Il y avait continuellement chez M. Lennox, dans cet atelier, une douzaine de réfugiés italiens au nombre desquels étaient les sieurs Automarchi, Orsi et Carlotti. Le portrait de Fieschi, que je ne connais pas, ressemble à l’un de ces réfugiés italiens. Ils avaient en général l’opinion bonapartiste, qui était celle de M. et Mme Lennox. [...] Il y avait aussi deux ou trois Français qui sortaient de Sainte-Pélagie, où ils avaient été détenus pour délits politiques. Il y en avait un qui était décoré : c’était un homme de 50 à 55 ans [...]. Les gens qui venaient dans cette maison parlaient continuellement politique ; c’était toujours dans le sens du bonapartisme qu’on y parlait. J’y ai vu souvent un mameluk, Egyptien d’origine, qui est allé à Sainte-Hélène pour faire sauver l’Empereur. C’est de Munich en Bavière qu’il est parti pour ce voyage et qu’il a passé par l’Egypte et par la mer Rouge pour se rendre à Sainte-Hélène. Ce mameluk a demeuré à Melun. Il est pensionné du roi de Bavière. » Un rapport de police précisait aussi : « Je me souviens que vers les derniers temps où j’étais employé au journal la Révolution de 1830, lorsque Lenox était dans la maison de santé de la rue Pigalle, je fus invité, un jour, à dîner par M. et Mme Lenox. Anthomarchi, Orsi et Carlotti y étaient. Au dessert, comme d’habitude, la politique fit l’objet de la conversation. Mme Lenox disait : “Il ne faut pas tant de monde pour conspirer ; un seul individu déterminé pourrait tuer le roi, et alors nous verrions.” Carlotti qui était nouvellement admis auprès de Lenox dit : “Je suis de votre avis, Madame.” Elle lui répliqua : “Vous en chargeriez-vous ?” “Oui, dit-il, et j’aurais d’autant moins de répugnance à le faire que si j’avais son crâne, là, je boirais dedans comme je bois dans ce verre.” Il montrait le sien. Mme Lenox dit alors : “Buvons au maintien d’une pareille disposition !” Le lendemain, je rendis compte de ce dîner à M. Carlier. Carlotti, avec lequel je ne me suis trouvé que cette seule fois, m’a fait l’effet d’avoir toute la férocité qu’il exprimait et être capable de commettre les plus grands crimes. Son air, ses manières et sa physionomie m’ont inspiré une profonde horreur qui, je crois, peut être partagée par quiconque le connaît. Je n’ai, depuis, jamais passé près de lui sans éprouver un sentiment de répugnance, soit que je sois resté sous l’influence de ses horribles paroles ou que j’aie naturellement de l’aversion pour cet homme. Pendant fort longtemps, le soir surtout, je me tenais sur mes gardes, craignant sa rencontre et lui supposant l’idée de vouloir me punir d’avoir entendu son exécrable imprécation. Carlotti, depuis, a fait continuellement société avec Orsi et Lennox. C’est lui qui dirigeait les travaux du ballon dans les carrières Montmartre et autres lieux. Un jour que Krez, marchand d’ustensiles de pêche, demeurant quai de la Mégisserie, allait réclamer le paiement d’un filet qu’il avait fourni pour le ballon, il vit Fieschi avec Orsi et Carlotti ; il paraissait même occupé aux travaux du ballon, ce qui ferait supposer que Fieschi n’avait pas cessé ses relations avec Lennox et consorts. Je donne de renseignement comme sûr car je le tiens de Krez lui-même, et afin que l’administration tire de cette circonstance telle indication qu’elle jugera convenable et la mette à même d’être sur la voie des complices de l’attentat du 28 juillet. » « Au journal la Révolution, Fieschi se lia avec l’ancien chef d’escadron Lennox, sous les auspices duquel la publication de cette feuille périodique avait été entreprise, et il fut dénoncé à M. le président du Conseil et à M. le ministre de la Guerre, comme facilitant les intelligences que MM. Lennox et Gustave de Damas cherchaient à nouer dans les régiments de la