Lowasy
Biographie
Caporal de grenadiers à la IIIe légion de la garde nationale, ayant présidé une députation de sept mille jeunes qui furent présentés à Louis-Philippe le 14 août 1830, il se présenta comme « le sujet le plus dévoué de Sa Majesté », pour écrire au roi à deux reprises en mai et en août 1831 afin de se plaindre que ses droits avaient été négligés par la Commission des récompenses nationales : « […] Je crus, ainsi que plusieurs de mes frères de Juillet, qu’il était du mandat de cette commission de s’enquérir des actes des citoyens qui avaient bien mérité de la patrie et d’aller au-devant de ceux qui avaient droit à la récompenses nationale. Elle ne le fit pas ; de sorte que ceux qui ne sollicitèrent rien ou qui n’avaient point d’amis assez officieux pour solliciter pour eux furent oubliés […]. Je suis du nombre des oubliés, Sire […]. Je prends la liberté de joindre à ma supplique quelques certificats de décorés [absents du dossier, N.D.A.], attestant la part que j’ai prise aux travaux des trois jours. » Il donnait aussi l’appréciation suivante : « […] Tous les droits n’ont pas été reconnus ni tous les services appréciés. Il en est parmi ceux qui ont pris une part très active qui restent ignorés de la Commission parce qu’ils n’en n’ont pas assiégé les bureaux et il en est d’autres qui, après le titre qu’a tout Paris d’avoir pris une part active, ont encore pour eux, et de sont des droits aux yeux de la Commission, leurs opinions exaltées, leurs furibonderies, leurs déclamations continuelles contre l’ordre établi et les insultes qu’ils vomissent sans cesse contre ce qu’il y a de plus respectable et de plus sacré. » Il lui fut répondu par la circulaire faisant valoir que les travaux de la Commission des récompenses nationales étaient terminés et qu’il ne pouvait, en conséquence, pas être donné suite à sa demande. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé, puis 6, rue Dalayrac. Par des lettres adressées à cette Commission et datées des 15 mai et 1er juillet 1831, il expliqua les griefs qu’il avait contre la Commission des récompenses nationales. Celle du 1er juillet était la plus explicite et ainsi rédigée : « Aux termes de la loi qui confère des récompenses nationales aux citoyens qui prirent une part active aux travaux des trois jours, une commission fut nommée pour faire droit et reconnaître les services rendus dans cette occasion. Je ne sais si j’ai bien ou mal compris, interprété cette loi mais j’ai pensé que la commission chargée de ce travail étrangère à toute camaraderie irait partout s’enquérir des noms et des faits de ceux qui avaient en cette glorieuse circonstance bien mérité de la patrie. J’étais loin de prévoir que la Commission s’instituerait comme elle l’a fait en petite cour féodale près de laquelle on ne serait admis que présenté et favorisé et qu’on n’obtiendrait d’elle justice qu’après l’avoir sollicitée comme on sollicite une faveur. Vous l’avez senti, messieurs, il y avait une sorte de pudeur à aller partout mendier en quelque sorte signatures et certificats constatant la part qu’on avait prise aux combats. Aussi plusieurs aimaient-ils mieux rester coi que d’aller partout afficher leur conduite qui d’ailleurs était celle de tous, satisfaits qu’ils étaient d’avoir rempli leur devoir et ne demandant d’autre récompense que le témoignage de leur conscience. Je puis le dire sans immodestie, je fus de ce nombre et restais étranger aux travaux de la Commission, donnant ma signature à ceux de mes frères de Juillet qui la réclamaient et ne demandant pour mon compte celle de personne. Lorsque parut la première liste des noms de ceux qu’elle désignait, je fus fort surpris d’y trouver des noms que je sais indignes de cette distinction et d’y voir omis des noms méritants. J’écrivis à cet effet une lettre au délégué pour mon arrondissement (ce délégué dispensateur des récompenses nationales n’a pas bougé de sa chambre pendant les trois jours [voir Ternaux, Mortimer]), qui me répondit dix jours après que les droits que j’avais à