Lobau (Mouton) comte de, Georges

Biographie


Né le 21 février 1770 à Phalsbourg (Meurthe). Lieutenant-général. Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Lobau : « [28 juillet] Il y avait plus : messieurs de la Chambre commençaient à s’émouvoir. On s’était réuni chez Audry de Puyraveau ; on avait peu agi, mais beaucoup parlé. C’était toujours quelque chose. Enfin, on avait décidé que cinq députés se rendraient près du duc de Raguse pour lui faire des représentations, et, au besoin, négocier avec lui. – Quatre millions, avait dit Casimir Perier, seraient, à mon avis, bien employés là ! Les cinq députés s’étaient rendus à l’état-major de la place, où se tenait le maréchal : C’étaient MM. Laffitte, Casimir Perier, Mauguin, Lobau et Gérard. Ils avaient été introduits chez Marmont, y avaient trouvé François Arago, qui les y avait précédés dans le même but ; mais ils n’avaient rien obtenu, ni les uns ni les autres. […] [Le 31 juillet, à l’arrivée du duc d’Orléans à l’hôtel de ville] A l’hôtel de ville même, l’agitation était grande. Ce fameux gouvernement provisoire, si invisible d’habitude, s’était enfin matérialisé : Mauguin, de Schonen, Audry de Puyraveau, Lobau étaient antiorléanistes ; Lobau surtout, lui qui, la veille, refusait de mettre sa signature au bas d’un ordre, était furieux.

– Je ne veux pas plus de celui-ci que des autres ! s’écriait-il ; c’est un Bourbon !

M. Barthe, l’ancien carbonaro, était là ; il s’agissait de rédiger une proclamation républicaine : il s’offrit, prit une plume, et commença d’écrire.

Pendant qu’il écrivait, le général Lobau, de plus en plus exaspéré, s’approchait de M. de Schonen.

– Nous jouons notre tête, lui dit-il, mais qu’importe ! Voici deux pistolets, un pour vous, un pour moi... C’est tout ce qu’il faut à deux hommes qui ne craignent pas la mort ! » [Le 1er août, au moment d’envoyer des élèves de l’Ecole polytechnique soulever la garnison de Saint-Quentin] Mais, enfin, dit Charras, je ne puis cependant pas aller enlever un régiment sans avoir au moins une lettre pour les officiers. – Je vais vous l’écrire, dit bravement Mauguin. – Je vous remercie de tout mon cœur, dit Charras. Mais pour des soldats, vous ne serez jamais, quelque mérite et quelque courage que vous ayez, que M. l’avocat Mauguin... J’aimerais mieux une lettre du général La Fayette. – Eh bien, reprit Mauguin, je vais rédiger cette lettre, et vous la lui ferez signer. – Bon ! Mauguin prit la plume du scribe solitaire, qui interrompit un instant ses écritures enragées, se leva et alla explorer, les unes après les autres, les vingt-cinq ou trente bouteilles dont la table était encombrée. L’exploration fut inutile ! – On eût dit qu’il cherchait le gouvernement provisoire. Cependant, Mauguin écrivait. A mesure qu’il écrivait, Charras lisait par-dessus son épaule, et, tout en lisant, il secouait la tête. – Qu’y a-t-il ? lui demanda Odilon-Barrot. – Oh ! dit Charras assez bas pour ne pas être entendu de Mauguin, il y a que ce n’est pas comme cela qu’on écrit à des militaires... ta ta ta ta ta !...Sans doute que Mauguin faisait, en même temps et à part lui, la même observation car, tout à coup, il jeta la plume en s’écriant : – Le diable m’emporte si je sais que leur dire, moi ! – Eh ! mon Dieu, reprit Odilon-Barrot, laissons ces messieurs écrire leur lettre, et contentons-nous de la signer... Ils s’y entendent mieux que nous. Et l’on passa la plume à Charras. En un instant la proclamation fut troussée. Charras en écrivait la dernière ligne lorsque entra le général Lobau ; sans doute, lui aussi cherchait le gouvernement provisoire. – Ah ! pardieu ! dit Charras, voilà bien notre affaire ! puisque nous avons un vrai général sous la main, faisons-lui signer notre proclamation. On s’adresse au général Lobau, on lui explique la situation, on lui lit la lettre ; mais le général Lobau tourne la tête. – Oh ! dit-il, non ! je ne suis pas assez fou pour signer cela. Et il sortit. – Hein ? fit Charras. – Cela ne m’étonne pas, dit Mauguin. Tout à l’heure, ils ont refusé de mettre leur signature à un ordre d’aller enlever les poudres de Soissons. C’était mon ordre. – Alors, il recule ? dit Charras. – Sans doute. – Mais, sacrebleu ! en révolution, s’écria Charras, l’homme qui recule trahit !... Je vais le faire fusiller. Odilon-Barrot et Mauguin bondirent. – Le faire fusiller ! y pensez-vous ?... Faire fusiller le général Lobau, un des membres du gouvernement provisoire !... Et par qui le ferez-vous fusiller ? – Oh ! que cela ne vous inquiète pas ! dit Charras. Et, entraînant Mauguin vers la fenêtre : – Voyez-vous, dit-il en lui montrant ses cent cinquante hommes, voyez-vous ces gaillards qui sont là-bas autour d’un drapeau tricolore ? Eh bien, ils ont pris avec moi la caserne de Babylone ; ils ne connaissent que moi, ils n’obéissent qu’à moi, et, si le Père éternel trahissait la cause de la liberté – ce qu’il est incapable de faire – et que je leur dise de fusiller le Père éternel, ils le fusilleraient ! Mauguin baissa la tête. Il s’effrayait de ce qu’on eût pu faire avec de pareils hommes. C’étaient ces hommes, c’est-à-dire les républicains, comme il les appelait, qui avaient donné tant de mal au pauvre Hippolyte Bonnelier. Une heure après, Charras et Lothon partaient pour La Fère munis d’une lettre signée Mauguin, et d’une proclamation de La Fayette […A l’arrivée du duc d’Orléans à l’hôtel de ville] A l’hôtel de ville même, l’agitation était grande. Ce fameux gouvernement provisoire, si invisible d’habitude, s’était enfin matérialisé : Mauguin, de Schonen, Audry de Puyraveau, Lobau étaient antiorléanistes ; Lobau surtout, lui qui, la veille, refusait de mettre sa signature au bas d’un ordre, était furieux.