garnison de Paris, afin d’y propager l’esprit d’insurrection et de révolte qui venait de se manifester si malheureusement à Tarascon. » Fieschi dit : « En 1830, à mon arrivée à Paris, je m’occupai à rechercher si je retrouverais d’anciennes connaissances. Je fus voir mon ancien général, Franceschetti, qui sans me donner des adresses, m’indiqua plusieurs personnes marquantes qui pourraient m’être utiles. Par l’intermédiaire de ces mêmes personnes que je retrouvai, j’occupai une place dans le journal intitulé la Révolution de 1830, dont le gérant, en même temps rédacteur, était M. Lennox. Cet homme que j’eus occasion de connaître et d’apprécier plus tard, ayant pu apprécier mes faibles qualités et comme Corse mon patriotisme et mon dévouement à la cause de Napoléon, me fit part, un jour, qu’il se tramait une conspiration en faveur de Napoléon II, que lui-même en était ; il me cita beaucoup de personnes marquantes principalement parmi les anciens militaires de l’armée de l’Empereur. J’acceptai la proposition. Je m’attachai donc à connaître le caractère des personnes employées dans le même journal et, par ce moyen, me faire une idée de celles que je ne connaissais pas et qui faisaient partie de cette conspiration. Je ne fus pas toujours satisfait de leur conduite, principalement de celle de mon chef et du caissier. Comme il m’avait été confié entre autres choses que le frère de Napoléon (Joseph) avait envoyé une somme considérable entre les mains de ce premier, je ne fus plus étonné que ces messieurs entre eux menaient une aussi joyeuse vie, et remarquai qu’ils ne s’occupaient guère de leur affaire. Je fis alors bien des réflexions et me dis, un jour en moi-même : “Fieschi, à quels hommes t’es-tu confié ? Que peux-tu espérer avec des gens si peu stables, si peu discrets, se trouvant tous les jours dans les plaisirs et la bonne chère, et s’occupant à peine de leur affaire ?” Pour un tel projet ce n’étaient des hommes sûrs. Je pris le parti de me retirer car je pensai qu’un jour leur conduite tôt ou tard serait connue et ferait déjouer l’affaire ; ce qui arriva effectivement peu de temps après et Lennox en fut l’auteur. Il était alors détenu dans une maison de santé ; je fus le voir, j’eus une forte discussion avec lui et depuis ce moment je rompis toutes liaisons avec lui ; c’était alors sur la fin de 1830 ou au commencement de 1831 ; je ne faisais plus partie du journal. » Une lettre du ministre de l’Intérieur au procureur général dit à son sujet : « Le fait est qu’un lancier du 6e régiment, le nommé Guillemain reçut à la date du 16 mai 1831, de sa femme qui se trouvait à Paris au service de Mme Lennox, une lettre portant que « ses maîtres étaient à la tête d’une conspiration pour faire assassiner le roi. Tout était armé, ajoutait cette femme, et prêt à faire feu dans cette maison. » Guilemain en référa à son lieutenant-colonel M. Vaudet, vit sa femme dans la nuit de 18 au 19, et celle-ci lui déclara que quelques Italiens étaient partis de Paris pour suivre le roi dans son voyage en Normandie et qu’un maréchal des logis du 1er de hussards qui allait souvent chez M. Lennox en avait reçu de l’argent. » Selon une déposition de Carlotti : « Je ne sais rien de l’attentat, et je ne pourrais raconter à la cour que ce qu’il m’a dit lui-même. Il y a à peu près trois ans, M. Lennox, avec qui j’étais lié, fut le premier qui me parla de Fieschi. Il me demanda si je le connaissais. Je lui répondis que non. – Pourquoi, lui dis-je, me faites-vous cette demande ? – Je crois qu’il n’est pas Corse. – Pourquoi ? – C’est que le nom de Fieschi ne me paraît pas un nom corse. – Cela ne fait rien ; s’il descend de la famille Fieschi, il ne reniera pas son origine ; la famille Fieschi de Gênes est une famille illustre.