faire valoir pour mon compte ou pour celui d’amis n’étaient plus admissibles, le terme fatal étant expiré. J’appris alors que plusieurs de mes camarades de Juillet qui avaient à faire les mêmes réclamations que moi s’assemblaient à l’effet d’annoncer à la France que sa religion avait été surprise, qu’on avait cherché à lui faire croire que c’était à mille cinq cents individus qu’on devait la révolution de Juillet, que c’était par ces mille cinq cents que tout fut fait, que ces mille cinq cents avaient vaincu et chassé les vingt-cinq mille soudards de nos tyrans d’alors. J’accours m’associer à vos travaux, suppléant en joignant mes efforts à vos efforts à la Commission des récompenses qui n’a pas rempli la mission que lui conféraient l’honneur et la nation. Je puis fournir les documents qui pourront vous servir, messieurs, à rendre justice à des citoyens lésés dans leurs droits et à rétablir sur la liste des vainqueurs de Juillet des noms qui n’étaient pas seulement spectateurs des travaux des mille cinq cents désignés. J’ai l’honneur de vous donner pour mon compte la note succincte de ma conduite pendant les trois jours. P.S. : Noms des personnes qui pourront affirmer ma présence sur les champs du danger : O’Reilly, votre collaborateur (voir O’Reilly, Pierre, Jacques, Romain) ; Flandin (voir ce nom ?), intendant militaire, rue Blanche, 3 ; Risler, rue du Gros-Chenêt n° 23 ; Boissaye (voir Boissaye, Adolphe, Armand), rue du Sentier n° 3 ; Bonias, rue d’Anjou-Saint-Honoré. Il joignait le récit suivant de sa participation aux combats de Juillet : « Le 26 juillet 1831, je fus au Palais-Royal, haranguant le peuple de toutes mes forces et moyens et excitant à l’insurrection. Chassé par la garde royale, rugissant de fureur et d’espoir de vengeance et de liberté, je rentrai chez moi et fondis des balles. Le 27 après-midi, j’étais rue Saint-Honoré, vociférant contre les gendarmes, m’armant de pierres à des maisons qui étaient en bâtis et j’eus l’avantage aux grands applaudissements de la multitude qui m’entourait d’arrêter d’un coup de pierre dans la poitrine un capitaine de gendarmerie, qui fondait sur nous, sabre nu au coin de la rue Grenelle-Saint-Honoré. A 6 ou 7 heures, je me rendis rue Saint-Fiacre, rendez-vous d’une société de patriotes et, là, après être convenus de signer et mots de reconnaissance (sic) nous nous dispersâmes et nous rendîmes boulevard des Capucines, au ministère des Affaires étrangères, place Vendôme, etc., etc. Armé de pied en cap, j’allais partout, excitant à la révolte et faisant passer dans les âmes tièdes encore l’enthousiasme dont j’étais plein. Le 28 à 4 heures du matin, j’étais rue de l’Odéon à un rendez-vous de patriotes déterminés chez M. Lepiez (voir Lepiez, Bernardin, Charles, Albert). Nous nous rassemblâmes et parcourûmes les rues Saint-Jacques, Mouffetard, Faubourg-Saint-Marceau, quai aux Vins, quai de l’Hôtel-de-Ville, etc., etc. ? ramassant les ouvriers, les exaspérant, les instruisant sur la marche à suivre. J’ai le témoignage de ma conduite en cette circonstance. Nous enfonçâmes la porte d’un armurier et nous distribuâmes sans dégât des armes à ceux qui en manquaient. Ici, un jeune homme monté sur un cheval vint se mettre à la tête de notre bande. C’est moi qui l’armai d’un grand sabre que j’avais. Je ne conservais que quatre pistolets chargés et marchâmes sur le poste de l’Odéon et place de l’Estrapade. Nous fîmes mettre bas les armes aux soldats du 15e de ligne (15e je crois ou 5e). Un devoir impérieux, que je ne puis consigner ici, me rappelait chez moi. Après l’avoir rempli, je confectionnai un drapeau tricolore, que je plantai au coin de la rue des Jeûneurs, au grand mécontentement et au blâme de plusieurs décorés de Juillet, qui prétendaient que c’était attirer les dangers sur le quartier. Je croyais, moi, que la vue de ces couleurs compléteraient la révolution que j’avais compris (sic) et je pensai qu’il y avait quelque courage à les arborer puisqu’il y avait du danger à le faire. A cette heure, le 53e de ligne montait