Léonard, Anne, Jeanne, épouse Rochet
Biographie
Né vers 1776 à Paris. Brodeuse. Les circonstances de son décès furent ainsi relatées : « Le 28 juillet dernier, sur les midi, un des premiers coups de canon tiré du pont Notre-Dame dans la direction du port au blé, une majeure partie de la charge de mitraille a pénétré dans les croisées de la maison qu’ils habitent, […] Anne, Jeanne, Léonard, épouse du sieur Rochet, étant dans sa chambre au 5e étage, fut atteinte d’un biscayen à l’épaule droite. » Resté chez son mari pendant trois jours, elle fut finalement portée à l’Hôtel-Dieu. Quoique le docteur Dupuytren, en date du 15 août, certifia qu’elle n’était atteinte que « d’une plaie non pénétrante de la poitrine occasionnée par une balle, que cette plaie n’a été suivie que d’accidents inflammatoires locaux et qu’elle est maintenant en voie de guérison », Léonard devait décéder le 24 août suivant. Louis-Philippe lui avait rendu visite à l’Hôtel-Dieu et avait eu « la bonté de lui promettre d’avoir soin de ses enfants restés en bas âge ». Elle fut enterrée au cimetière du Père-Lachaise ; on trouve dans son dossier une facture de seize francs : huit francs pour un treillage de la tombe ; six francs pour une croix en bois ; deux francs pour des menus frais d’église. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IXe arrondissement. Elle avait reçu un secours provisoire de vingt francs et son mari un autre de cinquante francs le 28 août. Le 12 février 1831, devant le juge de paix du (ancien) IXe arrondissement, comparurent : Fabien, Louis, Charles, demeurant 155, rue de la Mortellerie ; Bouché, Charles, Claude, peintre, demeurant 155, rue de la Mortellerie, au 5e étage ; Gosselin, Pierre, Isidore, chapelier, demeurant 155, rue de la Mortellerie, au 3e étage. Ils attestèrent « que le 28 juillet dernier, sur les midi et du premier coup de canon tiré du pont Notre-Dame dans la direction du port au blé, une majeure partie de sa charge à mitraille a pénétré dans les croisées de la maison qu’ils habitent ; qu’Anne, Jeanne Léonard, épouse du sieur Rochet, étant sa chambre au 5e étage, fut atteinte d’un biscayen à l’épaule droite ; qu’en ayant été instruits ils se sont empressés de lui porter tous les secours qui dépendaient d’eux ; qu’ils savent qu’elle est restée malade chez son mari pendant trois jours ; qu’ils savent qu’elle a été portée à l’Hôtel-Dieu ; que l’épouse de l’un d’eux, le sieur Bouché, est allée l’y voir plusieurs fois et qu’elle y est décédée le 24 août dernier ». Elle laissait un veuf, Rochet, Pierre, Joseph, né le 23 août 1787 à Givet (Ardennes), ancien caporal au 1er régiment d’infanterie de la garde impériale, devenu employé d’octroi aux barrières, et trois enfants, dont deux au-dessous de l’âge de dix-huit ans : Jean-Baptiste, Michel, né le 25 septembre 1816 à Paris, apprenti menuisier, et Marie, Eulalie, née le 24 mai 1820 à Paris ; sans doute un autre enfant était décédé, Louis, Marie, né le 27 mai 1827 ; une autre fille était née vers 1810 et n’était plus à la charge de ses parents. Le conseil de famille des orphelins était composé du père et de Pluyette, Marie, Barnabé, cocher, subrogé-tuteur, oncle maternel des enfants, demeurant 11, rue Saint-Florentin en 1831. Le père se trouvant, par son métier, absent un jour et une nuit tous les deux jours, et sa fille de dix ans demeurant pendant ce temps « sans les secours et les soins qu’exige son âge », il sollicita pour elle une place dans une pension. Les deux enfants furent pensionnés et il leur fut accordée par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes (la fille, sous les prénoms de Marie-Antoinette sur les listes de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830). En 1832, Jean-Baptiste, Michel, était depuis le 17 septembre 1828, placé en apprentissage chez Pinot, menuisier, 12, rue Saint-Antoine ; son bulletin individuel de surveillance rapportait sur son compte en 1832, qu’il avait été atteint par l’épidémie de choléra, était maintenant parfaitement rétabli, et ajoutait : « Toujours à peu près même insouciance, cependant son maître en est un peu plus satisfait ce mois-ci. Rien encore d’obtenu, malgré mes pressantes observations auprès de M. Jacquier au sujet de l’absolue nécessité de lui donner un maître pour l’instruire dans la lecture, l’écriture et le dessin linéaire. Il serait temps cependant qu’on s’occupât de lui donner les moyens d’acquérir un peu d’instruction. » Le 5 juin 1832, le Service de sous-surveillance des orphelins et orphelines de Juillet adressait un rapport au maître des requêtes chargé de la surveillance des orphelins et orphelines de Juillet, qui contenait les indications suivantes concernant Jean-Baptiste, Michel : « […] Le bulletin du nommé Rochet […] est aussi peu satisfaisant ce mois-ci que le mois dernier ; j’espérais cependant mieux d’après les conseils que je lui avais donnés. Le sieur Pinot, menuisier, son maître d’apprentissage, ne sait quels moyens employer pour réveiller un peu cet enfant, dont l’empathie et l’insouciance sont extrêmes. Ce jeune homme va quatre fois la semaine, le soir à l’école gratuite d’enseignement mutuel ; il n’y fait aucun progrès, ce qui me paraît être un peu la faute de la mauvaise tenue de cet établissement car on le renvoie la plupart du temps sans avoir pris de leçons. J’ai cru pouvoir prendre sur moi d’engager le sieur Pinot