Leroy d’Etiolles, Jean-Jacques, Joseph

Biographie


Né le 5 avril 1798 à Paris (sans doute sous le simple nom de Leroy, il faisait suivre son nom un peu simple du nom du petit village d’Etiolles dans l’Essonne, où il avait été élevé). Médecin, reçu le 11 septembre 1824 à la faculté de Paris. Il sollicita (il signe Le Roy [d’Etiolle sic sans S]) dès novembre 1828 la décoration de la Légion d’honneur pour avoir été l’inventeur de la lithotritie et des instruments nécessaires pour broyer la pierre dans la vessie, arguant qu’une somme de deux mille francs lui avait été accordée à ce titre en 1822 par l’Académie des sciences, qui l’avait reconnu pour unique inventeur, et que si Civiale avait obtenu la décoration de la Légion d’honneur pour avoir procédé à la première opération par ce moyen, il pouvait y prétendre lui-même, comme inventeur du procédé. Il joignait à sa demande un Mémoire sur l’asphyxie et les secours à donner aux noyés, extrait d’un rapport fait à l’Académie des sciences. Il n’est pas indiqué comme ayant été décoré, et, dans le dossier de Magendie (en 1822), une note de l’administration, tout en recommandant Leroy d’Etiolles pour la croix, précisait, devant le trop petit contingent de décorations à accorder : « […] M. Leroy, qui est très jeune encore […] serait sans doute satisfait d’une promesse faite au nom de Son Excellence pour l’année prochaine. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet (sous le nom de Leroy d’Etiolle, Jean-Jacques, Joseph sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel) auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il ajouta, le 5 septembre 1830, l’apostille suivante au certificat médical délivré par le docteur Legroux, demeurant 4, rue Thérèse, en faveur de Rémond, Jean-François : « Je, soussigné, docteur en médecine, chevalier de la Légion d’honneur (Il n’est pas dans la base Leonore), certifie véritables les traits exposés ci-dessus par mon confrère M. Legroux. J’ai parfaitement connaissance de leur exactitude, pour avoir donné des soins au nommé Rémond depuis le moment de sa blessure jusqu’à sa guérison. Il est digne de tout l’intérêt de MM. les commissaires chargés de donner des récompenses et des secours aux blessés. » Il signa, le 18 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Parent, Pierre, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, docteur en médecine, membre de la Légion d’honneur, décoré de la médaille de Juillet, certifie qu’il est à ma connaissance que M. Parent, Pierre a, l’un des premiers, concouru à l’établissement des barricades dans les rues de Richelieu, Louvois et Sainte-Anne dans la journée du 28 juillet 1830. » Il délivra, comme chirurgien des Invalides civils, un certificat médical à Lagoublaye de Ménorval, Eugène, Jean, Laurent et qui attestait qu’il souffrait d’une luxation de l’humérus gauche, à la suite d’un coup violent reçu pendant les combats du 23 février 1848. Il signa, le 16 mars 1848, le certificat suivant en faveur de Masson, Joseph, François, qui demandait devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février son entrée aux Invalides ou une pension qui lui permît d’exister : « Je certifie que le citoyen Joseph, François Masson, ancien militaire et graveur sur bois est affecté de la gravelle et que depuis deux ans je lui donne des soins (gratuitement bien entendu) pour cette maladie. L’état actuel de sa santé, ses services et ses blessures antérieures le rendent digne d’intérêt et des secours que la république pourra donner à ses enfants. » Nous empruntons à la Revue générale biographique, politique et historique par une Société d’hommes de lettres français et étrangers, sous la direction de E. Pascallet, deuxième année, quatrième volume, tome premier, Paris, 1842, la biographie la plus complète parue sur Leroy d’Etiolles, Jean-Jacques, Joseph et ainsi rédigée : « M. Jean-Jacques, Joseph d’Etiolles est né à Paris, le 5 avril 1798, de parents originaires de Bretagne. Il fut élevé dans sa famille qui habitait une maison de campagne au village d’Etiolles, près Corbeil. A l’âge de sept ans, le jeune Leroy