Lepelletier mademoiselle, Angélique, Adélaïde, Suzanne
Biographie
Teinturière en soieries ou marchande de modes. Elle secourut les blessés à l’ambulance de la Bourse depuis le 28 juillet jusqu’au 10 octobre 1830. Le National rapportait à son sujet : « On ne saurait trop donner d’éloges à Mme Victor, Mlles Lepelletier, Balzas, Grosjean, qui, depuis mercredi, n’ont pas cessé de prodiguer les soins les plus touchants à nos blessés. » Elle sollicita un secours auprès de la Commission des récompenses nationales, expliquant : « Pendant trois mois environ qu’a existé l’ambulance de la Bourse, je n’ai point cessé de consacrer mes soins aux intéressantes victimes du despotisme. J’ai abandonné le soin de mon établissement à des mains étrangères. Aussi fus-je bientôt obligée de mettre en gage mon argenterie pour ne point fermer ma maison. Lorsque l’ambulance eut évacué ses malades sur Saint-Cloud, je rentrai chez moi, heureuse d’avoir accompli mon devoir de Française, et ne demandai aucune récompense, la reconnaissance des blessés, que peut-être mes soins avaient ravis à la tombe, me payait de mes veilles et des sacrifices qu’il m’avait fallu faire. Cependant, de nouvelles pertes, le manque absolu de commerce ont rendu ma position commerciale très critique. Dans cette extrémité, sachant que des récompenses pécuniaires avaient été accordées à des dames qui, ainsi que moi, avaient donné des soins aux blessés de Juillet, je viens, messieurs, vous prier de me faire prendre part à ces mêmes récompenses. » Elle joignait à sa demande un certificat du docteur Guillon (voir ce nom), fondateur de l’ambulance de la Bourse, qui, le 8 février 1831, qui attestait qu’elle avait « donné les soins les plus empressés et les plus affectueux aux blessés soignés à l’ambulance de la Bourse depuis le 28 juillet jusqu’au 10 octobre dernier. Le dévouement qu’a montré cette demoiselle est digne des plus grands éloges. Il lui mérite l’intérêt du gouvernement et la reconnaissance de nos concitoyens ». Elle joignait aussi un certificat du commissaire de police de la Bourse, qui attestait, le 17 février 1831, que « pendant deux mois environ qu’il est resté des blessés à l’ambulance établie au palais de la Bourse le 28 juillet dernier, madame Lepelletier, Angélique, Adélaïde, Suzanne n’a cessé de leur prodiguer les soins les plus assidus ; que j’ai été souvent à même de constater le zèle qu’elle apportait dans une tâche aussi noble que pénible et que je me plais à rendre un témoignage authentique de ses généreux efforts et de son entier dévouement dans cette circonstance ». Enfin, un témoignage était ainsi rédigé : « Nous, voisins, soussignés, certifions que Mlle Pelletier, demeurant rue Notre-Dame-des-Victoires, n° 36, transforma sa boutique en ambulance dans la mémorable journée du 29 (sic) juillet 1830 ; que, là, elle prodigua aux blessés qui y furent portés les soins les plus tendres et les plus touchants. Elle porta des vivres et du vin à ceux qui encombraient la place de la Bourse et qui tombaient d’inanition. Enfin, elle ne cessa de donner et des secours et des soins à tous ceux qui pouvaient en avoir besoin. A 4 heures, l’ambulance de la Bourse étant formée, elle s’y rendit, portant pour les blessés, du linge et de la charpie. Elle consacra alors tous ses instants au soulagement des blessés, pour qui elle avait toute la tendresse et les soins d’une mère. Elle ne rentra chez elle que le jeudi 2 août au soir, afin de prendre un peu de repos, dont elle avait le plus grand besoin. Le lendemain mardi, de grand matin, après avoir donné ses instructions aux personnes auxquelles elle avait confié son établissement, elle rentra à la Bourse et ne la quitta plus que quand le peu de malades qui y restaient encore deux mois après furent transportés à Saint-Cloud. Tous ces faits étant à notre connaissance personnelle, nous nous faisons un devoir et un plaisir d’en attester l’exactitude, désirant donner par-là à la demoiselle Pelletier un témoignage public de l’estime que nous a inspiré sa belle conduite. » Signé, le 9 février 1831 : Desbordes, maître d’hôtel de la nouvelle Bourse ; Bourvely illisible, marchand de couleurs, demeurant 36, rue Notre-Dame-des-Victoires ; Meginllet illisible, Silvain, demeurant 36, rue Notre-Dame-des-Victoires, Tiersonnier, commissaire-priseur, demeurant 36, rue Notre-Dame-des-Victoires ; Mallet, demeurant 36, rue Notre-Dame-des-Victoires ; Hettinger, demeurant 36, rue Notre-Dame-des-Victoires ; Petit, capitaine d’état-major, demeurant 36, rue Notre-Dame-des-Victoires. Elle reçut un secours de cent francs le 1er décembre 1830 auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Elle reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Elle signa, 10 juillet 1831 et comme « ayant tenu l’ambulance de la Bourse » et décorée de Juillet, le certificat suivant en faveur de Jammes, Auguste, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussignée, certifie que M. Jammes, pharmacien-docteur, a pansé des blessés à la Bourse, sous mes yeux, le 29 au soir des journées de juillet 1830. Ce n’est qu’en rendant hommage à la vérité que je lui ai délivré le présent. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, elle reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En date du 20 avril 1833, le Constitutionnel faisait paraître la lettre suivante du docteur Guillon (voir Guillon, François, Gabriel), à l’occasion de l’exposition du nouveau tableau de Gosse sur la visite de la reine à l’ambulance de la Bourse le 25 août 1830. Le docteur Guillon y faisait mention de Lepelletier, Angélique : « A M. le rédacteur du Constitutionnel,
