Letellier, Félix

Biographie


Né le 3 mars 1803 à Paris. Médecin. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il était recommandé par Dussard (voir ce nom) ; Letellier précisait à ce sujet que lui-même était « un des fondateurs actifs de la belle Tannerie d’Ivry, sous la direction du citoyen Dussard, combattant de juillet 1830 et février 1848 ». Le 2 mars 1848, il adressait la lettre suivant à la Commission : « Médecin militaire pendant quinze ans dans les hôpitaux, au 26e et au 40e de ligne, j’ai appris à commander, à obéir. J’ai pris une part active aux journées de 1830. J’ai refusé la Croix de Juillet, répondant à mon colonel qu’une telle récompense serait un souvenir de guerre civile. [A Metz en 1831, il a dû soutenir trois duels dans une matinée pour la cause polonaise. Ce souvenir est vivant dans la mémoire des habitants et de la garnison d’alors, précisait-il aussi dans une autre lettre N.D.A.]. En 1832, lors du choléra, j’ai payé deux fois de ma personne, à Paris et à Metz. En janvier 1834, dénoncé comme républicain par M. Bret, préfet de Colmar, j’ai été destitué brutalement par le maréchal Soult, sans que mes chefs ni moi ayons été entendus (voir mon dossier à la Guerre). Rentré dans la vie civile, je me suis occupé de questions industrielles et d’études administratives. Sollicité en 1846 d’entrer au Chemin du Nord, j’ai été nommé chef de service du point le plus important de la ligne. C’est en cette qualité que j’ai réorganisé la gare de Lille (partie active, administrative et partie commerciale), j’ai rétabli la discipline, rappelé l’économie, j’ai fait une guerre incessante au gaspillage, à la malversation. Le 7 novembre 1847, j’ai offert, lors du banquet de Lille dont j’étais souscripteur, l’hospitalité d’un instant au citoyen Crémieux, signalé comme meneur politique. J’ai vu redoubler à mon égard l’aigreur du banquier Rothschild et par suite les petites persécutions de ses agents. Ennuyé, j’ai offert ma démission, que le comité a accepté tout en me votant cependant deux mille cinq cents francs de récompense pour mes bons services. Enfin, j’ai pris une part des plus actives aux derniers combats. J’étais au boulevard de Capucines le mercredi soir à 10 heures, j’ai pansé trois blessés chez le pharmacien Planche. De là, j’ai été secourir un officier de la garde nationale mortellement blessé et déposé à l’angle de la rue Neuve-Saint-Augustin et du boulevard. Puis, au risque d’une méprise fatale, j’ai couru offrir mes soins au ministère des Affaires étrangères ; j’ai pansé quatre soldats ; une ambulance a été improvisée par mes soins. A 1 heure et demie du matin, rue Caumartin, j’ai mis dans un fiacre de moitié avec M. Lesseps, député, un ouvrier typographe, blessé de deux coups de sabre et d’un coup de baïonnette. Je l’ai conduit et pansé chez lui à Batignolles, place Lévis 3. Le lendemain jeudi, je n’ai pas quitté d’un instant l’attaque du poste de la place du Palais-Royal, conduisant les combattants, dirigeant leurs armes, que les quatre cinquièmes ne savaient pas ajuster. Je me suis avancé entre les deux camps avec les généraux Lamoricière et Duchamp, le lieutenant-colonel de la Ve légion, essayant mais en vain de faire cesser le feu des deux parts. La résistance du 14e de ligne se prolongeant, j’ai indiqué de quelle manière on pouvait aborder ce poste sans coup férir par les rues Fromentaux et de Chartres. J’ai conduit le lieutenant-colonel de la Ve légion reconnaître sa position, ce qui bientôt a décidé la prise de ce poste. Le gouvernement provisoire a besoin d’hommes honnêtes, intelligents, actifs et résolus, je suis un de ces hommes, mes preuves sont faites. J’ai donc l’honneur de vous offrir mon concours et je crois avoir assez fait pour mériter de le voir accepter. » Sa lettre était apostillée des signatures de Thourkauff, F., qui attestait que l’officier de la garde nationale tué avait été emporté chez lui ; de la signature d’Audriveau, inspecteur du service matériel, qui attestait la véracité des faits concernant les blessés recueillis au ministère des Affaires étrangères. Il joignait deux certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Bals, pharmacien, grande rue 23 à Batignolles, certifie que dans la nuit du 23 au 24 février M. le docteur Letellier a amené et pansé chez moi un ouvrier blessé de deux coups de sabre et d’un coup de baïonnette sur les deux avant-bras. » Signé le 17 juin 1848, aux Batignolles : Lebas. Le second certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le citoyen Letellier, dans l’affaire du 24 février, sur la place du Palais-National [nouveau nom du Palais-Royal, N.D.A.] m’a proposé de prendre des moyens pour pouvoir s’emparer du poste du château d’eau sans perte de sang ; que ce citoyen était animé des sentiments les plus patriotiques et que je lui dois particulièrement des remerciements, pour les soins qu’il a bien voulu me donner, me trouvant épuisé de fatigue par suite d’une marche forcée qu’avait précédé une longue maladie. » Signé, le 15 juin 1848 : Denis, officier de la Légion d’honneur, ex-lieutenant-colonel de la Ve légion. Suivait l’apostille suivante : « Je certifie que le citoyen Letellier était à l’affaire du Palais-Royal. Je l’ai rencontré et lui ai serré la main pendant le feu, au coin du café de la Régence. » Signé : Aubert-Roche, ex-commissaire général dans quatre départements. Le Comité d’enquête de la Commission des récompenses nationales donna sur son compte l’avis suivant : « […] Est d’avis à l’unanimité que la Commission des récompenses nationales fasse obtenir à ce patriote éprouvé les fonctions de sous-préfet. Dans ce poste éminent, il servira par son intelligence et son patriotisme la sainte cause républicaine. Le Comité d’enquête croit devoir recommander le citoyen Letellier d’une manière toute spéciale à la Commission des récompenses nationales et est heureux dans cette circonstance de pouvoir lui présenter un sujet aussi distingué. » Letellier était marié en 1848. Il demeurait 10, cité Lafontaine aux Batignolles en 1848. Archives de la préfecture de police AA 366, Comité d’enquête de la Commission des récompenses nationales, détenus politiques de 1830 à 1848 ; Archives de la préfecture de police AA 398.

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