Lisbonne, Auguste
Biographie
Né le 21 avril 1804 à Paris, fils d’Isaac et de Rachel Aspir. Artiste peintre, auteur des Douze leçons d’ostéologie. Il écrivit, peu après la révolution à la Commission des récompenses nationales pour obtenir une place de dessinateur de marine. Il décrivait ainsi sa participation à la révolution : « Le mardi, n’ayant point d’armes, j’allais sur plusieurs points et suivais la masse du peuple. […] A 4 h 30, au coin de la rue de Rohan et de la rue de Richelieu, nous eûmes à soutenir un choc de la garde royale. Le mercredi, […] ayant obtenu des armes à la caserne de Tournon, j’allais en tirailleur au Pont des Arts. Le jeudi, je fus à Babylone où je fus légèrement blessé. Le vendredi 30, nous allâmes prendre pour poste la barrière des Fourneaux. Mon nom doit se trouver dans les rapports du 1er et 2 août, comme sergent. Je fus à la mairie du XIe arrondissement pour inscrire sur les contrôles les gardes nationaux mobiles et sédentaires. J’y restai trois jours. Je montai la garde à la barrière de l’Ecole militaire et, comme sergent, je fis le rapport et du moins mon nom doit se trouver à l’état-major de la place. Aussi, après douze jours de campagne, je rentrais chez moi, l’âme contente d’avoir servi et ma patrie et soutenu nos chères libertés et suis encore prêt à les défendre jusqu’à la dernière goutte de mon sang. » Il joignait à sa demande un certificat attestant qu’il s’était « distingué dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet […] et a été blessé à la prise de la caserne de Babylone », signé par Plantier « ayant concouru aux journées des 27, 28 et 29 juillet » ; Rey, relieur, demeurant 47, rue Monsieur-le-Prince, grenadier à la XIe légion de la garde nationale ; Muolandot (illisible), banquier, caporal des grenadiers à la XIe légion de la garde nationale, demeurant 24, rue des Canettes ; Loccidal, voltigeur à la XIe légion de la garde nationale, demeurant 95, rue de Seine ; Courtin fils, ayant lui aussi participé aux journées de Juillet. Un membre de l’Institut (dont la signature est illisible), le recommandait pour cette même place de dessinateur de la Marine : « J’ai une affection ancienne, motivée, pour un jeune artiste […]. Mœurs parfaites, zèle inaltérable, assiduité au travail, puis un rare talent pour les arts du dessin. Je le considère comme un de nos meilleurs paysagistes du moment. Il a une touche à lui : tel est le jugement qu’en a porté feu notre excellent M. Faunay. De plus, brave, intrépide et de sang-froid. Il s’est distingué à la prise de la caserne de Babylone et a reçu une blessure grave à la jambe. » Dans la relation que fit Dumas, Jean-Louis, Antoine de sa propre participation aux événements de Juillet, il donnait quelques indications sur la participation de Lisbonne : « […] Le 30, il [Dumas] eut le commandement du poste de la barrière des Fourneaux, où il resta jusqu’au 3 août. Il reprit celui de la barrière de Vaugirard jusqu’au 5 août. Ensuite il se joignit sous les ordres de M. Bocher-Duplessis, alors commandant la barrière de l’Ecole. Il y resta comme sergent-major jusqu’au 19 août inclus. Conjointement avec lui et le nommé Lisbonne ; ils coopérèrent à la restitution d’effets et équipements militaires, qu’ils remirent à l’Ecole militaire et dont M. Bocher Duplessis a tiré reçu. » Le dossier d’examen de ses droits fut pourtant instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, il y a son dossier individuel. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut nommé sous-lieutenant, par ordonnance en date du 21 février 1831, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté au 53e de ligne. Il sollicita par la suite le complément de son indemnité de première mise d’équipements. Il avait reçu quatre cents francs auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, comme secours et somme à valoir sur son indemnité de première mise d’équipements. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il signa, comme décoré de Juillet le 17 février 1832, la pétition de Henry, Nicolas, qui sollicitait la croix en remplacement de la médaille qu’il avait obtenue. Il signa, comme décoré de Juillet le 23 février 1832, la pétition de Lelièvre, Pierre, Ernest, fils cadet, qui sollicitait la croix en remplacement de la médaille qu’il avait obtenue. Sous-lieutenant en solde de congé, sortant du 13e de ligne, il fut arrêté le 7 juin 1833, transféré à La Force le 8 juin 1833, accusé de provocations à des crimes et délits et libéré le 25 juillet suivant. Son arrestation fit l’objet du procès-verbal suivant : « Depuis longtemps le sieur Lisbonne était signalé au cabinet de M. le préfet pour professer des opinions hostiles contraires au gouvernement du roi, se rendant souvent en uniforme dans les communes de Rueil et de Courbevoie, étant en relations avec des militaires de ces garnisons, qu’il cherchait à exciter à l’insubordination ou leur distribuant des pamphlets intitulés Soldats de la liberté et faisant partie de la Société des Droits de l’Homme. Un mandat d’amener délivré par M. le préfet a été mis à exécution par les soins de M. le commissaire du quartier du palais de justice, qui a saisi au domicile du sieur Lisbonne quinze pièces écrites et un poignard. Interrogé par M. Faroux, il a nié avoir distribué aucun pamphlet ni entretenu des liaisons avec des soldats de Rueil et de Courbevoie, non plus que des correspondances avec des militaires de la garnison de Metz et autres. Il est convenu qu’il connaissait les sieurs Kersausie, Rabouin et Beaumont mais les voyait très rarement. Il a prétendu aussi qu’il n’avait appris l’arrestation du sergent-major du 58e de ligne que par la voie des journaux. Le sieur Lisbonne a également affirmé qu’il ne s’était jamais rendu dans aucune maison de la rue d’Enfer. Il a été arrêté en juillet 1831 à l’occasion de la plantation d’un arbre de la liberté. » Au cours d’une perquisition faite chez Introzzi, Joseph, né vers 1804 à Paris, peintre en bâtiment, demeurant 26, rue de la Harpe en 1834, prévenu, le 12 avril 1834, de provocation à crimes et délits, il fut saisi une carte de visite au nom de A. Lisbonne, sous-lieutenant d’infanterie, 32, rue de Clichy. Il fut arrêté le 12 mars 1836 pour complot. Son arrestation donna lieu au procès-verbal suivant : « Cet individu a été arrêté ce matin pour l’exécution d’un mandat d’amener et de perquisition de M. le préfet. Il était possesseur de munitions de guerre, que l’on a saisies. » Il fut condamné, le 23 octobre 1836, à deux années de prison et deux ans de surveillance pour association illicite et détention de munitions de guerre. Pour faire valoir ses droits devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février, Billoret, Hyacinthe (voir ce nom) disait être connu de Lisbonne. Lisbonne signa, en tant que « décoré de Juillet, capitaine de la garde républicaine parisienne », le certificat suivant pour Billoret : « Nous, soussignés, certifions que le citoyen Hyacinthe Billoret a fait partie de la Société des Droits de l’Homme, section de la Convention, (laquelle société se tenait chez lui rue Monsieur-le-Prince n° 43) et qu’il s’est toujours présenté à tous les appels et permanences nécessités par l’urgence. Il s’est acquitté avec zèle et dévouement de toutes les missions qu’il a été appelé à remplir dans l’intérêt de la Société, à partir de la formation de ladite société jusqu’au moment où elle a été dissoute par le pouvoir. » Il signa, le 30 mars 1848 et comme chef du 1er bataillon de la VIe légion, le certificat suivant en faveur de Altroffe, Louis, pour constater sa participation à la Révolution de Février : « Nous, soussignés, tous présents à la mairie du (ancien) VIe arrondissement le 24 février dernier, attestons la vérité de ce qui suit. A 7 heures du matin, au moment où la garde