entra dans un pensionnat dirigé par l’abbé Liautard ; ce pensionnat devint plus tard le collège Stanislas. Du pensionnat Liautard, notre élève passa dans l’institution Bernard et Auger, et enfin au lycée impérial où il termina ses études. Malgré une grande mémoire et une certaine facilité pour le travail, il n’avait jamais pris au sérieux les devoirs qu’on lui prescrivait dans ses classes ; paresseux, étourdi, indiscipliné, il était loin de faire présager alors qu’un jour il occuperait un rang dans le monde savant. La famille de M. Leroy d’Etiolles, avons-nous dit, était originaire de la Bretagne ; ce pays est la patrie du royalisme et du dévouement à la légitimité. En changeant de climat et en venant s’établir près de Paris, le père de M. Leroy n’avait pas changé de sentiments ; ancien officier vendéen, il nourrissait avec une persévérance toute bretonne ses espérances en politique, espérances auxquelles les événements de 1815 vinrent satisfaire. A cette époque, le jeune Leroy faillit être détourné de la carrière médicale. Imbu des principes de son père, il entra avec empressement dans les volontaires royalistes ; il s’agissait alors de faire une vive opposition au gouvernement impérial, une opposition armée, et c’était encore la Vendée qui devait servir de champ de bataille. Le jeune Leroy était à la veille de partir pour prendre part à cette lutte, lorsque le chef de partisans, connu en Bretagne sous le nom de général Duboisguy de Lamotte-Piquet, auquel notre collégien devait servir d’officier d’ordonnance, fut arrêté par les ordres de l’empereur. Par le fait de cette arrestation, la carrière militaire se trouvant fermée à M. Leroy, il rentra au lycée pour achever sa philosophie. Quelle fut l’influence des études philosophiques sur le cerveau exalté du volontaire royal ? Nous ne pourrions le dire. Nous ferons observer seulement que, quelques années plus tard, nous retrouvons M. Leroy engagé dans la société des Carbonari, et faisant partie de la même vente que MM. Raspail, Cavaignac et Trélat. Les projets militaires de M. Leroy ayant avorté, il fallut faire choix d’une autre carrière, il avait dix-sept ans lorsqu’il termina ses études de collège ; il est rare qu’à cet âge on ait une vocation bien marquée ; on se consulte longtemps, on se demande, à quoi suis-je propre et, après les longues interrogations que les parents ne manquent pas de vous faire quand on ne se les fait pas soi-même, on est encore aussi incertain qu’avant, heureux quand des circonstances qui nous sont quelquefois étrangères viennent nous faire sortir de cette alternative embarrassante et faciliter ou provoquer notre détermination définitive. Tel est le cas dans lequel se trouvait M. Leroy. Un ami, un de ces amis de collège comme en n’en fait plus dans le reste de la vie, l’aida dans ce choix. Cet ami, qui était M. Louis Evrat, devait étudier la médecine ; pour resserrer encore cette amitié intime dans laquelle ils vivaient depuis plusieurs années, M. Leroy se mit donc à étudier la médecine ; c’est ainsi que l’amitié lui tint lieu de vocation. Par cela seul que les jeunes gens de cet âge ne sont souvent propres à rien en particulier, ils sont propres à tout en général. Une fois lancé dans les études médicales, le jeune Leroy qui dans le principe n’avait pas connu sa véritable vocation, fit des progrès très rapides et prit très au sérieux la science ; ce n’est plus l’écolier espiègle, c’est l’étudiant laborieux que nous retrouvons à la Faculté de médecine portant, dans l’étude de la chirurgie surtout, un vif esprit d’investigations et de découvertes ; il était encore sur les bancs de l’école, lorsqu’en 1822, il présenta à l’Académie de chirurgie les premiers instruments à l’aide desquels il était parvenu à détruire les calculs urinaires dans la vessie sans avoir recours à l’opération de la taille, dont la pratique est si douloureuse et les conséquences si dangereuses ; c’est cette invention qui recommande surtout le nom de M. Leroy-d’Etiolles à la postérité, c’est là son titre principal à la reconnaissance de l’humanité. On a beaucoup fait pour le déposséder de