Lesque, Jérôme, Benjamin
Biographie
Né le 15 septembre 1796 à Saint-Cannat (Bouches-du-Rhône). Ancien directeur des postes, étudiant en médecine en 1848. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 10 mai 1848, la lettre suivante au ministre des Finances : « Je viens avoir l’honneur de solliciter de votre équité un grand acte de justice : ma réhabilitation, ma réintégration dans l’administration. Voici ce dont il s’agit. Pour avoir pris une part active à la révolution de juillet 1830, je fus nommé directeur des postes de chef-lieu d’arrondissement à Apt (Vaucluse). Après plusieurs années de bons services, je fus, en janvier 1834, envoyé d’Apt à Lodève (Hérault) à titre d’avancement. Tant à Apt qu’à Lodève, je fus boudé et dénoncé comme républicain par les fonctionnaires, parce que je les faisais pas jouir de la franchise limitée. Lors de l’instruction du procès politique Fieschi, il me fut demandé des renseignements touchant au secret des correspondances des fonctionnaires. Indigné de me voir faire une telle demande, violant ce qu’il y a de plus sacré, je répondis sur-le-champ par un refus. Un mois après ce refus, je fus suspendu. Le lendemain de ma suspension, j’écrivis à M. Conte, directeur général des postes, pour prier qu’il ne fût rien décidé avant que l’administration m’eût entendu et que j’eusse vu le rapport de ma suspension, resté secret pour moi... Un mois s’étant écoulé sans réponse, la crainte de me voir sacrifié à l’animosité du sous-préfet de Lodève, que j’aurais fait condamner comme calomniateur si l’administration avait été d’avis que je le poursuivisse, et le désir, le besoin de mettre un terme aux tracasseries incessantes et insupportables de ce magistrat et d’un autre voulant que je leur accorde des passe-droits, des privilèges (choses que j’abhorre) me fit prendre, pour en finir, la résolution extrême de donner ma démission (quoique je n’eusse que ma place rapportant, tout réuni, près de quatre mille francs et que j’eusse de prochaines espérances d’avancement) et d’aller à Paris terminer mes études médicales à l’aide de mon cautionnement de trois mille francs. Mais deux jours après l’envoi de ma démission, ayant reçu une lettre administrative m’annonçant que j’avais été révoqué comme coupable de plusieurs actes de concussion à propos de deux surtaxes s’élevant au total de quatre-vingts centimes non enregistrés par erreur, devais-je courber la tête et subir cette odieuse et brutale mesure. Pour mon honneur, je ne le pensai pas, je protestai sur-le-champ et je me rendis aussitôt à Paris, d’où je n’ai jamais cessé de protester et de solliciter réintégration ou renvoi à a justice comme accusé de concussion. J’ai fait peut-être plus de cent demandes dans ce sens. Les dernière en date des 1er mai 1846 au roi, 25 septembre 1847 à M. Dejean, directeur général des postes, 12 octobre 1847 à M. Guizot, président du Conseil (je la lui ai remise moi-même dans une audience qu’il m’accorda ce jour), et 28 octobre 1848 à M. Dejean susnommé, sont restées sans réponse comme les autres. Pour prouver par deux autres faits comme le gouvernement immoral de Louis-Philippe entendait et pratiquait la justice, je dirai : 1°) que M. Conte a répondu à deux reprises « qu’il reconnaissait que le rapport sur lequel était basée ma révocation était entaché d’inexactitudes et de faux même mais qu’il ne pouvait revenir sur ma révocation par l’unique motif qu’il s’était imposé la règle immuable de ne point revenir sus ses décisions ; qu’il savait bien que cette règle pouvait avoir l’inconvénient de faire quelques victimes ; que j’en étais une sans doute ; mais que c’était un malheur, un malheur nécessaire pour l’immuabilité de sa rège ». je l’avoue, cette réponse faillit me pousser à un grand malheur. 