Leonel de Mouchet de Battefort, comte de Laubespin
Biographie
Né le 6 septembre 1810 à Paris. Elève de l’Ecole polytechnique, il était le petit-fils de Lafayette. Il adressa à la Commission des récompenses nationales le récit suivant de sa participation à la révolution de Juillet : « J’eusse désiré n’être pas obligé de rendre de mes actions un compte qui semble demander une récompense ; mais puisqu’en gardant le silence je pourrais me classer dans la faible minorité qui a vu avec peine la révolution de Juillet, je me décide à le rompre. J’eusse bien préféré m’en tenir à la réponse que j’ai faite il y a six mois à M. Guizot. Le 27 au soir, je pris part à l’enthousiasme de mes camarades qui voulaient sortir dans Paris. Nous envoyâmes quatre d’entre nous aux nouvelles. Ils ne rentrèrent pas. Notre anxiété était grande. Mes camarades, pour en sortir, envoyèrent quatre autres élèves aux nouvelles. Je fus un des quatre députés. A 3 heures du matin, j’allais avec Fabre chez Odillon-Barrot, chez M. Labbey de Pompières et chez le général Lafayette. Nous leur offrîmes les services de l’Ecole. Après avoir reçu leurs conseils et le peu de renseignements qu’ils possédaient alors, je rentrai à 6 heures du matin. D’après l’avis de ces messieurs, nous restâmes à l’Ecole mais les événements marchaient plus vite qu’ils ne pouvaient l’imaginer. On vint nous chercher vers les 10 heures. Je gagnai, par le pont d’Austerlitz et tous les boulevards, où l’on disait se battre alors, la maison de mes parents, qui se trouve dans la même rue que celle du général Lafayette. Je m’y trouvai armé et ce ne fut que le jeudi matin que je sortis. Je me dirigeai du côté où l’on prétendait que les troupes résistaient encore. Je les vis successivement se retirer de la rue Caumartin et du boulevard de la Madeleine et je n’arrivai au Louvre qu’au moment où on y entrait. Je demandai à quelques-uns de mes camarades, entre autres Pouzols (voir Pouzolz, Antoine, Prosper), ce que j’avais à faire ; il me dit qu’avant tout il fallait prendre mon uniforme. Je l’endossai puis, ne sachant où diriger mes pas, j’allai à l’Hôtel de ville. Le général Lafayette venait d’y arriver, il me prit pour aide de camp (s’adresser pour renseignements au général Carbonnel) et j’en remplis les fonctions tant en signant qu’en allant porter ses ordres. Le lendemain 30, le général m’ordonna d’armer et de conduire aux Tuileries l’Ecole centrale et l’Ecole de commerce ; il n’y avait plus besoin de combattants. Le 31, j’allai à Vincennes (s’adresser pour renseignements à l’adjudant de place de Vincennes et au colonel du 1er chasseurs) avec plusieurs de mes camarades ; nous étions munis de signatures de Gerard, Lafayette et du lieutenant-général du royaume. On reçut notre parlementaire mais nous ne donnions pas assez de garanties pour que l’on traitât avec nous de la reddition du château. Le 1er août, le général Lafayette m’envoya à Charenton. Enfin le 4 août, je fis partie de l’expédition de Rambouillet (s’adresser pour renseignements à mon oncle Georges Lafayette). Je m’efforçai partout où je pus de maintenir l’ordre et d’empêcher le pillage ; c’est là, je crois, mon principal mérite. Je ne le jugeais seulement pas digne d’être mis sous vos yeux. Mais je me devais à moi-même de dire que j’ai pris part à la révolution et d’affirmer que si je n’ai pas fait plus c’est que je n’en ai pas trouvé l’occasion. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça à aucune voix pour la croix, aucune voix pour la médaille, quatre voix pour une mention et deux voix pour rien. Il apostilla ainsi un certificat délivré par Cassan, Armand, en faveur de Beaufort, Joseph, Michel, lieutenant d’état-major auprès du général Lafayette, et déjà apostillé par de très nombreuses signatures : « Je joins de tout mon cœur mon témoignage à celui de tous ces messieurs. » Il fut conseiller général du canton de Pouilly-sur-Loire, sénateur de la Nièvre. On trouve sur le site internet du Sénat la notice biographique suivante le concernant : « Membre du Sénat, né à Paris, le 6 septembre 1810, entra à l’Ecole polytechnique et en sortit comme officier d’artillerie. Il fit campagne en Afrique, s’y distingua, fut mis, en 1840, à l’ordre du jour de l’armée et fut attaché comme aide-de-camp au maréchal Vallée. D’opinions royalistes, il se fit élire dans la Nièvre où il possède des propriétés, conseiller général du canton de Pouilly, puis il se présenta comme candidat monarchiste dans le même département, aux élections sénatoriales du 5 janvier 1888. […] M. de Laubespin siégea à droite du Sénat et se prononça contre le rétablissement du scrutin d’arrondissement (13 février 1889), contre le projet de loi Lisbonne restrictif de la liberté de la presse, contre la procédure à suivre devant le Sénat contre le général Boulanger. Chevalier de la Légion d’honneur. » Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Beaufort, Joseph, Michel.