ce titre, tous les journaux de médecine ont retenti d’une polémique engagée entre lui, MM. Civiale et Heurteloup, polémique qui commença peu de temps après l’invention et qui n’est peut-être pas encore bien éteinte. L’affaire fut portée devant l’Académie qui, tout en constatant les services rendus à la lithotritie par M. Civiale, n’en reconnaît pas moins à M. Leroy-d’Etiolles le mérite de l’invention ; toutefois, ce premier jugement ne suffit pas pour mettre fin aux prétentions de M. Civiale, et la guerre se continue entre eux comme de plus belle, jusqu’à ce que l’Académie, par des votes réitérés, reconnaisse de nouveau que M. Leroy-d’Etiolles est le possesseur légitime de l’invention. Voici comment s’expriment les diverses commissions chargées de rédiger des rapports sur la lithotritie. En 1825. “La commission propose à l’Académie d’accorder une mention honorable à M. Amussat, pour avoir mieux fait connaître la structure de l’urètre, ce qui a rendu plus facile l’emploi des instruments de lithotritie ; à M. Civiale, pour avoir fait le premier sur l’homme l’application de ces instruments ; et à M. Leroy-d’Etiolles, pour les avoir imaginés, les avoir fait exécuter, et avoir fait connaître successivement les perfectionnements que ses essais lui ont suggérés.” 1826. “D’après l’avis unanime de la commission une récompense de deux mille francs est accordée à M. Leroy-d’Etiolles, qui a publié en 1825, un ouvrage de lithotritie, et qui a le premier, en 1822, fait connaître les instruments qu’il avait inventés et qu’il a depuis essayé de perfectionner.” 1828. La commission s’exprime de la manière suivante dans son rapport : “Le procédé de l’évidement, dont l’idée première appartient à M. Leroy-d’Etiolles, déjà connu de l’Académie comme le principal inventeur des instruments lithotriteurs, a été perfectionné par M. Heurteloup, etc.” 1831. “M. Leroy-d’Etiolles, qui a déjà reçu de l’Académie plusieurs encouragements, a paru digue d’en recevoir un autre encore qui fut mieux proportionné à l’importance, chaque jour mieux appréciée de ses travaux, et surtout à l’application qu’il a faite à la lithotritie de la pince à trois branches, instrument tellement essentiel, que sans lui cette opération ne se serait jamais élevée au degré de perfection qu’elle a atteint. En conséquence, la commission propose d’accorder à M. Leroy-d’Etiolles un prix de six mille francs.” Mais en proposant d’accorder ce prix à l’un des hommes les plus laborieux, les plus honorables et les plus consciencieux parmi ceux qui se sont occupés de la lithotritie, votre commission a été portée à penser après la plus mûre délibération qu’à dater de ce moment l’Académie aurait fait assez pour l’invention et l’application des instruments destinés à broyer la pierre, et qu’à moins de modifications d’une importance majeure dans la construction de ces instruments, il n’y aurait plus rien à décerner, soit des prix, soit des encouragements nouveaux à la lithotritie.” En 1836 et en 1839, l’Académie votait encore des applaudissements à M. Leroy-d’Etiolles pour de nouvelles modifications apportées aux instruments et pour des opérations pratiquées en présence d’une commission composée de MM. Breschet et Larrey. Votre rapporteur surtout – est-il dit dans le rapport de cette dernière – a été témoin de plusieurs opérations de lithotritie que ce chirurgien a pratiquées avec cet appareil chez des sujets avancés en âge. La dextérité et la promptitude avec laquelle de très gros calculs ont été brisés en notre présence, et sans que ces sujets aient paru éprouver de grandes douleurs, nous ont causé la plus agréable surprise.” Après tant de constatations solennelles en faveur de M. Leroy-d’Etiolles, il semblerait qu’il n’y avait plus de réclamations possibles, cependant M. Civiale ne se tint point pour battu, et lorsqu’enfin il eut reconnu l’impossibilité de prendre possession d’une invention qui ne lui appartenait pas, il la réclama encore au profit d’anciens auteurs dont il reproduisit, d’après un érudit, divers passages qui semblent indiquer que les anciens ont eu connaissance de cette manière de pratiquer l’opération du broiement de la pierre (En note : Entre autres autorités, on cita un auteur arabe, nommé Azzahravi, mort depuis bien des siècles, dont on possède un manuscrit qui n’est pas même à la Bibliothèque royale. Voici la phrase sur laquelle on conclut que les Arabes ont connu l’opération du broiement de la pierre : Accipiatur instrumentum subtile quod nominant Mashaba rebilia et suaviter intromittatur in virgam et volve Lapidem in medio vesicae, et si fuerit mollis frangitur et exibit.