»Plus tard, je vis Fieschi chez un de mes compatriotes. Il vint à moi, et me dit : “Eh bien, de M. Lennox qu’en faites-vous ? Il m’a renvoyé de son administration comme si j’avais été un de ceux qui l’entouraient, le grugeaient, le ruinaient. Il m’a renvoyé, moi, Fieschi, le plus dévoué de tous. Il m’a traité comme les autres, comme les agents de police... Je lui garde rancune, et il me le paiera. Fieschi ne devait pas être traité comme il m’a traité.” Je l’engageai beaucoup à se modérer, et je lui demandai ce qu’il faisait. Il se calma, et me dit : “Je fabrique de la toile ; je ne demandais pas mieux que de m’occuper, que d’employer mon activité, mon intelligence.” Je l’engageai à persister, et il ajouta : “Il y a ici un de mes compatriotes, M. Palazzi, qui a un procès d’une quarantaine de mille francs. S’il le gagne, nous irons en Corse, nous monterons un métier de draps. C’est tout ce que je demande d’employer mon activité et mon énergie.” Plus tard je vis M. Palazzi : “Vous avez, lui dis-je, l’intention de mener Fieschi en Corse pour monter un métier de draps ? Il me répondit affirmativement : Quelques personnes m’avaient parlé de ses affaires en Corse ; je dis à M. Palazzi : Mais savez-vous ce qui lui est arrivé en Corse ? – Je sais tout, reprit-il ; mais je sais en même temps que Fieschi est un homme dont on peut tirer le plus grand parti. Il a de l’intelligence, de l’activité. Il désire l’employer, il ne m’en faut pas davantage. Au surplus, je connais toute cette affaire. Ç’a a été pour lui un immense malheur. Il a eu un courage de lion. Je suis convaincu qu’il est victime d’un autre ; on lui aura dit : Faites cela ; il l’aura fait sans s’inquiéter des résultats. Faut-il donc abandonner un homme pour un malheur, une faute, un délit, un crime même ? Je ne le pense pas ; et si j’établis ma fabrique, je suis sûr de ne pas trouver un homme plus dévoué, plus digne de confiance que Fieschi.”

»Plus tard, je vis M. Lennox, et je lui parlai des plaintes que m’avait faites Fieschi. Il me dit : “A ma place qu’auriez-vous fait ? Fieschi était dans mon administration, il n’avait pas d’autre emploi que de porter mon journal (la Révolution). C’était pour lui donner du pain que je l’avais reçu. Comme il le dit lui-même, j’étais entouré d’une foule de personnes qui cherchaient à me ruiner. Une de ces personnes était un certain M. Figat qui m’a fait le plus grand tort. Fieschi était l’ami de Figat. Ce Figat quel était-il ? C’était un agent provocateur, il tenait dans le bureau d’infâmes propos. Il disait hautement qu’il fallait se débarrasser de Louis-Philippe, qu’il avait pour cela une machine qu’on pourrait braquer sur une fenêtre, que c’était un orgue avec lequel on ferait danser Louis-Philippe. Il parlait encore de balles chargées de poudre fulminante que l’on jetterait, et qui éclateraient sous les pieds du roi ; il disait encore que l’on pouvait former une compagnie de sang pur, et donner le premier numéro à Fieschi.”

