Lentrain, Jean-François

Biographie


Né le 16 décembre 1787 (mais le 16 décembre 1786 in Archives de la préfecture de police AA 397, deux fois dont une dans une lettre qu’il signe) à Bretteville-sur-Laize (Calvados). Ancien sous-officier de l’Empire. Commis marchand ou employé in Archives nationales F/1dIII/38 A. La chronique de l’époque relatait ainsi sa participation aux combats de Juillet : « Les habitants de la rue du Vertbois ont signalé la conduite intrépide d’un ex-gendarme à pied, qui, ayant revêtu un uniforme national dans la journée du 28, a combattu pendant six heures auprès de la porte Saint-Martin, et a fait tomber onze gardes royaux. De là, il s’est porté rue de Richelieu et aux Tuileries, où il a encore combattu avec la même vigueur. Lorsqu’on lui offrit du vin et de l’eau-de-vie, il refusa en disant : “Le vrai Français se bat à jeun, il en a plus de calme et de sang-froid.” Ce brave n’est rentré à la maison que lorsque tout a été terminé, n’ayant reçu qu’une légère blessure. » Il reçut (sous le nom de Lentrain, Jean-François) un secours de cent vingt-cinq francs, le 11 octobre 1830, un autre, définitif, de cinquante francs, le 3 novembre 1830, auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Il sollicita un emploi de sergent de ville mais est indiqué comme ne peut pas convenir sur l’état de candidats présentés par la Commission des récompenses nationales pour l’emploi de sergent de ville tenu par la préfecture de police. Admis pendant la séance du 19 avril 1831 de la Commission des récompenses nationales sur les listes des décorés de la Croix de Juillet auprès du (ancien) IIe arrondissement, il fut oublié sur les listes définitives. Dans une lettre adressée par la Commission des réclamations de Juillet, présidée par Benard de Courtigis (voir ce nom) et établie 10, rue Neuve-Bourg-Labbé, au ministre de l’Intérieur et président du Conseil, son cas était cité en exemple comme quelqu’un dont les droits avaient été méconnus, précisant ainsi sa participation aux combats et les preuves qui avaient été fournies : « Lentrain, Jean-François. Ancien militaire. Certificat signé de quatorze habitants de la rue du Vertbois et attestant que le 28 juillet le sieur Lentrain est le premier dans le quartier qui soit sorti en habit de garde national après avoir formé plusieurs postes, il se dirigea vers le boulevard Saint-Martin, où il se battit contre les cuirassiers qu’ils forcèrent à la retraite et les poursuivit jusqu’au boulevard du Temple. Peu de temps après, il revint à la porte Saint-Martin, où il tua onze gardes royaux. Il a combattu, le lendemain, rue Richelieu, au Louvre, où il reçut une légère blessure à la tête (voir le Constitutionnel du 2 août). Lettre de M. Guinard, membre de la Commission des récompenses nationales, ainsi conçue : “Ayant vérifié que l’intention du jury du (ancien) VIe arrondissement était de vous présenter à la Commission des récompenses pour la décoration spéciale, j’ai fait une proposition particulière à cette Commission qui vous a adopté afin que soit demandé au ministre de l’Intérieur que votre nom soit publié incessamment dans les journaux. » Une apostille de la Commission des récompenses nationales, en marge de la lettre de la Commission des réclamations, faisait l’observation suivante : « Aucune trace. » Le 10 octobre 1832, il revenait de Valence (Drôme), où il était allé pour affaires de famille, et demandait qu’on n’oubliât pas de faire le rectificatif de l’erreur qui avait été commise à son encontre. Le ministre lui répondit que la rectification de l’erreur était désormais impossible. Il fut cependant compris dans l’ordonnance royale du 17 juillet 1832, qui le rétablissait dans ses droits. En novembre 1833, le ministère de l’Intérieur faisait parvenir ses croix et brevet au préfet de la Seine, afin que ce dernier les lui remît. En 1833, une lettre du préfet de la Seine indiquait qu’il n’habitait plus la rue du Vert-Bois et qu’on ne pouvait pas lui remettre sa décoration