Leroy, Théophile, Stanislas
Biographie
Né vers 1809. Teneur de livres. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet la lettre suivante à la Commission : « Ainsi que tous les patriotes qui ont concouru au renversement du roi parjure de la légitimité en 1830, je fus électrisé par les nouvelles des combats qui se livraient dans les rues de Paris et je partis avec la colonne rouennaise qui venait aussi combattre. Nous n’arrivâmes que pour assister à l’abdication de Charles X. Laissant ma famille pendant plusieurs jours dans les plus cruelles alarmes, ayant sacrifié mon avenir pour faire mon devoir de citoyen en contribuant de tout mon pouvoir au renversement de celui qui protégeait mes protecteurs, je n’osais plus retourner dans mon pays puisqu’ils avaient été destitués par la révolution mais aussi avec l’aide de quelques personnes qui avaient connu ma famille j’obtins un emploi de surnuméraire appointé à six cents francs au service sédentaire de l’octroi de Paris. Quelques mois après mon admission, la révolution belge éclata. Transporté d’enthousiasme à la vue du 1er hussards qui quittait Paris pour aller à la frontière et rempli d’illusions si naturelles à vingt et un ans, je fis des démarches dans presque tous les corps en garnison à Paris pour me faire admettre comme volontaire mais un varicocèle fut un obstacle insurmontable à mon admission. Désespéré de ce résultat, je revins solliciter ma réintégration à l’octroi mais les portes m’en furent fermées quoique je n’avais laissé que de très bonnes notes sur mon compte. 1832 arriva et la mort du célèbre Lamarque, aussi j’assistai à son convoi ; vous en connaissez tous les suites, citoyens. En fuyant du pont d’Austerlitz, je désarmais seul, avec deux pistolets le sergent (décoré de Juillet) du poste Beaumarchais ; survint alors quelques tout jeunes gens, sans armes, qui, avec mon aide, désarmèrent le reste du poste. De là, nous allâmes désarmer le poste qui se trouvait là où est actuellement la douane. Ensuite, nous allâmes au poste du boulevard du Temple mais la résistance de la garde nationale fut tellement opiniâtre que nous ne pûmes la désarmer. Ne voulant pas commencer le feu sur cette garde, nous nous dirigeâmes vers la porte Saint-Martin, où le premier coup de feu fut tiré par moi sur les carabiniers qui s’y trouvaient en station. Un cheval fut frappé à la tête et tomba. C’est alors qu’une nuée de voltigeurs fondit sur nous au pas de course et nous refoulèrent rue Sainte-Apolline, où nous restâmes à tirailler jusqu’à la fin du jour, moment où nous prîmes les premiers aliments de la journée et où je fus arrêté près de l’église Bonne-Nouvelle par deux factionnaires de la ligne mais j’eus assez d’énergie pour renverser ces deux factionnaires, ainsi qu’un troisième qui survint mais en abandonnant mon arme, car il est probable, citoyens que ne n’aurais besoin de rien aujourd’hui. Pour me soustraire aux investigations de la police, je retournais en Normandie jusqu’au moment où, apprenant les enrôlements pour le Portugal, je partis pour contribuer à la destruction de la tyrannie qui pesait sur ce pays. Depuis, je me suis marié, ensuite j’ai professé en qualité d’instituteur communal pendant sept ans et demi à Fours (Nièvre). Cette profession, si mal rétribuée, me la fit abandonner et depuis 1841 j’ai travaillé dans la même maison en qualité de teneur de livres. Cette maison depuis cette dernière époque m’a confié la gestion d’une fabrique de noirs, où je suis encore en ce moment, mais les affaires ont été si mauvaises, surtout depuis la fin de 1846, et n’ayant pu faire produire à cet établissement les résultats qu’on en espérait que je me vois à la veille de perdre un traitement de trois mille trois cents francs, étant sur le point d’en terminer la liquidation. Je réclame donc de votre justice, citoyens, non des secours pécuniaires mais un emploi qui me mette à même de nourrir une femme, trois enfants et ma vielle mère, infirme, et une belle-sœur, jeune, toutes deux à ma charge, la première depuis dix ans et la seconde depuis un an. Si je n’avais toujours consulté que mes intérêts personnels après la révolution de Juillet, j’aurais aujourd’hui dix-sept années de service à l’octroi de Paris et un emploi qui pourrait bien être de trois mille francs. Je crois donc, citoyens, que vous ne pouvez accueillir la demande d’un homme plus sincère que moi car ce que j’ai toujours voulu et ce que je veux encore c’est la liberté avec l’ordre et le gouvernement républicain, que je crois le seul capable d’assurer le bien-être de tous par l’intelligence et le travail. Quoi que vous décidiez de ma demande, citoyens, je n’en resterai pas moins attaché par la plus ferme conviction aux principes de liberté, égalité, fraternité proclamés par notre glorieuse révolution de 1848. » Leroy ne se présenta pas aux convocations de la Commission, ayant été arrêté pour sa participation à l’insurrection de juin 1848 et transporté. Il demeurait à Rouen (Seine-Maritime en 1830 ; 42, bd des Amandiers en 1848. Archives de la préfecture de police AA 398. Il est dans la liste des transportés de juin 1848, indiqué comme fabricant de noir.