»M. Lennox continua : Ce Figat a changé de nom, c’est un piémontais, il s’appelle, je crois, Escofieri. J’ai acquis la certitude que cet homme était venu chez moi pour me faire le plus grand tort. Un jour on m’a rapporté qu’il avait tenu dans les bureaux les propos les plus indignes, les plus infâmes. Je le fis venir, et je lui dis : De deux choses l’une, ou vous êtes un homme attaché à la police, ou vous êtes un fou. Vous n’êtes pas fou : donc vous êtes attaché à la police. Je ne puis plus vous garder. M. Lennox ajouta que jusqu’alors il n’avait pas eu la certitude que Figat était attaché à la police, mais qu’il en avait acquis la certitude parce qu’un sieur Delendre, agent légitimiste, était venu un jour l’avertir qu’il serait arrêté le lendemain à midi ; qu’il ne trouva que Figat auquel il fit cette confidence, et qui se garda bien de l’en avertir, lui Lennox. Je ne crois pas, continua ce dernier, que Fieschi ait jamais eu connaissance de cela, et je suis fâché de l’avoir renvoyé. Il y avait encore là un nommé Chauvin que je ne mets pas plus que Fieschi sur la même ligne que Figat.

»Je fis un voyage en Angleterre, et, à mon retour, passant dans les Champs-Elysées, je rencontrai Fieschi. Je lui demandai ce qu’il faisait : il me dit qu’il faisait toujours la même chose ; que le projet de M. Palazzi ne s’était pas réalisé parce qu’il n’avait pas gagné sa cause. Je l’engageai à avoir du courage, et à attendre tout du temps ; et nous nous séparâmes. A mon retour d’un autre voyage que je fis en Angleterre, je m’occupai de Fieschi. J’avais voulu le recommander à quelque fabricant de Manchester ; mais il ne savait pas assez la langue française. A mon retour, je ne le revis plus. Si Fieschi avait eu plus de confiance en ses compatriotes, surtout dans son défenseur, s’il s’était ouvert à nous, il ne se trouverait pas aujourd’hui dans l’affreuse position où il se trouve, cet homme aurait pu faire parler de lui autrement que par un attentat aussi horrible. » Fieschi dit : « J’ai vu pour la dernière fois M. Lennox à la fin de 1830 ou au commencement de 1831, rue Pigalle dans la maison de santé où il était détenu. C’était quelque temps avant que son journal ne cessât de paraître. » Nous empruntons au Dictionnaire de la conversation et de la lecture la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Lennox (N. comte de). Né à Paris, vers 1793, n’avait rien de commun avec l’illustre famille écossaise de ce nom, et n’était autre, dit-on, que le fils naturel d’une certaine marquise de Folleville, qui eut le malheur de beaucoup trop faire parler d’elle à la fin du siècle dernier. A son entrée dans le monde, Lennox se donna un nom et un titre, que relevaient encore une éducation distinguée, un ton parfait, des manières élégantes et une fort belle fortune, que personne dès lors ne pouvait être tenté de lui contester, de même que personne ne pouvait avoir intérêt à en vérifier l’authenticité. Admis de bonne heure dans les rangs de l’armée, il était au moment où éclata la révolution de 1830 capitaine instructeur à l’Ecole de cavalerie de Saumur, qui garda longtemps le souvenir de ses brillants carrousels, et de ses fêtes, plus brillantes encore. De légitimiste zélé, Lennox devint alors subitement orléaniste ardent, et aspira en conséquence aux honneurs de la cour. Mais, au lieu de l’admettre au nombre de ses officiers d’ordonnance, le roi des barricades se contenta de le faire passer chef d’escadron dans un régiment de lanciers. Déçu dans ses espérances et surtout blessé dans sa vanité Lennox se jeta tête baissée dans les conspirations et les complots anti-dynastiques, et ne tarda pas en conséquence à être mis en disponibilité. Actionnaire de La Révolution de 1830, journal du soir qui comptait bien plus d’actionnaires que d’abonnés et défendait, sous la direction de M. James Fazy, de Genève, les idées républicaines, il en devint bientôt