et son brevet, qu’il avait plusieurs fois changé de domicile, sans qu’on sache où il était allé demeurer, qu’il avait laissé des dettes dans son quartier et que les renseignements recueillis sur son compte étaient très défavorables. En 1835, disant avoir été décoré de Juillet par ordonnance royale du 17 juillet 1832, sous le numéro 38, il réclama, le brevet et sa croix, assurant ne pas comprendre pourquoi il ne les avait jamais reçus lui, expliquait-il, « qui a été toujours tranquille et ne me suis compromis en rien ». Le ministère de l’Intérieur fit parvenir au préfet de la Seine le brevet et la croix spéciale, recommandant au préfet de bien veiller à ce que le décoré fît le serment de fidélité au roi, prescrit par l’article 4 de l’ordonnance royale du 30 avril 1831. En 1848, il était commis de banque. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Il adressa la lettre suivante à cette Commission (dans un français très incertain, que nous essayons de rétablir pour faciliter la compréhension), et qui laisse des détails supplémentaires sur sa participation aux combats de Juillet : « […] Le 28 juillet parut le premier à la mairie et fit sonner le tocsin, fut assister à faire la première barricade cour Batave et en revint prendre des armes chez Lepage frères rue Bourg-Labbé, fit mordre la poussière à treize gardes royaux (voir le Constitutionnel du 7 août 1830), blessé au coin de la rue du Vert-Bois quand on tirait à mitraille et qu’il ne quitta pas le feu quoique son sang coulait, les habitants de la rue du Vert-Bois peuvent encore en donner des preuves au besoin. Le sieur Plougoulm (voir ce nom), avocat, nous a gardé tous nos papiers, ce qui lui a valu la place de procureur […]. » Il continuait sa lettre en expliquant qu’il avait participé à la barricade de la rue Saint-Merri, les 5 et 6 juin 1832, tiré cent vingt-cinq coups de fusils, des cartouches que le sieur Defossé, sergent-major au 62e régiment d’infanterie de ligne lui avait données, qu’il avait été dénoncé par un employé de la police, et obligé de quitter Paris en toute hâte, après avoir vendu son mobilier et qu’il s’en était suivi pour lui la plus profonde des misères. Il expliquait enfin qu’il avait participé à la dernière révolution avec le capitaine Barrau. Il sollicitait une place d’inspecteur dans la salubrité publique ou dans les marchés. Il était porteur du certificat suivant : « Je, soussigné, certifie que le nommé Lantrain, ancien sous-officier, chevalier de la Légion d’honneur (son nom n’est pas dans la base leonore de la Légion d’honneur) et de la Croix de Juillet, demeurant à Paris, rue du Chemin-de-Ronde n° 9, a fait partie de la compagnie des volontaires parisiens que j’ai organisés dans la rue Vendôme (ancien) VIe arrondissement, le 24 février 1848. Il a fait preuve de courage et de dévouement et m’a aidé pour maintenir le bon ordre. Il a assisté à la prise du château des Tuileries et a fait les fonctions de sous-lieutenant. Ce brave citoyen mérite, pour son dévouement patriotique, d’être cité d’une manière spéciale au gouvernement de la république. Le présent certificat a été par moi délivré audit citoyen Landrin (sic) comme témoignage de ma satisfaction personnelle pour lui servir au besoin. » Signé, le 26 février 1848 : Barrau (voir Barrau, Jean-Pierre), ancien officier d’infanterie, en non-activité, capitaine des volontaires parisiens, demeurant dans le (ancien) VIIIe arrondissement. Il fut recommandé par la Commission pour une mention honorable à paraître dans le Moniteur. Il reçut une allocation de quarante francs en 1849, un secours de soixante francs en 1851 et en 1852, à titre de décoré de la Croix de Juillet. Il était marié et père de trois enfants en 1848. Lentrain demeurait 39, rue du Vert-Bois en 1830-1832 ; 10, rue Bichat en 1832 ; 243, rue du Faubourg-Saint-Martin en 1835 ; 9, rue du Chemin-de-Ronde de la barrière Ménilmontant en 1848 ; 92 bis, rue de Charonne en 1849 ; 7, impasse Ronse à Belleville en 1851-1852. Voir