Leroux, Louis, Joseph, Florimont
Biographie
Né vers 1802. Ancien marin, réformé pour blessure. Il tua d’un coup de feu un officier suisse, à qui il arracha la croix de la Légion d’honneur parce qu’il « était indigne d’être décoré du signe des braves » et blessa plusieurs gardes royaux à la prise du Louvre et des Tuileries, avant d’être lui-même blessé au pied gauche le 29 juillet à la prise des Tuileries. Il sollicita la décoration de la Légion d’honneur « que j’ai gagnée sur le champ de bataille, en versant mon sang pour la patrie ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIIe arrondissement, sous-préfecture de Saint-Denis ; il comparut le 20 janvier 1831, sous le numéro 167, devant le jury de cet arrondissement. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants, sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il donna le récit suivant de sa participation aux combats : « Le 27, me trouvant sur les quais au Louvre, je me vis forcé, pour échapper à la charge des cuirassiers, de me précipiter dans la Seine. Sortant de l’asile qui venait de me sauver, je me portais à la porte d’un armurier qui distribuait des armes par la croisée. Là, je reçus un sabre sur la tête, qui m’étourdit sur le coup. Mais bientôt remis, je m’armais de ce même sabre et je suivais le bataillon sacré, jusqu’à la nuit, qui nous sépara. Le lendemain 28, je quittais femme et deux enfants à 9 heures environ. Je me trouvais sous le feu du 50e de ligne sur le boulevard du Temple, dont la première décharge dispersa la foule. Je les ranimais bientôt par mon sang-froid et je réussis à rallier quelques braves. Quoique mal armés, nous avançâmes jusqu’au corps de garde, où une seconde décharge porta la mort et le désordre dans nos rangs. Je restais seul, près d’une femme qui reçut la mort à mes côtés. Je la portais chez un marchand de vin. Mes secours furent inutiles. Elle expira dans mes bras. C’est alors que je m’adressais au régiment fratricide, que je lui représentais toute l’horreur de sa conduite, que je lui reprochais la mort des victimes entassées au coin du boulevard mais ils ne répondirent à mes larmes que par des injures. Lorsqu’un sergent s’avança, me mit en joue, j’échappais à sa férocité et je me rendis sur les postes du canal suivi de MM. Sénégon et Jorge seulement. Je me présentais au poste du double pont et par menace que nous allions être suivis de beaucoup d’autres ils se rendirent à nous. J’ordonnais qu’on ne prît que les fusils et les cartouches et qu’on laissât les gibernes. L’on m’obéit. Je chargeais partie du manuscrit brûlée serrurier rue Corbeau, qui se trouvait présent sur le quai. Il en prit un et me suivit aux postes de l’hôpital Saint-Louis, celui de la rue Grange-aux-Belles et celui de la place des Marais sur les bords du canal. Tous ces différents postes furent désarmés par moi et par ma petite troupe. Partout nous n’avons pris que les fusils et les cartouches. Seulement au second désarmement des postes relevés nous ne prîmes que les fusils, ils n’avaient point de cartouches. Ayant trop d’armes pour le peu d’hommes qui se trouvaient présents, le surplus fut porté en dépôt chez M. Maugui pour en éviter le pillage. Je dirigeais ma troupe par la rue de Lancry afin de venir cerner le 50e sur le boulevard. Mais un feu terrible de mitraille et mousqueterie nous força à la retraite. Alors beaucoup se sont dispersés. Quand le feu eut cessé, je courus avec ce qui restait de braves sur les débris de l’armée brutale, en fuite. Sur le soir, je pris part à un combat contre les gendarmes du faubourg Saint-Martin. Là, se trouvait beaucoup de monde sans armes. Je ramenais ceux de bonne volonté chez M. Maugui et je leur distribuais les fusils que j’avais conquis le matin. Il en restait quatre. Je les emportais chez moi. J’en donnais encore deux à la barrière et les deux autres je les donnais à la garde nationale le 30. Le lendemain, je sortis armé seulement d’un pistolet. Je me portais sur différents points. Je travaillais aux barricades et je fus aux Tuileries. J’y entrais un des premiers. J’y reçus un coup d’épée au bras gauche, deux blessures au pied. Je ne m’aperçus que j’étais blessé que par le sang qui marquait sur les carreaux de marbre. Je déposais mes armes sur un meuble et j’arrachais un rideau pour me panser ou du moins pour en arrêter le sang. Quand je me relevais mes armes avaient disparu. J’en fus affligé car elles ne m’appartenaient pas (j’ai par un procès-verbal chez M. le commissaire de police de Belleville déchargé M. Sabatier, directeur des Montagnes françaises, des armes qu’il m’avait confiées, qui ne lui appartenaient pas) mais, fidèle au poste, je m’armais d’un vieux fusil de chasse et j’y restais jusqu’au soir. Je n’en quittais que par besoin de nourriture. Je n’avais rien pris partie du manuscrit brûlée. Voilà, messieurs, ma conduite de juillet 1830. Si j’ai pu rendre quelque service à la patrie, que j’ai servi honorablement pendant douze ans, je serai fier de porter un gage de sa reconnaissance. Je n’ai pas réclamé de secours pécuniaires. » Suivait aussi la signature de Pinson, demeurant 14, cour Phillibert au 106, rue du Faubourg-du-Temple. Grenet, marchand de vin, demeurant 12, rue de Bondy, ajoutait l’apostille suivante : « Je certifie que le nommé Leroux était présent sous le feu du 50e de ligne et qu’il a porté chez moi une femme blessée mortellement et qui est morte à ma porte après quelques secours inutiles. » Suivaient trois apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « Je, soussigné, certifie que M. Leroux, Louis, Joseph, Florimont a déposé, le 30 juillet, au corps de garde provisoire rue du Faubourg-du-Temple n° 106, deux fusils de munition, lesquels ont été donné à deux hommes non habillés s’y trouvant. » Signé, le 30 juillet 1830 : Pinson, demeurant 14, cour Phillibert au 108, rue du Faubourg-du-Temple ; Largentier (voir sans doute ce nom), demeurant dans le quartier du Temple. La deuxième apostille, ainsi rédigée : « Je certifie avoir vu, le 28 juillet 1830, le sieur Leroux aux postes du double pont du canal Saint-Martin, accompagné de MM. Sénégon et Jeorge, qu’il a désarmé ledit poste, composé de cinq fusils, qu’il est venu chez moi déposer deux fusils chargés, dont j’en ai pris un pour les suivre et que nous sommes allés désarmer les postes de l’hôpital Saint-Louis, de la rue Grange-aux-Belles et de la place des Marais au bord du canal. Après avoir armé les hommes présents, le surplus des armes, au nombre de vingt environ, a été mis en dépôt chez moi et que le soir nous les avons distribuées à plusieurs hommes pour partir sur les boulevards. » Signé : Mauguÿ, propriétaire et serrurier, demeurant 6, rue du Faubourg-du-Temple. La troisième apostille, ainsi rédigée : « Je déclare avoir remis un pistolet à M. Leroux, qu’il a perdu au château et dont il a fait la déclaration. » Signé : Sabatier. Leroux était sergent de la garde nationale au 8e bataillon de la Ire légion de la banlieue. Il était marié et père de deux enfants en 1830. Il demeurait aux Montagnes françaises, n° 2, à Belleville en 1830, 5, rue de la Tourtille à Belleville en 1831. Archives de Paris VK3 47 (sous le nom de Leroux, Louis, Joseph, Florimont) ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 16 octobre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales (sous le nom de Leroux, Louis, Joseph, Florentin) ; Archives de la préfecture de police AA 398.