Lortias, Alexandre, François

Biographie


Né vers 1805 à Paris. Architecte patenté, élève des Beaux-Arts. Il ne fit aucune demande devant la Commission des récompenses nationales, à cause de travaux d’architecture qu’il avait à faire à la campagne, puis à cause d’une indisposition assez longue, aussi par modestie, aussi parce qu’il avait pensé que des enquêtes seraient faites pour retrouver les personnes méritantes et enfin parce qu’il voulait être sûr que les récompenses ne seraient pas que pécuniaires. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] Ier arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet, cédant, expliquait-il, à la sollicitude de plusieurs de ses amis et connaissances, certains décorés de Juillet, qui l’avaient vu combattre. Il fit parvenir à la Commission le récit suivant de sa participation aux combats : « Lundi 26 juillet 1830. Je fus chargé de lever le plan de la maison au coin de la rue Matignon et du faubourg du Roule. Je m’occupais jusqu’au soir à ce travail. J’appris en arrivant chez moi, rue du Dauphin, que l’ordonnance contre la liberté de la presse, signée Mangin, venait d’être affichée. Je me rendis le soir vers 10 heures et demie sur la place du Palais-Royal, où je trouvais beaucoup de monde. Nous fûmes chargés pour la première fois par les gendarmes. Le public, en se retirant, cassa les lanternes jusqu’à la place Vendôme. Mardi 27. Le matin, je terminai la levée du plan commencée la veille. En rentrant chez moi, par la rue d’Antin, je vis et frémis d’horreur en lisant l’ordonnance relative aux Chambres, placardée sur le mur de la mairie du (ancien) IIe arrondissement et signée Charles X, sur laquelle il marqua qu’il connaissait sa dignité et saurait faire son devoir. Sur les 4 heures, je me rendis à la place du Palais-Royal, où je venais d’apprendre que nous opposions une vigoureuse résistance aux gendarmes. A peine suis-je approché de cette place que je vis un de ces gardes, devant le papetier du roi, rue Saint-Honoré, renverser un vieillard et un jeune homme de seize ans. Aussitôt nous envoyâmes une grêle de pierres à ces misérables. Ils nous chargèrent avec impétuosité. J’eus à peine le temps d’entrer avec plusieurs personnes dans la boutique de M. Levavasseur, charcutier au coin de la rue de Rohan, seule boutique que nous aperçûmes entrouverte sous nos pas. Je jugeai qu’il était nécessaire d’opposer d’autres armes que des pierres ; je me rendis donc chez mon père, rue Lévêque, en passant par celle Saint-Honoré, où j’aidai à placer trois omnibus couchés en travers au-dessous de la rue Traversière. Au même instant, on déchargea devant la rue de l’Echelle une voiture de briques destinée pour un bâtiment neuf. On commença à en faire de petites barricades pour entraver la marche de la cavalerie. Aussitôt que je fus rentré, je m’occupai à faire des cartouches avec le peu de poudre et quelques balles que j’avais. Je me reposais depuis 1 heure de la nuit jusqu’à 5. Mercredi 28. A 5 heures et demie du matin. Le commissaire de police du quartier des Tuileries partie du manuscrit brûlée accompagné de son premier clerc, comme il partie du manuscrit brûlée maisons de la rue et place des Pyramides, il vint me partie du manuscrit brûlée propriétaires se plaignaient que divers outils et objets avaient été enlevés dans la nuit car les barrières furent renversées dans la soirée du 27 et qu’il était nécessaire de relever ces clôtures tant sur la rue de Rivoli que sur celle Saint-Honoré. Il me remis à cet effet un ordre écrit et signé, dont je suis porteur, m’autorisant à requérir le nombre d’ouvriers et objets nécessaires pour la prompte exécution desdits travaux. Je lui fis observer qu’il serait imprudent d’exposer la vie de plusieurs hommes pour l’appât de quelques heures de travail puisque dans le moment de notre entretien la fusillade commençait rue Saint-Honoré. Il me répondit que ce qu’il demandait était de toute urgence, que si je m’y opposais, il serait obligé de s’adresser ailleurs et qu’enfin il ferait respecter les hommes que j’emploierai. Je crus qu’il