Leserré, Charles
Biographie
Né le 7 février 1797 (mais le 17 février 1797 in Archives nationales F/1dIII/39) à Bassay (Yonne). Médecin-chirurgien, reçu le 30 août 1830 à la faculté de Paris. Encore étudiant, il participa à la défense de Paris lors de l’invasion du pays par les Alliés en 1814 et 1815, selon les certificats qui lui furent délivrés en 1830 et ainsi rédigés : « Je soussigné, chevalier de la Légion d’honneur, ancien surveillant et chef militaire de l’Ecole impériale vétérinaire d’Alfort, commandant le bataillon des élèves de cette école à la défense du pont de Charenton, le 30 mars 1814, sous les ordres de M. Renard, major de la demi-brigade d’infanterie légère et commandant d’armes de la place, certifie que le sieur Lesseré, maintenant docteur en médecine, faisait, à cette époque, partie dudit bataillon et qu’il s’est comporté de la manière la plus distinguée dans cette défense, quoiqu’il ne fût alors âgé que de seize ans. Je certifie, en outre, qu’après la prise du pont de Charenton et Paris par l’ennemi, ayant battu en retraite avec mon bataillon jusqu’à Blois, par la traverse, ledit Leserré est resté ferme à son poste et que je puis faire que le plus grand éloge de sa bravoure et de sa bonne conduite, non seulement dans ces circonstances périlleuses mais encore tout le temps qu’il a été à l’Ecole sous mes ordres. » Signé Caplacy. Et cet autre certificat, du même : « […] L’Empereur Napoléon, avant son départ pour la désastreuse campagne de Waterloo, ayant formé les élèves de cette école en compagnies d’artillerie pour les récompenser de leur belle défense au pont de Charenton, le 30 mars 1814, le sieur Lesseré, maintenant docteur en médecine, faisait partie d’une de ces deux compagnies à la tête desquelles j’ai défendu les Buttes, Charonne et Belleville, à la dernière invasion, et qu’il s’est comporté dans cette circonstance comme dans l’autre, en allant avec plusieurs de ses camarades attaquer en tirailleurs, avec la plus grande bravoure, les avant-postes anglais qui étaient devant nous dans la plaine des Vertus. » Il fut, sous la Restauration, victime de « contrariétés rebutantes » à cause de ses « opinions constitutionnelles » et disait devoir à Dulong, professeur à la Sorbonne, d’y avoir été soustrait. Il combattit pendant les trois journées et Le Constitutionnel du 12 août 1830 relatait à son sujet : « Le docteur Lesséré (sic), alternativement occupé à se battre et à soigner les blessés. » Larue, qui le présentait comme son meilleur ami, donnait le récit suivant de sa participation aux trois journées : « M. Charles Lesseré, demeurant rue de la Harpe, en face la rue du Fain, reçu docteur en médecine le 30 août dernier, est parti de chez lui le 28 juillet au matin, avec son fusil et des munitions qu’il avait lui-même préparées. Il n’a cessé de combattre le 29 qu’après l’entière défaite de l’ennemi. Il s’est particulièrement distingué à l’attaque de la place de Grève et à la prise du Louvre. Il a été assez heureux pendant ces deux journées pour ne recevoir qu’une balle morte à l’index de la main droite et cependant il n’avait pas quitté les lieux du combat et n’avait momentanément déposé ses armes que pour prodiguer aux blessés qui l’entouraient les secours de son art. Peu d’hommes sont capables de son énergie et de son courage. Son dévouement à son pays n’est pas nouveau ; en 1815, quoique fort jeune, il a combattu pour l’indépendance de sa patrie comme aujourd’hui pour la défense des libertés publiques. » Il était aussi porteur d’un certificat du général Dubourg, ainsi rédigé à la date du 10 août 1830 : « Je, soussigné, certifie que le docteur Lesseré est un des braves qui ont combattu dans les mémorables journées de Juillet, que tantôt combattant pour la liberté et tantôt prodiguant les secours de son art aux blessés, sa conduite digne d’éloges