2°) Que le directeur des postes de Toulon, révoqué pour avoir abandonné en juillet 1835 son poste par peur du choléra (désertion qui fut imitée par tous les autres agents du bureau moins deux) fut, moins de six mois après, réintégré avec avantages et qu’après avoir dirigé six ans le bureau d’Orléans, il dirige aujourd’hui et depuis assez longtemps l’un des bureaux d’arrondissement de Paris tandis que moi qui ai fait mon devoir toujours avec zèle et notamment en offrant le jour même de cet abandon d’aller à Toulon afin d’y être employé pendant la durée du fléau, et en faisant le refus précité j’ai été révoqué arbitrairement, brutalement et irrévocablement jusqu’à ce jour. Aujourd’hui, monsieur le ministre, que le système odieux qui pesait sur la France est passé sans retour, j’espère et sollicite bonne et prompte justice. Une recette particulière à Paris ou dans les départements, un bureau de poste important à Paris ou dans les départements, ferait mon affaire, serait justice, serait un juste dédommagement des irréparables désagrément et des préjudices notables que je subis depuis plus de douze années, par suit du déni de justice. La justice le veut, vous le voudrez aussi, j’ose l’espérer. Dans cette attente, etc. » Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le 24 février dernier, vers 10 heures du matin, j’ai vu le citoyen Lesque, ancien fonctionnaire, empoigner le fusil d’un citoyen, en lui disant : “Donnez-moi cette arme puisque vous rentrez chez vous.” Que ce citoyen lui ayant refusé son arme, en lui disant : “Je vais prendre des cartouches et retourner à la porte Saint-Martin, où je me bats depuis une heure.” Le citoyen Lesque lui dit : “Si c’est comme cela, bien comme cela, à la bonne heure.” Qu’alors je demandai au citoyen Lesque, cherchant une arme partout, s’il voulait un fusil ; qu’il me répondit : “Oh ! oui, vite, vite s’il vous plaît, vous me ferez grand plaisir.” Que j’entrai avec lui chez moi et que je lui remis un fusil, en lui disant : “Voilà le dernier de quatre ou cinq que j’ai reçus ce matin pour distribuer.” Qu’il me remercia comme si je lui rendais la vie. Il est à ma connaissance que le citoyen Lesque dirigea, se mettant à leur tête, un grand nombre de citoyens ouvriers armés qui descendaient la rue Saint-Victor, pour les conduire à la place du Panthéon où se trouvaient le 14e de ligne (qu’il avait vu tirer sur lui la veille au soir sur le boulevard des Capucines), des dragons et autres. » Signé, le 4 avril 1848 : Beudon, Ernest, manufacturier de couvertures, demeurant 161, rue Saint-Victor. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussignée, certifie que le jeudi 24 février dernier vers 11 heures du matin, le citoyen Lesque, ancien fonctionnaire, armé d’un fusil, entra dans mon café avec un ouvrier ; qu’il lui paya de l’eau-de-vie parce qu’il avait activement coopéré à la formation des barricades ; que le citoyen Lesque venait de la préfecture de police, où il était avec un nombreux rassemblement pour faire rendre les armes aux gardes municipaux qui étaient enfermés dans la cour de la préfecture de police ; qu’il retourna incontinent dans ce rassemblement dans le même but ; qu’il fit bientôt rendre ces armes, qui furent distribuées à ceux du rassemblement qui n’en n’avaient pas et qu’aussitôt après c’est-à-dire vers midi il partit pour les Tuileries, suivi de braves qui ne se firent point prier pour marcher où il pouvait y avoir encore quelque chose à faire. » Signé, le 12 avril 1848 : femme Perrin, tenant le café du 8, quai des Orfèvres ; Tisseyre, Ph., étudiant en médecine, présent dans le café et qui attestait la véracité de tout ce qui était inscrit dans le certificat ; Vignon, Jules, artiste peintre, demeurant 76, rue Montmartre. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, maître d’hôtel rue Saint-Hyacinthe-Saint-Michel n° 8, déclare avoir vu, le jeudi 24 février dernier, le citoyen Lesque aux Tuileries, dans la chambre de la duchesse d’Orléans, au moment où j’avais pris la défense d’un individu soupçonné d’être mouchard par les ouvriers. J’atteste de plus que le citoyen Lesque a contribué au salut de cet homme, que j’ai rencontré deux fois depuis aux environs de la préfecture et que je crois certainement employé à la police comme il était soupçonné par le peuple. » Signé, le 10 avril 1848 : Tarteyre. Il fut recommandé par la Commission pour un emploi de directeur des postes soit à Paris soit dans un département et pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il fit, le 15 mars 1848, un don au ministère de l’Instruction publique, de huit cents exemplaires d’un ouvrage dont il était l’auteur : Prononciation parlée des vingt-cinq lettres de l’alphabet, ou Méthode naturelle de lecture, par laquelle on sait lire dès que l’on sait l’alphabet, parue en 1842 et publié par l’auteur. Il était célibataire et avait sa mère, septuagénaire, à charge en 1848. Il demeurait 4, rue du Paon près de l’Ecole de médecine en avril 1848 puis 106, rue Montorgueil en 1848. Archives de la préfecture de police AA 398.