Lièvre, Jean-Baptiste

Biographie


Né en 1803 à Lauterbourg (Bas-Rhin). Orphelin d’un officier comptable des armées de l’Empire, il s’engagea volontaire dans l’armée, contre l’avis de sa mère. Celle-ci, ayant perdu un frère qu’elle aimait beaucoup dans la campagne de Russie, voulut punir son fils de sa désobéissance et disposa de ses biens en faveur de sa fille, sous forme d’une vente simulée. Lièvre estimait lui-même le préjudice à environ quarante mille francs. Militaire en juillet 1830, blessé, il ne fut pas porté sur les travaux de la Commission des récompenses nationales. En 1842, il était peintre en attributs et, domicilié à Lembach (Bas-Rhin), continuait sans relâche d’obtenir un petit emploi, par exemple dans les colonies. En date du 29 décembre 1842, le maire de Lembach lui délivra un certificat attestant qu’il était « de bonnes vie et mœurs et qu’il n’est parvenu à la mairie aucune plainte contre lui ». En 1845, il en était à sa quinzième demande et relatait ainsi sa participation aux événements : « […] Je servais alors au 53e régiment de ligne, en garnison à Paris. Le hasard voulut que je sois de garde au poste établi à l’extrémité sud du boulevard du Temple, au jour du 27 au 28 juillet, quand des attroupements du peuple débouchèrent à la fois par les rues Ménilmontant, par celle de Crussol et par la rue des Fossés-du-Temple, pour venir désarmer le poste, disposition que j’ignorais moi qui me trouvais justement de faction devant le corps de garde, car autrement je n’aurais opposé aucune résistance et j’aurais dit que la volonté de Dieu soit faite, d’autant moins parce que le chef du poste se tenait dans l’intérieur du corps de garde avec la garde pour attendre les événements et plus indécis que moi sur le parti qu’il lui restait à prendre dans une circonstance aussi difficile pour un militaire dévoué à sa patrie et fidèle à son prince. Ceux des citoyens qui s’avançaient de face vers moi annoncèrent leurs intentions hostiles par quelques coups de feu, dont une balle traversa la guérite près de laquelle j’étais posté, ayant eu jusqu’alors comme paisible spectateur l’arme au bras, sur quoi je présumais que ce serait fait de moi. J’aurais mille fois préféré être en sentinelle perdue devant l’ennemi que devant des concitoyens dans un moment d’effervescence. Je me mis donc en devoir de vouloir remplir ma consigne, en leur défendant l’approche, tout en apprêtant mon arme. Mais deux nouveaux coups de feu ne m’annoncèrent pas une bonne intention de leur part. Dès lors, j’ai riposté à leurs coups de politesse. Mais, aussitôt, ils coururent sus, tandis qu’ils n’étaient alors qu’à cinquante pas de moi. Et à peine ai-je pu croiser la baïonnette, en m’acculant contre la guérite pour me mettre en état de défense, désespéré à ne pas me voir secouru par mes camarades. Je me vis assailli de toute part et j’eus en même temps à barrer diverses genres d’armes et d’instruments. J’avais fait de mon mieux pendant deux bottes, mais, à la troisième, je fus dérangé dans ma garde par un trop grand accablement et, tout à coup, je fus atteint légèrement par la pointe d’une baïonnette que je venais de relever moi-même à mon adversaire, qui, par une feinte, me la poussa dans le coin à gauche de l’œil droit, en en crevant le bord de la paupière inférieure, ou la pointe s’arrêta sur l’os de la cavité de l’orbite. Cependant le corps de l’œil ne fut pas endommagé. C’était avoir bien de la chance, mais le sang m’obstrua aussitôt la vue et je croisais encore la baïonnette que déjà je ne voyais plus d’aucun œil. Alors un ancien militaire, en saisissant le canon de mon fusil et en demandant pardon pour moi, me dit “Camarade, rendez-vous vous êtes un brave.” Il était bien farce car je devais bien ressembler à un Bélissaire ou bien à un ecce homo en peinture, car je fus dépouillé de mon fourniment et je demeurais là debout les mains vides, confus de ma dégradation pendant le temps que le poste eut aussi son tour sans résister, ce qui les rendit plus heureux que moi.[…] Des citoyens prenant des égards pour ma position me conduisirent dans une maison, où je me bandais mon œil blessé. Dès lors, je vis assez clair de l’autre pour me sentir capable de pouvoir faire cause commune avec le peuple, puisque les choses étaient ainsi. Je fus alors armé d’un levier de charpentier, en attendant que je puisse me procurer une autre arme. Après avoir parcouru avec ce détachement plusieurs rues du Marais, le désarmement du poste sur la place Royale me procura un fusil, lequel j’ai échangé contre celui qu’on m’a arraché car je tenais à le ravoir. Ce fut aussi sur cette place que nous avons passé la nuit du 28 au 29. C’est alors que je pris successivement part aux attaques à l’approche du Louvre, tel que dans la rue des Fossés-Saint-Germain, puis dans celle de l’Arbre-Sec et du Louvre, de la place du Carrousel du débusquement des Suisses du jardin des Tuileries et quand enfin je fus arrivé sur la place de la Concorde, en repoussant les Suisses qui s’étaient alors retranchés derrière la colonnade de l’hôtel du garde-meubles. Il existait en ce temps-là une baraque dans laquelle on avait exposé une baleine et qui était construite dans l’encoignure de la balustrade qui entoure les fossés du jardin des Tuileries côté nord-est en face du ministère de la Marine. C’est là, dis-je, que ne m’étais tenu à couvert derrière la susdite baraque durant une vive fusillade qui s’était engagée pendant un instant et je pus tirailler à mon aise quand au cri d’en avant je m’étais mis à découvert et que j’avançais jusqu’au passage qui correspond à la rue Royale et étant arrivé en face de la dernière borne à droite du côté de la rue Rivoli, une balle qui avait ricoché sur la borne vint me frapper de là dans la partie supérieure du mollet de la jambe droite. Je m’en fus de là me faire panser au pavillon Marsan où un chirurgien m’en fit l’extraction et le surlendemain l’on me transporta au Val-de-Grâce, où dès le mois d’octobre suivant le général Borelly me proposa pour une pension en me délivrant mon congé. Tandis qu’au mois de février suivant le lieutenant général Ledruc des Essarts, alors inspecteur général, délivra un ordre lequel me destina en subsistance dans la 16e compagnie de fusiliers sédentaires stationnée à Melun, en attendant qu’il soit statué sur mon sort pour une pension, ou les Invalides. Quand, après vingt mois d’attente, je reçus mon congé qui mentionnait la proposition à la pension. Comme j’avais été personnellement recommandé à monseigneur le duc d’Orléans par le général Farine dès 1832, je ne craignis pas de lui adresser toutes mes pièces justificatives et cela dans le courant d’avril 1842 pour qu’il daignât me recommander au ministère des Finances ce qu’il me fit annoncer aussitôt afin d’obtenir un humble emploi. Depuis ces pièces sont perdues ou égarées et tout a demeuré in statu quo. » Il reçut quarante francs de secours en 1845. Il demeurait à Lembach en 1842 ; à Gérardmer (Vosges) en 1845 ; à l’hospice de Remiremont (Vosges) en 1846. Archives nationales F/1dIII/64.

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Rejoining the server...

Rejoin failed... trying again in seconds.

Failed to rejoin.
Please retry or reload the page.

The session has been paused by the server.

Failed to resume the session.
Please reload the page.