»Monsieur,
»Puisqu’en rendant compte du tableau de M. Gosse, représentant la visite de la Reine et de sa famille à l’ambulance de la Bourse, vous avez rappelé le peu que j’ai fait pour les blessés, permettez-moi, je vous prie, de profiter de cette circonstance pour rectifier, par la voie de votre journal, une erreur grave que renferme le travail de la Commission de la souscription nationale, au sujet des dépenses de cette ambulance, erreur qui pourrait faire naître des soupçons injurieux sur les personnes qui ont donné avec autant de zèle que de désintéressement des soins aux victimes de notre mémorable révolution. L’ambulance de la Bourse n’a pas, comme il est dit, page 13 du compte-rendu que viennent de publier messieurs de la commission, coûté 2.764, 60 francs mais simplement 1.019, 40 francs, ce qui fait une différence en moins de 1.715,20 francs ; et cette différence vient de ce qu’on a fait figurer au nombre des dépenses de cette ambulance des sommes dont l’emploi lui est tout à fait étranger. Ces 1.019, 40 francs ont été employés à payer le pain, la viande de boucherie et les légumes, depuis le 3 août jusqu’au 10 octobre suivant. Permettez-moi encore de réparer l’oubli de MM. les commissaires du (ancien) IIe arrondissement et de signaler à la reconnaissance de nos concitoyens quelques personnes dont les noms devaient être inscrits dans leur rapport. Je citerai d’abord M. Davannne, changeur, passage des Panoramas, qui avec Mme Rivière, M. Legrand (voir ce nom), traiteur, et quelques autres personnes du quartier, ont nourri les blessés depuis le 29 juillet au matin jusqu’au 3 août, et qui, jusqu’à la fin n’ont pas discontinué de leur donner le vin, la volaille et une infinité de choses. Enfin, pendant les deux mois et demi qu’elle a duré, cette ambulance, où plusieurs centaines de blessés ont été soignés, a moins coûté à la mairie qu’à M. Davanne, dont la générosité ne s’est pas ralentie un seul instant. Comme les médicaments ont été fournis gratuitement par MM. Renard (voir ce nom) et Bughon (voir ce nom), pharmaciens, rue Vivienne, c’était peut-être un devoir pour MM. les rapporteurs d’en faire mention, surtout l’un d’eux étant aussi pharmacien. L’ambulance de la Bourse ayant été la plus considérable de toutes celles qui furent établies alors, MM. Delacoux (voir Delacoux, Alexis) et Schrimpton (voir Shrimpton, Charles), qui pansèrent comme moi les blessés, Mlle Le Pelletier (voir Lepelletier, Angélique, Adélaïde, Suzanne), Mme Grosjean (voir Grosjean madame, Mathilde), Mlle Balzac (voir ce nom), qui leur prodiguaient les soins les plus touchants, méritaient également une mention honorable, ainsi que M. Rousseau-Leblanc (voir ce nom), pour les services qu’il avait rendus depuis le 29 juillet dans la soirée (vers 4 heures), où il vint à l’ambulance, jusqu’au 10 octobre, époque à laquelle les deux derniers blessés en sortirent. Je terminerai cette lettre en relevant encore une inexactitude de ce compte-rendu, où je figure comme membre de la commission médicale du (ancien) IIe arrondissement et lorsque je n’ai fait partie d’aucune de ces commissions. Je ne le pouvais, en effet, puisque dès le moment où j’établis l’ambulance au palais de la Bourse, jusqu’à la fin, je ne quittai que le moins possible les blessés auprès desquels je passai même plusieurs nuits. Aussi, à notre satisfaction à tous, n’avons-nous eu à déplorer la perte d’aucun d’eux, quoique nous ayons évité cinq amputations que quelques-uns de nos confrères avaient jugées nécessaires. J’ajouterai aux réflexions très justes que vous avez faites au sujet de M. Vassal (voir Vassal, Jacques, Claude, Roman), que l’asile qu’il avait donné aux blessés, lorsque M. le préfet de police d’alors voulait les évacuer sur les hôpitaux, suffisait pour lui mériter la place qu’il occupait dans le tableau de M. Gosse, où cependant il est remplacé par M. B... de R... [Baudesson de Richebourg, N.D.A] (voir ce nom) J’ai fait tous mes efforts pour déterminer l’artiste à l’y laisser ; mais, à mon grand chagrin, je n’ai pu y parvenir. » Elle demeurait 36, rue Notre-Dame-des-Victoires en 1830-1831. Le National, 4 août 1830 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, nom des personnes qui se sont particulièrement distinguées p. 274 ; Esquisse de quelques scènes de l’intérieur de la Bourse pendant les journées des 28, 29, 30 et 31 juillet dernier, C.-F. Tricotel, Paris, 1830 ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, Noms des personnes qui se sont dévouées au service des blessés, p. 259 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD3 1-2, 1830 Commission des récompenses nationales, (ancien) IIIe arrondissement, Etat des paiements faits par M. Ternaux, commissaire délégué des récompenses nationales pour le (ancien) IIIe arrondissement, aux veuves, ascendants et blessés dudit arrondissement, années 1830-1831 (M. Ternaux n’a pris les paiements que le 13 octobre 1830) (sous le nom de Lepelletier, Angélique, Suzanne) ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 394 in dossier Jammes, Auguste ; Le Constitutionnel, 20 avril 1833 ; Annales du Musée et de l’Ecole moderne des Beaux-Arts, Landon, Salon de 1833, Paris, chez Pillet, 1833, pp. 73-75.