Bellatour. Le Constitutionnel, 2 août 1830 ; Le Réveil du lion ou Paris dans les immortelles journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; précis des événements, heure par heure… suivi d’un chant triomphal… par un patriote de 89, Paris, Lerosey, 1830, p. 216-217 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 77-78 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 296, 356 ; Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, cinquième édition, Paris, Audot libraire, 1830, p. 157 ; La Quinzaine mémorable. Evénements arrivés à Paris du 26 juillet au 9 août 1830, avec la nouvelle charte constitutionnelle adoptée le 7 août ; ouvrage dans lequel on trouvera de nombreux faits avérés mais peu connus, Simon Blocquel, Paris, Delarue, s.d., p. 75-76 ; Les Enfans de Paris ou les Petits Patriotes, scènes de courage, de présence d’esprit, de magnanimité, de grandeur d’âme et de désintéressement de la jeunesse parisienne pendant les journées des 27, 28, 29 juillet 1830, A. de Saintes, chez Nepveu libraire, et Eymery, Fruger et Cie, libraires, Paris, 1831, p. 68 ; Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances n° 26, 2e section, ordonnance n° 1137 du 17 juillet 1832, p. 2, ordonnance du roi qui décerne la Croix de Juillet à quarante-deux citoyens et la médaille de Juillet à cinquante-huit citoyens ; Archives de Paris VD6 356 n° 5, (ancien) VIe arrondissement, Commission des récompenses nationales, compte général des recettes et dépenses depuis le 7 octobre 1830 jusqu’au 31 octobre 1831 ; Archives de Paris VD6 356 n° 5, (ancien) VIe arrondissement, Commission des récompenses nationales, compte général des recettes et dépenses depuis le 7 octobre 1830 jusqu’au 31 octobre 1831 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, V-VI Renseignements sur diverses victimes des 27, 28 et 29 juillet 1830, tuées ou blessées, V Compte général des dépenses de la Commission des récompenses nationales du 7 octobre 1830 au 31 octobre 1831 (secours accordés par la Commission des récompenses nationales aux blessés qui n’ont été classés dans aucune catégorie, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831) ; Archives nationales F/1dIII/33 nominations à des emplois civils (1831) et état de candidats présentés par la Commission des récompenses nationales pour l’emploi de sergent de ville ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état de cinq citoyens admis à la décoration de Juillet ainsi qu’il est constaté par les procès-verbaux des séances et omis par erreur de copiste sur les états transmis au ministère (sous le nom de Lantrain, Jean-François) ; Archives nationales F/1dIII/39 correspondance entre le ministre de l’Intérieur et le préfet de la Seine ; Archives nationales F/1dIII/43 in dossier Beaumont (sous le nom de Lantrain, Jean-François) ; Archives nationales F/1dIII/61 (où il signe du nom de Lantrain), idem par erreur sous le nom de Lantraz ; Archives nationales F/1dIII/63 ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-Inférieure ; Archives nationales F/1dIII/82 Commission des réclamations de Juillet, extrait de quelques dossiers pris sur le travail général de la Commission des réclamations. Attendre de voir s’il y a quelque chose à la préfecture de police dans la série AA pour reporter les noms cités ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Avis du prochain ordonnancement d’une somme de 10.545 francs pour être répartie entre 210 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, ladite somme imputable sur le budget du ministère de l’Intérieur, exercice 1849, minute 43 et minute 46, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 73, idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199, idem Proposition d’accorder à 139 décorés, veuves et blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à 7.125 francs imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 238-242, en date du 23 septembre 1852.

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