convenait mieux, dans l’intérêt public, que ces travaux restassent dans nos mains plutôt que de les abandonner à d‘autres qui n’auraient pas connu les lieux et qui peut-être en auraient tiré un autre parti que moi. Je fis donc relever ces clôtures de planches et charpentes par sept ou huit de mes ouvriers que je rencontrai et ce avec un peu de plâtre et assez légèrement pour qu’au besoin elles pussent servir à un autre usage, ce qui n’a pas manqué puisque le lendemain au soir en un quart d’heure elles furent démolies pour barricader la rue Saint-Honoré. J’eus fini à 9 heures et demie. Pendant le travail, il survint quelques hourras causés par les charges de pelotons de lanciers. Plusieurs balles ennemies vinrent casser des carreaux et persiennes en face de moi et blessèrent deux ou trois personnes. Ces hourras excitèrent deux fois la fuite de mes ouvriers, que j’eus toutes les peines à rejoindre, quatre ou cinq d’entre eux peuvent encore attester de la frayeur qu’ils éprouvèrent. La dernière planche était à peine clouée qu’une compagnie de la garde royale, commandée par un capitaine, s’empara de notre terrain en entrant par la rue de Rivoli, nous étions sur celle Saint-Honoré, elle y resta sans tirer. Je m’approchai de ce capitaine dont il serait peut-être facile de savoir le nom car il chargea un porteur de la rue, qui est encore à sa place, de remettre une lettre à une dame (probablement sa maîtresse), rue du Colombier, en deçà du Pont-Royal. Comme la fusillade était vive, l’homme n’a pu passer. Je lui demandai s’il ne trouvait pas affreux que pour soutenir des ordonnances aussi absurdes et aussi contraires au bien public, on fisse tirer sur un peuple inoffensif, il me regarda d’un air en colère et me dit avec humeur que quand les bourgeois n’étaient pas tranquilles il fallait savoir les mettre à la raison. Je lui répondis partie du manuscrit brûlée persistait dans sa manière de voir ; tel fut partie du manuscrit brûlée tout courroucé que j’étais de sa réponse et ne voulant pas en entendre davantage quoique me le peignant bien dans l’idée pour le reconnaître plus tard si l’occasion se présentait. J’ai appris depuis qu’il avait dû être tué le 29 dans le jardin des Tuileries avec les deux tiers de sa compagnie lors de sa fuite (une inscription en partie brûlée laisse apparaître le seul nom de Brochard, sans indication absolue que ce soit le nom de ce capitaine ou d’un témoin ou de toute autre personne, N.D.A.). Quelque temps après m’être retiré j’appris que l’on distribuait des armes à l’Opéra-Comique. Je m’y rendis de suite. Il n’en restait plus et les pompiers avaient donné les leurs. Nous allâmes plusieurs jeunes gens et moi, en demander chez Comte, à l’instant où le général Dubourg descendait de chez lui, rue Monsigny, pour aller, je crois, à la Bourse. J’obtins deux mauvais sabres, un baudrier, une giberne et sa buffleterie. Je rencontrai MM. Lubin et Brunier, qui peuvent attester et rue Neuve-des-Petits-Champs M. Dominique Lambert, alors notaire. Je lui dis qu’il restait encore quelques mauvais sabres chez Comte. Je me mis de suite en devoir d’arranger ceux que j’avais et dont les poignées ne tenaient pas, afin qu’ils pussent me servir. J’y coulai du plomb. Je fis ensuite des cartouches. Je priai ma sœur de me faire une cocarde tricolore et la plaça à mon chapeau. Jeudi 29. Je me rendis le matin avant 5 heures au quai du Louvre en traversant la place du Carrousel devant le front du bivouac de la garde royale afin de savoir ce qui se passait de l’autre côté de la Seine et pouvoir raconter ce que j’aurais vu à mes camarades. Je disais avoir affaire au bureau sur le port Saint-Nicolas. On me laissa passer. Arrivé au bas du guichet, un grenadier à cheval, de faction, me dit que je risquai de me faire tuer si j’avançai trop sur le quai. Effectivement la fusillade était assez vive du quai des Saints-Pères aux galeries du Louvre. J’ai pu remarquer divers points d’où l’on tirait. Rentré chez moi, j’y trouvai M. Massé, mon ami, actuellement à Tours. Je lui fis part de mon intention qui était de sortir mon