Lottin, Pierre, Victorien dit Lottin de Laval

Biographie


Né le 19 septembre 1810 à Orbec (Calvados), de Lottin et de Delaval sa mère. Homme de lettres. Le Constitutionnel du 18 août 1830 rapportait à son sujet : « C’est un jeune homme, nommé Victor Lottin, demeurant rue des Vieilles-Etuves-Saint-Honoré, n° 4, qui, par son intervention courageuse, a préservé la bibliothèque du Louvre de grands dégâts. » Lui-même fit le récit suivant de sa conduite pendant les journées de Juillet : « Le 29 juillet, lors de l’assaut du Louvre, un des premiers, je pénétrai sous les grandes colonnes de la voûte qui fait a face à la rue du Coq. Après que nous eûmes forcé la porte de fer grillée qui conduit à l’escalier du palais, je le franchis avec tant de vitesse que, le premier, je pénétrai dans les appartements du gouverneur (j’en ai fourni les clés au gouverneur). Dans la première pièce, des verres encore pleins et des bouteilles jetées çà et là annonçaient la récente orgie que le débile marquis d’Autrechamp avait permise aux soldats suisses, afin de les exciter à répandre avec plus de profusion le sang français. Sans réfléchir au danger que court le soldat qui s’éloigne de son corps, je pénétrai, seul, jusqu’au fond des appartements ; alors, ne trouvant aucun ennemi, je me hâtai de rejoindre ma compagnie. En traversant une vaste pièce, j’aperçus quatre hommes déguenillés qui entraient dans une bibliothèque. Déjà quelques livres avaient été renversés des rayons et même ils se disposaient à la dilapider lorsque j’entrais. Furieux de voir cet acte de vandalisme, je m’élançai vers eux. Puis, étendant mes bras sur les livres, je m’écriai qu’il faudrait passer sur mon corps avant de lacérer un seul volume. Alors, le plus acharné, que j’avais frappé d’un coup de pommeau d’épée, vint sur moi, la baïonnette en avant, et m’eût sans doute assassiné sans un jeune homme, en habit de garde national, qui, du bout de son fusil, fit changer la direction de son arme. Alors, je leur fis comprendre que le dégât qu’ils commettraient serait un jour payé par eux, rien n’appartenant plus à Charles X ; ils me firent des excuses et nous nous dirigeâmes sur les Tuileries, où je reçus une légère contusion à la jambe, par le ricochet d’une balle morte. » Sa lettre était certifiée par Delhotel, Alfred, demeurant 13, rue de l’Echiquier ; Boutin, libraire, demeurant 35, rue de l’Arbre-Sec ; Filliau, caporal de la Ve légion de la garde nationale, demeurant 19, rue du Petit-Lion ; Delaval, caporal de la VIe légion de la garde nationale demeurant 20, rue Saint-Méderic. Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « Le 27, il a fait partie des rassemblements à la rue Saint-Honoré. Le 28, n’ayant point d’arme, s’est occupé à transporter et soigner les blessés. Le 29, entré le premier par la grille du Louvre qui fait face à la rue du Coq. Il pénétra seul, l’épée à la main, dans les appartements du gouverneur. Revenant joindre ses compagnons, il vit des hommes qui commençaient à dévaster une bibliothèque. Il en frappa un qui voulut le percer de sa baïonnette. Le coup fut détourné par un garde national. Il parvint à faire comprendre que ces volumes étaient la propriété de la nation et non celle de Charles X et sauva par ce moyen ce dépôt précieux. » Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 24 février 1831, contient les seules indications suivantes sur sa participation aux combats : « Le 27, aux rassemblements rue Saint-Honoré. Le 28, n’ayant point d’arme, rendit service aux blessés. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 24 février 1831, à sept voix pour la croix, deux voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Dans sa séance du 13 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demanda qu’il fût rayé du jury du (ancien) XIIe arrondissement pour n’être pris en compte que par celui du (ancien) IVe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement (sous le nom de Lottin, Pierre, Victor sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (il signe bien Victor Lottin, blessé et homme de lettres) (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il devint un archéologue reconnu, inventeur d’un procédé de moulage, la lottinoplastie, un peintre et un historien. Il est l’objet d’une biographie : Lottin de Laval, sa vie son œuvre, par Etienne Deville, paru en 1910. Il demeurait 38, rue de Rivoli en 1830-1831. Le Constitutionnel, 18 août 1830 (sous le nom de Lottin, Victor) ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 (feuille volante) (sous le nom de Lottin, Pierre, Victor) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement (liste qui n’était que préparatoire et qui ne prenait pas encore en compte la décision du comité des renseignements) (sous le nom de Lottin, Pierre, Victor) ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (sous le nom de Lottin, Pierre, Victor) ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 (sous le nom de Lottin, Pierre, Victor) ; Archives de Paris VK3 29, séance du 13 avril 1831 (sous le nom de Lottin, Pierre, Victor) ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 24 février 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 24 février 1831 (sous le nom de Lottin, Pierre, Victor) ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants (sous le nom de Lottin, Pierre, Victor) ; Archives de Paris VK3 47 (sous le nom de Lottin, Pierre, Victor) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.

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