— Mais cette phrase a été tronquée par M. Civiale, elle commence par ces mots : Quando lapis parvus impulsas est ad collum restes, aut ad aliquem transitum virgae et impedit urinant, clysterisetur virga cum oleo aneti, et si non exierit, accipiatur instrumentum. Ainsi l’on voit qu’il ne s’agit pas de broyer un calcul contenu dans la vessie, mais de repousser dans cet organe une petite pierre engagée dans l’urètre ; il peut arriver que, dans cette répulsion, elle se brise si elle est molle, mais cette rupture accidentelle n’est pas le but de l’opération.) Cette fameuse devise de l’esprit envieux : Nihil sub sole novum reparut et fut le dernier argument des détracteurs de la lithotritie. Il est vrai de dire que M. Leroy ne prétend pas avoir eu le premier l’idée de la possibilité de l’opération du broiement : dans une brochure qu’il a publiée, intitulée Histoire de la Lithotritie, il fait la part de ses devanciers dans cette conception ; il reconnaît qu’Haller, en parlant de Sanctorius, semble lui attribuer cette invention, en mentionnant un catheter à trois branches qui offre quelque analogie avec un instrument plus moderne ; il reconnaît même les rudiments de certains instruments employés de nos jours, dans le tire-balle d’Andréa della Groce et dans la pince de Fabricius Hildanus, mais il y a loin de ces instruments, ainsi que de celui dessiné dans un mémoire adressé, en 1818, à la Société de la Faculté de médecine, par M. Civiale, pour l’opération de la taille, aux instruments de M. Leroy. — Il faut noter ici que l’opération du broiement n’a été pratiquée que postérieurement aux travaux de ce dernier. Quant à M. Heurteloup, il n’intervient dans la querelle que comme arbitre, ne réclamant pour sa part que l’introduction de modifications importantes dans la confection des instruments et l’invention de procédés opératoires particuliers ; il fait le reproche à M. Civiale, qui réclame la priorité en s’appuyant sur l’envoi de dessins à l’Académie, en 1823, de se servir pour opérer, des instruments de M. Leroy, ne pouvant mettre en usage ceux qu’il a fait dessiner. Voici un passage de la lettre que M. Heurteloup adressait en 1827 à l’Académie des sciences. “M. Civiale ne s’est jamais servi, et ne se sert pas maintenant de la pince qu’il a fait lithographier, parce qu’elle ne peut pas servir, mais de celle présentée à l’Académie par son compétiteur M. Leroy. Si M. Civiale n’avait pas, en 1823, imprimé un ouvrage et lithographie des instruments, nous pourrions croire qu’il prétend justement à l’invention de ceux mis en usage ; mais il en a dessiné d’inutiles, qui constatent qu’il ne connaissait pas alors d’autres moyens de saisir la pierre dans la vessie ; si nous pensions autrement, nous ne pourrions le faire qu’en supposant que M. Civiale, ayant imaginé les instruments de M. Leroy, avant que ce dernier ne les eût présentés à l’Académie, avait jugé à propos d’en donner de défectueux au public. Or cette supposition n’est pas admissible ; car une personne délicate, comme le peut être notre confrère, n’aurait pas voulu, en privant l’humanité d’une invention utile, mettre les autres médecins dans le cas de produire les grands accidents qui naîtraient nécessairement de l’usage de l’appareil lithotriteur qu’il proposait alors. Certes, il ne peut alléguer cette raison qui, cependant, serait son seul refuge, pour avoir gain de cause sur ce point ; il ne l’alléguerait pas si la supposition était juste, car ce serait avouer une action odieuse.” Toutes les pièces du procès, examinées scrupuleusement, nous convainquent que c’est réellement l’instrument de