Lepagnol, Charles, Théodore
Biographie
Né le 12 septembre 1789 à Corbeil (Seine-et-Oise) (mais à Santenis en Seine-et-Oise in Archives de Paris VK3 24, dans le registre qu’il signe et in Archives de Paris VK3 25 dans une liste de citoyens qui ont mérité la croix, liste qui est corrigée à la main). Ancien militaire de la Vieille Armée, criblé de blessures, devenu propriétaire mais maître menuisier sur le registre qu’il signe de prestation de serment mais aussi propriétaire dans le registre qu’il signe in Archives de Paris VK3 24 et propriétaire in Archives de Paris VK3 25 dans une liste de citoyens qui ont mérité la croix, liste qui est corrigée à la main ; menuisier dans le certificat médical. Il fut blessé d’un coup de lance à l’épaule gauche le 28 juillet, par un lancier de la garde, « après s’être emparé du poste de l’arcade Colbert, en désarmant les soldats qui s’y trouvaient et aidé par quelques hommes aussi courageux que braves et qui le reconnaissaient pour leur chef » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, Michaud père et fils, propriétaires demeurant à Paris, rue du Rocher, n° 32, Léon Berne, employé aux Menus-Plaisirs et Lecœur, marchand de vin, demeurant rue Saint-Lazare, tous gardes nationaux de la Ire légion. Certifions et attestons que le sieur Théodore Lepagnol, actuellement sergent de la 3e compagnie du 3e bataillon de la Ire légion, se trouvait le 28 juillet dernier à combattre avec nous dans les rues Saint-Honoré et Richelieu, se mit à la tête de plusieurs individus, en prit le commandement et nous dirigea sur l’arcade Colbert, à l’effet de s’emparer du poste occupé par des Suisses, ce qu’il fit avec autant d’intrépidité que de courage. Arrivé auprès du corps de garde, s’empara du fusil du factionnaire et à l’instant ordonna d’entrer dans le corps de garde, ce qui fut exécuté avec la promptitude de l’éclair. Cela fait, il dirigea les hommes qu’il commandait sur les Petits-Pères et fit sonner le tocsin, et nous conduisit au combat dans la rue Saint-Honoré, auprès du Palais-Royal, où nous continuâmes jusqu’au soir à combattre ; encore ne cessa-t-il de combattre que parce que ses forces l’abandonnèrent par suite d’un coup de lance qui l’avait atteint à l’épaule gauche. » Signé, le 29 septembre 1830 : Lecœur, demeurant 142, rue Saint-Lazare, qui ajoutait (sic) : « Je certifie que le nommé Lepagnol l’avoir vu désarmer le factionnaire du poste du passage Saint-Guillaume et ensuite rue Traversière-Saint-Honoré et qu’il s’est comporté comme un vrai défenseur pour la liberté. » Michau père (voir Micheau, George, François), propriétaire, demeurant 15, impasse d’Any dans la rue du Rocher ; Michau fils (voir Michaux, Simon, Nicolas) ; Pouzot, demeurant 17 bis, rue du Rocher ; Bruley (voir Bruley, François, Elie), demeurant rue Saint-Lazare ; Berne, Léon (voir ce nom), demeurant 17 bis, rue du Rocher. Le certificat médical suivant lui avait été délivré : « Je, soussigné, médecin à la faculté de médecine de Paris, demeurant rue Saint-Nicolas-d’Antin, n° 73, certifie avoir été appelé le 28 juillet pour donner mes soins à M. Lepagnol, Charles, Théodore, menuisier, demeurant impasse d’Any n° 7, pour une très forte contusion située sur la région de l’omoplate gauche, qui cause une gêne très prononcée dans les mouvements du bras de ce même côté et m’a déclaré avoir reçu ce coup par la lance d’un lancier de garde. » Signé le 28 août 1830 : Masson. Ce certificat médical était revêtu de l’apostille de Guillaume ; Laroche ; Vautrain, demeurant 6, rue Notre…-Grâce ; Roëser, demeurant 8 bis, rue de la Pépinière ; Follot, P., demeurant 15, rue de la Pépinière ; Bœuf, demeurant 32, rue du Rocher ; Xavier illisible, demeurant 30, rue Sait-Lazare ; Jung, demeurant 16, cul-de-sac d’Any ; …, fruitière, 15, rue de la Bienfaisance ; Lecœur, demeurant 142, rue Saint-Lazare ; Clois, demeurant 31, rue de l’Arcade ; Galhaut illisible, demeurant 11, rue du Rocher. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Au moment de décerner les décorations, une contestation s’engagea entre certains décorés de Juillet et l’administration ; celle-ci en effet imposa une prestation de serment de fidélité au roi, à la charte et aux lois, qui n’avait pas été prévue initialement. Certains décorés protestèrent contre une telle mesure, plusieurs refusèrent d’aller retirer la décoration, d’autres au contraire la soutinrent. Parmi eux, Lepagnol, qui signa la Déclaration des citoyens du (ancien) Ier arrondissement, désignés pour la décoration de Juillet, en date du 12 mai 1831 et rédigée comme suit : « Le serment exigé par l’ordonnance du 30 avril dernier est devenu l’objet d’une polémique affligeante, dont le résultat a été de faire naître des doutes pénibles sur les véritables intentions des braves désignés pour la décoration de Juillet. Etre fidèle au roi des Français, garder obéissance à la charte sont des obligations communes à tous les citoyens, s’en affranchir serait un crime : telle est l’opinion des soussignés, qui considèrent comme un devoir de faire la déclaration suivante. L’amour de la patrie, le besoin de résister à l’oppression nous a spontanément fait prendre les armes, ainsi qu’à une foule de généreux citoyens, qui sans illisible et sans s’être concertés ont tous concouru au même but pendant les trois mémorables journées de Juillet. La hache du bourreau nous menaçait tous également ; si nous eussions succombé, elle se fut appesantie sur nos têtes, il fallait vaincre ou mourir. La cause sacrée de la patrie a triomphé mais en plein jour, au brûlant soleil de Juillet, sans avoir jamais conspiré dans l’ombre. Charles X et ses ministres ont été les seuls conspirateurs. Le roi citoyen veut aujourd’hui nous remettre lui-même le signe d’honneur que la nation nous a décerné comme récompense nationale. Nous le recevrons avec reconnaissance des mains royales du chef de l’Etat et nous lui prêterons serment ainsi qu’à la charte. Mais nous ne voudrions pas porter cette honorable décoration si elle devait jamais être considérée comme un signe de ralliement contre l’ordre constitutionnel. Les combattants de Juillet veulent avant tout l’ordre, la paix publique, la liberté et non la licence, la prospérité de la France et la consolidation de toutes nos institutions nationales. Ils se font gloire d’être la légion sacrée de notre jeune royauté et ils en seront toujours les premiers défenseurs parce qu’ils sont convaincus qu’en France maintenant le roi ne veut que ce que veut la loi et que la charte jurée ne cessera jamais d’être une vérité. » (La liste des décorés de la Croix de Juillet du [ancien] Ier arrondissement qui la signèrent était composée de : Godey, Jean-Baptiste ; Truck, Charles, Ferdinand ; Magistel, Antoine, Jean, Louis, Nicolas, Etienne ; Lecocq, Louis, Octave, Amédée ; Guimbal, Guillaume ; Montdidier, François ; Gavier, Louis, Charles ; Boyé, Henri ; Fréchon, Hippolyte, Jean ; Moiton, Alexis ; Blandin, Joseph ; Girard, Jean, Narcisse ; Danse, Charles, Olivier ; Balmet, René ; Lepagnol, Charles, Théodore ; Micheau, George, François ; Poutrait, François , Claude ; Tissandier, Joseph ; Bottet, François, Alexandre ; Viger, Henri, François, Paul ; Bador, Jean, Antoine ; Mocquant, François, Joseph ; Destains, Victor ; Fillias, Pierre, François). Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. Il prêta son serment de décoré de Juillet, le 16 mai 1831 à la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il reçut sa croix le 21 juin 1831, et son brevet le 17 novembre de la même année En 1830, il était sergent à la 3e compagnie du 3e bataillon de la Ire légion de la garde nationale. Il demeurait 32, rue du Rocher en 1830-1831 mais rue du Rocher, 7, impasse d’Any en 1830-1838 sur le registre qu’il signe de prestation de serment aussi sur l’autre registre qu’il signe in Archives de Paris VK3 24 et dans son inventaire après décès. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VD6 92, liste des décorations du (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VK3 10 ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VK3 27 Mairie du (ancien) Ier arrondissement, décorations de Juillet, registre et certificat de prestation de serment ; Archives de Paris VK3 47 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) 1er arrondissement ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Archives nationales, minutes et répertoires du notaire Chapellier, Marie, Louis, p. 153-154.