l’unique propriétaire, et en fit alors l’organe du parti impérialiste, car d’évolution en évolution le commandant Lennox en était arrivé à l’idée bonapartiste. Le duc de Reichstadt vivait encore ; il était donc tout naturel que les aventuriers de la politique cherchassent à exploiter les regrets sympathiques demeurés au fond de bien des cœurs pour le fils de l’Homme, prisonnier des Autrichiens comme son père l’avait été des Anglais. Il faut dire toutefois que les menées de Lennox dans l’intérêt de ses nouvelles convictions n’eurent jamais rien de bien dangereux aux yeux de la police de Louis-Philippe, car elle avait eu la précaution d’aposter auprès de lui, à titre d’homme de confiance, un de ses agents secrets, autorisé pour la circonstance à porter le ruban rouge, afin de mieux ressembler à un ancien militaire de l’Empire. Ajoutons que cet homme ne vendait pas seulement son patron à la police, mais qu’il le volait encore de la manière la plus indigne en se faisant remettre par lui chaque soir des sommes plus ou moins considérables, destinées, disait-il, à salarier les individus qu’il chargeait de chauffer le public en mêlant des cris de Vive l’empereur ! aux acclamations et aux trépignements des titis des différents théâtres du boulevard, quand ils entendaient les patriotiques refrains des vaudevilles d’alors, où les aigles et les lauriers de l’Empire jouaient un grand rôle. On comprend que les procès et les condamnations durent pleuvoir dru comme grêle sur La Révolution de 1830 et son gérant responsable. Lennox lui-même fut à plusieurs reprises arrêté et mis en prévention. A ce train-là sa fortune, déjà fortement ébréchée par les carrousels et les fêtes de Saumur, n’avait pas tardé à s’engloutir tout entière. Il expédia donc vers la fin de 1831 aux États-Unis un agent confidentiel chargé de solliciter des secours de Joseph Bonaparte, qui, n’ayant point à ce moment d’argent disponible mais comprenant la nécessité de faire à temps utile un sacrifice pour la cause de son neveu, remit au négociateur un certain nombre de tableaux de prix, avec mission de les vendre à Londres au profit de La Révolution de 1830. Arrivé à Londres avant que Lennox eût été instruit de ce qui se passait, cet agent réalisa sans bruit le plus de tableaux qu’il put, et se garda bien d’en adresser le montant au destinataire. Heureusement pour Lennox, il reçut enfin des avis de New-York, qui le mirent à même de sauver encore une bonne partie de la galerie, dont la vente lui procura une somme assez considérable. Alors, une fois nanti de ce qu’il ne considérait sans doute que comme un simple remboursement de ses avances, notre conspirateur dit adieu à la cause impériale, et ferma purement et simplement la boutique de La Révolution de 1830 car il en est de la politique comme du jeu, où tel qui commence par être dupe finit par être fripon. Lennox s’occupa ensuite avec ardeur de la direction des ballons, et dépensa beaucoup d’argent à la recherche d’une solution de ce problème. Sa mort subite, arrivée au commencement de 1834, donna lieu à de sourdes rumeurs d’empoisonnement. Une Phryné de trottoir, avec laquelle il vivait maritalement dans les derniers temps, et un réfugié italien, amant de cette créature, furent accusés d’avoir commis le crime, qui aurait eu pour but de s’emparer du peu d’argent qui restait encore à la victime. Ces bruits prirent tant de consistance que la justice crut devoir intervenir mais l’exhumation et l’autopsie qu’elle ordonna n’amenèrent aucune découverte qui fût de nature à les confirmer. » Nous empruntons à la Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, la notice biographique qui lui est consacrée, ainsi rédigée et qui donne des informations contradictoires : « Lennox (N. comte), aéronaute français, né à Philadelphie, en 1795, mort à Paris, en 1836. Sa famille était originaire d’Ecosse. Il vint très jeune en France, où