M. Leroy-d’Etiolles qui, le premier, a rendu la lithotritie praticable. Ce docteur est loin toutefois de nier le concours de ses compétiteurs dans cette invention, considérée à l’époque où il en fait l’histoire ; il est trop loyal et trop sensé pour en réclamer le bénéfice exclusif ; il ne fait que défendre la propriété qu’on veut lui ravir. Au jugement porté par l’Académie sur le caractère loyal et consciencieux de M. Leroy, nous joindrons celui de M. Heurteloup, un des ayant-droit aux progrès de l’art de la lithotritie. En pratiquant cette opération, M. Leroy avait éprouvé quelques insuccès qu’il avait eu la sincérité d’avouer et de publier même ; M. Civiale, s’emparant de cet aveu, s’en était fait une arme contre lui. “M. Leroy, honnête et plein de candeur – dit à cette occasion, M. Heurteloup – a mieux aimé proclamer un fait qui lui est désavantageux, que de le laisser ignorer à ses confrères, qui, dorénavant éclairés par son insuccès, agiront, non pas autrement, mais dans des circonstances plus favorables. Si tous ceux qui opèrent faisaient de même, ils se rendraient estimables. Au surplus, M. Civiale, en fournissant cette citation à l’avantage du caractère moral de M. Leroy, nous donne une nouvelle raison de croire ce qu’avance ce dernier, relativement à l’invention en litige.” Nous en resterons là pour ce qui concerne l’Histoire de la Lithotritie et les débats auxquels cette invention a donné lieu. M. Leroy ne doit pas seulement la réputation dont il jouit aux efforts persévérants qu’il a apportés au développement de cette méthode opératoire, si efficace et si philanthropique, d’autres travaux moins éclatants sans doute, mais aussi importants peut-être, ont encore contribué à la lui acquérir, des recherches sur l’asphyxie, un mode de traitement nouveau à employer pour rappeler les noyés à la vie, de nouveaux procédés pour la guérison des engorgements de la prostate et des paralysies de la vessie, des méthodes nouvelles pour le traitement des rétrécissements de l’urètre ; pour la taille sus-pubienne, pour la ligature des polypes des fosses nasales ; plusieurs nouveaux spéculum ; enfin divers procédés pour la guérison des fistules vésico-vaginales, pour la cure radicale des hernies ; pour celle des chutes de l’utérus, etc. ; tels sont les titres de M. Leroy à l’estime des praticiens et de l’humanité. M. Leroy n’a pas borné à la pratique ses investigations médico-chirurgicales. Il y a quelques années que MM. Dumas et Prévost, célèbres physiologistes, et le premier chimiste, voulant se rendre compte du phénomène de la contraction musculaire, essayèrent de prendre la nature sur le fait au moyen de dissections anatomiques, et arrivèrent à conclure que ce phénomène était purement mécanique, qu’il s’opérait par le plissement en zigzag des fibres musculaires sous l’influence du système nerveux ; d’où résultait leur raccourcissement. M. Leroy-d’Etiolles, de concert avec M. Fodera de Palerme, reprit ces expériences qui lui permirent de reconnaître que ce que MM. Prévost et Dumas avaient considéré comme le principe du phénomène, n’en était que la conséquence, que le plissement en zigzag n’était que passif dans la contraction, que les fibres vraiment contractés se gonflent et se raccourcissent. La physiologie a encore été enrichie par d’autres travaux de M. Leroy, entre autres par des recherches qu’il fit avec M. Cocteau, son ami d’enfance, sur la reproduction du cristallin, sur les animaux dont l’œil est sain.—Divers mémoires et brochures ont aussi été publiés par M. Leroy, sur divers sujets scientifiques ; l’hygiène lui doit aussi plusieurs inventions. Comme écrivain, M. Leroy n’est pas sans mérite, il expose avec méthode et clarté, il ne manque pas non plus d’imagination et d’originalité ; c’est sans doute là un des caractères de l’esprit inventif qui constitue son principal mérite ; cet esprit, il est vrai, est à la fois si rare et si utile, qu’on ne sait quoi lui préférer ; il faut donc l’accepter avec ses travers ; il périrait, sans doute tout entier, si on voulait le soumettre aux formes et au ton commun ; il n’est original que