fusil de chez moi pour me rendre rue des Frondeurs ou Traversière. La rue du Dauphin était gardée d’un bout par celle de Rivoli où le public ne passait pas et de l’autre part par des piquets sur celle Saint-Honoré. Nous démontâmes mon fusil. Je mis le bois sous ma redingote avec assez de peine car il a quatre pieds et demi de longueur, mon ami mit de même le canon sous sa redingote et nous passâmes promptement sans être vus. Je rencontrai à cette époque M. Allboise (voir Alboize, Victor, Guillaume) rue Saint-Honoré. J’allai aussi le partie du manuscrit brûlée poudre, je savais qu’il était chasseur, il m’en céda partie du manuscrit brûlée à la butte aux Moulins, nous désarmâmes le poste qui était de garde et nous commençâmes aussitôt la grande barricade du carrefour, en employant pavés et démolitions du corps de garde ainsi que la guérite. Je travaillai pour ainsi dire sous le feu à cette barricade et à celle de la rue Traversière, employant avec moi un ouvrier maçon qui s’y connaissait et que je payai. Aussitôt que la troupe fut repoussée pendant qu’on se battait dans les maison rue de Rohan je me rendis en armes aux Tuileries, où je fus un des premiers à empêcher la sortie d’objets qu’on voulait enlever. En moins d’une demi-heure une guérite fut à moitié remplie de choses précieuses. Je commençais ensuite les barricades du bas de la rue de Lévêque et de là rue des Frondeurs. Je les arrangeai avec solidité et en constructeur, on ne me nommait que par mon titre d’architecte. Je sus secondé par sept ou huit voisins. L’un d’eux me jeta involontairement un pavé sur l’annulaire de la main gauche et l’écrasa. Je saignais fortement je puis dire sans quitter la besogne. Peu de jours après l’ongle tomba. Nous quittâmes ce travail vers minuit, en nous tenant en garde contre un retour de forces extérieures. J’eus le plaisir de fournir peut-être les seuls outils qui ont servi à plusieurs barricades. Le lendemain 30, j’accompagnais en armes avec sept ou huit autres gardes nationaux le corps de Jeannisson, mon client et ami, mort la veille rue de Richelieu. Nous le conduisîmes avec beaucoup de peine en passant sur les barricades jusqu’au cimetière de Montmartre, où il est enterré. Le 31 et jours suivants j’ai monté la garde au Louvre et au Musée en ma qualité et d’après l’invitation affichée pendant cinq ou six jours le poste fut commandé par un élève de l’Ecole polytechnique. Depuis, je suis voltigeur au 1er bataillon Ire légion. » Il était porteur du certificat suivant (en partie brûlé) : « […] Nous soussignés [partie du manuscrit brûlée] M. Alexandre, François Lortias, architecte, les armes à la main, dans les rues de Rohan, Saint-Honoré, Traversière, des Frondeurs, de Rivoli et Neuve-des-Petits-Champs, prendre la part la plus active aux combats qui ont eu lieu contre les ennemis de nos institutions, pour faire triompher la cause de la liberté ; qu’il a en outre commencé lui-même, en fournissant les outils nécessaires et dirigé les barricades des rues des Frondeurs, de Lévêque, Traversière et Butte-aux-Moulins devant le corps de garde, aux constructions desquelles il a eu un doigt de la main gauche écrasé. » Signé le 2 août 1830 : Guerard, limonadier, demeurant rue Lévêque ; Revy, peintre, demeurant 16, rue Lévêque ; Alboize (voir Alboize, Victor, Guillaume), ancien comptable, demeurant 342, rue Saint-Honoré ; Roussin, demeurant rue Lévêque ; Cheronnet, demeurant 354, rue Saint-Honoré ; Levavasseur ; Hottot, demeurant rue Lévêque. Il comparut, le 30 août 1831, devant le juge de paix du canton de Neuilly, pour attester avoir bien connu Mariage-Dumenille, Rosalie, épouse Couturier, et savoir qu’elle était « morte par suite de blessures reçues dans l’une des journées des 27, 28 et 29 juillet ». Il était célibataire en 1831. Il demeurait 3, rue du Dauphin près celle de Rivoli en 1831. Archives nationales F/1dIII/65 in dossier Mariage-Dumenille, Rosalie ; Archives de la préfecture de police AA 399 (aussi sous le nom mais par erreur de Lortiat, Alexandre, François).

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