Lescalier, Pierre
Biographie
Menuisier. Il s’était, le 16 juillet 1830, associé pour établir un fonds d’ébénisterie, situé 58, passage Brady, avec Bonal, ébéniste, pour une durée de trois ans : Bonal avait apporté trois mille francs représenté en « matériaux, outils, meubles confectionnés et autres » et Lescalier mille cinq cents francs en espèces. Bonal mourut dans les combats, alors qu’ils combattaient tous deux dans la rue Saint-Honoré. Le 2 octobre 1830, Lescalier faisait parvenir la lettre suivante au préfet de la Seine : « L’Escalier, Pierre, a, le 28 juillet dernier, dans le plus fort du combat, dans la rue Saint-Honoré, perdu son associé, Claude Bonal, qui fut sabré impitoyablement par la garde royale, contre laquelle il luttait avec nous. Nous avions formé notre association le 16 juillet, […] divers achats avaient eu lieu, mes quinze cents francs versés et ustensiles apportés, comme quelques ouvrages commencés, quand la patrie nous appela. Aussitôt l’accident de mon associé connu, notre propriétaire fit fermer l’atelier et, à mon retour du combat, me refusa toute entrée, toute exploitation, tout exercice de mon état. La justice ne siégeait pas encore, tout était en suspens et moi sans outils, sans argent, lesquels se trouvaient entre les mains de mon dit associé. J’avais les bras liés et sans pouvoir rien faire, rien entreprendre. Aujourd’hui, et après avoir écrit au pays de mon malheureux associé, victime et mort pour la gloire de notre belle patrie, pouvoir est arrivé de partager et arranger l’affaire. Monsieur Vincent, rue Thévenot à la mairie, a été chargé de procuration. Le propriétaire fait valoir son privilège ! Mes quinze cents francs sont disparus ! Mon temps de deux mois écoulé sans pouvoir utiliser, et mon argent aujourd’hui totalement perdu, ce qui était tout mon patrimoine et mes outils enfermés durant tout le temps. Tout ceci me force, monsieur le préfet, vu que l’on veut me ruiner tout à fait, en ne me faisant que seulement l’offre de pouvoir prendre la boutique, en donnant trois cent francs en argent, de conserver les ustensiles et tout y contenu ; mais où prendre les fonds quand mon capital a disparu ? Je vous supplie de daigner être mon organe auprès de la Commission des récompenses nationales. J’ose espérer par votre justice du secours, convaincu que la Commission, après avoir pris la conviction de tout ce que de dessus (sic), ne laissera pas en ruine un jeune patriote dont l’associé périt, sans pouvoir lui rendre nul compte et qui par suite de cet accident resta à la merci des événements. » Il comparut, le 11 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) Ve arrondissement, pour attester connaître parfaitement Bonal et savoir qu’il « a été victime de son dévouement pour la cause de la liberté dans les mémorables journées de juillet 1830 ; que le 29 dudit mois ils l’ont vu sortir de chez lui armé et allant s’associer aux braves défenseurs de la cause nationale et qu’ils ont appris que le même jour il avait été tué d’un coup de sabre dont un garde royal lui avait fendu la tête dans la maison du chapelier rue Saint-Honoré au coin de la rue de Rohan et qu’en effet son acte de décès a été établi sur l’attestation de témoins oculaires ». Il demeurait 2, rue Courtalon en 1830. Archives de Paris VD6 281 n° 1 (où il signe L’Escallier) ; Archives nationales F/1dIII/45 in dossier Bonal, Claude.