– Je ne veux pas plus de celui-ci que des autres ! s’écriait-il ; c’est un Bourbon !

M. Barthe, l’ancien carbonaro, était là ; il s’agissait de rédiger une proclamation républicaine : il s’offrit, prit une plume, et commença d’écrire.

Pendant qu’il écrivait, le général Lobau, de plus en plus exaspéré, s’approchait de M. de Schonen.

– Nous jouons notre tête, lui dit-il, mais qu’importe ! Voici deux pistolets, un pour vous, un pour moi... C’est tout ce qu’il faut à deux hommes qui ne craignent pas la mort ! » En fait d’être fusillé par Charras, Lobau fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement (sous le nom de Lobau (Mouton) comte de sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il apostilla ainsi, le 22 mars 1831, la demande de Poissant, Carlos (voir ce nom), qui cherchait à obtenir du roi sa nomination comme adjudant provisoire du château de Saint-Cloud : « J’ai beaucoup à me louer des services de M. Poissant et je serai très reconnaissant de ce que Sa Majesté daignera faire en sa faveur, d’autant que je le crois susceptible de servir le roi avec un grand succès. J’avais déjà recommandé M. Poissant, sous la date du 4 mars courant. Il sollicitait alors la place de commandant du château du Louvre. » Il apostilla la demande présentée par Desgranges (voir Desgranges, François, Eléonor), colonel de la IIIe légion de la banlieue, en faveur de Lemarchand, Pierre, Antoine (voir ce nom), qui s’était distingué à l’occasion du procès des ex-ministres de Charles X en décembre 1830. Il fut, le 1er décembre 1833, avec vingt-six autres officiers de la garde nationale parisienne, curieusement nommé grand croix de l’ordre de Léopold, par le nouveau roi des Belges, qui voulait, expliquait-il de manière quand même un peu compliquée « donner à la garde nationale de Paris un témoignage public de notre estime pour l’appui constant qu’elle a prêté au bon ordre dans un pays dont les destinées sont étroitement liées à celle de la Belgique ». Nous empruntons au Nouveau Dictionnaire des girouettes la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Volontaire de la Meurthe en 93, commandant du château Saint-Ange, à Rome, en 1799 ; aide-de-camp de Joubert à la bataille de Novi ; colonel du 3e de ligne, enlevant à sa tête six drapeaux à l’ennemi ; général de brigade au camp de Boulogne ; aide-de-camp de Napoléon ; général de division, comte de Lobau ; fait prisonnier à Dresde ; laissé sans emploi durant la première Restauration ; appelé, pendant les Cent-Jours, à la pairie et au commandement de la 1re division militaire. Ce fut en cette qualité qu’il publia, le 20 mai 1815, un ordre du jour contre les agents du comte de Lille (Louis XVIII), les embaucheurs de l’étranger, ces hommes sans honte et sans patrie. “On verra, disait-il, que l’amour sacré de la patrie fera faire aujourd’hui aux armées françaises des prodiges encore plus grands qu’en 1792 et 1793, parce qu’elles auront à leur tête un chef consommé dans l’art de vaincre.” (Moniteur)