parce qu’il s’en éloigne, et il n’est inventif que parce qu’il est original. Il y aurait bien quelques reproches à adresser à M. Leroy-d’Etiolles, relativement à ces habitudes de ferrailleur qu’il a contractées dans la guerre qu’il a eu soutenir contre M. Civiale. C’est un défaut, il faut en convenir, mais il est commun à tant d’écrivains, surtout parmi les médecins, que ces reproches s’adresseraient au corps médical tout entier. MM. les médecins, dans leurs démêlés, ne sont pas des plus courtois. En général, il en est peu chez qui les traditions de scandale du siècle dernier ne se reproduisent chaque fois qu’ils mettent la plume à la main. M. Leroy, en prenant la querelle sur ce pied, ne fit donc que rendre dent pour dent. Disons en outre à sa justification, qu’après avoir mis dans la lutte au moins autant de courage et de générosité que son adversaire, le premier, il parle de paix et demande à mettre fin à la lutte, au nom de l’humanité qui réclame de nouveaux soins, au nom de la justice qui est nécessairement blessée dans un combat où les parties se font des armes de tout. A l’époque du choléra, l’administration des hôpitaux témoigna à M. Leroy-d’Etiolles, la confiance qu’il lui inspirait, en le choisissant pour le service de la salle de M. Récamier, qui venait d’être atteint par l’épidémie ; cette salle était à l’Hôtel-Dieu. S’il y avait quelque éloge à ajouter à la biographie de M. Leroy-d’Etiolles, nous dirions que MM. Boyer et Dupuytren, ces deux incarnations de l’art chirurgical, ne dédaignaient pas de faire venir le jeune praticien chaque fois qu’un cas de pierre se présentait dans leur salle, et de laisser ainsi leur vieille expérience se guider par les lumières d’un chirurgien adolescent. Cependant, ce n’est pas tout d’abord que M. Boyer avait adopté la lithotritie ; on sait que le Nestor de la chirurgie française, très peu enthousiaste de son naturel, était plutôt laudator temporis acti. Aussi, lorsque M. Leroy-d’Etiolles vint soumettre à son professeur son premier instrument de lithotritie, fut-il accueilli par une de ces plaisanteries familières que Boyer débitait avec l’accent limousin le plus prononcé : “Oh ! oh! Monchieu, lui dit-il, chest bien choli chela, mais je vous proposerai une petite modificachion, je ferais comme vous un trou à la pierre, puis j’y mettrais de la poudre à canon et je ferais chouer la mine. – Merci, mon cher maître, avait répondu M. Leroy-d’Etiolles, j’y songerai.” Cependant, Boyer qui était très bon, reprit : “ Che que je vous dis là n’est pas pour vous molester, mais pour vous empêcher de perdre votre temps à poursuivre des rêveries.” L’accueil d’Antoine Dubois fut à peu près semblable : “Tu es un fou, tu es un fou, tu es un fou” avait-il dit, en présence de son fils, le professeur Paul Dubois, à M. Leroy-d’Etiolles, et cependant, quelques années plus tard, le célèbre chirurgien devait à la lithotritie sa guérison. Quelques innovations utiles ont été fournies à l’hygiène par M. Leroy-d’Etiolles ; nous ne parlerons pas du clysoir dont le règne a été passager, mais des bourrelets à réseau élastique qu’il a substitués à ces épais matelas, au moyen desquels on protégeait la tête des enfants contre les chocs et les chutes. Voici comment il a été conduit à cette innovation : M. le docteur Ratier, médecin du collège Rollin, venait de recevoir de la société de médecine de Bordeaux, un prix décerné au meilleur mémoire sur l’éducation physique des enfants. Dans ce travail, il s’était élevé contre l’usage des bourrelets rembourrés. M. Leroy-d’Etiolles, son beau-frère, discutait avec lui sur ce point. “Pourquoi, lui disait-il, au lieu de proscrire un utile préservatif ne pas l’améliorer.” Et deux jours après, existait le premier de ces bourrelets à réseaux en baleine, en paille et joncs que nous voyons sur les têtes de tous les enfants. M. Leroy-d’Etiolles n’a pas fait à la chirurgie seulement l’application de la faculté inventive dont il est doué. Comme M. Heurteloup, il a imaginé des armes de guerre, et dans le nombre, nous citerons un système de bombes éclatant par le choc contre le but ; un filet