le boulevard venant de Popincourt et se rendant place Vendôme. Deux officiers de ce régiment (un capitaine et un lieutenant) pourraient donner des preuves de mes efforts et que ces efforts eurent quelques succès. Ils me jurèrent qu’ils ne tireraient pas sur nous quoi qu’on leur commandât. Nous les quittâmes place Vendôme, d’où les gendarmes à cheval nous chargèrent. Nous descendîmes place des Victoires et aux Petits-Pères et nous trouvâmes des citoyens organisés et ayant un chef. Nous nous joignîmes à eux et avançâmes au poste de la Banque, qu’on désarma. En ce moment, la gendarmerie d’élite débusquait d’un côté. Les bourgeois arrivant de l’autre, ignorant la promesse faite par les soldats de ne pas tirer, prirent l’initiative. Les soldats, irrités, ripostèrent et nous nous trouvâmes entre deux feux. Nous nous retranchâmes une douzaine dans la Banque, d’où je sortis bientôt pour courir avec quelques amis rue des Prouvaires, en descendant la rue Montmartre, traversant jusqu’à celle Montorgueil, reprenant la pointe Saint-Eustache et faisant face sous la toiture de la halle aux troupes qui venaient de la rue de la Monnaie. Remontant la rue Montmartre, deux jeunes gens, que je ne connais pas, me voyant armé, me dirent que l’artillerie allait à la porte Saint-Denis. J’y courus par la rue de Cléry et Bonne-Nouvelle. J’y trouvais les lanciers et j’eus la satisfaction d’envoyer une balle à un de ces messieurs. Le 29 à 5 heures du matin, j’étais rue de Richelieu, sous les Suisses et gardes royaux qui occupaient les balcons et illisible vis-à-vis le Palais-Royal. Plus tard, je ne saurais dire à quelle heure, toujours rue de Richelieu, un individu qu’on me dit être le général Dubourg passait près de moi. Un de ceux qui l’accompagnait me chargea d’un paquet de proclamations signées Dubourg, et je m’empressai d’en crier la lecture. Le 53e vint sur le boulevard. Il déchargea ses fusils et les deux officiers dont j’ai parlé plus haut me reconnurent et m’embrassèrent en me complimentant sur ce que l’on me devait d’avoir empêché des massacres, la veille. Je regrette de n’avoir pas captivé la connaissance de ces deux braves, dont l’assertion me serait si utile aujourd’hui. » Il était porteur du certificat suivant : « Je, soussigné, atteste que le mardi 27 juillet 1830, j’ai vu à une réunion de patriotes rue Saint-Fiacre à 7 heures du rois, M. Lervasy (sic), dont les avis pleins de prudence et d’énergie nous furent très utiles ; que dans la même soirée, je l’ai vu sur le boulevard des Capucines et plus tard rue Saint-Honoré, faisant des généreux efforts pour exciter à l’insurrection ; que le lendemain, mercredi 28 dès 5 heures du matin, il assistait à une réunion des mêmes patriotes chez M. Lepiez (voir Lepiez, Bernardin, Charles, Albert), rue du Petit-Lion-Saint-Sulpice n° 13 et qu’il fit preuve de courage dans les diverses occasions ou nous nous trouvâmes en face des troupes de ligne pendant cette matinée. J’atteste de plus que j’ai vu M. Lowasy faisait partie de la légion de citoyens qui de la place de la Bourse s’est rendue à la rue des Prouvaires. » Signé, le 30 juin 1831 : Boissaye (voir Boissaye, Adolphe, Armand), décoré de Juillet. Le journal L’Aigle, journal de la liberté patriotique et littéraire, en date du 8 octobre 1830, donnait l’avis suivant, où le nom de Lowasy apparaissait : « Les francs-maçons de toutes les bannières doivent célébrer une grande fête maçonnique et patriotique, dimanche prochain 10 octobre, à l’Hôtel de ville, en l’honneur du général Lafayette, leur frère. Cinquante blessés dans les mémorables journées de la liberté, seront invités au banquet. On souscrit chez les FF. Saunière (voir Saunière, Jean-Louis), rue des Mauvaises-Paroles n° 17. Lowasy, rue du Gros-Chenêt n° 23. Astier, rue Saint-Louis (Marais) n° 47. Boissage, rue du Sentier n° 3. » Lowasy demeurait 23, rue du Gros-Chenêt en 1830-1831. Archives nationales F/1dIII/64 ; Archives de la préfecture de police AA 399 ; L’Aigle, journal de la liberté patriotique et littéraire, 8 octobre 1830.