lui mérite l’estime des bons citoyens et des vrais patriotes. » Un autre certificat reprenait dans quelles circonstances il s’était opposé à ce qu’on fusillât un militaire, désarmé : « Nous, soussignés, attestons la vérité des faits suivants. Le 29 juillet 1830, M. le docteur Lesseré s’est montré animé du meilleur esprit pour la défense des libertés publiques. Nous l’avons vu rentrer ce même jour à 5 heures du soir environ de la prise du Louvre, où il avait reçu une légère blessure au doigt indicateur droit. Après avoir déposé ses armes, il sortait de chez lui comme simple curieux, lorsqu’un homme, accompagné de beaucoup d’autres ajustait son fusil au milieu de la rue parmi les habitants contre un militaire désarmé qui rentrait paisiblement à la caserne rue du Foin et contre qui ce même homme avait déjà tiré. M. le docteur Lesseré, partageant l’indignation des habitants du quartier qui voyaient exposés au plus grand danger non seulement le militaire mais encore leurs femmes et leurs enfants, courut pour s’opposer à la décharge du fusil. Un des individus qui accompagnaient celui que M. Lesseré venait de contenir, chargea son fusil pour ajuster de nouveau le malheureux soldat. M. Lesseré se jeta sur lui pour le désarmer et fut assailli dès l’instant par la troupe entière, contre laquelle il eut à lutter corps à corps. Ce ne fut qu’en la repoussant et la dispersant qu’il put sauver sa vie. » Signé Desbled aîné, propriétaire ; Goblet, professeur de langues ; Augustin, demeurant 53, rue de la Harpe ; Hacq (illisible), graveur du dépôt de la Guerre ; Leroy, demeurant 57, rue de la Harpe ; Regnier, tonnelier, demeurant 60, rue de la Harpe ; Gardaire, demeurant 51, rue de la Harpe ; Chenu, 54, rue de la Harpe ; Boulanger, demeurant 36, rue de la Harpe ; Poirier ; Minaut (illisible), demeurant 47, rue de la Harpe. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (il signe bien Lesseré) (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il demeurait 58, rue de la Harpe en 1830-1831 ; 84, rue Montmartre en 1843 ; 14, bd Montmartre en 1854. Le Constitutionnel, 12 août 1830 (par erreur sous le nom de Lesséré) ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, Etat des citoyens décorés de la Croix de Juillet, dont la décoration n’a pas encore été retirée (sous le nom de Lesserré), idem liste des décorés qui n’ont pas retiré leurs croix ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 ; Archives de Paris VD4 11 pièce 3166 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins, chirurgiens, officiers de santé et sages-femmes dressée le 26 décembre 1843 (sous le nom de Lesseré, Charles), idem pièce 3173 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins, chirurgiens, officiers de santé et sages-femmes dressée le 22 août 1854 (sous le nom de Leserré, Charles) il n’est pas dans les précédentes années disponibles in Archives de Paris VD4 11 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/L/15, dossiers de la Légion d’honneur (par erreur sous les noms de Lessené et Lesserné) ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations. Il y a in Archives de la préfecture de police AA 394 in dossier Jannin, François dans l’exposé que faisait ce dernier de sa participation aux combats de Février la mention suivante le concernant ? « […] Le lendemain 23, j’ai contribué à élever les premières barricades dans la rue Saint-Denis, entre les rues Guérin-Boisseau et du Caire. Ce fut un signal électrique ; toutes les rues adjacentes se hérissèrent de barricades en un clin d’œil. Je partis, en qualité de volontaire, dans les rangs de la compagnie de la garde nationale, recommandé par le capitaine Lesserré, sur la place du Palais-National (lire Palais-Royal, N.D.A.). Je combattis avec elle à l’attaque du Château d’eau et je pris part à la prise des Tuileries […]. »