destiné à arrêter les charges de la cavalerie, filet composé d’un certain nombre de petits hamacs qui peuvent servir de lits aux soldats et se joignent pour former un réseau défensif dans lequel s’embarrassent les pieds des chevaux; un système de conducteurs de fusées sous-marines pour la défense de l’entrée des ports. Il en a été des innovations proposées par M. Leroy-d’Etiolles, comme du fusil à amorce continue de M. Heurteloup, elles ont été rejetées ou ajournées par le comité d’artillerie de France. Mais ces deux hommes qui ont entre eux tant de points de contact par la nature de leurs idées, obéissent cependant à des impulsions différentes. M. Heurteloup n’a pas un goût prononcé pour l’art de guérir, aussi l’avons-nous vu délaisser, dédaigner même la lithotritie pour se consacrer tout entier à la poursuite de ses idées extra-médicales. M. Leroy-d’Etiolles, au contraire, passionné pour sa profession, fait de la chirurgie sa grande affaire, et toutes ces inventions, que nous le voyons semer çà et là, sans grand souci de ce qu’elles deviendront, sont pour lui un délassement de l’esprit, le plus souvent même il lui est arrivé de cacher leur origine ; et la raison qu’il en donne est, suivant l’expression de l’Evangile, celle d’un enfant de la terre. “Je me suis trop bien trouvé pour mes intérêts pécuniaires, disait-il, d’être un homme spécial, pour travailler à affaiblir cette croyance, j’aurais beau dire qu’il en est de l’intelligence comme de la terre que le changement de culture repose, on n’en croirait rien ; on trouve naturel qu’un homme de science passe ses soirées à jouer aux cartes, aux échecs, ou à tel autre jeu qui demande une grande contention d’esprit ; mais on ne lui permet pas de se délasser d’une manière utile, sous peine de laisser croire qu’il néglige le point pour lequel l’opinion lui avait reconnu de l’aptitude ou même une supériorité.” Nous pensons, nous, que la réputation de M. Leroy-d’Etiolles comme chirurgien spécialiste est trop bien assise pour qu’elle ait à souffrir de nos indiscrétions, et nous allons les continuer. Nous connaissons de lui une charrue, ou plutôt une araire, dont l’entrure est graduée par une roue placée dans le versoir, non pas d’une manière fixe comme dans la charrue américaine, mais obéissant à un mouvement de mancherons articulés, ce qui évite au laboureur de soulever l’araire à la force des bras pour la faire mordre. Nous avons entendu M. Brionne, professeur à Grignon, vanter le mécanisme de cette araire, ajoutant qu’elle était seulement un peu trop sensible, et qu’au moyen de légers changements, elle deviendrait un excellent instrument aratoire. Par le livre de Héron d’Alexandrie, Spiritalium liber, traduit du grec en latin par ordre du pape Urbain, en 1583, nous avons appris que les prêtres égyptiens connaissaient la puissance motrice de la vapeur et de la dilatation de l’air par le calorique, mais qu’ils l’employaient seulement à produire des effets qui devaient surprendre la multitude, par exemple, à ouvrir et fermer les portes du temple sans l’intervention apparente de la main des hommes, et à mettre en mouvement des personnages qui tournaient en cercle. Ce dernier mouvement s’obtient au moyen d’un tube percé latéralement de deux trous à ses deux extrémités, mais dans des directions opposées ; ce tube est joint par son milieu avec un autre tube qui lui sert d’axe et qui communique avec le foyer ou la chaudière : la vapeur s’introduit dans le tube, s’échappe par les ouvertures et produit une réaction ou recul qui repousse le tube et le fait tourner en sens inverse de la direction des ouvertures par lesquelles la vapeur s’échappe. Sur ce tube est fixé une sorte de tambour, et sur ce tambour sont placés les personnages qui forment les danses. Igne accenso calefactus aer per fistulam in tubum procedit ex tubo autem per inflexos tubulos expulsus et arœ alveo inhœrens convertit tubum, et animalia chorea ducuntur. Telle est l’origine de la machine à vapeur rotative, à réaction, qui commence à lutter avec la machine à cylindre et à piston, et qui ne tardera peut-être pas à la remplacer. Ce