nationale encore incertaine de ce qu’elle avait à faire, recevait la nouvelle d’un changement de ministère, au moment où plusieurs habitants du quartier parlaient d’une régence possible, le citoyen Altroffe (décoré de Juillet), le premier, en pleine rue, en face des barricades, s’écria qu’il fallait proclamer la république et jeter bas un pouvoir honteux qui non seulement avait depuis longtemps déserté la cause nationale mais encore n’avait favorisé que la corruption et abjuré toutes les promesses de 1830, qu’il fallait donc profiter de l’élan populaire, faire place nette et illisible à l’état de vraie liberté. Ces paroles enthousiastes et généreuses eurent de l’écho dans la foule des citoyens qui se pressaient aux environs de la mairie. Beaucoup d’entre eux coururent achever la barricade commencée à la hauteur de la rue du Puits-Vendôme et peu d’instants après partagèrent leurs armes avec les ouvriers. Nous attestons en outre qu’à 3 heures le citoyen Altroffe, de retour des Tuileries, où il avait conduit bon nombre d’ouvriers entraînés par son exemple, fut le premier qui, dans la cour de la mairie, en présence de l’ex-maire et de l’ex-colonel de la légion, proclama la république. » Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 10 août 1848 ; il était alors soit capitaine dans la garde de Paris, soit . Le 13 décembre 1850, la Commission des condamnés politiques fut saisie d’une demande de secours présentée par Lisbonne. En 1861, il déposa un brevet d’invention de quinze ans pour une machine à faire des grillages en fer. Il mourut le 26 décembre 1868. Il est le père de Lisbonne, Maxime, un des organisateurs de la commune de Paris, condamné à mort puis aux travaux forcés à perpétuité après la semaine sanglante. Il demeurait 5, rue d’Anjou-Dauphine puis 1, rue des Mathurins-Saint-Jacques, chez M. Antoine, en 1830 mais 5, rue d’Anjou-Dauphine en 1831 plusieurs fois in Archives nationales F/1dIII/36 ; 1, rue Hautefeuille en 1833 ; 32, rue de Clichy en 1834 ; 14, rue d’Alborg en 1834 ; 19, bd Saint-Martin en 1861. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Journal militaire officiel, année 1831, premier semestre, Paris, chez Anselin, 1831, p. 235, ordonnance du 21 février 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des décorés du Xe arrondissement) ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 ; Archives de Paris VK3 43 in dossier Dumas, Jean-Louis, Antoine ; Archives nationales F/1dIII/33 état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement (cité deux fois : une fois pour les vingt-cinq francs de gratification reçus à titre de décoré mais non blessé à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet ; une autre fois pour la somme reçue comme secours et somme à valoir sur son indemnité de première mise d’équipements) et paiements faits aux blessés, veuves, ascendants, sous-lieutenants, depuis le 10 mars 1831 jusqu'au 31 mai inclusivement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/58 in dossier Henry, Nicolas ; Archives nationales F/1dIII/62 in dossier Lelièvre, Pierre, Ernest, fils cadet ; Archives nationales F/1dIII/64 ; Archives nationales F/15/4240 in dossier Altroffe, Louis ; Archives de la préfecture de police AA 367 dossier Lisbonne ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Billoret, Hyacinthe ; Archives de la préfecture de police AA 422, année 1834, dossier Introzzi, Joseph ; Archives de la préfecture de police AA 423 Affaires diverses 1836 ; Bibliographie de la France ou Journal général de l’imprimerie et de la librairie, et des cartes géographiques, gravures, lithographies et œuvres de musique, XIXe année, volume 19, Paris, chez Pillet aîné, 1830, p. 478 ; Bulletin des lois de l’empire français, XIe série, deuxième semestre de 1862, n° 1034 à 1079, Paris, Imprimerie impériale, 1863, p. 332. ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1645/45.