il fit ses études. En 1813, le comte de Montlosier l’emmena avec lui dans un voyage en Italie, et lui servit de guide. Le comte Lennox entra dans les gardes d’honneur de Napoléon. Après les désastres de 1815, il devint aide-de-camp du général Damas, puis entra comme instructeur à l’Ecole militaire de Saint-Cyr ; de là il passa comme capitaine instructeur à l’Ecole de cavalerie de Saumur. Il se trouvait à Paris en juillet 1830, et se mêla aux insurgés. Peu de jours après, il accompagnait le lieutenant général du royaume à l’hôtel de ville. Le général Gérard le chargea de la formation d’un régiment de lanciers, et lui donna le grade de chef d’escadron. S’étant mis à la tête d’une association nationale de l’armée, Lennox encourut la disgrâce du gouvernement, et dut donner sa démission. Actionnaire du journal La Révolution de 1830, il s’en rendit bientôt propriétaire, et lui donna un couleur bonapartiste prononcée ; ce journal succomba bientôt sous le poids des saisies et des amendes. A chaque crise Lennox était arrêté et emprisonné. Lors de l’insurrection de Pologne, il voulut former un régiment à ses frais ; mais le gouvernement l’en empêcha. Il acheva de se ruiner en venant en aide aux proscrits et aux prisonniers politiques. Ses idées se tournèrent alors vers la navigation aérienne. Il fit construire un énorme ballon, à qui il donna le nom de L’Aigle, et qui avait dix mètres de long sur onze de large ; la nacelle avait vingt-deux mètres de long ; l’enveloppe de ce ballon était d’une toile imperméable capable de contenir, disait-on, le gaz pendant plus de quinze jours. Il y avait un gouvernail en avant et un en arrière de la nacelle, et de chaque côté des roues en toile construites à l’imitation des roues des bateaux à vapeur. Chaque gouvernail et chaque roue devait frapper l’air tantôt d’une manière permanente aux dépens de la vitesse, tantôt dans le but de l’accélérer; les roues étaient disposées de manière à aller successivement ou simultanément en sens contraire. Pour faire monter ou descendre l’aérostat, Lennox avait eu l’idée d’introduire dans son ballon un sac imité de la vessie natatoire des poissons qu’on pouvait remplir d’air plus ou moins comprimé, et qui devait ajouter jusqu’à quinze kilogrammes au poids du navire aérien. Lennox et ses associés pensaient se servir en l’air des courants atmosphériques, louvoyer, monter, descendre dans les différentes couches, et réussir ainsi à aller où ils voudraient. La première ascension de L’Aigle devait emporter Lennox, Orsi, Guibert, Ajasson de Grandsagne, Laurent, Edan, Mmes Lennox et Edan ; l’aérostat ne put s’enlever, et il fut mis en pièce par la foule. » Dans son ouvrage sur la prise d’Alger, Pierre Péan écrit que « le nom de code de la conspiration carliste à Marseille en 1832 est Affaire Lennox ». Almanach royal pour l’an 1826 présenté à Sa Majesté, Paris, chez Guyot et Scribe, 1826, p. 599 ; Annuaire de l’état militaire de France pour l’année 1827, chez Levrault, Paris, 1827, p. 659 (sous le nom de Lennox, C. D.) ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Dales, Antoine, idem in dossier Collombet, Pierre, François ; Archives nationales F/1cI/33 ; Archives nationales CC 672 D3 p. 1 ; Archives nationales CC 673 D 1 p. 125 déposition Kresz et D 2 p. 29 ; Archives nationales CC 689 D 5 ; Attentat du 28 juillet 1835, Cour des pairs, volume 1, Paris, 1836, p. 165. Procès de Fieschi et de ses complices, chez A. E. Bourdin, Paris, 1836, tome 3, page 157 ; Dictionnaire de la conversation et de la lecture, seconde édition, tome douzième, Paris, 1856, p. 238-239 ; Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, Firmin Didot, tome trentième, Paris, 1859, p. 666-667 ; Main basse sur Alger, Péan, Plon, Paris, 2004. On peut voir sur internet un croquis d’un ballon dirigeable l’Aigle, construit en 1834 par Lennox.

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