système si simple a reçu de M. Leroy-d’Etiolles plusieurs dispositions nouvelles : pour diminuer la résistance qu’opposent au mouvement du bras creux l’air et la vapeur contenus dans le tambour, ce bras a été renfermé entre deux plaques minces de cuivre figurant une lentille par leur réunion. Dans le but de renverser à volonté le mouvement de rotation, un bras à doubles compartiments a été substitué au bras simple, et la vapeur passe à volonté dans l’un ou dans l’autre. Afin de rendre la détente de la vapeur profitable à cette espèce de machine, un double système de clapets à tiroir a été placé sur le tube d’arrivée de la vapeur et sur les ouvertures de sortie, elles sont mises en jeu par le mouvement des rotations. Assimilant, non sans raison, la cause du mouvement de la machine à réaction à celle des fusées, et sachant que la puissance de projection et d’effet de celles-ci est décuplée par l’eau, M. Leroy-d’Etiolles a eu l’idée de remplir d’eau le tambour dans lequel le bras tourne : la vapeur non condensée se rassemble dans un récipient placé à la partie supérieure, là elle se dépose ou s’emploie utilement. Quelques autres modifications relatives à la transmission et la régularisation du mouvement, complètent les modifications apportées à la machine rotative par un chirurgien, dont les travaux médicaux sont si nombreux, que l’on ne supposerait pas qu’il pût penser à autre chose ; la plupart de ces dispositions nouvelles ont été exécutées, soumises à l’expérience, et il est probable que si Cockerill, ce roi de l’industrie du fer, eût vécu, elles auraient reçu le développement dont ce grand mécanicien les avait jugées susceptibles. La catastrophe du chemin de fer de la rive gauche (8 mai 1842) a été pour M. Leroy l’occasion de donner carrière à son imagination ; il a envoyé à la commission chargée de prévenir les accidents, divers projets relatifs à deux systèmes d’enrayage à un avant-train qui empêche la chute des locomotives à quatre roues, et à une nouvelle disposition de soupape. Semblable aux poissons qui répandent leur frai sans savoir quand et par qui il sera fécondé, nous voyons l’homme dont nous venons d’écrire la vie, répandre, sans s’inquiéter quand et par qui elles seront complétées, des idées marquées presque toutes au coin de l’invention ; mais s’attachant à une seule, la poursuivant avec ténacité, ne souffrant pas qu’aucun de ses rivaux le dépasse, et travaillant à démontrer que s’il a donné à l’étude des maladies des voies urinaires, le nom d’urologie, c’est qu’en effet cette connaissance est devenue une branche importante de l’art de guérir, nous pourrions presque dire une science nouvelle. M. Leroy-d’Etiolles est chevalier de la Légion d’honneur, de l’ordre Léopold, etc. Il est membre d’un grand nombre de sociétés savantes ; il appartient à l’Académie de Saint-Pétersbourg, à la Société médico-chirurgicale de Berlin, à la Société royale de médecine d’Edimbourg, à l’Académie de Munich, aux Sociétés de médecine de Nancy, Bruges, Anvers, Gand, Malines ; au Conseil de salubrité de Bruxelles, à la Société de médecine de Guadalaxara, etc. L. Dubois. » Leroy d’Etiolles demeurait 5, rue de Louvois en 1828 ; 71, rue Saint-Anne en 1830-1831 ; 7, rue Saint-Fiacre en 1833. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Rémond, Jean-François ; Archives de Paris VD4 11 pièce 3161 Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes qui ont fait enregistrer leurs titres aux secrétariats de la préfecture de la Seine et des deux sous-préfectures du département de la Seine, jusqu’au 31 mai 1833 (sous le nom de Leroy d’Etiolles, Jean-Jacques, Joseph) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/L/15 Récompenses honorifiques ; Archives nationales F/1dIV/M/1 in dossier Magendie ; Archives de la préfecture de police AA 396 in dossier Lagoublaye de Ménorval, Eugène, Jean, Laurent ; Archives de la préfecture de police AA 401 in dossier Masson, Joseph, François ; Archives de la préfecture de police AA 406 in dossier Parent, Pierre. Il n’est pas dans la base Leonore

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