Leroux, Pierre, Henri

Biographie


Né le 19 avril 1799 à Paris. Gérant du Globe. Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Alexandre Dumas un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet, et qui en laissa un récit impartial et bien renseigné, donnait sur une réunion qui eut lieu le 27 juillet, pour organiser la résistance, les précisions suivantes : « Une autre réunion, enfin, avait lieu dans les bureaux du Globe. Elle se composait de Pierre Leroux, de Guizard (voir ce nom), de Dejean (voir ce nom), de Paulin (voir Paulin, Nicolas, Jean-Baptiste, Alexandre), de Rémusat (voir Remusat de, Valentin, Jean-Baptiste) et de quelques personnes étrangères à la rédaction du journal. Les avis les plus opposés y étaient émis : quelques-uns voulaient, pour le lendemain, faire un appel aux armes. D’autres s’épouvantaient de la rapidité avec laquelle, une fois lancé, on descend, malgré soi, la pente des révolutions. Au nombre des épouvantés était M. de Rémusat. – Mais, s’écriait-il d’une voix désespérée, où allez-vous ? où nous poussez-vous ? Il ne s’agit point ici d’une révolution. Ce n’est point une révolution que nous avons voulu faire... La résistance légale, soit ; mais pas autre chose. Il est bien entendu que, là non plus, on ne décida rien... si ce n’est de faire un lit à M. de Rémusat, que la fièvre venait de prendre. […le 29 juillet] Ces proclamations, les républicains, eux aussi, les avaient vues. Ce fut Pierre Leroux qui lut une des premières ; elle était toute fraîche appliquée au mur ; il la décolla et l’apporta chez Joubert, au passage Dauphine. – Si cela est ainsi, s’écria-t-on d’une voix unanime, tout est à recommencer : rallumons les réchauds, et refondons des balles ! A l’instant même, des émissaires furent chargés de rallier les républicains dispersés ; il y avait, à une heure, séance chez Lointier. » Dans ses Mémoires, Rémusat donne le récit suivant des sentiments qui animaient Leroux, juste après la révolution : « J’ai vu, pour ainsi dire naître l’ivresse chez des hommes de sang-froid. Le vendredi 30 au matin, par exemple, Leroux qui, pendant toute la semaine, s'était peu absenté du bureau, revint des environs de Montrouge, où était sa famille, en traversant les quartiers les plus populaires. Il avait vu de ses yeux ce désordre persistant, ces pavés ensanglantés, des blessés, des cadavres, des vainqueurs transportés de joie et d'orgueil, tout ce spectacle grand et pathétique ; ses entrailles d'ouvriers s'étaient émues. Il n'était plus le même, il était ivre. Il s'exprimait comme un homme à qui un grand mystère vient d'être révélé. C'était la vision sur la route de Damas. Jusque-là, il avait eu un fond d'instinct et de rêves démocratiques ; mais il les gardait dans son cœur sans objet et sans espérances. D'un coup, il venait de découvrir à ses idées une puissance, une armée, un avenir ! Une ère nouvelle s'était ouverte devant lui et toutes les aspirations vagues, dont il s'était bercé jusque-là, devenaient comme les pressentiments d'une révolution immense. Des pressentiments sont bientôt des prophéties, et un prophète est bientôt Dieu. » Et aussi cette indication biographique : « C'était une famille qui s'était faite sous l'invocation de la nature. Il avait eu de la femme avec qui il vivait de nombreux enfants. Cette famille gagnait quelque chose à faire venir artificiellement des champignons dans les carrières de Montrouge. Je crois qu'un de ces fils est entré à l'école polytechnique. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut le théoricien d’un socialisme mutuelliste. Il demeurait 6, rue Monsigny en 1831. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Mémoires de ma vie, Rémusat, Plon, Paris, 1958, T II, p. 325-326, 352-353 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; La République clandestine, 1818-1848, Gilmore, Jeanne, Aubier, Paris, 1997.

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