»Fait prisonnier au Mont-Saint-Jean, conduit en Angleterre, inscrit par le comte de Lille sur la liste des proscrits, il habita la Belgique, et n’obtint de revoir la France qu’en 1818.

»Nommé, en 1828, député de la Meurthe, il parla plusieurs fois sur le budget de la guerre et sur la législation militaire. Enfin, il vota l’adresse des 221. Ce fut son testament politique.

»Présent à Paris lors de la révolution de Juillet, sa nullité, comme homme d’action, égala celle de ses collègues Gerard et Sebastiani. Quelques patriotes, noircis de poudre, l’apostrophèrent vainement avec une rude énergie, le 28 à cinq heures, au sortir de la réunion Bérard. Le jeudi 29, vers deux heures après la prise du Louvre, du Palais-Royal et des Tuileries, après la capitulation des régiments de ligne, il consentit à faire partie de la commission municipale. Là, il accueillit avec les plus grands égards M. le comte de Sussy, négociateur pour Charles X. Un patriote était présent. Croyant parler au comte : “Vous venez directement de la part de notre roi ? lui demanda M. Mouton. – Non, répondit le citoyen, je viens de la part du peuple.”

»Dès le 22 août, il fut nommé, par Louis-Philippe, grand-cordon de la Légion d’honneur, puis commandant de la garde nationale parisienne, avec une indemnité annuelle de cinquante mille francs. Lafayette exerçait pour rien les fonctions de commandant général des gardes nationales de France, et sa fortune n’équivaut pas au tiers de celle de M. Mouton.

»Ancien aide-de-camp de Napoléon, de ce chef consommé dans l’art de vaincre, il a outragé ses mânes en braquant les pompes de la ville sur les citoyens réunis au pied de la colonne pour célébrer l’anniversaire de sa mort. L’anniversaire de Juillet lui a valu le titre de maréchal. Sic vos non vobis. » Il demeurait 100, rue de Lille en 1831. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Souvenirs de J. Laffitte, racontés par lui-même, et puisés aux sources les plus authentiques, tome deuxième, Bruxelles et Leipzig, Muquardt, p. 130 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement (sous le nom de Lobeau (comte) Mouton, Georges) ; Archives nationales MI 217 23 lettre de Poissant, Carlos ; Archives nationales F/1dIV/M/3 récompenses honorifiques in dossier Lemarchand, Pierre, Antoine ; Pasinomie ou collection complète des lois, décrets, arrêtés et règlements généraux qui peuvent être invoqués en Belgique, troisième série, Bruxelles chez Tarlier, 1834, p. 306 ; Nouveau Dictionnaire des girouettes, Nos grands hommes peints par eux-mêmes, pairs, hommes dEtat, hommes de lettres, généraux, évêques, chansonniers, préfets, journalistes, statuaires, ministres, députés, ambassadeurs, vaudevillistes, etc., par une girouette inamovible, à Paris, Lerosey, libraire, Palais-Royal, 1831, p. 459-461.

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