à s’entendre avec M. Jacquiers afin de faire donner au jeune Rochet des leçons particulières dans une classe le soir où quand même on devrait payer cinq ou six francs par mois ; il apprendrait ou du moins il serait à même d’apprendre l’écriture, la lecture, le calcul et un peu de dessin linéaire, étude indispensable à son état de menuisier. » La même année, la Commission de surveillance spéciale des orphelins et orphelines de Juillet le jugeait peu apte à son nouvel état de menuisier en bâtiment, qu’il ne savait pas encore tout à fait, qu’il avait besoin de « courir les ateliers », qu’il savait assez bien lire et commençait à écrire mais qu’il était « sournois et peu intelligent » ; elle concluait ainsi : « Ce jeune homme est sorti de chez son maître d’apprentissage. Il y travaillera cependant, tant qu’il y aura de l’ouvrage pour l’occuper. Il paraît qu’il sait peu son état et que son caractère n’a pas peu contribué à faire cesser par M. Pinot les soins qu’il prenait de ce jeune homme, qui paraît assez difficile à vivre. » Marie, Eulalie reçut trois cents francs pour ses frais de trousseau en 1832 et fut placée, pour un prix annuel de quatre cent cinquante francs, dans la pension de Mme Ribes, 19, rue des Prêtres-Saint-Paul. Marie, Eulalie mourut le 22 mars 1833, d’une phtisie pulmonaire au 3e degré ; les docteurs Durocher, demeurant 42, rue de la Vannerie, et Moysen, demeurant 32, rue de la Petite-Truanderie, lui ayant procuré des soins, faisaient remonter cette maladie à plus de six mois. En 1833, Jean-Baptiste, Michel était sorti d’apprentissage et travaillait comme compagnon chez Huchon, 6, place Saint-Etienne-du-Mont. Le 24 juillet 1840, les restes de Léonard, Anne, Jeanne (sous le nom de Léonard, Charles femme Rochette in Archives de la préfecture de police AA 420) furent (curieusement !!) exhumés du terrain situé au cimetière du Père-Lachaise, où ils avaient été placés, puis renfermés avec ceux de quatre-vingt-sept autres victimes dans quatre sarcophages, afin d’être transférés dans le caveau prévu à cet effet sous la colonne de Juillet, construite place de la Bastille, pour honorer la mémoire de tous ceux qui moururent en combattant pour les libertés publiques. Léonard, Anne, Jeanne demeurait 155, rue de la Mortellerie au 5e étage et dont la croisée de la chambre donnait sur le port, ou 155, place de Grève ; son veuf, toujours 155, rue de la Mortellerie en 1831-1832. Histoire de ce qui s’est passé dans cet hôpital pendant et après les trois grandes journées, suivie des détails sur le nombre, la gravité des blessures et les circonstances qui les ont rendues fatales, Prosper Ménière, docteur en médecine de la faculté de Paris, ancien chirurgien interne des hôpitaux et hospices civils de la même ville, Heideloff et Canel, Paris, 1830, p. 315 ; Liste n° 5, des orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des orphelins auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IXe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 106 ; Archives de Paris VD 4 13 pièce 3671, Etat, par arrondissement et par âge, des orphelins et orphelines de Juillet, Etat général des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins et orphelines de Juillet (on trouve le même document dans Archives de Paris VK3 23) ; Ministère du Commerce et des Travaux publics, Rapport au roi sur l’exécution de la loi du 13 décembre 1830, relative aux récompenses nationales, et de l’ordonnance du roi du 25 août 1831, concernant les orphelins et orphelines de Juillet à la charge de l’Etat, (qu’on peut trouver par exemple dans Archives de Paris VD6 92), p. 36-39 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées depuis le 10 mars jusques et y compris le 31 mai 1831 aux veuves du (ancien) IXe arrondissement de Paris (la mention suivante est inscrite en apostille : Les secours qu’il a reçus doivent être portés sur le compte des orphelins) et état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IXe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées à la mairie du (ancien) IXe arrondissement jusqu’au 15 mars 1831, aux blessés, non blessés, veuves, orphelins, ascendants et sous-lieutenants, par suite des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, orphelins du (ancien) IXe arrondissement et orphelines du (ancien) IXe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/40 (année 1833, IXe arrondissement, orphelins et orphelines de Juillet, tableau n° 1 indiquant leur âge, la profession à laquelle ils se destinent, l’établissement public ou privé dans lequel ils sont placés) ; Archives nationales F/1dIII/43 in dossier Beguin ; Archives nationales F/1dIII/72 in dossier Pottier, P. ; Archives nationales F/1dIII/74 ; Archives nationales F/1dIII/82, Comité des pensions, liste de présence, liste des orphelins et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IXe arrondissement, orphelins ; Archives nationales F/15/2553 orphelins de Juillet, (ancien) IXe arrondissement ; Archives nationales F/15/2556 in Sous-surveillant pièces relatives et rapport en date du 5 juin 1832 ; Archives nationales F/15/2557-2559 dossier (ancien) IXe arrondissement et aussi un état officiel des orphelins (ancien IXe arrondissement) et aussi même référence, un cahier intitulé Noms des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins pensionnés ; Archives de la préfecture de police AA 420.